IL NE MANQUERAIT PLUS QUE LES BANQUES CENTRALES PERDENT LA MAIN ! par François Leclerc

Billet invité.

Reconnaitre son impuissance est pour une banque centrale un art difficile, car l’exercice écorne sa toute puissance présumée. C’est la situation dans laquelle se trouve la Banque du Japon, qu’elle essaye de masquer. Son programme de création monétaire de l’équivalent de 620 milliards d’euros n’est pas parvenu en deux ans a faire croitre l’inflation que de 0,2%, une fois soustraite l’augmentation de la TVA de 2%. En dépit d’un taux de chômage orienté à la baisse de 3,4% en mars, ainsi que des promesses d’augmentation des grandes entreprises en réponse aux injonctions gouvernementales – en attendant leur confirmation – la demande intérieure continue à reculer de mois en mois. Un mystère de même nature que celui qui aux États-Unis dépasse Jack Lew, le secrétaire au Trésor. Pour justifier la léthargie des prix, la Banque du Japon invoque la baisse de celui du pétrole et revoit à la baisse ses prévisions de relance de l’inflation. Mais, devant le risque d’une rechute, elle évoque la possibilité « d’ajustements », c’est à dire d’une extension de son programme de création monétaire.

La main de la Fed n’est pas plus assurée lorsqu’en direction opposée elle en vient au resserrement de sa politique monétaire. Avec une croissance de 0,2%, les performances de l’économie américaine sont inférieures aux attentes. La rigueur de l’hiver est mise à contribution pour l’expliquer, ainsi qu’une grève prolongée des dockers et à nouveau la baisse du prix du pétrole (mais cette fois en raison de la chute de l’extraction), mais la prudence est de rigueur pour la suite, et l’inflation est toujours très en dessous de sa cible d’objectif. Le début de normalisation de sa politique, que représenterait une hausse des taux, suscite également des craintes en raison des pertes que les investisseurs pourraient encourir suite à la baisse qui en résulterait de la valeur des obligations dont leurs portefeuilles sont abondamment garnis. Les fonds d’investissement et les ETF (Exchange Traded Funds), qui sont si prisés, seraient particulièrement vulnérables à des sorties massives de capitaux, désormais considérés à eux deux comme les points faibles du système financier. Car, afin de respecter leurs obligations de fonds propres, les banques ne sont plus en mesure de se porter acquéreuses des obligations que les fonds et les gestionnaires d’ETF devraient massivement vendre pour rembourser les investisseurs, ce qui pourrait entraîner un écroulement du marché assorti de pertes en conséquence. Il n’est pas besoin de se pencher beaucoup pour décrire des scénarios catastrophes pouvant survenir.

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Le Monde, La BCE dans le brouillard des marchés, mardi 17 mars 2015

La BCE dans le brouillard des marchés

John Maynard Keynes observait en 1923 dans son Tract on Monetary Reform que « la déflation implique un transfert de richesses du reste de la communauté vers la classe des rentiers et vers tous ceux qui détiennent des titres. Elle implique en particulier un transfert du groupe des emprunteurs, c’est-à-dire dire des commerçants, des industriels et des fermiers, vers le groupe des prêteurs, autrement dit un transfert de richesse de la population active à la population inactive ». En effet, les prix étant demain moins élevés qu’aujourd’hui, pourquoi ne pas attendre avant d’acheter ? Ceci débouche sur des carnets de vente moins fournis, des usines qui ferment, et des travailleurs à la recherche d’emploi.

La menace de déflation que connaît aujourd’hui la zone euro est encore plus compliquée par le fait que la dette souveraine nouvellement émise l’est a des taux très bas, voire même négatifs. En réponse à cette menace, la Banque centrale européenne (BCE) a mis en place le 9 mars une politique d’« ​assouplissement quantitatif  ». Elle achète des titres de dette souveraine ou privée sur le marché secondaire, c’est-à-dire non pas directement auprès de ceux qui émettent cette dette (qui empruntent), mais auprès de ceux qui sont disposés à la revendre après l’avoir achetée. Le prix des obligations émises précedemment augmentant du fait de leur rareté croissante, les nouveaux produits de dette, pour lesquels la demande est forte en raison des achats massifs de la BCE, peuvent être émis à des taux moins élevés. S’endetter devenant meilleur marché, les entreprises et les particuliers empruntent davantage. L’économie repart et les prix grimpent. La déflation est ainsi conjurée – du moins si l’on en croit ce scénario idéal.

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MM. Varoufakis, Weidmann et … Draghi !

Commencez par lire, s’il-vous-plaît, ce qui est écrit ci-dessous.

Quand, en juillet 2012, M. Draghi, à la tête de la BCE, annonce la création prochaine du mécanisme OMT et ajoute que « Tout sera fait pour préserver l’euro ! », quelle est la part de sa déclaration qui fait retomber le taux grec à 10 ans au niveau « quasi-raisonnable » de 10% ? La seconde partie bien entendu.

Cela n’avait pas été compris à l’époque et j’avais consacré à la méprise sur mon blog, un billet intitulé : Mario Draghi : et s’il s’agissait d’un abominable malentendu ? Et aujourd’hui, Yanis Varoufakis, a-t-il compris de quoi il retournait quand il s’indigne que Jens Weidmann écrive dans le rapport qui fait scandale que ce n’est pas à la Banque centrale européenne de garantir l’irréversibilité de la monnaie unique ? Pas plus apparemment. Est-ce en effet à M. Draghi de faire tomber la « prime de crédit » des pays de la zone euro en difficulté en assurant que celle-ci mutualisera tout risque de défaut ? Est-ce à lui de neutraliser toute « prime de convertibilité » en jurant ses grands dieux qu’aucun pays de la zone euro n’aura à la quitter ? Poser ces questions, c’est bien entendu y répondre, et donner raison du même coup au patron de la Buba.

Il s’agit là d’un extrait d’un billet publié ici le 2 mai 2013, intitulé Notes en vue de l’entretien avec Martine Orange publié par MEDIAPART le 30 avril [2013].

Vous pouvez retourner pour les détails au billet en question, et à ceux auxquels il renvoie. Il y est question, comme vous venez de le comprendre, de Yanis Varoufakis – pas encore ministre grec des Finances à l’époque mais déjà économiste grec -, reprochant à Jens Weidmann, déjà Président de la Bundesbank, la banque centrale allemande, de reprocher lui-même à M. Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, de se conduire de facto en Président de la zone euro, fonction qui – je vous le rappelle – n’existe pas, et que M. Draghi n’est pas habilité – en principe – à exercer.

C’est hier à 22 heures que M. Draghi a fermé l’un des robinets amenant de la liquidité en Grèce (pour les détails techniques, voir l’article de Marie Charel dans Le Monde : Entre Athènes et la BCE, « une partie de poker menteur », il s’agit des « T-bills » dont il est question au milieu de l’article).

M. Varoufakis a-t-il maintenant compris qui est le véritable boss ? le « Président de la zone euro » faisant fonction, c’est-à-dire son seul interlocuteur véritable dans le bras de fer actuel ? A-t-il maintenant compris, cette fois dans le feu de l’action, pourquoi M. Weidmann avait raison de se plaindre ?

La zone euro a besoin d’un Président, mais pas que ce soit le premier venu passant par là et qui se sente assez fort pour dire : « C’est moi ! »

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 23 JANVIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 23 janvier 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 23 janvier 2015. Et je voudrais, pour commencer, vous parler de deux livres, deux livres que j’ai là. L’un s’appelle : « Thermodynamique de l’évolution », par François Roddier (il ne faut pas que je cache son nom), qui est déjà intervenu ici sur le blog. Et puis, il y a un autre livre, très intéressant, qui s’appelle : « L’effondrement des sociétés complexes », par Joseph A. Tainter.

Et qu’est-ce qui m’a fait penser à ces deux livres ? Eh bien, c’est la déclaration de la Banque Centrale Européenne de cet après-midi. Parce que j’étais à France-Culture, à 12h30, pour commenter l’actualité avant la déclaration de Monsieur Draghi en début d’après-midi, et j’ai expliqué ce qui pouvait se passer qui signalerait l’effondrement de la zone Euro. La zone Euro présente des dispositions, je dirais, naturelles, à s’effondrer, puisqu’il y a un processus de construction d’une unité économique, financière et politique qui devrait soutenir la création d’une zone correspondant à une monnaie unique, une monnaie unifiée, et ces conditions n’ont pas été remplies, et une décision devrait être prise cet après-midi, il y a une opposition…

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Trends-Tendances, 2015 : La paralysie est au menu

Ma chronique dans l’hebdomadaire Trends-Tendances, parue le 18 décembre 2014 et que j’ai apparemment oublié de mettre en ligne ici.

Au jeu d’échecs, le « pat » renvoie à une situation où l’un des joueurs ne peut plus déplacer son roi car tout mouvement dans une direction ou une autre signerait son arrêt de mort. Le roi du joueur en difficulté est condamné à l’immobilisme, mais l’adversaire ne peut plus rien non plus. La partie est alors annulée. Dans le monde réel, l’annulation n’existe malheureusement pas et, comme nul ne l’ignore, qui n’avance pas, recule.

Aux États-Unis, le président a perdu sa majorité parlementaire au Congrès. Il ne peut plus mettre en œuvre son programme que par décrets, mesures que la majorité républicaine rendra sans effet sur le terrain en les privant des moyens pratiques de leur mise en application. Pas d’élections législatives en 2015, la prochaine élection présidentielle aura lieu en 2016. En 2015, les Etats-Unis seront donc « pat ».

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Zone euroQUAND VIENT LE MOMENT DES DERNIÈRES MUNITIONS… par François Leclerc

Billet invité.

Revenir sur un non-événement, est-ce que cela présente un quelconque intérêt ? Certainement, quand il s’agit de la dernière cartouche tirée par la banque de dernier ressort, la Banque centrale européenne.

La plupart des commentateurs se sont noyés dans les détails de son programme d’achat de titres sans se poser la seule question qui vaille : va-t-il contribuer ou non à relancer l’activité économique et créer une dynamique vertueuse, son véritable objectif ? Certes, Mario Draghi a une fois de plus réaffirmé que la banque centrale ne peut pas régler tout à elle toute seule, et qu’il appartient à la Commission et aux gouvernements de jouer aussi leur partie, mais en quoi consiste exactement la sienne ?

Son objectif est d’obtenir que les établissements financiers, dont les titres obligataires vont être achetés par les banques centrales nationales, utilisent le produit de leurs ventes pour développer le crédit aux entreprises et aux particuliers, et que cela enclenche une dynamique. Une fois évacuées les sempiternelles considérations sur le retour de la confiance, qui ne sont pas d’un grand secours, que pouvons-nous réellement attendre des banques, les vrais arbitres de la situation ?

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MIRACLE, ILS CHANGENT L’OR EN PLOMB ! par François Leclerc

Billet invité.

Il est arrivé à la BCE ce que la Commission de Bruxelles venait de subir : à peine un mirifique projet est-il énoncé qu’il est sans plus tarder démonté et considéré comme ne pouvant atteindre ses objectifs. Et il est proposé que la BCE achète les tranches les plus risquées des CDO du plan d’investissement Juncker, au prétexte qu’elles seront garanties par la Commission. Dans cette histoire, qui est l’aveugle, qui est le paralytique ?

La BCE est désormais suspectée de préparer un assouplissement quantitatif de gagne-petit, additionnant la portée présumée de ses différents programmes, dont celui-ci quand il sera décidé, pour aboutir à l’augmentation annoncée de 1.000 milliards d’euros de la taille de son bilan. Mais des calculs sur un coin de nappe d’analystes réputés, comme ceux de l’institut Bruegel, aboutissent à des estimations du double si l’on veut que la création monétaire en question remplisse son office présumé. Parallèlement, il est tenu pour acquis que la BCE organisera ses achats au prorata de la participation des banques centrales nationales à son capital, afin d’éviter toute accusation de financement de la dette publique d’un pays en particulier.

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Europe : ENCORE UNE PELLETÉE ? par François Leclerc

Billet invité

Mario Draghi persiste et signe, mais il ne parvient pas à faire adopter son point de vue : pas d’autre issue à la situation actuelle, martèle-t-il, qu’une action conjointe de la BCE et des gouvernements ! Et de voir grand, contrairement au plan limité mis au point par ces derniers sur le même sujet de la dynamisation du marché des ABS, afin de relancer le crédit bancaire aux entreprises. Ils ont tous les mains dans le cambouis.

« Nous sommes face à une configuration – croissance faible, inflation faible, dette et chômage élevés – qui ne peut être résolue que par une action concertée sur la demande et sur l’offre », a-t-il hier encore expliqué. Mettant les pieds dans le plat, il a abordé un autre sujet, celui de la relance de l’investissement en prenant le contre-pied des projets préparés par les autorités allemandes et françaises afin de conforter leur stratégie de communication. Celles-ci privilégient l’investissement privé, et le président de la BCE ne l’entend pas comme cela ! : « il pourrait être utile d’avoir une discussion sur une ligne budgétaire globale de la zone euro, avec pour objectif d’augmenter l’investissement public, là où il existe des marges budgétaires pour le faire ».

La BCE s’oppose ouvertement à la politique défendue par le moteur franco-allemand, qui marche sur trois pattes comme disent les mécanos quand une bougie est défaillante ! Heureusement, la réunion à venir samedi de l’Ecofin est informelle, c’est-à-dire qu’elle n’est pas appelée à trancher pour prendre des décisions…

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MARIO DRAGHI NOIE LE POISSON, EN TOUTE INDÉPENDANCE…, par François Leclerc

Billet invité

Un pas en avant, un pas en arrière. Mario Draghi a repris aujourd’hui le terme employé avant-hier par Wolfgang Schäuble, selon qui ses propos tenus à Jackson Hole avaient été « sur-interprétés », prenant acte – en toute indépendance, cela va de soi – du refus du gouvernement allemand et de la Bundesbank de le suivre sur un terrain glissant. Il a procédé à sa propre explication de texte pour noyer le poisson, estimant que « chacun devait faire son travail » pour enrayer la baisse de l’inflation, aux gouvernements de mener des politiques budgétaires favorables à la croissance et l’emploi tout en réalisant des réformes structurelles (et de trouver les marges de manœuvre le permettant !). Il n’est pour le moment plus question de flexibilité de la politique fiscale, en attendant des jours meilleurs et des circonstances plus propices.

Pour sa part, la BCE a abaissé à 0,05 % son principal taux directeur – autant dire que le loyer de l’argent est gratuit pour les établissements financiers – et a encore baissé son taux de rémunération, devenu négatif, des dépôts bancaires dans son coffre-fort. Présentées comme allant relancer le crédit aux entreprises et assurer le retour de l’inflation, ces deux mesures, ainsi que l’annonce d’un « large » et non chiffré nouveau programme d’achat de dette privée titrisée (ABS), qui était depuis longtemps à l’étude, auront plus sûrement comme effet de soulager les bilans bancaires en ces temps de troisième version des stress-tests. La BCE n’y étant pas soumise, cela lui permet de continuer à jouer les bad banks pour le compte d’autrui.

Encore une petite pelletée de terre ?

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Europe : L’IRRÉSISTIBLE ABSENCE D’UNE POLITIQUE DE REMPLACEMENT, par François Leclerc

Billet invité

Comment transformer l’essai marqué il y a bientôt une semaine par Mario Draghi ? La question reste sans réponse, bien que ce dernier ait recherché une formule permettant de débloquer la situation en suggérant de conditionner des marges de flexibilité fiscale accrues à la réalisation de réformes libérales. De quoi, espérait-il, rassurer un gouvernement allemand qui n’a pas saisi la perche tendue, conforté par ce que le changement de gouvernement en France pourrait annoncer, qu’il encourage du geste et de la voix.

Renouvelant leurs pressions antérieures, bien qu’elles soient restées sans succès, Matteo Renzi et François Hollande proposent aujourd’hui une planche de salut sous la forme d’un sommet sur la croissance et l’emploi, qui pourrait se tenir en octobre prochain. Ils espèrent que le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, saura mettre en musique son mirifique projet de plan pluriannuel d’investissement fait de bric et de broc, qui n’a pas suscité de grand enthousiasme outre-Rhin, c’est le moins que l’on puisse dire. Se cantonnant sur les marges, ces jeux d’esquive ne sont pas à la hauteur de la situation. Le sort réservé au projet de Mario Draghi peut-il laisser des illusions ?

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Sommet européen : FRANÇOIS HOLLANDE AU BOUT DE SON ROULEAU ! par François Leclerc

Billet invité

Le sommet européen de demain a un ordre du jour déroutant, alors que la première estimation de l’inflation du mois d’août en zone euro vient de tomber : 0,3 % en valeur annualisée, soit 1 % de moins qu’il y a un an. La zone euro s’approche dangereusement d’une situation de déflation caractérisée – dont l’Italie prend le chemin en annonçant pour août une inflation négative de -0,1 % – mais les chefs d’État et de gouvernement devraient officiellement débattre d’un sujet beaucoup plus important : les nominations des commissaires de la future Commission de Bruxelles, du chef de la diplomatie et du président du Conseil européen.

Ceux qui parmi les dirigeants sont dans le besoin cherchent ainsi à élargir leurs marges de manœuvre en déployant une stratégie d’influence en plaçant leurs candidats. Pensant avoir donné des gages avec la nomination de son nouveau gouvernement, François Hollande a annoncé vouloir plaider « la pleine utilisation des flexibilités dans le rythme de réduction des déficits, dans le respect des règles européennes ». Il s’agirait selon lui d’éviter « une longue et peut-être interminable stagnation » en adoptant « une nouvelle initiative de croissance », portée par la BCE et soutenue par le ronflant plan d’investissement annoncé par Jean-Claude Juncker. Tout cela est au mieux du bricolage sans portée significative et au pire du vent, justifiant que François Hollande y ajoute un troisième volet, une mystérieuse « adaptation du cadre budgétaire européen ». Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, a été plus direct en déclarant qu’il « n’écartait pas une renégociation des traités ».

La prestation de Wolfgang Schäuble à l’université du Medef a illustré la vacuité de la politique présidentielle. « Il faut impérativement produire des réformes structurelles visant le marché du travail », a-t-il déclaré, mettant les points sur les « i » en ajoutant qu’il fallait des « réformes ambitieuses qui ne soient pas seulement des annonces, mais qui soient aussi mises en œuvre ». Bien que présent dans toutes les têtes à Bruxelles, l’essai de Mario Draghi n’y sera pas transformé. Même en donnant des gages côté réformes du marché du travail, il ne sera pas concédé un assouplissement des règles de réduction du déficit et une flexibilité accrue pour le calculer. La stratégie qui repose sur une évolution en souplesse de la politique européenne ne fonctionne pas : la baisse du coût du travail d’abord, pour le reste on verra ensuite ! François Hollande arrive au bout de son rouleau et ne peut espérer que dans la mansuétude de ses pairs pour éviter que la Commission prenne des sanctions contre la France. C’est la suite logique de sa décision de signer le traité fiscal au début de son mandat et la fin de ses tentatives de biaiser.

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ALLEMANDS, FRANÇAIS ET ITALIENS FILENT UN MAUVAIS COTON, par François Leclerc

Billet invité.

Exit la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne, abonnés de la rubrique des désastres et des plans de sauvetage improvisés et relégués en fond de scène, les grands de l’Europe préparent leur entrée sur le plateau et ce ne sera pas sous les acclamations !

L’Allemagne n’est plus le havre de prospérité qu’elle était, chargée d’entraîner derrière elle la zone euro, et pourrait connaître une contraction de son PIB, avant même que ne se fassent pleinement sentir les effets de la crise ukrainienne qui vont particulièrement la toucher. La production industrielle, dont les chiffres restent le premier indicateur de la santé du pays, a diminuée et n’a connu depuis qu’un faible rebond. Les exportations restent de loin le principal moteur de la croissance, exprimant la fragilité de son économie dans une zone euro connaissant une forte poussée déflationniste, en l’absence de relais dans les pays émergés.

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L’analyse des élections : UNE CONFUSION BIEN ARRANGEANTE, par François Leclerc

Billet invité.

Agitant l’épouvantail du populisme et des eurosceptiques, de nombreux commentateurs politiques enfoncent un même clou tordu. Ils réussissent l’exploit de présenter un rejet de la politique européenne comme un débat sur l’Europe, ce qu’il n’est que par défaut. Les chefs d’État et de gouvernement se réunissent aujourd’hui à Bruxelles mais ils ne semblent pas davantage prêts à dissiper une confusion leur convenant, reprenant à leur compte une grille d’analyse qui les exonère de toute responsabilité.

« Il s’agit de reconquérir les électeurs » perdus pour la cause, déclare Angela Merkel, sans donner le moindre signe qu’elle est prête à revoir la politique qu’elle personnifie. A son habitude, François Hollande brouille les pistes, décrivant une Europe « illisible, lointaine et incompréhensible » et devant « se retirer là où elle n’est pas nécessaire », tout en réaffirmant une feuille de route qui ne peut être modifiée au gré de ce qu’il qualifie de « circonstances ». Du côté de David Cameron, l’heure est au détricotage. Seul Matteo Renzi annonce « il est temps de changer de politique » et tente de se faufiler pour le mettre en pratique en Italie, fort de son succès électoral. L’Europe est devenue une auberge espagnole, chacun en ayant une conception différente, et le spectacle va continuer avec la nomination des présidents de la Commission et du Conseil des gouverneurs.

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ILS VONT SE FAIRE RATTRAPER AU TOURNANT, par François Leclerc

Billet invité.

L’Europe est comme le terrain d’une course au trésor où les autorités politiques s’efforcent de dénicher les indices d’une amélioration à laquelle est suspendue leur parole. Là une croissance qui frémit, ici un déficit qui rentre dans le rang à force de mesures d’austérité, une inflation qui se reprend marginalement, ou bien un excédent primaire dégagé non sans accommodements … Mais sans doute ne s’approche-t-on pas toujours du but, vu l’attente que continue de susciter une intervention de la BCE.

Dernier coup de bluff sur le mode des précédents, ou annonce d’une prochaine intervention ? les commentateurs penchent pour la seconde solution après la dernière intervention de Mario Draghi. Certains croient même pouvoir annoncer un cocktail de mesures composé d’une baisse de taux et d’achats de titres, soulignant que la BCE s’est déclarée jeudi « être à l’aise pour agir la prochaine fois », c’est à dire en juin. Après s’être tant fait prié pour passer à l’acte, en dernier lieu de manière insistante par l’OCDE, quelles raisons pourraient maintenant l’y conduire ? Mario Draghi l’a donnée : « nous avons eu une discussion sérieuse sur le taux de change, c’est très important pour la stabilité des prix et pour la croissance. Dans une période où l’inflation est basse de manière prolongée, le renforcement de l’euro est une inquiétude sérieuse ». De fait, celui-ci accentue la pression déflationniste, alors que la BCE reconnaît que la reprise économique se poursuit « à un rythme lent » et reste « très modeste ». De quoi faire définitivement capoter une politique qui est déjà mal partie.

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NI LES BANQUES CENTRALES, NI LES GOUVERNEMENTS NE SAVENT CONCRÉTISER, par François Leclerc

Billet invité.

Les banques centrales sont toujours des bons baromètres, dit-on. Enfin presque, car elles n’avaient pas annoncé la crise en cours. Depuis, elles cherchent à se rattraper en ouvrant grand leur filet de sécurité et en élargissant leurs missions, dans l’attente que la machine veuille bien se remettre en marche. C’est sur la constatation qu’elles ne vont pas de sitôt pouvoir le relever que se fonde la remarque que le capitalisme financier est devenu assisté.

Quel temps annoncent-elles aujourd’hui, sinon le maintien des incertitudes ? La banque du Japon poursuit par ses émissions monétaires une nouvelle tentative de relance de l’inflation toujours aussi peu probante, car la timide sortie de la déflation qui est enregistrée repose sur l’augmentation du prix de l’énergie, qui résulte elle-même de l’importation de pétrole et de gaz (afin de suppléer à l’arrêt des centrales nucléaires). La Fed poursuit le freinage de ses émissions, afin de ne plus contribuer à la constitution d’une bulle financière sur le marché des actions, supprimant par là même tout obstacle à une montée des taux obligataires et l’alourdissement de la dette qui en résultera. La BCE cherche à limiter les effets conjugués de l’appréciation de l’euro et de la pression déflationniste qui s’accentue en tentant, faute de mieux, d’intimider verbalement les marchés, espérant ainsi la réédition du calme qu’elle a obtenu sur le marché obligataire.

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L’actualité de demain : APRÈS LA GRÈCE, LE PORTUGAL ? par François Leclerc

Billet invité.

En attendant le tour de la Grèce, retardé le plus possible parce qu’encore plus dérangeant, le Portugal est de retour sur la sellette, n’ayant comme perspective que de suivre la même pente après avoir été longtemps présenté comme le bon élève de la classe. La Troïka a entamé sur place un nouvel examen des résultats du programme de rigueur, reporté étant donné la crise politique, tandis que le vice-premier ministre en charge du dossier, Paulo Portas, réclame un assouplissement de 4% à 4,5% des objectifs de réduction du déficit fin 2014, déjà demandé mais pas obtenu après deux assouplissements successifs, en septembre de l’année passée et mars dernier. « Il faudra qu’on nous explique comment on va pouvoir passer d’un déficit de 5,5% en 2013 à un déficit de 4% en 2014 » s’est interrogé Antonio Saraiva, le patron des patrons portugais. Tenir l’objectif de fin d’année de 5,5% n’est même pas garanti.

Anibal Cavaco Silva, le président, est intervenu de manière inaccoutumée pour demander à la Troïka de « faire preuve de bon sens ». A la clé, le déblocage d’une tranche de crédit de 5,5 milliards d’euros. Le retour sur le marché du pays, prévu pour juin 2014, apparaît de plus en plus compromis, le taux à 10 ans de la dette du pays atteignant un insoutenable 7,4%, se rapprochant de son niveau de juillet dernier au plus fort de la crise politique. Comment, dans ces conditions, se présenter sur le marché pour emprunter afin de commencer à rembourser les 78 milliards d’euros d’aide au total accordées par l’Union européenne et le FMI, les banquiers publics du pays ? Afin d’éviter l’affichage politique désastreux que représenterait un nouveau plan de sauvetage, un habillage pourrait être trouvé sous la forme d’une ligne de crédit.

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L’actualité de demain : TENIR ! TOUJOURS TENIR ! par François Leclerc

Billet invité.

De « modéré », le taux de croissance de l’économie américaine est pour la Fed devenu « modeste », Mario Draghi de la BCE décelant très prudemment une « confirmation de la stabilisation » au sein de la zone euro. De nouveau, le sujet de la croissance est sur toutes les lèvres, ce qui généralement survient quand un miracle est espéré. La palme incontestée revient une fois de plus à Pierre Moscovici, le ministre français de l’économie et des finances, pour son envolée à propos de la « véritable croissance » française qu’il prévoit en 2014 : « notre objectif, c’est 0,8% puis ensuite repasser nettement au-dessus de 1%, 1,5% pourquoi pas 2% en 2015 et 2016 ». Pourquoi pas, mais pourquoi s’arrêter là ?

Si un frémissement devait intervenir, nul doute qu’il sera toutes affaires cessantes présenté comme la fin du tunnel. Avec le retour des banques sur le devant de la scène, on est décidément revenu à la case départ : celle de ces petites pousses vertes annonciatrices de futures récoltes. Encore que l’Autorité prudentielle française (ACP), fidèle en cela à une tradition que le monde entier lui envie, vient de s’appliquer à noyer le poisson à propos des banques du pays en annonçant qu’elles sont « à niveau ou pas loin » du ratio de levier « qui ne s’appliquera d’ailleurs qu’en 2018 », oubliant en cela que celui-ci n’a pas encore été fixé par le Comité de Bâle…

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