LES ÉCHOS : Paul Jorion: « La crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer », jeudi 11 juillet 2013

LES ÉCHOS : Paul Jorion: « La crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer »

LE CERCLE. Pour la troisième année, Le Cercle Les Echos accueille les travaux des étudiants de l’Institut Français de Presse (IFP). Aujourd’hui, interview de Paul Jorion membre du groupe de réflexion sur l’économie positive mis en place par Jacques Attali depuis septembre 2012.

Au sein même de ce groupe de travail, le principe d’économie positive fait encore débat. Maurice Lévy, le PDG de Publicis, a écrit un courrier pour exprimer ses doutes sur cette forme d’économie alternative. Paul Jorion a décidé de lui répondre.

La lettre ouverte de Maurice Lévy n’est-elle pas la preuve qu’en ces temps de crise économique, le développement du concept d’économie positive passe au second plan ?

Paul Jorion: Oui, c’est vrai que nous avons remarqué que lors de ses dernières allocutions télévisées, François Hollande n’a pas mentionné une seule fois l’économie positive. Le sujet est actuellement un peu éclipsé mais ce n’est pas pour autant qu’il faut l’enterrer. La réflexion de Maurice Lévy serait peut être valable dans le cadre des années 50 mais cela ne correspond pas à la situation actuelle. Dans un monde où tout le système économique s’effondre que peut-on essayer de conserver ? Si on ne change rien l’effondrement va continuer, il faut donc essayer de saisir la balle au bond.

Visiblement convaincre les grands patrons de tout remettre à plat n’est tout de même pas gagné…

PJ: Lors de la première réunion du groupe de réflexion, une femme qui représentait le World International Forum a pris la parole pour dire : « Si vous voulez être entendu en haut lieu, votre discours doit être moins radical ». Il faudrait peut-être demander à Jacques Attali pourquoi il a tenu à ce que des représentants de ce qui est, à mon sens, le conservatisme le plus déconnecté de la réalité soient présents dans ce groupe de réflexion. Je suppose qu’il souhaitait avant tout les faire changer de point de vue et c’est incontestablement un échec. Leur avis n’apporte aucune plus-value et la lettre de Maurice Lévy est clairement une fin de non-recevoir.

Justement, où en sont les travaux du groupe de réflexion menés par Jacques Attali ?

PJ: Nous réfléchissons à l’horizon 2030 et je pense que c’est une bonne chose. D’ici là, soit nous aurons échoué, soit nous serons en passe de réussir. L’opinion est de notre côté. 80 à 90% des Français se disent favorables au développement de l’économie positive. Il faut juste que les dirigeants politiques en prennent un peu plus conscience. Mais leur désarroi actuel face à la crise économique est un signe positif, les choses vont devoir changer.

Personnellement, vous êtes satisfait de la direction que prennent les travaux de ce groupe de travail ?

PJ: Quand j’ai accepté de prendre part à ces réunions et compte-tenu de la composition du groupe, je pensais qu’à la fin des débats j’aurais à exprimer une position dissidente des conclusions tirées par le groupe. Au final, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Ce sont des membres comme Maurice Lévy qui constatent que leur position est opposée à celle de la majorité. Je suis d’ailleurs très content de voir que bon nombre des membres de ce groupe de travail se sont ralliés à plusieurs propositions importantes.

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LUNDI 8 AVRIL, DE 15h À 17h, SUR LA PAGE « LES DÉBATS DU BLOG DE PAUL JORION » : MA RÉPONSE À MAURICE LÉVY

C’EST TERMINÉ !

Lundi 8 avril entre 15h et 17h, je débattrai avec vous des doutes de Maurice Lévy quant à la notion d’une « économie positive » et de la réponse que je lui ai apporté à ce sujet. Les deux textes se trouvent ici.

Le débat aura lieu sur « Les débats du blog de Paul Jorion ».

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L’ÉCONOMIE POSITIVE : « J’ai des doutes… », par Maurice Lévy, suivi d’une réponse par Paul Jorion

Maurice Lévy, P-DG de Publicis Groupe, fait partie, au même titre que moi-même, du groupe de réflexion sur l’économie positive dirigé par Jacques Attali. Je suppose que les choses se sont passées pour lui de la même manière que pour moi, à savoir qu’il a reçu un jour une lettre de ce dernier lui demandant d’accepter de faire partie du groupe, et qu’il a répondu oui.

Vendredi, Maurice Lévy a adressé une lettre à Jacques Attali intitulée « J’ai des doutes… » Si j’ai eu l’occasion de la voir, c’est que Maurice Lévy en a fait une « lettre ouverte » au sein du groupe en en adressant copie à chacun de ses membres. Ma réaction à ce texte a été d’y apporter une réponse, que les membres du groupe ont reçue hier samedi en début de soirée.

Avec l’aimable accord de Maurice Lévy, et avec les encouragements de Jacques Attali, je publie ici cet échange.

 

L’économie positive : « J’ai des doutes… » par Maurice Lévy.

4 avril 2013

J’avoue mon embarras.

S’agissant de se projeter à l’horizon 2030 l’exercice devrait pourtant s’avérer facile. Il suffit de se laisser porter par l’utopie d’une économie « qui ferait du bien à tous » et du mal à personne. Une économie respectueuse des ressources, de l’égalité entre les hommes (ils naissent et vivent égaux).

Mais,

Il y a une situation de départ qui est de plus en plus déprimante, où la France perd chaque jour des points (ce n’est pas d’aujourd’hui : cette situation trouve son origine dans l’incapacité du modèle social français de s’adapter à un monde qui change..).

Il y a un monde ouvert à la concurrence où la guerre économique a remplacé (pour partie) les guerres de conquêtes de territoires.

Continuer la lecture de L’ÉCONOMIE POSITIVE : « J’ai des doutes… », par Maurice Lévy, suivi d’une réponse par Paul Jorion

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POUR UNE CONTRIBUTION « HABITUELLE » DES PLUS FORTUNÉS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Devant l’appel de seize riches Français pour une contribution « exceptionnelle » de leur part à la guerre contre la dette publique, la première réaction pourrait être le scepticisme, voire la moquerie. Si en effet le mal est chronique, pourquoi la contribution devrait-elle être exceptionnelle ? Si le problème est constant, pourquoi le « sacrifice » – qui à ce niveau là de fortune n’en est pas véritablement un – devrait-il être lui ponctuel ?

Autre dimension à la question : il est tentant de rapprocher la signature de l’appel par Maurice Lévy, P-DG de Publicis, des propos qu’il a tenus dans une tribune libre du Monde il y a moins d’une semaine, où il réclame à demi-mot d’achever le programme néo-libéral avant de se perdre plus avant dans d’oiseuses considérations. « Une profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux, écrit-il, au besoin et en complément, par un programme de privatisation dédié exclusivement au désendettement… réduire sensiblement les coûts des charges qui pèsent sur les salaires », sans pour autant porter la moindre attention à ces derniers. Le rêve de Hayek donc, enfin réalisé, en échange d’un impôt « exceptionnel » affectant quelques riches Français ? On a connu des marchés de dupes beaucoup moins choquants, et François Leclerc a raison d’ironiser quand il écrit :

« Appel éminemment louable bien entendu dans son esprit, mais à condition sans doute d’en ignorer les termes : la contrepartie exigée, si l’on comprend bien, par Maurice Lévy, au nom de ces seize riches Français : « une vraie, une sérieuse, une profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux, pour pouvoir à l’avenir réduire drastiquement nos coûts… ». Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, il ajoutait : « Osons nous attaquer aux vaches sacrées ». Décidément, les grands gestes généreux et désintéressés ne sont plus ce qu’ils étaient ! »

Et pourtant ! Et pourtant, il suffit de lire ce qu’écrivent quelques autres « très hauts revenus » français cet après-midi : ceux qui refusent de signer l’appel, pour que tout fin sourire qui pourrait encore égayer notre visage se fige aussitôt. Car le gouffre qui sépare les seize signataires de cet autre type de riches est profond. Jugez-en plutôt !

Bertrand Puech et Patrick Thomas, Gérants d’Hermès : « Notre seul souhait est que la charge fiscale soit appliquée sur tous les revenus afin de ne pas conduire à la vente forcée d’entreprises. L’effort des mieux nantis doit être suffisamment clair pour être perçu et compris par tous ». Autrement dit : « Il y a les bons et les mauvais super-riches. Nous, on est les bons, aussi, fichez-nous la paix ! »

Et Claude Bébéar, Président de l’Institut Montaigne : « Rapporter ces enjeux vitaux à la simple instauration d’une taxe exceptionnelle sur les riches me paraît dangereusement démagogique ». Autrement dit : « Circulez, y a rien à voir ! »

Ou encore, Henri de Castries, P-DG d’Axa : « La priorité du pays n’est pas une taxation supplémentaire, fut-elle symbolique, des « riches ». Le texte […] donne […] le sentiment que la solution à nos difficultés passe avant tout par une « amende honorable » d’une minorité ». Autrement dit : « C’est pas aux riches d’avoir honte ! ». Laurent Joffrin mentionne aussi parmi les exigences de de Castries : « modération salariale et flexibilité de l’emploi », autrement dit, et plus brutalement : « Les pauvres peuvent encore faire davantage ! ».

C’est le même Laurent Joffrin qui commente dans les colonnes du Nouvel Observateur : « Les uns y verront une avancée dans la bonne direction, les autres une simple gesticulation destinée à faire oublier une injustice fondamentale. »

Alors ? Une initiative à simplement ignorer, parce qu’il ne s’agirait que de grandes fortunes dont les unes ont le cran de dire : « Casse toi ! », tandis que les autres se sentent obligées de s’écraser parce que les circonstances de l’heure l’exigent et que faire autrement passerait pour de la provocation pure et simple ? Difficile de trancher tant qu’il reste cet « exceptionnel » dans l’expression « contribution exceptionnelle ».

Joffrin écrit : « Ce n’est pas la nuit du 4 août 1789 et Maurice Lévy, président de Publicis, n’est pas le vicomte de Noailles montant à la tribune de l’Assemblée pour proposer l’abolition des privilèges ». En effet, pour que la comparaison s’impose, il faudrait que l’« exceptionnel » se métamorphose en « habituel ».

Ils ne sont que seize en faveur de la « contribution exceptionnelle », combien seront-ils à sauter le pas et se porteront volontaires pour une « contribution habituelle » de ceux qu’ont eu de la chance, en faveur de ceux qui n’en ont pas eu ? Appelons-les à être plus nombreux : il n’y a pas de honte à être un vicomte de Noailles.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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