Le nazisme était-il un anticapitalisme ? LE TEMPS QU’IL FAIT LE 6 MAI 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 5 mai 2017. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 5 mai 2017 et la semaine dernière, en pensant à la vidéo que je ferais aujourd’hui je vous ai dit que je ne manquerais pas de parler de l’actualité. Et en fait, je ne vais pas le faire. Je disais que je vous parlerais de l’actualité parce que nous sommes à deux jours du second tour de la présidentielle, en France. Je vais vous dire deux petits mots sur l’actualité et puis, je passerai à autre chose.

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Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

Ouvert aux commentaires.

Qui ne se souvient du poème de Bertolt Brecht « La solution » qui semblait, au moment où il fut écrit en 1953, résumer très justement toutes les tares qui affectaient le communisme de type soviétique ?

Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
Fit distribuer des tracts sur le boulevard Staline.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 13 OCTOBRE 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 13 octobre 2016. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le jeudi 13 octobre 2016 et ce n’est pas toujours facile de trouver un bon angle dans une chambre d’hôtel : il y a des contraintes liées à la lumière.

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AU FMI, UN VER DANS LE FRUIT, par François Leclerc

Billet invité.

Une cinquième colonne dormante aurait-elle été réveillée au sein du FMI ? Trois de ses économistes, dont le directeur adjoint de son service d’études, viennent de poser une mine à mèche lente sur le site officiel du Fonds.

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Laudato si’ et la décroissance, La Nef, N° 273, septembre 2015

J’ai accepté de commenter le thème « Laudato si’ et la décroissance » dans le numéro de septembre de la revue catholique traditionaliste La Nef. En voici le texte.

Il est dit au paragraphe 193 de Laudato si’ que « Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties » (p. 147). La décroissance est mentionnée là comme un objectif économique qui devrait être le nôtre. Rien n’est dit du fait que la décroissance est l’inverse de la croissance et que cette dernière joue un rôle tout particulier, en fait un rôle clé, au sein de notre système économique.

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Rencontre avec Paul Jorion : « L’extrême-droite économique, une menace pour la démocratie », Foire du Livre Politique de Liège, le 8 novembre 2014

Un entretien avec Steve Bottacin. Cela date d’il y a quelques mois, mais ce n’est peut-être pas tout à fait 😀 sans lien avec l’actualité.

Rencontre avec Paul Jorion :
« L’extrême-droite économique, une menace pour la démocratie »,
Foire du Livre Politique de Liège, (8 novembre 2014),
à l’initiative des Territoires de la Mémoire

STEVE : En Belgique, avant-hier, [le 6 novembre 2014], une grande manifestation a réuni à Bruxelles 120.000 personnes contre les propositions du nouveau gouvernement. Celui-ci a annoncé qu’il était ouvert au dialogue mais qu’il importait de maintenir son programme. Ça m’a rappelé quelques souvenirs de manifestations monstres et de grèves générales en Grèce, notamment entre 2009 et 2011 : 13 grèves générales à ce moment-là… et une austérité qui est maintenue contre vents et marées par le gouvernement. Est-ce que j’ai raison de faire ce parallèle entre l’austérité à la grecque et, maintenant, l’austérité à la belge ?

PAUL : Oui, parce qu’il faut savoir que l’austérité, c’est un programme politique davantage qu’économique. C’est une façon de situer le politique comme étant par nécessité dicté par une logique économique, qui ferait qu’il n’y a qu’une seule approche possible des problèmes. C’est le fameux « There is no alternative » de Madame Thatcher (je prends même son accent involontairement en le disant)…

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 13 FÉVRIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 12 février 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 13 février 2015. Et si vous avez suivi un petit peu ce qui se passe ici sur le blog, et en particulier les vidéos que je fais le vendredi, et qui s’appellent donc « Le temps qu’il fait », vous avez pu voir qu’au cours des, je ne sais pas, au cours de la dernière année, au cours des derniers 365 jours, j’ai tenu un discours de plus en plus, j’allais dire « désabusé », le mot n’est peut-être pas tout à fait incorrect, mais un discours qui consistait à dire essentiellement : « Nous continuons ici un combat dont nous ne connaissons pas l’issue, et pour lequel nous voyons que le public n’a pas un intérêt très grand ; quoi qu’il arrive, quelle que soit la réception qui est faite ou non des idées que nous défendons ici, nous continuerons à [les] défendre. » Il m’est venu l’image du dernier carré à plusieurs reprises.

Et puis donc, ce n’était pas, je dirais, une perspective d’« à quoi bon », – bon, le découragement n’est pas l’image de marque du blog de Paul Jorion ! – mais de dire, eh bien, nous prêchons dans le désert mais nous continuerons à prêcher dans le désert !

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Le Monde – Que pèse la théorie économique face aux intérêts financiers ?, mardi 6 – mercredi 7 janvier 2015

Ouvert aux commentaires.

Keynes, Friedman, Syriza et la Troïka

En 1978, à Milan, Joan Robinson, l’élève, puis la disciple la plus brillante de Keynes, intervint dans la discussion qui conclut les conférences Rafaelle Mattioli, consacrées par Richard Kahn à la genèse de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) ; Kahn ayant été, lui aussi, membre du « Cambridge circus », le « premier cercle » de l’économiste anglais.

Robinson dit ceci à cette occasion :

« Le principal problème de Keynes était qu’il était un idéaliste. Il pensait qu’aussitôt que les gens auraient compris sa théorie, auraient compris comment le système capitaliste fonctionne véritablement, ils se comporteraient de manière raisonnable et géreraient le système de telle sorte que des effets positifs en résultent. […] Keynes était un innocent qui croyait qu’une théorie intelligente prévaut sur une autre qui est stupide. Mais il va de soi que dans le monde réel l’impact d’une politique ne découle pas d’une compréhension intelligente de l’économie mais du jeu des intérêts particuliers et du désir de défendre le capitalisme contre les courants de pensée radicale de chaque époque. Comparer les mérites des approches est donc une perte de temps. Du point de vue du mérite, qui pourrait bien préférer Milton Friedman à Keynes […], mais ceci ne signifie nullement que l’influence de Keynes prévaudra sur celle de Friedman » (in Richard Kahn, The Making of Keynes’ General Theory 1984).

Pourquoi ces propos d’autrefois sont-ils toujours d’une brûlante actualité ? Parce qu’il demeure aussi vrai qu’il y a près de quarante ans que la validité d’une théorie économique sur un plan purement scientifique pèse de peu de poids au regard de son soutien ou non par des intérêts particuliers disposant du levier de l’argent.

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GACCIO ET JORION (II) LES BANQUES

La deuxième vidéo dans une série de 5 :

1) Les modèles de sortie de crise – 2) Les banques – 3) Le travail et le revenu – 4) Les scénarios catastrophes – 5) Le socialisme et la gauche : toute une histoire

Pour en savoir plus sur les deux personnages, Bruno Gaccio et Paul Jorion, et sur La Parizienne à l’origine du projet, c’est ici.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : École (économique) de Chicago, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

École libre du totalitarisme ou école totalitaire de la liberté. – Vous êtes libres de choisir. De quoi vous plaignez-vous ? – Forme une triade horrifique avec l’école ordolibérale allemande et l’école autrichienne. Son directeur le plus connu : feu Milton Friedman, homme de paix que son prénom renvoie en enfer. Sa devise : « Life is unfair » (« La vie est injuste »), ce qui sous-entend non de la commisération mais le souci de tirer profit (« to deal with ») des injustices constatées. Les quelques miettes tombées de la table des goinfres suffisent à prouver que les bénéfices colossaux engrangés par ce moyen finissent toujours par ruisseler sur la tête des nécessiteux. Tendez vos sébiles. 

L’école de Chicago, d’inspiration libérale, se caractérise par de hautes ambitions en matière de liberté. Elle s’est ainsi illustrée, dans les années 1970, par son soutien appuyé aux dictatures sud-américaines, preuve que « l’histoire du monde libre s’écrit avec une grande hache » (Michel Montfort). Un peu de Chili et beaucoup de carne. Le libre marché dont elle fait l’apologie vous permet de marcher librement tant que vous jouez le jeu. Si vous regimbez, invoquant je ne sais quelle niaiserie communarde au sujet du bien commun, n’importe quel psychopathe en uniforme d’opérette et à petite moustache en brosse est libre de marcher sur vous. On notera, non sans étonnement, que parmi les apologistes les plus en vue, à une certaine époque, il s’en rencontrait beaucoup, tel Friedman lui-même, dont les ancêtres avaient fui les persécutions antisémites en Europe centrale. Le fascisme, sous ses avatars multiples, noue des alliances inattendues. 

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Chaire « Stewardship of Finance », leçon inaugurale : Why Stewardship of Finance?, le 4 octobre 2012

Le texte de la leçon inaugurale de la chaire « Stewardship of Finance », que j’ai donnée à la Vrije Universiteit Brussel, le 4 octobre 2012.

Why Stewardship of Finance?

When in the Autumn of 2011 I was first approached by Michel Flamée on behalf of the Vrije Universiteit Brussel about the chair I’m privileged to speak from today, the question of how it would ultimately be called was still undecided. The Flemish phrase used in the early discussions was “ethisch financieren”: financing in an ethical manner.

“Ethical finance”, “responsible finance”, “sustainable finance”, so many different phrases have been used to name chairs with similar intent as this one. The difficulty I see however with such ways of speaking is that they have been used in the past sometimes as mere euphemisms when referring to investors in search of a good conscience in the choice of an investment out of a mere concern for political correctness.

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« Savoir financier et vérité : une relation ambiguë »

Je ferai en février, deux exposés à Lausanne, l’un consacré à la crise, l’autre, dans le cadre de l’université, sur le thème : « Savoir financier et vérité : une relation ambiguë ». L’argumentaire de cette seconde intervention constitue en fait un bon résumé de la partie descriptive (par opposition à « programmatique ») de Misère de la pensée économique, à paraître la semaine prochaine.

L’économie politique, qui prévaut jusqu’au troisième quart du XIXe siècle, est un discours de type scientifique, même si son recours aux mathématiques est éclectique parce que ad hoc, selon les nécessités de l’objet à modéliser.

La « révolution marginaliste » qui intervient alors est paradoxale : elle permet à la « science » économique de présenter davantage les signes de la scientificité grâce au recours massif à la modélisation par le calcul différentiel, mais elle ouvre la voie à un éloignement de plus en plus prononcé de la démarche scientifique proprement dite.

1) On attachera de moins en moins d’importance à la vérification expérimentale.

2) On pose en principe l’« individualisme méthodologique », qui implique la négation de processus collectifs émergents et nie du coup tout pouvoir heuristique à la simulation, en contradiction avec les découvertes de la physique.

3) On pose en principe le postulat laplacien de connaissance parfaite de l’avenir à partir d’une connaissance parfaite du présent, là aussi en contradiction avec les découvertes de la physique.

4) L’homo oeconomicus « rationnel » n’est pas abstrait par l’observation empirique mais posé en principe normatif : il décrit des comportements qu’il convient d’adopter.

5) Certains économistes influents, dont les travaux sont couronnés par un « prix Nobel d’économie », comme Friedrich von Hayek ou Milton Friedman, assignent à la « science » économique, un rôle hégémonique : la « science » économique n’est pas descriptive mais vise à faire advenir un type de société identique à ses modèles qui n’ont pas été abstraits par l’observation empirique mais constituent des « types idéaux » à émuler.

 

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LA FINANCE « ÉTHIQUE » : UN TERRAIN MINÉ

Je suis en train de rédiger la leçon inaugurale de mon cours « Stewardship of finance », la finance au service de la communauté, et je me rends compte à quel point le terrain est miné. On n’a pas lésiné du côté de l’ultralibéralisme en cent-cinquante ans de « science » économique : pour aller vite, mais on comprendra ce que je veux dire, toute considération éthique en finance a reçu par avance le tampon « communiste ». Je m’explique.

Milton Friedman (1912-2006) considérait que l’idée-même que les entreprises puissent avoir une responsabilité sociale conduisait immanquablement au « totalitarisme », Friedrich von Hayek (1899-1992) était de l’opinion que la notion de justice sociale était totalement privée de sens. Je précise que quand ces braves gens utilisaient le mot « totalitarisme », le fait qu’ils étaient tous deux en excellents termes avec Augusto Pinochet montre qu’ils l’employaient dans un sens restrictif, dont les dictatures militaires fascistes ou fascisantes étaient manifestement exclues.

Von Hayek et Friedman ne sont pas pour autant considérés aujourd’hui comme des bandits : ils ont reçu l’accolade de leurs pairs sous la forme du « Prix de la Banque de Suède à la mémoire d’Alfred Nobel », que plus personne aujourd’hui ne distingue d’un vrai Prix Nobel, von Hayek en 1974 et Friedman en 1976. Et leur influence n’est pas mince en « science » économique. Je feuilletais hier un manuel standard de la finance (qui m’a d’ailleurs bien servi au fil des années) : Foundations of Financial Markets and Institutions, de F. Fabozzi, F. Modigliani and M. Ferri (Prentice-Hall 1994) et je constatais que si toutes les notions élémentaires de la finance s’y voient offrir des définitions biscornues (un prix est un « signal », l’intermédiation que pratiquent les banques entre prêteurs et emprunteurs est une « fonction qui signale… »), c’est parce que le vocabulaire utilisé est systématiquement celui de ces mêmes von Hayek et Friedman.

Et ça ne s’arrête pas là : la cupidité, dont j’ai entendu dire à une époque que c’était un péché, a été élevée au rang de « besoin » et fait partie des qualités que doit présenter l’homo oeconomicus « rationnel », enfin, « rationnel » au sens où l’entendent les économistes, pas les gens normaux. Si bien qu’on n’hésitera pas à considérer qu’une activité qui satisfait la cupidité est « socialement utile » au sens où nous l’entendons, ou pour employer les mots qu’utilisent les financiers : « apporte de la liquidité ».

L’éthique n’est pas considérée par les économistes et les financiers comme le cadre au sein duquel les activités de la finance viennent s’inscrire, elle est considérée comme un ensemble de considérations plus ou moins superstitieuses, en extériorité de leur domaine, dont il faut faire la preuve de la pertinence si l’on veut qu’il en soit tenu compte. Si une telle preuve ne peut pas être administrée, ce n’est pas grave, cela confirme simplement qu’on n’a pas besoin de l’éthique en finance – ce que j’aurais d’ailleurs pu vous dire au début de notre entretien, et maintenant il va malheureusement falloir que je vous laisse, j’ai plusieurs rendez-vous importants, merci beaucoup quand même pour votre visite !

 

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 16 MARS 2012

Le Front de Gauche et nous
Les « Questions qui restent à résoudre »
Mr. Greg Smith, ancien Executive Director de la compagnie Goldman Sachs
Pour qui travaille une entreprise ?

La même vidéo sur YouTube

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California Street, San Francisco

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BFM Radio, lundi 6 septembre 2010 à 10h46 – Désordres monétaires et émeutes de la faim

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Désordres monétaires et émeutes de la faim

Évoquons d’abord les faits. On reparle ces jours-ci du prix des céréales, au plus haut depuis deux ans. La mauvaise récolte en Russie, gros exportateur de blé en général (13,6 % de la production mondiale), a conduit Poutine à en interdire l’exportation jusqu’à la fin de l’année 2011. On reparle, comme en 2008, d’« émeutes de la faim » et Maputo, la capitale du Mozambique a connu, la semaine dernière des émeutes de la vie chère qui ont fait sept morts. Le 24 septembre, la FAO, l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, consacrera une session spéciale à ces questions, on insiste à Rome, au siège de l’organisation, sur le fait qu’il s’agit d’une réunion « spéciale » et non « extraordinaire », pour souligner qu’il n’y a pas urgence : le prix du blé est encore plus faible de 38 % du sommet qu’il atteignit à l’été 2008.

En arrière-plan de tout cela, la suspicion, non pas tellement de spéculation cette fois, que d’accaparement. Qu’est-ce que l’accaparement ? La création artificielle d’une pénurie par le stockage de quantités qui pourraient être proposées à l’offre.

L’accaparement fait l’actualité en ce moment, ainsi, le fret maritime est à ce point bon marché en l’absence d’une reprise économique, que des cargos inutilisés pour le transport sont mobilisés pour le stockage de gaz naturel liquide. Cela donne lieu à des comptes d’apothicaire : de combien peut-on faire grimper le prix en accaparant, alors que l’on perd du gaz liquide par « ébullition », parce qu’il se réchauffe au stockage ?

On a également beaucoup parlé ces temps derniers de Mr. Anthony Ward, « analyste du marché du cacao », insiste-t-il dans un entretien, et non « accapareur », qui est parvenu cette année à acheter à luiseul, 7% de la récolte. Les exemples plus anciens ne manquent pas non plus, comme celui des frères Nelson et William Hunt, qui étaient parvenus à accaparer le marché de l’argent en 1979-80. Ils avaient perdu leur pari, ce qui leur avait coûté très cher.

Quand le pain est hors de prix, on le sait, le peuple gronde. La fin du XVIIIe siècle a connu de nombreux renchérissements du prix du pain et l’une des rares choses que la plupart d’entre nous savent de Marie-Antoinette, c’est son fameux : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Jacques Roux, à la tête des Enragés, obtiendra de la Convention qu’elle passe le 8 décembre 1792 un décret, jamais appliqué, qui frappe de la peine de mort les accapareurs. On combat la hausse des prix qui accompagne l’accaparement par la fixation des prix. Mais comme le grain est cher, c’est la qualité du pain qui pâtit : davantage de son… et de sciure de bois, jusqu’à ce qu’il devienne immangeable !

Il y a plusieurs motifs à l’accaparement, et si l’on entend aller chercher au-delà de la simple cupidité et de la méchanceté humaine, on découvre le facteur sans doute le plus puissant : le désordre monétaire. Quand la monnaie cesse d’être fiable, il est plus prudent – et plus payant à moyen terme – de stocker le produit. Celui qui avait le mieux démonté ce mécanisme, c’est Saint-Just, qui déclarait dans un discours sur les subsistances, prononcé à la Convention le 29 novembre 1792 : « Ce qui a renversé, en France, le système du commerce des grains depuis la révolution, c’est l’émission déréglée du signe » (488). Le « signe », c’est le « signe monétaire », et en l’occurrence l’assignat, dont la planche à billets ne chômait pas. « Le laboureur, qui ne veut point mettre de papier dans son trésor, vend à regret ses grains, ajoutait-il, cette classe… préfère de conserver ses grains à amasser du papier » (491-492). Et il conclut : « Il faut donc que le législateur fasse en sorte que le laboureur dépense ou ne répugne point à amasser le papier ; que tous les produits de la terre soient dans le commerce, et balancent le signe. Il faut enfin équipoller le signe, les produits, les besoins : voilà le secret de l’administration économique » (492).

Qu’il faut un équilibre entre la monnaie et la richesse produite, Saint-Just le savait donc déjà. Mr. Milton Friedman lui le niait, et son élève Ben Bernanke, le nie également, il évite en tout cas ainsi le reproche de contradiction alors qu’il s’apprête à relancer la planche à dollars. Mr. Friedman n’apprendra jamais : pour lui, il est trop tard. Pour Mr. Bernanke, il est toujours temps : il l’apprendra à ses dépens.

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Saint-Just, Antoine-Louis, Œuvres complètes, édition établie et présentée par Anne Kupiec et Miguel Abensour. Précédé de « Lire Saint-Just » par Miguel Abensour, Paris : Gallimard, 2004

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Déflation ou pas ?, par François Leclerc

Billet invité.

DEFLATION OU PAS ?

C’est le sujet de la rentrée. Rappel : certains analystes, au premier rang desquels les experts de la BCE, ont ces derniers temps insisté sur le fait qu’il y a avait déflation et déflation, ne pas confondre ! Que ce que nous enregistrions en avait certes l’apparence, mais que celle-ci était trompeuse. Qu’il ne fallait pas se fier aveuglément aux chiffres (pour une fois que ce sont eux qui le disent !) et prendre en compte que le niveau historiquement très élevé des prix du pétrole, il y a un an, faussait la comparaison. Tout va rentrer dans l’ordre à la fin de l’année, prédisent-ils, sans expliquer si c’est de la hausse du pétrole, et d’une manière générale des matières premières, qu’il va falloir attendre cette amélioration des données de l’inflation, effaçant un peu magiquement la déflation constatée. Car cela serait alors tomber de Charybde en Scylla, la déflation ne serait peut-être plus aux portes (ce qui reste à vérifier), mais la hausse du prix des « commodities » ferait en contrepartie obstacle à la relance économique. De fait, la hausse du prix des matières premières est attendue par de nombreux commentateurs financiers. Comme il sera difficile de l’expliquer par une forte demande résultant d’une croissance économique échevelée, les mauvais esprits considéreront certainement qu’elle résultera de la spéculation financière. Arguant du fait qu’il faut bien se refaire une santé et qu’il n’y a pas tant de terrains de jeux disponibles, depuis qu’un certain nombre d’entre eux sont désertés. Mais n’anticipons pas !

Quoi qu’il en soit, le Financial Times, vient d’annoncer que les prix des produits industriels avaient chuté de 7,8 % en un an en Allemagne, ce qui ne s’était jamais vu depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1949), « éclairant la faiblesse des pressions inflationnistes dans toute l’Europe », précise le journal avec une de ces formules contournées qui sont l’apanage des financiers et le privilège de ceux qui ne veulent pas employer les mots qui blessent. Le même article, signé de Ralph Atkins, correspondant à Francfort, considère que cette donnée « renforce la crainte que les forces déflationnistes se renforcent dans la principale économie européenne. » Le mot est finalement dit.

L’appréciation des données déflationnistes n’est pas un exercice d’école. Les économistes sont familiers avec la notion de « core inflation » (noyau de l’inflation), qui exclut du calcul de celle-ci le prix de l’énergie et des produits alimentaires, considérés comme les plus volatiles et pouvant être trompeurs. Le malheur veut que cette mesure du noyau de l’inflation est déjà négative en Irlande et qu’il est difficile de soutenir que ce n’est pas un signe inquiétant qui pourrait se révéler précurseur. Selon Eurostat, l’office de statistiques Européen, les prix à la consommation, et donc le taux d’inflation (incluant pétrole et produits alimentaires), sont négatifs à -0,6% en juillet (sur une année), accentuant le – 0,1% du mois de juin précédent. Il ferait bien voir que ces pourcentages modestes ne puissent pas être considérés comme significatifs, alors que l’on fait des gorges chaudes de modestes pourcentages identiques lorsqu’ils mesurent la croissance (en Allemagne et en France).

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