Comment l’euro grec sera une monnaie plus solide que l’euro mis en faillite par l’Eurogroupe, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Par la force des choses et l’irresponsabilité des technocrates pseudo-européens, la Grèce a franchi la première étape de reconstruction d’un euro fondé sur la démocratie. Le contrôle souverain de la circulation monétaire du capital rétablit au moins formellement la suprématie de la loi et de la société politique sur la propriété, l’investissement, le crédit, la rémunération du travail et l’assurance des personnes. Comme l’approvisionnement des banques grecques en titres de paiement de la BCE n’est plus garanti, le pouvoir politique grec est obligé de reprendre explicitement le contrôle des banques, donc des conditions du crédit et de la conformité des paiements à l’intérêt général.

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Désir et volonté, économie du rapport de force vraie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Toi avec qui je commerce, avec qui j’échange mon travail contre un bien, ma décision contre un capital, mon savoir être contre ta capacité à produire des services pour les autres, tu me demandes de ne pas te protéger. Cela signifie pour moi que je n’ai pas à te protéger contre toi-même. Je n’ai pas à douter de ce que tu dis ni de ce que tu fais avec ton corps qui exprime ta personne, ton désir et ta volonté. Cela signifie aussi pour moi que je ne dois pas réprimer ce que je ressens pour toi. Je dois te laisser libre de penser que je rachète ton mal ou que je te vends un vrai bien. Pour que nous nous aimions et pour que tu saches que nous nous aimons, je protège ta liberté de penser.

Evidemment, je m’applique à moi-même ce que je comprends de ta demande. Si tu me dis que je t’assure contre un mal ou que je t’ai livré un vrai bien, je m’efforce d’écouter ce que tu me dis sans en déformer ou en travestir le sens selon mon intérêt exclusivement personnel. Tu as reconnu devant moi que ce qui te rendait particulièrement aimable à moi est l’écoute unique et véritable que tu me témoignes. Mon souhait le plus vif est de te témoigner d’une écoute aussi attentive et sensible que celle que tu m’offres.

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Indexer la monnaie sur l’énergie : c’est déjà le cas, par Stéphane Feunteun

Billet invité, en réponse au billet de Jérôme Naly « Mon grand-père a une idée géniale : indexer la monnaie sur l’énergie ». Le billet est ouvert aux commentaires.

Le malentendu persiste au sujet de la « monnaie-énergie ». Notez que je préfère être assimilé à un papy gâteux qu’évacué d’un revers de main en tant que militant décroissantiste inculte ; au moins on peut essayer de discuter. Pour ce qui me concerne, je n’essaie pas du tout de plaquer cette idée sur le système existant (ce qui donne effectivement des choses bizarres, surtout quand on part d’un exemple particulier, et encore plus quand celui-ci est éloigné de la réalité des échanges), ce que j’essaie de faire, à tâtons, est d’entrevoir la logique qui sous-tend le fait établi (constat) que le PIB mondial est un multiple constant de la quantité d’énergie primaire consommée dans l’année. J’essaie de n’avoir aucun a priori par ailleurs.

Une partie de la confusion semble venir d’une mauvaise appréhension des ordres de grandeur. Prenons l’agriculture: on est à 20 000 lieues du charmant coin à morilles de pépé René ; aujourd’hui les surfaces agricoles sont des substrats quasi-inertes sur lesquelles on déverse à l’aide de machines diesel les éléments nécessaires à la pousse de l’unique espèce qui nous intéresse (la croissance se fait sans interaction avec les écosystèmes environnants). À part les semences (quoique), tous ces intrants (engrais NPK et pesticides) sont dérivés directement ou indirectement d’hydrocarbures. L’industrie agricole dépend totalement de l’industrie pétrolière et pétrochimique.

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Mon grand-père a une idée géniale : indexer la monnaie sur l’énergie, par Jérôme Naly

Billet invité

Ainsi parlait mon pépé René:

« Quand j’étais petit, la monnaie avait de la valeur. La preuve: il me suffisait d’aller à la banque et j’échangeais mes billets contre de l’or. Ça c’est quelque chose non ? Mais de nos jours, plus rien n’a de la valeur. Regardez les jeunes comme ils dépensent sans compter. L’énergie par exemple; toujours que je suis derrière eux à éteindre la lumière. Ah, si la monnaie était indexée sur l’énergie, ils comprendraient vite la valeur de l’énergie, moi je vous le dis !  »

Sacré pépé, il confond le prix et la valeur. Remarquez qu’il n’est pas le seul. Moi aussi j’ai mis longtemps à assimiler que le prix ne reflète pas la valeur des choses, mais seulement les rapports de force dans la société. Ceux qui, comme mon grand-père, veulent indexer une monnaie sur l’énergie pour forcer la société à tendre vers la sobriété, se trompent, car ils sous-entendent implicitement qu’un prix reflète nécessairement une valeur. A leurs yeux, tout prix exprimé dans une monnaie fondée sur la ‘valeur énergie’ refléterait nécessairement le contenu en énergie d’un bien de consommation.

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Des quatre primes aux trois degrés de la loi : comment l’expliquer pour l’appliquer ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Sur le blog et avec les Amis du Blog de Paul Jorion, nous discutons de l’économie des biens, des prix, de la loi, et de la monnaie. Nous constatons que le système actuel tombe dans le vide en ne produisant pas de biens universels qui soient tels pour tout le monde. Nous subodorons un problème de loi : il semble que la finance mette la monnaie hors la loi, que les prix ne mesurent pas les vrais biens, que la loi ne nous permette plus d’identifier les biens dans une économie. Pour le dire autrement, la politique mouline dans le vide : la discussion des lois et de l’application des lois n’a plus de rapport avec la réalité de ce que nous pourrions considérer comme du bien commun.

Nous militons pour le bancor que nous voyons d’après la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie comme une réintroduction de la citoyenneté dans le système économique. La chambre de compensation en bancor est une matrice politique multinationale de la monnaie. L’étalonnage de la monnaie en actifs économiques ne serait plus l’activité privée des intérêts financiers mais l’activité publique des pouvoirs politiques souverains par les lois. La proposition monétaire de Keynes à Bretton Woods avait posé la responsabilité des États nationaux dans un gouvernement mondial de la monnaie mais n’avait pas explicité la loi de ce gouvernement transnational. Outre que le bancor anéantirait les intérêts spéculatifs privés « offshorisés », l’autre argument public d’indifférence active au bancor est l’absence de loi politique monétaire internationale.

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LA MUTATION DU BANCOR DANS L’ESPACE NUMÉRIQUE MONDIAL, par Pierre Sarton du Jonchay et Julien Alexandre

Billet invité

Schéma Bancor
(cliquez pour agrandir le schéma).

La représentation ci-dessus illustre de façon schématique la proposition de monnaie de compensation mondiale telle qu’émise par Keynes lors de Bretton Woods, sous le nom du bancor. Le schéma se lit ainsi (ICU étant l’International Clearing Union, la banque centrale qui assure la compensation) :

Le pays B exporte des biens pour une valeur de 100 vers le pays A. La banque A transfère 100 bancors à la banque B.

Une fois le transfert effectué, si :

  • A est en déficit au-delà du découvert autorisé (l’allocation en bancors), alors il y a paiement d’intérêts à l’ICU et dévaluation de sa monnaie pour exporter davantage ;
  • B est en excédent sur sa balance des paiements, alors il y a paiement d’intérêts à l’ICU et réévaluation de sa monnaie pour exporter moins et importer davantage.

Si B ne réduit pas son excédent, alors la créance correspondante accumulée sur les débiteurs par l’ICU fait l’objet d’une taxation au profit de la collectivité. Par décision de politique publique, l’ICU prélève une prime d’assurance accrue sur les paiements compensés entre les pays dont les échanges trop déséquilibrés accroissent le risque systémique.

La simplicité du schéma ne permet pas d’expliciter l’emploi du capital international collecté dans la compensation. Le désaccord entre Britanniques et Étatsuniens sur les règles d’allocation du capital systémique accumulable en bancor fut l’une des raisons de l’échec de Keynes. Pour résoudre ce problème objectivement, nous construisons des simulations de chambre de compensation informatisées intégrant les technologies financières de gestion du capital.

La modélisation informatique du bancor impose un choix systémique sur les finalités de la monnaie. Si la monnaie est un simple outil de règlement, le capital de compensation doit être divisé a priori entre les participants au bancor qui en disposent en toute liberté. Si la monnaie est un instrument de négociation des règlements, alors le ré-emploi du capital systémique doit être mutualisé dans une politique d’assurance de la stabilité du crédit.

Dans une structuration aristotélo-thomiste du système par le choix de ses finalités, le schéma fait voir quatre circuits d’information dans lesquels les responsabilités personnelles des acteurs doivent être spécifiées :

1) les échanges commerciaux matériels produisant des balances commerciales ;

2) les échanges monétaires de prix produisant des balances de paiements ;

3) les échanges de monnaie (dérivés de prix) produisant des parités de change en bancor en lieu et place des parités bilatérales actuelles ;

4) les échanges de crédits (dérivés de monnaie) produisant des taux d’intérêt équivalents aux primes de change international actuelles.

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Remettre l’intelligence de la personne au service de la réalité politique de l’économie du vivre ensemble, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Certains d’entre vous seront tentés de dire « inintelligible » – peut-être par simple réflexe. À ceux-là, je n’ai qu’un conseil à donner : « Reprenez votre lecture jusqu’à ce que le sens vous apparaisse : c’est de la préhistoire de la manière dont nous pensons aujourd’hui qu’il est question. C’est essentiel. Quand vous aurez assimilé ce qui est écrit ici, vous aurez compris tout ce qui nous a été volé depuis ».

Ce texte est une interprétation libre de la scolastique en langage d’aujourd’hui. Il est construit sur le billet de Paul Jorion Crise financière et logique de la prédisposition.

La réalité dans le temps

Crise financière et logique de la prédisposition nous conduit à trois conclusions scientifiquement fortes. Première conclusion : la « science économique », par quoi il est convenu d’analyser l’actuelle crise économique exposée à notre entendement, n’est pas une science. La crise est économique au sens où aucun des cadres effectivement scientifiques dont nous disposions ne permet de l’analyser et de la comprendre scientifiquement. Ce que nous appelons « science économique » est une histoire que nous nous laissons raconter afin de consommer distraitement la matière sans économiser la vie. Cette « science » est apparue dans la deuxième moitié du XIXème siècle pour suspendre la faculté politique de jugement à vouloir ce qui est possible dans la réalité vraie.

Jusqu’au renversement aujourd’hui achevé de l’économie politique en « science économique », le débat de la politique est la discussion collective et universelle de séparation du vrai et du faux dans la réalité positive et négative. La réalité négative matérialisée par les dettes qui submergent l’humanité actuelle n’est pas en vérité la spéculation qu’elle est devenue. Une dette vraie ne peut pas se constater sur ce qui ne peut pas exister physiquement ni au présent ni au futur. La dette ne peut être qu’un discernement sur ce que l’individu dans la société doit véritablement rendre à la réalité du présent vers le futur. La réalité n’est pas la seule matière physique qui se compte en quantité mais la matière informée par l’esprit. L’esprit qualifie l’être dans le temps éternel ; il donne le prix de l’existence dans et par la vie sociale d’intelligence de la relation dans le temps.
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LA MONNAIE REFONDÉE SUR LE CAPITAL DES DROITS HUMAINS, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le retour des tensions sur la liquidité du marché financier européen après l’émission nominale de plus de mille milliards d’euro par la BCE signale le décrochage irrémédiable de la croissance réelle sous une dette mondiale hors de contrôle. Le nouveau président français dépositaire éminent de l’autorité financière des États sera sans délai confronté à des arbitrages radicaux sur l’avenir de l’euro, sur le sauvetage du système financier international et sur la liquidité des échanges internationaux.

Il n’est plus possible de différer la restructuration de la dette mondiale entre les épargnants et les emprunteurs. Mais il est impossible d’y parvenir sans établir des critères internationaux de solvabilité pour mesurer ce que tout emprunteur est capable de rembourser qu’il soit particulier, entreprise, banque ou État. Une fois mesurée la part de chaque dette assise sur la solvabilité réelle, il faut établir une règle de partage des pertes de crédit entre toutes les catégories de créanciers selon la nature des droits sous-jacents aux créances.

En l’absence de règles internationales de limitation de l’endettement entre zones monétaires et de limitation de l’endettement des banques par rapport à la dette des États qui les garantissent, le seul gage actuellement livré aux créanciers est la diminution des dépenses publiques de protection du travail et de solidarité redistributive. L’affichage de la rentabilité financière détruit la croissance économique réelle issue du travail. L’inflation des dettes par rapport à l’économie réelle ne peut pas être freinée sans rétablissement de l’égalité des droits entre tous les emprunteurs ainsi qu’entre les emprunteurs et les prêteurs.

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RÉTABLIR L’ÉCONOMIE DE LA LOI PAR LA MONNAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Continentaux et anglo-saxons se chamaillent sur la priorité entre recapitalisation des banques et réduction des déficits publics. Ce débat sur la poule et l’œuf dissimule la cause commune de l’insuffisance du capital bancaire et du surendettement public et privé. Il n’y a ni poule ni œuf sans coq pour féconder la poule. De même, il n’y a ni capital ni dette remboursable sans régulation internationale des monnaies. La loi publique féconde l’échange économique.

La monnaie est l’unité de compte de l’échange. L’échange engendre le prix. Le prix porte sur l’objet que quelqu’un vend à un acheteur. L’acheteur transfère le prix au vendeur contre l’objet. L’objet de l’échange est pure convention entre l’acheteur et le vendeur. Tout ce que l’homme peut nommer et négocier s’achète par un prix qui est le règlement du vendeur de l’objet. Le prix en monnaie est un concept de quantification des objets échangés.

La mondialisation de l’échange donne à penser que l’échange est purement bilatéral entre des individus. Cette interprétation dissimule la cause qui fait matériellement exister la monnaie de règlement. Pour que le prix réalise l’échange équitable, il faut que l’acheteur et le vendeur s’entendent sur une loi commune. La loi fonde le crédit qui provoque le règlement en monnaie.

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UNE ÉCONOMIE MORALE EST UNE ÉCONOMIE POLITIQUE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Avec sa proposition de bancor, Keynes prend le contrepied de conceptions monétaires anciennes. Non seulement il propose des justifications morales à son étalon monétaire : plein emploi des ressources de travail, équité des relations internationales et régulation du crédit entre débiteurs et créanciers ; mais il prétend à l’universalité de la norme monétaire comme matérialisation commune d’un bien moral.

Comme monnaie, le bancor est un étalon de rationalité internationale des prix mais non un prix-étalon d’un quelconque bien particulier ni une valeur en soi. Selon ses biographes, dans l’esprit de Keynes, il n’a jamais été question de fixer en bancor le prix de l’or ni même de mettre un certain poids d’or dans l’étalonnage du bancor en biens réels.

Keynes voulait que l’étalon international résulte de la négociation des parités relatives entre monnaies. Les déficits ou excédents de paiement étaient comptabilisés en bancor et la réévaluation ou la dévaluation était le moyen de sanctionner une contribution excessive aussi bien comme prêteur que comme emprunteur à la masse mondiale des crédits en bancor.

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POURQUOI CONVOQUER UN NOUVEAU BRETTON WOODS, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Solder les dettes pour reconstruire

Le premier Bretton Woods fut convoqué en 1944 pour entériner la proposition négociée entre les États-Unis et la Grande-Bretagne du nouvel ordre monétaire international. Le nouvel empire et l’ancien empire sont alliés dans la guerre. Mais les États-Unis sont créanciers du monde ; ils ont  financé tous les vainqueurs. Le problème de la guerre qui va s’achever est le remboursement des dettes.

L’essentiel du stock d’or mondial a été déposé aux États-Unis en garantie des crédits accordés en armements et autres approvisionnements aux belligérants. Il ne sera pas possible de rembourser les États-Unis en or mais exclusivement en exportations de biens et services. Les accords de Bretton Woods entérinent la démonétisation de l’or comme moyen de paiement international. Le dollar comme titre de créance sur le système fédéral étatsunien de réserve devient monnaie de règlement international.

A Bretton Woods, les États-Unis achètent au monde libre la fonction de banque centrale mondiale contre l’annulation ou la restructuration des dettes. Les dettes internationales originellement remboursables en or sont désormais remboursables en dollar. Le principe de la monétisation internationale des dettes est officiellement adopté : la loi financière étatsunienne s’applique au monde entier.

La monétisation en dollar des dettes internationales permet d’économiser du temps pour se consacrer aux urgences : toutes les ressources économiques sont consacrées à la reconstruction plutôt qu’au remboursement des dettes. Les alliés des États-Unis fixent le taux de change de leur monnaie à un niveau qui leur permette d’importer des biens d’investissement puis de réexporter leur valeur ajoutée avec un petit surplus commercial.

La négociation des changes sous l’égide du Fonds Monétaire International (FMI) veille à ce que le prix du travail d’un pays commercialement déficitaire soit abaissé en dessous du prix du travail aux États-Unis ; afin que les emprunts internationaux tendent à se rembourser par des excédents commerciaux. La valeur des monnaies est fondée sur le plein emploi international des ressources de travail.

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D’UN SYSTÈME À L’AUTRE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Le lecteur notera qu’en dépit de références généreuses à mes ouvrages, Pierre Sarton du Jonchay propose ici une théorie de la monnaie qui les contredit en justifiant l’usage du concept de valeur qui – il me l’accorde – est inutile, voire trompeur, lorsque l’on parle du prix, mais serait nécessaire si l’on veut parler, en sus, de la monnaie. Je demeure sceptique, mais supporter enthousiaste du choc des idées. Voyons ce que vous en pensez.

Le non-système n’existe pas

Les États-Unis sont en défaut sur leur dette publique par le seul fait d’exprimer leurs désaccords sur le relèvement légal de la limite autorisée d’endettement fédéral. La dissolution en cours du noyau du système financier mondial est l’événement prémisse du changement de système qu’il nous est impossible de ne pas penser.

Le monde continue d’exister même si la principale monnaie de réserve des échanges internationaux est de valeur indéterminée pour tout emprunteur ou créancier en dollar. Si le Trésor des États-Unis fait défaut en tant que premier emprunteur de la planète en dollar, les non-Étasuniens débiteurs ou créanciers en dollar vont devoir se prononcer au moins entre eux sur le prix de leurs engagements.

Dans Comment la vérité et la réalité furent inventées, L’argent, mode d’emploi et Le prix, Paul Jorion fournit l’appareil logique et conceptuel qui permet de ré-élaborer le système qui va succéder à celui qui s’effondre dans ses contradictions. Le chemin d’élaboration d’une connaissance scientifique pertinente et possiblement juste et efficace est balisé. Observation du réel, hypothèse théorique, élaboration du modèle de théorie, expérimentation dans le réel, appréciation du résultat par rapport à la prévision théorique.

Un système est une théorie appliquée à un champ délimité du réel. Pour le nouveau système financier et monétaire qui va émerger, Paul Jorion a posé des observations et des hypothèses. Les éléments du nouveau modèle sont là mais ne sont pas rassemblés dans la théorie véritable de l’économie efficiente.

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SCÉNARIOS DE CRISE, par Pierre Sarton du Jonchay et Jean-Luc Gréau

Billet invité

Il y a trois niveaux d’analyse de la désintégration en cours du système financier mondial.

1/ Les faits à peu près visibles et admis

La Grèce ne peut pas et ne remboursera pas l’intégralité de sa dette publique. Il en est de même à un moindre degré de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne. Mais vraisemblablement aussi des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de la Belgique. Tous ces pays sont en déficit maximal de leur finances publiques. Le problème est la croissance du produit intérieur brut (PIB) plus faible que la croissance de la dette par rapport à ce même PIB. Les recettes fiscales ne peuvent pas croître aussi vite que la dette qui ne peut donc pas être stabilisée.

Si la pression fiscale augmente sur les revenus salariés à seule fin de réduire l’endettement public, alors les facteurs de croissance s’amenuisent ; la dette publique croît par les seuls intérêts. Les intérêts rongent inexorablement la capacité publique de structurer l’économie politique. La conséquence non visible mais bien ressentie de la dérive des dettes publiques est l’anticipation que chacun fait de son appauvrissement en services et assurances publiques. L’épargne de précaution augmente en actifs réels ; des biens durables sont accumulés par exemple dans l’immobilier simplement pour mettre en réserve sans consommer.

Une autre épargne augmente placée et investie à l’étranger où le futur est réputé plus rentable et moins risqué. Ce phénomène est massif en dollars et en euros facilité par le statut de monnaie de réserve internationale de ces monnaies. La fuite des liquidités à l’extérieur de l’économie réelle en dollars et en euros fait monter les taux de change dans le reste du monde et les taux d’intérêt partout.

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VALEUR, INTÉRÊT ET PRIX DANS LA DÉMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Une réponse aux commentaires de Kercoz, Rosebud1871, Yano, Caleb Irri, Fab, Johannes Finckh et Shadok au billet sur la révolution monétaire de la démocratie. Ce billet cherche une formulation politique de l’acte de faillite du système de la ploutocratie qui serve à le remplacer par le système de la démocratie réelle.

Intérêt du sujet pour l’objet

La valeur est associée au sujet par l’intérêt. Le sujet est singulier ou pluriel ; l’intérêt est particulier ou collectif ; la valeur est privée ou générale. Le « ou » est dans ces trois propositions inclusif et non exclusif. Le « ou » fait relation à la liberté du sujet entre le singulier et le pluriel, le particulier et le collectif, le privé et le général. Dans la conceptualité aristotélicienne de la matière, de la forme, de la fin et de l’effet, le sujet est l’effet qui produit dans l’intérêt la forme reliant la fin du sujet à la matière de l’objet. Mon intérêt formel pour l’orange matérielle que je saisis est le choix que je fais de la déguster. Mon intérêt pour l’orange n’est pas le vôtre pour vous qui préférez la pomme. L’intérêt différencie finalement, formellement et matériellement les sujets reliés par les objets.

Parce que l’intérêt est matériel, objectif et subjectif, il se monétise. La monétisation de l’intérêt matérialise quelque chose qui n’est ni la matière du sujet, ni la matière de l’objet bien que l’intérêt soit lié au sujet et à l’objet. L’intérêt monétisé matérialise la fin que le sujet investit dans la matière de l’objet. Sans la monétisation de la fin du sujet dans l’objet matériel, les fins ne sont pas négociables entre les sujets. Les sujets sont enfermés dans leurs propres fins. Ils ne peuvent pas se servir réciproquement ; ils ne peuvent pas servir leurs fins par le service des fins d’autrui. La monétisation de l’intérêt est une forme qui permet sa matérialisation. Et c’est la matérialisation de l’intérêt qui produit visiblement la monnaie matérielle distincte des sujets et des objets qui la motivent.

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RÉVOLUTION MONÉTAIRE DE LA DÉMOCRATIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le problème de la valeur réelle

Depuis Aristote, la monnaie est unité de compte pour calculer des prix ; moyen de règlement des échanges dans le temps et dans l’espace ; et réserve de valeur pour accéder à l’utilité future de biens réels. Depuis vingt-trois siècles la monnaie est un outil de mise en équivalence de tous les objets qui s’offrent et se demandent à la satisfaction des besoins économiques. Pour que cet outil créé par l’intelligence humaine soit la contrepartie effective des échanges dans l’espace et dans le temps, il est matérialisé par des espèces physiques, par des titres de créances ou par des comptes centralisés chez un intermédiaire financier. Quelle que soit sa représentation et son mode d’utilisation, la monnaie exprime la finalité humaine de l’échange de la valeur raisonnée.

Depuis l’origine le problème essentiel et existentiel de la monnaie est la fixation stable dans le temps et dans l’espace du lien entre l’unité de compte formelle et la valeur matérielle qu’elle représente. La matérialisation de la valeur en dehors d’un objet concret réel de satisfaction est nécessairement conventionnelle. Chaque individu est libre de la valeur qu’il accorde à toute chose. Le problème de l’étalonnage monétaire de la valeur est qu’il soit accepté et reconnu entre toutes les personnes qui échangent dans un même espace de valeur. L’étalon est stable s’il existe une société de valeurs communes ; si tous les objets échangés par cet étalon s’inscrivent dans le même système de valeur ; et si tous les objets échangeables trouvent effectivement leur contrepartie étalonnée dans la règle de prix admise par la société.

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COMMENT LA FED ET LA BCE SONT EN FAILLITE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La monnaie unique européenne a pour finalité de faire partager à ses membres une même conception de la mesure, de l’échange et de l’anticipation de la valeur économique. Cette communauté multinationale de valeur est de fait crédible par sa taille et par sa santé comparée à ses grandes concurrentes dans le reste du monde. Toutefois, comme l’a rappelé récemment « l’Initiative du Palais Royal », tout le système financier mondial dysfonctionne. La solidité relative de l’euro ne présume pas de la cohérence de l’actuel système des monnaies. Malheureusement, l’avenir apparaît plein de graves incertitudes. La première étant que les « marchés internationaux » ne sont pas persuadés de la pérennité de l’euro et prennent en toute liberté des positions spéculatives qui forcent la défiance et détruisent la croissance.

En fait, toutes les autorités monétaires des grandes monnaies sont attaquées par des opérateurs financiers off shore. Le shadow banking permet sans limite de jouer les systèmes juridiques et les régulations zonales les uns contre les autres. La volatilité des changes, des prix et du crédit qui en résulte fait monter les primes de risque au gré des positions spéculatives ; positions auto-réalisatrices grâce à l’opacité de la libre circulation internationale des capitaux. La spéculation off shore exempte de toute obligation de transparence et de réalité vérifiable joue gagnant avec certitude en constatant l’impossibilité dans laquelle se trouve les banques centrales de jauger la réalité économique. Les banques centrales sont confinées dans leur zone juridique et dépendent du système bancaire qu’elles régulent pour mesurer les réalités économiques dans leur périmètre de compétence.

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TOUS COMPLICES (suite et fin), par Zébu

Billet invité

C’est l’histoire d’une maison. Une maison dont les habitants étaient tous propriétaires. Cette copropriété n’allait pas forcément de soi et de temps en temps on voyait sortir tel pavé, tel drapeau rouge au rez-de-chaussée ou au contraire entendait-on les cris des propriétaires de l’étage du dessus qu’on « égorgeait la propriété privée ». On y avait nationalisé le chauffage et l’électricité mais aussi le chemin qui y menait et en sortait, les moyens de déplacements et même le crédit qui permettait à tout un chacun de pouvoir investir pour l’avenir, sachant néanmoins que les risques liés aux vicissitudes de la vie étaient pris en charge par l’effort de solidarité entre copropriétaires. Puis un marchand d’allumettes passa.

De fait, les habitants de cette maison n’en avaient guère besoin, puisque le chauffage et l’éclairage collectif couvraient largement les besoins de la maisonnée, mais le vendeur était pugnace et faisait bruler ses allumettes, montrant combien les jolies petites flammes faisaient aussi de jolies lumières. Ces allumettes étaient dite de sécurité, c’est-à-dire qu’elles ne pouvaient pas s’enflammer toutes seules. Pour plus de sécurité encore, elles étaient enfermées dans une boîte.

Les copropriétaires délibérèrent et acceptèrent que les allumettes du marchand leur soient vendues. Le marchand revenait régulièrement car la demande augmentait et proposa bientôt des cheminées à chacun, qui permettaient de chauffer individuellement, en plus du chauffage collectif. Les allumettes permettaient ainsi d’allumer de beaux feux dans ces cheminées, d’autant plus beaux et grands que le chauffage central, dont les copropriétaires s’étaient progressivement désintéressés, tombait de plus en plus en panne car il était de moins en moins entretenu, chacun rechignant à verser les cotisations nécessaires pour les charges communes.

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PARA QUE VIVA ESPAÑA ; CONDITION FINANCIÈRE DE LA DÉMOCRATIE RÉELLE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Démocratie réelle

Les Espagnols s’indignent. L’Espagne, c’est du lourd. La deuxième guerre mondiale a commencé entre espagnols en 1936 ; par la guerre entre communistes et fascistes, républicains et démocrates, anarchistes et monarchistes, régionalistes et internationalistes. Les Espagnols posent les débats de fonds. Quel régime politique exprime l’aspiration humaine à la justice ? Quel régime économique produit des richesses pour tous les citoyens ? Quel régime de pensée et de discours rend-il à l’homme sa dignité ?

Les manifestants de la Puerta del Sol formulent un message limpide. Ils ne vivent pas pour l’argent. La démocratie n’est pas l’application de la loi de l’argent. Leur valeur morale n’est pas mesurée par l’argent. Ils veulent que leur travail soit le moyen de vivre dignement. Que la démocratie soit réelle ; qu’elle soit la discussion d’une société réelle et vraie ; que son gouvernement soit motivé par le bien commun ; que le citoyen soit personnellement représenté dans les institutions. Les Espagnols n’ont pas peur des moulins à vent de la Manche ; ils veulent simplement mettre le monde sur ses pieds.

Le nouveau « nouveau monde » de la Puerta del Sol met la société humaine à la tête. La morale du bien commun est au service de la personne. La démocratie discute du bien commun au service de la dignité personnelle. Et l’argent compte le prix des biens au service de l’homme. L’argent est au service de la démocratie. L’argent compte la chose publique inscrite dans les limites du monde réel. La Puerta del Sol contredit le monde qui marche sur la tête. Elle contredit le pouvoir de l’argent qui fixe à l’homme des limites arbitraires pour piétiner la réalité du monde, pour en épuiser les ressources au profit d’individus tout puissants.

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LETTRE À LA COMMISSION EUROPÉENNE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La crise dans laquelle nous sommes entrés en 2007 met en grave péril l’avenir des Européens et leur projet d’Union. Cette crise témoigne de la rupture entre un espace d’échange mondialisé et une organisation politique internationale non coopérative entre États nationaux. La crise est financière du fait que la transformation réciproque de l’ordre politique en ordre économique s’opère par la monnaie. Bien que l’Union européenne soit justement le projet international le plus abouti d’harmonisation de l’économie à la politique, elle n’est pas parvenue à créer un système financier et monétaire au service du bien vivre ensemble des Européens. Comme l’affirme Paul Jorion : l’Europe est directement mise en cause dans la destruction de l’ordre politique par l’économie et la finance.

L’histoire de l’économie politique reprise dans ses concepts fondateurs d’Aristote et de Thomas d’Aquin – matière, forme, fin, effet, sujet, objet, prix – révèle que l’ordre monétaire et financier que nous connaissons est resté inachevé à cause du morcellement de la démocratie. La deuxième guerre mondiale s’est muée en guerre de domination économique et les hommes sont demeurés inégaux en droit en dépit des déclarations de principe. L’Union européenne est la seule tentative de démocratie multinationale. Mais elle ne s’est pas dotée d’une monnaie qui traduise une économie commune de la valeur humaine à l’intérieur de ses frontières politiques.

La déconnexion entre l’économie et la démocratie vécue par l’Europe depuis la révolution industrielle s’est généralisée à l’échelle du monde par la circulation anarchique des capitaux en dollar. Le système financier mondialisé émet la monnaie hors de tout contrôle politique du bien commun. La crise des subprimes a mis les États de droit en faillite financière par le surendettement public. L’autorité politique ne peut rester économiquement liquide sans la fuite en avant monétaire. La valeur réelle des monnaies s’effondre dans l’inflation ; les sociétés vont se disloquer entre les détenteurs d’actifs réels et la masse des salariés et pensionnés dont les revenus sont comptés en monnaie.

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KEYNES : L’EUROPE SERA-T-ELLE FIDELE A SES GRANDS HOMMES ?, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Sylla a renouvelé en commentaire à Sortir la finance de la nuit conceptuelle une interpellation récurrente sur l’impact prévisible d’un étalon monétaire mondial sur la répartition du capital. En fait la proposition keynésienne du bancor est sous-tendue par une conception politique du capital qui définit les conditions et la nécessité de sa fluidité. La révolution keynésienne de l’économie politique consiste dans l’analyse du rôle de l’État de droit dans l’allocation du capital à la production de richesse et dans la définition des conditions monétaires publiques de l’optimalité de cette allocation au fil du temps.

Économie libérale schizophrène

Lors de la révolution industrielle et financière du XIXème siècle, s’est imposée l’hypothèse d’une dissociation utile et sans conséquence du capital physique investi dans le développement économique et du capital conceptuel représenté dans la Loi politique, les règles du calcul économique et la responsabilité financière. Cette hypothèse s’est imposée autant dans les mentalités que dans les faits puisque les théories économiques et juridiques se sont opposées entre nations distinctes et que les échanges se sont néanmoins développés par la circulation des marchandises dont la plus précieuse, l’or, a été reconnue comme unité de compte et de règlement des prix internationaux. Le libéralisme politique et la multiplicité des États ont progressivement nourri le libéralisme économique niant toute présence de l’État de droit dans une rationalité économique qui serait indépendante de la politique. Cette conception a bien été dénoncée comme cause fondamentale de la Grande Crise mais n’en a pas moins repris le dessus dès les années soixante-dix pour provoquer la grande crise actuelle du début du XXIème siècle.

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