GERARD MORTIER (1943 – 2014), par Michel Leis

Billet invité

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Un directeur d’opéra a-t-il sa place ici pour un hommage ? L’Opéra, art ambigu s’il en est, entre l’art total revendiqué par Wagner et une audience bourgeoise qui s’est appropriée l’Opéra comme un code de reconnaissance et une marque d’appartenance, laissant de côté la beauté de la musique et la force de certains livrets.

Gerard Mortier a dynamité les conventions. Il a provoqué le public habituel de l’opéra, leur renvoyant parfois une image dont le moins que l’on puisse dire et qu’elle n’est pas très flatteuse. Il a donné l’opportunité à quelques trublions de donner une vision parfois révolutionnaire de grands classiques.

La flûte enchantée par la Fura del Baus et surtout le Don Giovanni de Haneke, splendide transcription dans l’univers d’une grande entreprise, vision glaçante et combien d’actualité sur le pouvoir, l’argent et le sexe, restera à jamais comme l’un des plus grands spectacles jamais vus sur une scène d’opéra.

 

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CACHAFAZ

Cachafaz, ça veut dire « canaille ». Cachafaz vit avec sa « copine » Raulito dans la misère au Conventillo dans le quartier des abattoirs de Montevideo. Vivent avec eux dans de minuscules cellules, de multiples familles. On est là dans le monde des bas-fonds de Gorki dont Jean Renoir, avec la complicité de Gabin et Jouvet, nous a lui aussi offert une merveilleuse illustration.

Un jour, Cachafaz tue le policier qui est venu l’arrêter pour une misérable histoire de saucisse volée. Après avoir fait un calcul savant sur combien de viande cela ferait par enfant sur combien de jours, la petite communauté décide plutôt que d’enterrer le corps, de le manger. Elle fait subir ensuite le même sort à de nombreux autres policiers.

Les diables viennent alors tourmenter les habitants du Conventillo. Ceux-ci délibèrent et décident de se rendre en enfer tous ensemble volontairement, la vie là-bas ne pouvant être pire que celle qu’ils vivent présentement. Satan, choqué, les en empêche car il est interdit d’aller en enfer de son plein gré.

Voilà le début de la pièce qu’avait écrite – ainsi que bien d’autres – Copi, dont nous regrettons depuis 1987 la dame assise avec son gros nez et ses platitudes hargneuses, expressions intemporelles d’une façon de voir la vie dans une certaine fraction de l’éventail politique.

Oscar Strasnoy a fait du Cachafaz de Copi le livret d’un opéra que Benjamin Lazar a mis en scène. Geoffroy Jourdain dirige l’orchestre. Le choeur, c’est les Cris de Paris. Lisandro Abadie est Cachafaz. Marc Mauillon est Raulito et Nicolas Vial, divers policiers au sort qui s’avérera funeste.

Le cannibalisme, combiné à la manière sans ambages dont Cachafaz et Raulito expriment leur amour, constituent un thème éminemment casse-gueule pour un opéra, et c’est là que le miracle opère parce que tout cela est très beau.

J’ai vu Cachafaz hier à Vannes. Cachafaz a été produit ici et là en France depuis 2010, dommage qu’il n’y ait pas grand-chose en matière de vidéos pour vous montrer ce que je veux dire, mais faites en sorte que Cachafaz vienne chez vous et allez alors sans faute l’entendre et le voir.

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