Presse à sensations et géopolitique

Ci-dessous le billet qu’un grand quotidien français m’avait commandité le 27 mars. À ma connaissance il n’a jamais été publié. Je le publie ici parce que j’y fais allusion dans la vidéo que je publierai tout à l’heure. Ouvert aux commentaires.

Presse à sensations, dit-on en français, « gutter press », soit presse de caniveau ou « gossip press », presse à cancans, dit-on plus volontiers en anglais.

« Sensations » renvoie à l’affect, qu’il s’agit de secouer avec de l’inouï, voire de l’incroyable, « caniveau » renvoie au caractère sordide de la motivation : sexe ou argent ou, souvent, les deux à la fois, « cancans », à la pipolisation qui veut que ce ne soient pas les grandes forces sociales ou politiques qui meuvent l’histoire, mais des personnalités ou, en s’élevant d’un cran, des sociétés secrètes, des groupes ethniques tout entiers ou les fidèles d’une religion particulière.

Continuer la lecture de Presse à sensations et géopolitique

Partager

Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

Ouvert aux commentaires.

Qui ne se souvient du poème de Bertolt Brecht « La solution » qui semblait, au moment où il fut écrit en 1953, résumer très justement toutes les tares qui affectaient le communisme de type soviétique ?

Après l’insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l’Union des Écrivains
Fit distribuer des tracts sur le boulevard Staline.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement
Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts
Qu’il peut la regagner.
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ?

Continuer la lecture de Trends – Tendances, La solution de la question européenne : dissoudre le peuple ! le 15 décembre 2016

Partager

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 4 NOVEMBRE 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 4 novembre 2016. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 4 novembre 2016 et dans quatre jours, le 8 novembre, le mardi 8 novembre, il y a des élections aux États-Unis. Alors, il y a des choses que je ne dois pas vous rappeler : je ne dois pas vous rappeler que c’est une grande nation, qu’elle pèse énormément sur le poids des affaires. Que le monde, dit occidental, repose essentiellement sur cette puissance pour son pouvoir militaire, pour pouvoir se défendre vis-à-vis d’attaques qui viendraient de l’extérieur.

Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 4 NOVEMBRE 2016 – Retranscription

Partager

Donald Trump et Marine Le Pen : Le Peuple abandonné réclame au fond du désespoir le retour de l’État !

Un article sur le site américain The Week : « How an obscure adviser to Pat Buchanan predicted the wild Trump campaign in 1996 », par Michael Brendan Dougherty, analyse la course triomphale de Donald Trump dans la primaire républicaine des élections présidentielles du 8 novembre.

Continuer la lecture de Donald Trump et Marine Le Pen : Le Peuple abandonné réclame au fond du désespoir le retour de l’État !

Partager

Discours imaginaire, par Pascal

Billet invité.

Le peuple veut des droits ? Qu’a cela ne tienne, Il les aura. Mais Nous, nous conserverons le pouvoir de définir les droits et les devoirs. L’important n’est pas le droit, mais l’intérêt de Ceux qu’il sert et pour cela, Nous devons garder le pouvoir de l’initiative et de l’écriture.

1789 a donné des droits Sociaux au peuple que le CNR a confortés à la Libération, il serait bien imprudent de les contester. Alors, à Nous de renforcer l’autre droit, le Nôtre, le droit du Commerce et des affaires. Il suffira ensuite, droit contre droit, de soumettre le droit Social au droit du Commerce.

Le peuple sera satisfait de pouvoir revendiquer ses droits Sociaux mais sous couvert du « réalisme économique » qu’il s’agira d’instiller dans les cerveaux, le peuple devenu « communauté de consommateurs » acceptera de soumettre Son droit Social à Notre droit du Commerce.

Cette société ainsi organisée à Notre avantage, appelons la « Démocratie ». Ainsi, toute revendication ou remise en cause du système sera, de fait, attribuée à une volonté Anti-démocratique. Nous pourrions même qualifier ces contestataires de « populistes », ainsi la notion même de peuple deviendra suspecte.
 

Partager

Pourquoi la gauche française s’est-elle fait voler le peuple ? L’entretien de Chantal Mouffe avec Pablo Iglesias, par Lazarillo de Tormes

Billet invité.

Un clip sous-titré de 6 minutes issu de l’interview récente de Chantal Mouffe par Pablo Iglesias en réponse au sentiment s’exprimant ici et là que Pablo Iglesias de Podemos n’intègre pas la France dans le scénario de conquête politique véhiculé dans son discours de Lisbonne. Au contraire, les cas de l’Italie et de la France sont des sujets d’intérêt – de frustration ? – pour un Iglesias qui, comme j’expliquais dans le billet sur ses tribulations new-yorquaises, a une vision de son engagement politique résolument post-national et de portée planétaire.

Dans cet extrait c’est donc le cas français qui est abordé dans la perspective de Chantal Mouffe. (Je me suis fait plaisir avec le « générique » 😉 : les cinéphiles reconnaîtront la bande originale du chef-d’oeuvre L’Arnaque de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford).

Continuer la lecture de Pourquoi la gauche française s’est-elle fait voler le peuple ? L’entretien de Chantal Mouffe avec Pablo Iglesias, par Lazarillo de Tormes

Partager

LES JEUX POLITIQUES EUROPÉENS SE TENDENT, par François Leclerc

Billet invité.

À Athènes, Antonis Samaras tente de grignoter des voix parlementaires et d’assurer la victoire de son poulain à la Présidence de la République, afin de reculer la perspective d’élections législatives anticipées gagnées par Syriza. Le troisième et dernier tour des élections à la présidence aura lieu le 29 décembre, mais les pointages ne lui sont toujours pas favorables. Deux épisodes de débauchage font déjà jaser, avec pour cible un député des Indépendants et le parti Dimar, le premier sous la forme la plus classique d’un achat de vote, un enregistrement non authentifié circulant. Le second à l’occasion d’une allocution télévisée, hier dimanche, au cours de laquelle le premier ministre a proposé aux députés d’avancer les élections législatives à la fin 2015, au lieu de juin 2016, ainsi qu’un élargissement du gouvernement, en contrepartie de leur soutien à son candidat à la présidence, Stavros Dimas. Il reste une semaine pour conclure !

Le gouvernement espagnol a plus de temps devant lui, mais l’échéance des législatives s’approche, et il s’affaire tout autant à leur préparation. Avec en toile de fond l’étrange compétition qui est engagée entre l’Espagne et le Portugal – dont le calendrier est similaire – pour savoir dans lequel des deux pays les rapports entre l’argent et le monde de la politique sont les plus malsains. Dans les deux, le grand déballage se poursuit. La leçon catalane et le danger d’un éclatement de l’Espagne n’a pas été perdue par tout le monde, et le gouvernement de Madrid propose à toutes les régions de les faire bénéficier du taux avantageux dont le pays bénéficie sur le marché obligataire, afin de les soulager du poids de leur endettement. Une démonstration pratique des intérêts de la mutualisation des dettes régionales est donnée, en vue de mieux faire réfléchir aux bienfaits de l’État espagnol, qui n’en a pas été exagérément prodigue ces dernières années.

Continuer la lecture de LES JEUX POLITIQUES EUROPÉENS SE TENDENT, par François Leclerc

Partager

Hongrie : Le gâteau, les miettes et la poubelle, par Michel Leis

Billet invité.

La reconduite du Fidesz, le parti de Viktor Orban à la tête de la Hongrie mérite d’être analysée à plus d’un titre. Les bonnes âmes souligneront une loi électorale taillée sur mesure, qui permet à la coalition populiste au pouvoir d’obtenir les deux tiers des sièges dans l’assemblée avec 44,5 % des voix. Elles invoqueront une opposition muselée, l’absence de liberté de la presse et d’autres facteurs qui disqualifient la Hongrie aux yeux de tous les démocrates sincères.

Il ne faut pourtant pas se leurrer, ces restrictions apportées à l’exercice de la démocratie ne suffisent pas à elles seules à expliquer la victoire du Fidesz, sans compter les 20 % obtenus par le Jobbik, ce parti d’extrême droite qui pourrait permettre demain de constituer une majorité alternative en cas de défection de son allié de coalition. En tout état de cause, un remord tardif du parti Chrétien Démocrate reste hypothétique, sa participation dans un gouvernement qui ne porte pas vraiment des valeurs chrétiennes n’a pas eu l’air de le gêner jusque-là et c’est une caution vis-à-vis de l’Europe à laquelle tient le Fidesz.

Cette victoire va être observée par tous les partis populistes européens qui pourraient bien voir dans le programme du parti de Viktor Orban la matrice d’un programme à succès.

En quoi consiste ce programme ? Un gros gâteau pour le monde économique, des miettes pour le peuple, et pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir trouvé leur place dans le train de l’économie triomphante, la poubelle.

Continuer la lecture de Hongrie : Le gâteau, les miettes et la poubelle, par Michel Leis

Partager

1er tour des Municipales en France

Vous me l’avez peut-être entendu dire ce matin, sur la radio suisse : quand les partis dits « raisonnables » ignorent délibérément les enjeux de société, la nature – qui a horreur du vide – permet aux partis dits « populistes » de s’en emparer. L’attachement du peuple à ce que les problèmes qui se posent à lui soient résolus, va se nicher où il le peut. Et Dieu merci, puisqu’on reste ainsi dans le cadre démocratique. Tant, du moins, que ces partis populistes demeurent légaux parce qu’ils respectent les règles du fonctionnement démocratique. Il faut louer le peuple de faire preuve de tant de sang-froid quand on voit la manière dont on le traite !

Ceci est-il susceptible de rendre un peu de jugeote aux partis dits « raisonnables » ? On aimerait bien, mais vu leur incapacité constatée au cours des six dernières années à secouer le joug de la finance sur les enjeux de société, et leur entêtement à adopter – quand ils prennent des mesures – celles qui ne font encore qu’aggraver la situation, on a toutes les raisons d’être inquiet !

Partager

TRANSITION, par Michel Leis

Billet invité.

Les discours politiques des partis de pouvoir ne sont plus en phase avec la réalité d’aujourd’hui. Au-delà de leur dimension idéologique, ils font appel à des référentiels dépassés ou en voie d’épuisement. Cette situation reflète peu ou prou l’état présent des normes collectives : la norme de progrès a disparu et la norme de consommation s’effrite tous les jours un peu plus. De norme sociale dominante, rôle qu’elle a joué sur une très courte période, la norme de consommation est en train de devenir une machine à exclure et fragmenter notre société.

Depuis la naissance des formes modernes de la démocratie, le succès des partis politiques a presque toujours reposé sur leur capacité à être en phase avec la norme sociale dominante, dans le discours comme dans les actes. Se pose alors une question : est-il possible de reconstruire un discours et une action politique en l’absence d’une norme sociale qui joue son rôle ?   

Le retour en force dans les années 80 du discours libéral en Occident s’est fondé sur une ambiguïté. La place accordée à la prospérité économique était parfaitement en phase avec la montée de la norme de consommation, mais le contexte de crise qui a accompagné cette percée lui donnait une autre dimension : le retour à la prospérité promis après de nécessaires et douloureuses réformes (rien de nouveau sous le soleil !) renvoyait à la promesse de beaux lendemains. La crise serait bientôt vaincue : l’annonce d’un futur meilleur est l’essence même de la norme de progrès, ce discours jouait donc sur les deux tableaux. Certes, la consommation a prospéré au prix d’une lutte économique impitoyable, mais la crise a perduré. Un peu plus de dix ans après la percée des idées libérales, Jacques Chirac fait de la fracture sociale un thème de campagne, vingt ans après, le thème reste plus que jamais d’actualité, mais il est exploité sous d’autres formes et par d’autres partis.

Continuer la lecture de TRANSITION, par Michel Leis

Partager

LA PSEUDO-RUPTURE DU FRONT NATIONAL, par Zébu

Billet invité.

« Brignoles, c’est un vote de défiance à l’égard des partis de gouvernement. ». « Les Français attendent des résultats, nous avons une obligation de résultats » (François Hollande).

« La responsabilité des dirigeants de l’UMP, qui n’ont même pas levé le petit doigt pour défendre leur candidate, est extrêmement importante. » (Jean-Marc Ayrault)

« La reprise est là, faites-nous confiance » (Stéphane Le Foll)

« François Hollande ne comprend rien s’il dit que le vote FN est une conséquence économique. Si le FN est passé à Brignoles, c’est parce que les gens de gauche ne sont pas allés voter. La gauche officielle a sauté, il ne reste que nous » (Jean-Luc Mélenchon)

« Je crois qu’une fronde sociale qui arriverait à se généraliser, ce serait le meilleur rempart à la montée du FN. » (Olivier Besancenot)

« Jean-François Copé a affirmé dimanche à l’AFP que la victoire du Front national à l’élection cantonale de Brignoles (Var) était le résultat d’une « double peine : la gestion désastreuse de la ville par les communistes » et « la gestion calamiteuse de notre pays par la gauche ». » (Jean-François Copé)

« Selon lui, dimanche soir, « les électeurs de Monsieur Ayrault sont allés voter pour le Front national ». « Le Front national, c’est le front du refus, le front des oubliés », a-t-il lancé. » (François Fillon)

§

Un Président de la République en déplacement à l’étranger, un Premier Ministre, un ministre de l’agriculture, un ancien premier ministre et un président du premier parti d’opposition, d’anciens candidats aux présidentielles, pour ne parler que de ceux-là, avouons que pour une élection locale partielle, c’est bien la France politique du ban et de l’arrière ban que l’on convoque …

Continuer la lecture de LA PSEUDO-RUPTURE DU FRONT NATIONAL, par Zébu

Partager

« SHUTDOWN », POUVOIR DE L’ARGENT ET POPULISME

Quand j’ai eu l’occasion, mardi dernier, de bavarder avec Joseph Stiglitz, je lui ai posé la question de son influence actuelle sur la politique américaine. Il m’a expliqué qu’il venait de jouer un rôle dans le retrait de la candidature de Larry Summers au poste de gouverneur de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, en coachant l’un des sénateurs qui faisait partie de la commission qui l’aurait interrogé sur la manière dont il entendait exercer son mandat.

« Pourquoi pas un rôle plus direct ? », lui avais-je alors demandé, « Pourquoi les administrations Obama ne vous ont-elles jamais offert un poste ? ». Sa réponse était sans surprise : parce qu’Obama était en 2008 le candidat de Wall Street.

Un peu provocateur, j’avais alors demandé : « Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu pour les US, à tout prendre que John McCain l’emporte en 2008 ? »
– « Ah non ! », s’était écrié Stiglitz : « Tout candidat présidentiel républicain est automatiquement l’otage du gros business ! »

Voilà donc où l’on en arrive dans un pays où le 1% au sommet truste 40% de la richesse de la nation : l’argent domine à ce point le processus démocratique que quand le peuple est appelé à voter pour un candidat à la présidence, le seul choix qui s’offre à lui est entre celui qui représente Wall Street et celui qui représente la US Chamber of Commerce. À ma gauche, l’argent spéculatif sans foi ni loi, à ma droite, l’argent du profit, fondamentaliste et raciste.

Que font, le jour de l’élection, les gens qui aimeraient que l’argent ne joue pas le rôle qu’il joue aujourd’hui en politique ? La réponse est simple : ils vont à la pêche ou ils votent pour le moins pire des candidats, c’est-à-dire celui qui est à la botte de Wall Street plutôt que celui qui est à la botte de la Chambre de Commerce.

Est-ce que cette découverte nous aide à deviner ce qui va se passer dans les jours qui viennent en ce qui concerne le « shutdown », la fermeture (partielle) de l’administration fédérale intervenue hier lundi ? Pas vraiment parce que même s’il s’agit d’argent d’un côté comme de l’autre, les positions sont extrêmement polarisées : il y a d’un côté ceux qui sont en faveur d’une assurance-maladie universelle parce que la spéculation pompant son argent sur l’économie réelle, il faut que les gens aillent travailler, et il y a de l’autre côté, ceux qui sont pour la disparition de l’État, parce qu’une fois celle-ci réalisée, chacun aura autant de pouvoir que celui que lui assure l’argent dont il dispose et l’on pourra décomposer le pays, pour le bonheur de tous, en provinces dirigées chacune par un Seigneur de la guerre ou toute autre forme de potentat.

Que dit le pouvoir de l’argent quand on le met en question ? Que celui ou celle qui le critique « verse dans le populisme le plus abject, source de tous les totalitarismes ».

Et il est vrai que le populisme est dangereux. Prenons l’exemple d’Hitler. En 1925, dans Mein Kampf, il s’enthousiasme pour la critique du pouvoir de l’argent qu’on trouve dans les livres de Gottfried Feder (1883-1941). Quelques années plus tard, les gros industriels, les Thyssen, les Krupp, etc. lui rappellent qu’il va avoir besoin d’argent, et que cela faciliterait beaucoup les choses s’il pouvait oublier les rêvasseries peu réalistes et peu pragmatiques de Feder, et lui, le Guide charismatique d’un Empire qui aurait dû durer mille ans, fait alors comme tous les autres avant lui : il s’écrase devant le pouvoir de l’argent.

Partager

« C’est la seule qui dit la vérité », par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

Depuis trois jours, je rumine un nouveau poncif entendu à Marseille sur Marine Le Pen, cette fois dans la bouche de gens « de gauche », de petite classe moyenne, pourvus d’un emploi mais vivant en partie d’aides qui sautent les unes après les autres sans préavis : « La différence, avec Marine, c’est qu’elle dit la vérité. » Questionnés plus avant, mes interlocuteurs, d’ailleurs gênés par ce qu’ils viennent de dire, avancent qu' »elle ne parle pas la langue de bois », qu' »elle dit où on en est ». N’étant pas assez bornée pour rétorquer qu’elle aussi parle une langue de bois, mais une autre, je retourne dans ma tête cette phrase énorme : « elle dit la vérité ». Or hier, dans Le Monde, Françoise Fressoz a publié un entretien avec Alain Mergier qui m’a aidée à comprendre.

Je connais en gros la thèse de Mergier sur « le descenseur social », et les analyses qu’il mène parmi les électeurs potentiels du FN. Les passages suivants m’ont paru lumineux :

« Pourquoi les milieux populaires et les classes moyennes se tournent-ils de plus en plus vers le Front national ? Pas parce que ce parti tient un discours xénophobe, raciste, antisémite, mais parce que son discours tend un miroir dans lequel ils reconnaissent leur expérience sociale : la fragilisation du lien social, la croissance de leur vulnérabilité, l’imprévisibilité du lendemain. Le reproche qu’ils font à l’UMP et au PS est d’être sourds à cette destruction de leur vie quotidienne. Il y a ainsi dans l’esprit des milieux populaires et des classes moyennes une différence fondamentale entre l’extrême droite et les partis traditionnels. »

Continuer la lecture de « C’est la seule qui dit la vérité », par Jeanne Favret-Saada

Partager

« Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! » : État des lieux, par Michel Leis

Billet invité.

Nécessité d’une construction européenne

L’Europe est un assemblage de nations qui partagent des racines anciennes, mais qui n’ont pas réellement de cultures communes (à commencer par la langue) malgré des interactions permanentes au cours de l’histoire. L’histoire de l’Europe s’exprime plus sous la forme de rivalités et de conflits que de coopérations, le dernier en date sur le sol européen remonte à moins de 20 ans. Le réveil des nationalismes, depuis la forme soft d’un populisme fondé sur l’égoïsme des régions les mieux loties, jusqu’aux formes les plus virulentes que sont les partis d’extrême-droite, fait craindre une balkanisation de l’Europe. Le maintien de la paix reste un enjeu d’actualité, il est le résultat d’une bataille permanente, en Europe plus que partout ailleurs. 

Vivre dans une région frontalière montre à quel point les frontières ne sont avant tout qu’un trait sur des cartes, l’eau, l’air, la pollution, mais aussi les capitaux et les travailleurs les franchissent allègrement. Les enjeux de demain nécessitent une coordination forte dans un espace suffisant pour garder un sens : ni trop grand, car de trop fortes disparités ne peuvent s’effacer d’un trait de plume, ni trop petit, car l’État nation a-t-il encore les moyens de mener seul des politiques énergétiques, de recherche ou de défense ? La combinaison de ces deux facteurs continue à donner un sens fort à la construction politique européenne. 

Continuer la lecture de « Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! » : État des lieux, par Michel Leis

Partager

Dessiner un paysage global pour le futur et un chemin pour y parvenir, par Michel Leis

Billet invité.

Une vraie course de vitesse s’est engagée qui se joue à plusieurs niveaux. Sur le plan économique, la poursuite d’une politique vouée à la résorption des déficits et au maintien de la compétitivité entraîne inexorablement les populations vers la voie de la pauvreté. Sur le plan politique, les mauvais génies de la droite extrême surfent sur un discours social dans une stratégie de passager clandestin schizophrène qui les rapproche dangereusement du pouvoir.

Le contre-discours existe, on peut le trouver sans trop chercher, son problème est qu’il n’a droit de cité qu’à la marge dans les médias de masse.

L’option d’une dénonciation sur un mode sensationnaliste, c’est rejoindre les discours populistes dont le positionnement primaire est essentiellement le « contre » (c’est ce qui en fait un mauvais populisme). De tels discours cristallisent les mécontentements mais cachent le manque de caractère opératoire des programmes proposés. Au final, c’est adopter le positionnement d’imprécateur qui n’est pas sans rappeler celui de Jean-Marie Le Pen au début des années 2000.

Continuer la lecture de Dessiner un paysage global pour le futur et un chemin pour y parvenir, par Michel Leis

Partager

Le parti du Peuple majuscule, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Le populisme existe-t-il autrement que comme injure à destination de l’adversaire politique dont la drague ramène une clientèle plus nombreuse ? Arrêtons-nous un instant sur le mot, qui doit bien signifier une chose avenante pour qu’on en fasse un repoussoir parmi ceux-là mêmes qui recherchent les suffrages du peuple, gardent les suffrages et régurgitent le peuple.

POPULISME. Les termes en -isme n’ont pas la cote. Selon qu’on s’y trouve coincé comme sur une langue de terre paradisiaque que pincent deux océans ou qu’on actionne soi-même, depuis l’Olympe, la pince océanique, ils suggèrent un resserrement subi ou machiné de l’idée exprimée par le radical. Mais si l’on entend « isthme » dans populisme, on peut aussi bien, moyennant une petite manipulation, entendre « -issime », survivance d’un suffixe superlatif latin, ce qui ferait de notre populisme le parti du Peuple majuscule. Un parti du Peuple majuscule ne constitue pas le peuple en force de frappe uniforme, en marteau-pilon pour tête de Turc du moment. Cela, ce serait le parti du peuple minuscule, de même qu’il existe dans l’Islam un jihad minuscule, une ascèse par la violence à l’usage des croyants frustes pour qui verser le sang honore le verset qui l’ordonne. Un parti du Peuple majuscule ne court pas après un chef de guerre, un démagogue viandard dans le style d’un führer, d’un conducator ou d’un caudillo ; pas davantage après un chef de secte, un mystagogue psychopompe (aspirateur d’âmes) dans le style d’un gourou, d’un pape ou d’un docteur de la Loi révélée. Un parti du Peuple majuscule n’est pas une meute de lévriers lancée à la poursuite d’un leurre pour le plaisir de quelques parieurs fortunés. Il ne court pas du tout. Dans ce parti, on – du latin homo ; on, c’est vous ou moi, pas plus vous que moi – se pose à côté de son prochain, mais pas de cette manière distante, soupçonneuse, tout juste polie qui est de règle sous l’abribus et qui fait du prochain un déjà lointain contre lequel on n’a jamais fini de se précautionner. On se pose à côté de son prochain parce que, pour tenir debout et toucher le ciel, contrairement à ce que disent les paléontologues, il ne suffit pas de se dresser sur ses deux pattes postérieures, il faut pouvoir compter sur un ou plusieurs épaulements, en cas de défaillance ou d’insuffisance de l’ossature, il faut également fournir un épaulement à son voisin, lequel contribue à rigidifier l’ensemble. C’est cela, faire société, s’arc-bouter les uns sur les autres pour répartir les charges au cas où, et c’est un principe d’architecture élémentaire qui explique la diffusion et la longévité de l’architecture ecclésiale improprement appelée gothique. En exhibant ce principe, jusque-là dissimulé dans les murs, les ingénieurs médiévaux donnaient à entendre à la société chrétienne ce qu’il lui restait à accomplir pour faire advenir l’ecclesia évangélique. La nef et le transept figurent la croix. Fort bien. Mais que figurent les arcs-boutants ? Toutes les épaules secourables qui ont manqué au supplicié sur le chemin de la Passion. Le Christ attend toujours qu’on le soulage. Avis à tous les imprécateurs de Civitas et d’Ichtus qui mettent des conditions à l’amour du prochain où leur prophète n’en mettait aucune. 

Continuer la lecture de Le parti du Peuple majuscule, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Partager

EMMANUEL TODD ET LE BANCOR, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Emmanuel Todd n’est pas naïf. Il constate comme beaucoup de monde qu’il y a des trous noirs dans notre système collectif de pensée. Les « élites incompétentes » est un constat avant d’être un jugement. Et le jugement de Todd est dans l’incomplétude scientifique : il porte sur l’objet à connaître hors de la considération des sujets de connaissance.

La binarité de la situation dans laquelle nous nous trouverions entre totalitarisme libéral et totalitarisme populiste est une manipulation mentale du totalitarisme élitaire. Le totalitarisme élitaire est l’impossibilité théorique d’intellectualiser l’altérité : le refus de considérer une réalité hors de cadres de pensée posés en doxa universelle. Nous sommes bien dans le trou noir de l’incompétence des élites persuadées de leur réalité exclusive. Même si le Titanic s’est déchiré sur l’iceberg, il est par construction insubmersible !

Si Todd est naïf, alors c’est que la démocratie est un mythe. Et là le trou est vraiment très très profond… L’alternative entre libéralisme et populisme est une construction génocidaire. C’est la construction mentale qui nous a fait passer de la première guerre mondiale à la deuxième, puis de la deuxième à la guerre froide et maintenant à l’éradication de la civilisation par destruction de toute possibilité pratique de démocratie. La démocratie et la possibilité de démocratie sont la négociabilité des cadres de pensée dans des sociétés construites sur un vivre ensemble supérieur aux intérêts particuliers.

Ce que montre très bien Todd, c’est que les états de la démocratie sont construits sur des communautés de pensée géographiquement cohérentes par des territoires catalyseurs d’histoires particulières des vivres ensemble. Ce que les élites incompétentes ne voient plus du tout, c’est que leurs idéologies abstraites ne fabriquent pas de vivre ensemble : le réel absorbe la réalité qui ne peut plus être ni pensée ni discutée par des citoyens vivants.

La monnaie de Keynes est l’élément qui manque à Todd pour concrétiser ses analyses. La chambre de compensation en bancor est un espace abstrait de confrontation des analyses vivantes plurielles de la réalité. La monnaie keynésienne territorialise les idées par la localité des citoyens en négociation de prix de leur réel. Les citoyens peuvent se former en peuples. La négociation des libertés devient scalable de l’individu à l’humanité entière. Les États sont les structures du vivre ensemble à toutes les échelles. Les échelles d’état sont toutes négociables par des parités de change. La monnaie mesure le vivre ensemble au lieu de la théocratie du néant non compensable.

Partager

LE PEUPLE ET CEUX QUI L’AIMENT (I)

J’ai accepté une proposition qui m’a été faite par le Théâtre du Rond-Point à Paris, de présenter un spectacle à la fin de l’année (je ne suis pas le seul à qui cette proposition a été faite : d’autres, que vous aimez bien, se sont vu faire la même offre et l’ont eux aussi acceptée).

Le thème que j’ai choisi, c’est le peuple. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : je suis ulcéré que le populisme (une valeur de ma tradition familiale) ait été abandonné de gaieté de cœur à l’extrême-droite, comme synonyme de « haine », du fait que le peuple (les gens ordinaires : les gens qui travaillent) n’intéresse plus personne.

Je ne suis pas de ceux qui imaginent qu’on s’improvise « génie » dans un domaine qu’on ne maîtrise pas, et comme j’ai été très impressionné l’autre jour par le spectacle d’Audrey Vernon, je lui ai demandé de me conseiller dans ce domaine, ce qu’elle a accepté et a déjà commencé de faire.

Parmi les images qui me serviront de décor, j’aimerais prendre certains tableaux de mon « pays » (Bruxellois comme moi-même), Eugène Laermans (1864-1940), peintre « populiste » et, j’imagine, fier de l’être.

Les intrus (1903)

 

Un soir de grève (1893)

 

Partager

LE POPULISME

Je ne sais plus qui a écrit ça. Je crois que c’est dans un roman de Philip Roth que j’ai lu une phrase comme celle-ci : « Elle m’a immédiatement ému. Quand je l’ai vue, ce qui m’est revenu en mémoire, c’est un visage de femme que j’ai un jour longuement scruté sur une photo qui s’appelait ‘Ouvrières à Stalingrad en 1941’ ».

Quand je vois le mot populisme utilisé comme synonyme de « haine », cela me fait très mal. Je vous ai déjà parlé de la casquette de prolo de mon père. Il faudra que la dignité du populisme lui revienne un jour.

Partager