L’actualité de la crise: LE GRAND JEU ET LES PETITS GARÇONS, par François Leclerc

Billet invité.

Les projecteurs sont braqués sur l’Europe, et plus particulièrement sur la zone euro, depuis que le grand jeu s’y est déplacé et installé. Ce qui ne devrait pas faire oublier le reste du monde, en particulier les pays développés. Où en sont donc les Etats-Unis, le Japon et le Royaume Uni ? Sont-ils dans la même impasse que la zone euro, qui s’enferre dans sa propre crise ?

Aux Etats-Unis, c’est la Fed qui joue le rôle du sauveur. Bien qu’elle ne semble pas trop assurée de son affaire et ne cesse d’expliquer que l’Etat fédéral doit également jouer le sien afin de conjointement relancer l’économie. A ce point que son président, Ben Bernanke, laissait dernièrement entendre qu’après le QE 2, un QE 3 serait envisageable. En termes moins elliptiques, qu’un nouveau round de quantitative easing (assouplissement quantitatif) serait si nécessaire engagé, se traduisant par un nouveau programme d’achats d’obligations américaines.

De son côté, l’administration Obama s’adapte à la situation politique créée par la victoire des républicains à la Chambre des représentants, où ils vont être majoritaires dès la nouvelle législature. Faisant face à de très virulentes offensives, elle concède des compromis peu glorieux. Ils n’augurent pas dans l’immédiat d’une réduction du déficit budgétaire, tant en raison de la prolongation pour deux ans de la détaxe dont bénéficiaient les revenus les plus élevés que des délicates discussions au sein de la commission ad hoc chargée d’étudier entre parlementaires des deux bords des mesures de réduction de celui-ci.

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L’actualité de la crise: des tacticiens alors qu’il faudrait des stratèges

Billet invité.

Ce n’est pas vraiment le grand optimisme qui règne, en cette avant-veille d’ouverture de l’assemblée mondiale du FMI à Washington, alors que les ministres des finances du G7 vont vendredi participer à un dîner de travail consacré à la situation sur le marché des changes. A force de prospérer, et de donner des arguments à ceux qui se lassent un peu de ses péripéties à répétition, la crise est en train d’acquérir une forte dimension monétaire, ce qui en aiguise les contradictions.

Proprement monétaire, elle fait obstacle aux dévaluations compétitives occidentales et érode les exportations de nombreux pays émergents. Mais elle soulève surtout de fortes interrogations, qui portent sur les conséquences de la mise en œuvre du second levier disponible pour relancer l’économie : le programme d’achats obligataires de la Fed qui est dans les tuyaux.

Changement de décor, ce qui était perçu comme une bagarre sino-américaine à propos de la parité yuan-dollar a offert en l’espace de quelques jours un tout autre spectacle. Celui d’un désordre monétaire généralisé affectant toutes les monnaies – des pays développés aux pays émergents – déclenchant des alarmes en tous sens. Le doigt est discrètement pointé sur le grand responsable, le dollar, qui continue inexorablement à se déprécier, entraînant l’appréciation automatique des autres devises.

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L’actualité de la crise : les États-Unis montrent encore une fois le chemin, par François Leclerc

Billet invité

LES ÉTATS-UNIS MONTRENT ENCORE UNE FOIS LE CHEMIN

Branle-bas de combat, le comité de politique monétaire de la Fed se réunit aujourd’hui à Washington en conclave ! En avant-première, les commentaires vont bon train dans les médias afin de lever le voile sur la teneur des discussions que les gouverneurs vont avoir. Un consensus s’est fait : elles devraient déboucher, en guise de nouvelle décision… sur rien ou pas grand chose !

L’agence Reuters citait hier les « sceptiques », qui résumaient à leur façon la situation en expliquant que la Fed ne déciderait rien pour ne pas atteindre sa crédibilité ; de peur que ce qu’elle pourrait mettre en œuvre se révèle inefficace… On ne peut mieux transcrire l’impuissance de la banque centrale de la première puissance économique et financière mondiale.

Les sempiternelles interventions du quarteron de gouverneurs de la Fed annonçant depuis des mois le danger de l’inflation, et la nécessité de remonter en conséquence et sans tarder les taux directeurs de la Fed, sont passés au second plan devant des interrogations moins hors de propos et plus en phase avec la situation économique américaine, laquelle a fait l’objet d’une diminution de ses prévisions de croissance par l’OCDE. D’un taux de 3,2% pour 2010 et 2011, elles dégringolent à 1,5 et 2,3%. Il est toujours facile de prévoir une forte amélioration pour plus tard, quitte à revenir dessus ensuite…

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L’actualité de la crise: pour prévenir, il faudrait guérir, par François Leclerc

Billet invité.

POUR PRÉVENIR, IL FAUDRAIT GUÉRIR

A Bâle, le plus distingué des aréopages vient de mettre au point le nouveau dispositif destiné à ce que nous ne connaissions plus jamais cela. Afin que plus jamais le système financier ne soit dans l’obligation d’être renfloué par les Etats sur fonds publics, car ils n’en ont plus les moyens. C’est tout du moins ce qui est reconnu par ses ténors quand ils sont en mal de franchise.

L’histoire dira, mais on ne sait pas quand, s’il s’agit ou non d’une forfanterie de plus. D’un accord de circonstance marqué dès l’origine par une incompréhension de la nature profonde de la crise actuelle, par une incapacité à remettre en cause des rouages qui vont tôt ou tard reproduire les mêmes effets. Dans un contexte qui aura évolué – que l’on voit se dessiner à grands traits – et d’une manière qui ne sera pas la même que la dernière fois.

Dans l’immédiat, un notable renforcement des fonds propres que vont devoir détenir les banques a été décidé par les représentants des banques centrales et des régulateurs des 27 pays membre du Comité de Bâle, sous les auspices de la Banque des règlements internationaux. Le prochain G20 de Séoul devrait donner l’occasion aux Chefs d’Etats d’entériner cet accord.

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L’actualité de la crise: le monde selon Trichet, par François Leclerc

Billet invité.

LE MONDE SELON TRICHET

Rituellement organisé chaque année par la Fed de Kansas City, un symposium économique international vient de se tenir à Jackson Hole, une station touristique du Wyoming. Le thème prometteur de cette année en était La décennie à venir, sur lequel les principaux banquiers centraux étaient invités à plancher. Parmi eux, Jean-Claude Trichet.

S’attarder un moment sur sa communication, à l’occasion de laquelle le président de la BCE s’est efforcé de prendre de la hauteur de vue – se drapant dans l’éthique de la conviction et de la responsabilité de Max Weber – permet de mieux cerner le socle sur lequel repose son intransigeant credo.

Tout en regrettant de ne pas connaître les réactions des représentants de toutes les Fed régionales américaines présentes à la réunion, qui ont du se dire in petto que ces Français étaient décidément des doctrinaires arrogants et donneurs de leçons, dont ils ne pouvaient rien attendre pour résoudre leurs propres difficultés ! Car, dans la forme comme dans le fond, l’exposé de Trichet pour le moins s’opposait à celui de Bernanke.

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L’actualité de la crise: un monde instable et à la dérive, par François Leclerc

Billet invité.

UN MONDE INSTABLE ET A LA DÉRIVE

De quoi cette rentrée est-elle faite ? D’une certitude qui n’est même plus relevée, comme s’il fallait en prendre son parti, puisque l’on ne peut rien y faire : la crise se poursuit sans autre perspective que de continuer à faire subir ses rebondissements et progressivement ses effets. Une pente qui n’a que commencé à être descendue.

Pour preuve, s’il en était besoin, il n’est même plus question d’en sortir dans les objectifs tracés par Nicolas Sarkozy, à l’occasion de ce qui est abusivement appelé sa présidence du G20, car ce serait désormais tracer des plans sur la comète. Mais d’ouvrir seulement deux dossiers, certes importants, dont l’horizon est pour l’un lointain (l’évolution du système monétaire international) et pour l’autre avec une issue positive peu vraisemblable (la régulation des prix des matières premières), vu le risque non négligeable qu’il soit traité comme l’a été celui des paradis fiscaux. Des annonces considérées dans les milieux financiers comme à utilisation politique intérieure mais sans portée internationale.

Les projecteurs continuent d’être braqués sur les Etats-Unis, dont les médias européens commencent à découvrir l’ampleur de la crise sociale qui y sévit. Les nouvelles négatives s’y succèdent, confirmant que la relance économique n’a été qu’un feu de paille. Non seulement le marché immobilier ne se relève pas – comment le pourrait-il  ? – mais il donne de nouveaux signes d’affaissement. Tant dans son secteur résidentiel que commercial, dont la crise a été depuis longtemps annoncée et qui se précise. Les prix de l’immobilier neuf ou ancien continuent de chuter, entraînant les emprunteurs dans une spirale descendante, et derrière eux les banques et les organismes de crédit qui ne doivent leur salut qu’au soutien financier de l’Etat. Le nombre de nouvelles saisies ne diminue pas mais s’accroît, voilà la vérité des chiffres.

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L’actualité de la crise: la nouvelle promesse du capitalisme financier, par François Leclerc

Billet invité.

LA NOUVELLE PROMESSE DU CAPITALISME FINANCIER

De rebondissements en rebondissements, la crise apparaît aujourd’hui sans fard dans son déroulement, qui se prolonge et permet d’en analyser la poursuite.

L’écroulement d’une montagne de crédits dans l’immobilier américain – financée en application d’une martingale étonnante de crédulité – a entraîné dans une impressionnante chute le système financier privé, en raison de l’enchevêtrement des engagements réciproques en son sein, contribuant à son opacité. Mettant ensuite à mal les finances des États qui sont intervenus – en socialisant la dette privée – pour l’endiguer et en combattre les effets.

L’ensemble alimente la poursuite d’une sourde crise financière combinée de la dette privée et publique, ainsi qu’une profonde crise économique et sociale chronique dans les pays occidentaux, les deux s’alimentant réciproquement. Les faits sont là, reste à en tirer les conséquences.

Avec le recul, il n’est pas abusif d’analyser la crise que connait le capitalisme financier comme étant en particulier celle d’un sévère blocage de la machine à faire de la dette, l’un de ses piliers. Une machine dont le champ d’action s’était considérablement élargi au fil des décennies, en raison de trois phénomènes.

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L’actualité de la crise: elle tourne et elle rode, par François Leclerc

Billet invité.

ELLE TOURNE ET ELLE RODE

Après avoir sévi sous sa forme aiguë en Europe – où une pause prévaut actuellement – elle menace les Etats-Unis, hier présentés comme relevant les premiers la tête et aujourd’hui devancés d’une longueur par les Européens. Comment s’y retrouver se lamentent les chroniqueurs à la mode d’antan ?

En Asie, les Japonais continuent d’être désespérément envasés dans une déflation endémique, tandis que les Chinois tentent de dégonfler leur gigantesque bulle financière immobilière, devenue noire et menaçante. Celle-ci, résultat de leur tentative de relance précipitée et massive, illustre par ses résultats malencontreux qu’ils continuent de dépendre de la poursuite de leurs exportations vers l’Occident. Ainsi, en interne, qu’un modèle de développement privilégiant la montée des inégalités.

Le développement de leur marché intérieur est décidément une entreprise de longue haleine, auquel ils ont tourné le dos en s’inscrivant dans la logique de la globalisation, et qui nécessitera des remises en cause dont on peut se demander s’ils seront en mesure de les accomplir, vu les intérêts en jeu. Ce n’est pas un problème propre à la Chine, il est partagé par toutes les puissances émergentes.

On ne peut toutefois pas s’en tenir à cette vision du monde région par région. Si la crise ne se manifeste pas simultanément partout de la même manière, elle n’en est pas moins globale.

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L’actualité de la crise : les Américains pris à contre-pied , par François Leclerc

Billet invité.

LES AMÉRICAINS PRIS A CONTRE-PIED

Si la crise mondiale actuelle a eu les Etats-Unis comme détonateur, que peut-on y attendre de son évolution, puisqu’il est de tradition de dire que le pays montre par avance le chemin que les Européens vont ensuite suivre ?

Dans un premier temps, la montée du taux de croissance de l’économie américaine a pu faire croire à tout ceux qui ne voulaient voir dans les événements qu’une crise comme les autres, passagère et bientôt oubliée, qu’une issue était proche. Que tout allait repartir comme avant, en raison des capacités éprouvées de rebond des Américains. Puis est venu s’insinuer un doute à propos de la vigueur de cette reprise, d’autant plus glorifiée que l’Europe ne la connaissait pas. Enfin, et nous en sommes là, le terribles mot de récession est maintenant prononcé, l’hypothèse mystérieuse d’un scénario à la japonaise évoqué. La hideuse silhouette de la déflation a pris dans les commentaires la place de l’hydre de l’inflation.

Devant quoi les Etats-Unis sont-ils placés en réalité ?

Le diagnostic du mal n’est toujours pas formulé, mais il a fallu se rendre à l’évidence : les jeunes pousses de la relance n’étaient que route qui poudroie et herbe qui verdoie; la crise va être de plus longue durée qu’initialement annoncée. La prochaine étape sera de reconnaître qu’elle est chronique. Mais le fâcheux retard qui est actuellement enregistré laisse intacte la croyance largement partagée que tout va finalement retomber sur ses pieds. Pour une raison ne souffrant pas de discussion : il n’est pas à proprement parler concevable qu’il puisse en être autrement.

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L’actualité de la crise: une histoire qui s’achève, par François Leclerc

Billet invité.

UNE HISTOIRE QUI S’ACHÈVE

Sur proposition de l’administration Obama, le Sénat vient d’accorder in extremis 26,1 milliards de dollars d’aide budgétaire aux Etats américains – dont nombre d’entre eux sont au bord de la faillite – en attendant que les membres de la Chambre des représentants interrompent d’urgence leurs vacances pour entériner cette décision. Il s’agit d’assurer la rentrée scolaire prochaine en donnant aux Etats les moyens de payer 100.000 enseignants, de financer Medicaid (l’aide médicale aux défavorisés) et de sauver les emplois des pompiers et des policiers.

Afin de trouver une majorité, il a fallu déshabiller Paul pour habiller Jacques et couper sur les crédits du programme de bonds alimentaires à partir de 2014. Car ni les sénateurs ni les représentants ne veulent désormais apparaître, dans la perspective des mid-terms de novembre prochain où ils vont être exposés au vote des électeurs, comme contribuant à l’augmentation du déficit de l’Etat. On en est donc aux expédients budgétaires.

Dans un registre que l’on ne lui connaissait pas, Tim Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, vient de reconnaître que « nous vivons dans une des économies les plus riches du monde, mais un Américain sur huit dépend de coupons alimentaires aujourd’hui. Et l’Amérique est un pays moins égalitaire aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ans en partie à cause des réductions d’impôts pour les 2% les plus riches mises en place en 2001 et 2003″.

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L’actualité de la crise: ils sont incorrigibles, par François Leclerc

Billet invité.

ILS SONT INCORRIGIBLES

Alors que s’approche le coeur de l’été, période propice à de douces flâneries, de sympathiques promenades et d’aimables incursions littéraires, ou à tout autre plaisir à convenance, était-il bien avisé de se plonger dans l’un des sujets les plus arides et rébarbatifs de la planète financière, à savoir la réglementation bancaire ?

Les journalistes des agences de presse, ainsi que ceux de la grande presse internationale, se sont manifestement posé la question, avant de finalement se résoudre à pondre tardivement leurs papiers d’analyse des premières décisions du Comité de Bâle, pour se mettre enfin à leurs valises. Quel métier  !

Un même soupir d’abattement ne pouvait manquer d’échapper au chroniqueur de l’actualité financière du blog de Paul Jorion, qui se cale consciencieusement tous les jours de cette nourriture inspirée pour tenter de la restituer, lorsqu’il a constaté qu’il allait falloir aussi s’y plonger. Et, oh horreur ! que les analyses qu’il avait récupérées ne se recoupaient pas aisément et semblaient même parfois se contredire. Pas sur l’interprétation, mais sur le factuel, la pire des situations. Comme s’il n’était pas seul à la peine.

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L’actualité de la crise: bricolages en tous genres, par François Leclerc

Billet invité

BRICOLAGES EN TOUS GENRES

Combien de temps les dirigeants de la zone euro vont-ils parvenir à tenir fermé le couvercle de la crise ? Tout tourne toujours autour des stress tests des 91 banques retenues. D’un côté, on nous affirme qu’ils sont menés en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, alors que l’on reconnait de l’autre que les ministres de l’Ecofin actuellement réunis à Bruxelles vont mettre au point leurs ultimes réglages.

Les déclarations les plus contradictoires continuent d’être recueillies à propos des paramètres d’effort qui ont été ou vont être choisis – on ne sait plus – à propos de la décote que pourraient subir les obligations souveraines des pays attaqués par les marchés.

Que cette question soit au centre des débats est en soi significatif de l’importance qui lui est accordée, des risques de défaut qui sont en réalité redoutés, à défaut d’être publiquement reconnus. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a rejeté dans ces termes l’idée selon laquelle les critères auraient été arrondis : « D’abord on a dit qu’ils étaient trop durs, qu’ils allaient conduire toutes les banques à la faillite, le lendemain on dit qu’ils sont trop faibles et que l’exercice ne sert à rien. Généralement, la vérité se situe au milieu ». On ne peut pas mieux avouer qu’un compromis politique est recherché.

Un article du Spiegel retient l’attention. Selon l’hebdomadaire, qui bénéficie souvent de fuites organisées, le gouvernement allemand mettrait au point un plan permettant de gérer des processus de restructuration de la dette souveraine en zone euro. Il faut dire que s’il devait être activé, le gouvernement Allemand serait aux première loges, en tant que premier contributeur du plan de stabilité financière européen. L’idée serait que le secteur privé (les banques) seraient également mises à contribution, une décote consentie par ses soins. En contrepartie, le reste de l’investissement serait garanti suivant un montage pouvant faire appel au FMI et qui serait géré – suivant le modèle du Club de Paris – par un nouveau club qui pourrait prendre le nom de Club de Berlin. Le mécanisme serait à double détente, prévoyant qu’au cas où la décote de la dette ne réglerait pas le problème, le pays qui en aurait bénéficié passerait sous le contrôle financier de la structure.

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L’actualité de la crise: le doute se généralise, par François Leclerc

Billet invité

LE DOUTE SE GÉNÉRALISE

Les membres du Committee of European Banking Supervisors (CEBS) – l’organisme européen réunissant les régulateurs bancaires chargé de conduire les tests d’effort – se sont-ils résignés à accepter l’idée que la transparence était la clé du succès, dans un monde financier où celle-ci est toujours revendiquée mais rarement rencontrée  ?

Suite à d’amicales et insistantes pressions des marchés, une liste de 91 banques a été publiée par leurs soins et des indications partielles ont été données sur les paramètres d’effort qui vont être utilisés. Mais les marchés ne s’en sont pas contentés, à peine ces informations publiées, attendant de nouvelles précisions des régulateurs et le faisant savoir. Ils craignent en effet que les tests soient effectués à l’envers, et que ce soit en fonction des résultats finaux que les paramètres détaillés du test seront déterminés. On n’apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces.

En attendant la publication des résultats toujours prévue pour le 23 juillet prochain, des résultats circulent, notamment en provenance du Crédit Suisse qui a effectué sa propre enquête, contribuant à rajouter à la confusion ambiante qui se poursuit. Seuls les chiffres officiels allant faire foi (mais de quoi ?), les questions demeurent en suspens.

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Le temps qu’il fait, le 25 juin 2010

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Le G 20 : « Soyez davantage comme moi ! »

Le projet de réglementation aux États-Unis

Les lobbys financiers

Le débat de lundi soir

Les ambitions du Blog de Paul Jorion

La philosophie derrière ma proposition d’interdiction des paris sur les fluctuations de prix : la citation de Saint-Just à laquelle je fais allusion mais que je ne connais pas par cœur : « Les révolutions qui naissent de bonnes lois et qui sont maniées par d’habiles mains changeraient la face du monde sans l’ébranler ».

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L’actualité de la crise: le mirage aux alouettes de l’ajustement du yuan, par François Leclerc

Billet invité.

LE MIRAGE AUX ALOUETTES DE L’AJUSTEMENT DU YUAN

Que peut-on voir dans l’annonce par la banque centrale chinoise de son ajustement prochain du taux de change du yuan ? Un geste politique symbolique, à la vieille du G20 de Toronto de la semaine prochaine, devant la montée de la pression exercée en faveur d’une telle décision ? Le début d’un réel ajustement favorisant, comme il est espéré par ceux qui le réclament le plus fort, la croissance américaine  ?

Cette décision est présentée comme pouvant réparer la panne dans laquelle se trouve l’économie occidentale, en réduisant le déséquilibre global caractérisé de manière superficielle comme commercial. Voulant tenter, dans les faits, de corriger les effets de la mondialisation telle que le capitalisme financier l’a brutalement dessinée. Qui a abouti à une désindustrialisation rapide des pays développés, et au processus inverse dans les pays émergents. Non sans provoquer d’important dégâts. Sociaux des deux côtés, lourdement environnementaux dans les seconds.

De ce point de vue, une convergence a pu être décelée, des deux côtés, dans l’aggravation des inégalités sociales, cachées dans les pays émergents par l’amélioration des conditions de vie de classes intermédiaires qui s’y développent, bénéficiant des retombées de la croissance du produit intérieur brut (PIB). Au contraire encore dissimulée dans les pays développés, en raison de l’importance de celles-ci, en dépit de la détérioration du statut de leurs couches inférieures.

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L’actualité de la crise: un magistral contresens, par François Leclerc

Billet invité

UN MAGISTRAL CONTRESENS

C’est en direct que nous assistons à ce que les historiens qualifieront plus tard de l’un des plus magistraux contre-sens de toute l’histoire contemporaine. Les uns après les autres, pressés par la BCE, le FMI, l’OCDE et la Commission de Bruxelles, les gouvernements européens s’enfoncent dans la crise en mettant progressivement en oeuvre de rigoureux plans de réductions budgétaires, qui ne peuvent en réalité, pour toute garantie et résultat, qu’ouvrir la voie à une dépression économique de longue durée, ainsi qu’à une éventuelle remise en cause de la zone euro.

Ils tentent ainsi de se présenter comme les meilleurs pourfendeurs des déficits publics, présentés comme étant la cause de tous les périls, tout en continuant de se refuser à prendre à bras le corps l’état du système bancaire européen, qui donne pourtant tous les signes d’un nouvel accès de faiblesse, appelé à être le vecteur du rebondissement systémique de la crise quand elle se manifestera brutalement.

Enfermés dans leurs contradictions et leurs choix de départ, ne voulant pas affronter la nécessité d’une restructuration en profondeur du système bancaire, à laquelle ils ont préféré substituer un soutien financier de la BCE devenu permanent, les gouvernements européens sont en train de créer les conditions du rebondissement de la crise actuelle, face auquel ils vont se retrouver fort démunis.

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L’actualité de la crise: dynamique d’implosion, par François Leclerc

Billet invité.

DYNAMIQUE D’IMPLOSION

L’équation de la crise européenne va rester insoluble, et on peut anticiper que celle de la crise mondiale le sera tout autant.

Tôt ou tard – mais nous n’en sommes pas encore là – il faudra l’admettre, afin de chercher à poser le problème autrement pour parvenir à le résoudre. Car, pour la seconde fois après l’épisode de la chute libre initiée par la faillite de Lehman Brothers, les gouvernements et les autorités financières tentent de régler un problème d’insolvabilité par le déversement de liquidités, renflouant les dettes en créant de nouvelles dettes.

Tout se passe comme si ces liquidités étaient vidées dans des seaux percés – des facilités de caisse jamais vues délivrées aux banques et désormais également aux Etats – avec comme seul destin de ne jamais parvenir à la remplir. Car cette solution est aussi inadéquate ici que lorsqu’elle fut utilisée précédemment, condamnant à terme à l’échec, cette fois-ci, le plan de sauvetage (intitulé plan de stabilité) de la zone euro.

Le remède prescrit n’est qu’un pis-aller, tout comme l’est l’ersatz de régulation financière qui va nous être vendu. La nouveauté est qu’il apparaît illusoire aux yeux des marchés eux-mêmes, permettant de tirer sans plus tarder cette leçon sans appel de la crise européenne : il va falloir trouver autre chose.

Loin d’être singulière, cette dernière ne fait qu’ouvrir la voie à celle qui mûrit aux Etats-Unis, retardée là-bas par l’énormité des moyens mis en oeuvre pour l’éviter, qui ne peuvent cependant remédier à un délitement financier, économique et social dont le spectacle s’offre à qui veut le regarder.

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L’actualité de la crise: de conciliabules en bricolages et en tâtonnements, par François Leclerc

Billet invité.

DE CONCILIABULES EN BRICOLAGES ET EN TÂTONNEMENTS

Une nouvelle série de réunions internationales au plus haut niveau format G20 est en préparation dans les antichambres. Des ministres des finances et des présidents des banques centrales, en Corée du sud les 4 et 5 juin, puis des chefs d’Etat, à Toronto les 26 et 27 juin. A croire que la tenue de ces rencontres obéit à une loi étrange : moins elles aboutissent à des décisions pratiques, plus elles se multiplient. Comme si toute une énergie devait leur être dépensée, consacrée à la difficile rédaction d’un communiqué final aussitôt classé que publié.

De quoi sera faite l’unité de circonstance qui va être affichée ? Deux grands sujets vont former la trame publique de ces réunions : la quadrature du cercle d’une réduction des déficits publics n’affectant pas la croissance, toutes deux présentés comme salvatrices, et l’ajustement international des mesures de régulation financière, dont les chefs d’Etat ont besoin de se prévaloir, puisque les marchés sont par ailleurs les maîtres incontestés, voire même revendiqués. Un troisième sujet sera certainement évoqué, mais pas nécessairement depuis les tribunes : la fragilité toujours très grande du système financier et bancaire, comme la crise européenne vient de l’illustrer.

De toutes les voix qui commencent à s’exprimer à propos du danger que représenterait un arrêt brutal des aides publiques à la relance de l’économie, en raison de réductions budgétaires trop précoces au nom de la lutte contre les déficits, une mérite d’être mise en exergue. Celle de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois. « Certains disent que l’économie mondiale est déjà repartie et que nous pourrions arrêter les mesures de soutien, mais je considère ce jugement trop hâtif », a-t-il estimé à Tokyo devant le patronat japonais. « La crise de la dette dans quelques pays européens pourrait entraver la reprise économique de l’Europe (…), le taux de chômage aux Etats-Unis ne baisse pas ». Prédisant que « Nous devons nous préparer à des difficultés », il a assuré que la Chine en tirait sans attendre les conséquences, faisant en sorte « de rester en alerte et de prendre des mesures avec calme (….) afin d’éviter une nouvelle baisse de la croissance ».

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L’actualité de la crise: banques qui rient, banques qui pleurent, par François Leclerc

Billet invité.

BANQUES QUI RIENT, BANQUES QUI PLEURENT

C’est en passe d’être réalisé : une loi de régulation financière va être dans les semaines à venir promulguée par Barack Obama, après un rapprochement des textes successivement adoptés par la Chambre des représentants et du Sénat qui va permettre d’encore en édulcorer l’ensemble. Les mégabanques ont d’ores et déjà remporté aux Etats-Unis une écrasante victoire dont elles entendent se prévaloir, dans le monde entier, afin de poursuivre leurs jeux délétères. Il n’y a pas à tergiverser, mais à s’interroger sur ses conséquences.

Avec l’appui de l’administration – en dépit de quelques batailles menées par des agences de régulation et d’escarmouches à portée limitée – et avec le soutien qui ne s’est pas démenti, sauf à l’occasion d’alertes qui n’ont pas duré, d’un Congrès miné par le lobbying et la corruption, les mégabanques viennent d’illustrer le fameux « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». La gloire n’était qu’accessoire, elles se contenteront de la victoire. Seuls quelques élus auront tenté de sauver l’honneur, sans succès.

Durant ces mois de travail législatif, Barack Obama n’aura cessé de mettre en scène son courroux et sa détermination pour masquer qu’il n’entendait pas mettre la bride sur le cou au capitalisme financier dont il est en réalité, avec son administration, partie largement prenante. Justifiant l’utilisation du concept d’oligarchie pour qualifier le pouvoir qu’il représente, certains préférant le terme de ploutocratie.

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L’actualité de la crise: le marché a toujours raison mais ne dit pas en quoi…, par François Leclerc

Billet invité.

LE MARCHE A TOUJOURS RAISON MAIS NE DIT PAS EN QUOI…

Avec un bel ensemble, toutes les bourses européennes, japonaises et américaines viennent à nouveau de louper une grosse marche. De son côté, l’euro continuait de descendre par rapport à toutes les monnaies, à l’exception de la livre anglaise. Dans le monde entier, les dirigeants s’alarment de la situation de l’Europe, depuis Pékin et Tokyo jusqu’à Washington. Timothy Geithner, secrétaire d’Etat Américain au Trésor, est à nouveau dépêché en ambassade auprès des Allemands, des Britanniques et de la BCE, à peine finie sa mission à Pékin. Barack Obama s’entretient une fois encore au téléphone avec Angela Merkel.

Plus la crise européenne se poursuit, moins son issue s’éclaire, plus elle acquiert une dimension internationale.

Pour tous, les sujets d’inquiétude sont en effet multiples. La chute de l’euro et la perspective d’une récession européenne viennent freiner les ambitions commerciales de tous ceux qui voient dans le développement de leurs exportations la seule opportunité de développer leur croissance. Le danger d’une déstabilisation du système bancaire européen, provenant de défauts jugés inévitables de certains des pays de la zone euro, pourrait menacer le système bancaire américain et déclencher un nouveau cataclysme, sévère rebond d’une crise qui ne manque pas d’occasions à cet égard.

Le Peterson Institute for International Economics estime que les banques américaines seraient globalement exposées à hauteur de 1.500 milliards de dollars dans l’Union européenne. Citigroup, pour sa part, évalue à 190 milliards de dollars l’exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.

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