L’emprise : pris en tenaille, du dehors et du dedans

Communication faite le 4 octobre à Strasbourg, lors des Journées Nationales de l’Association française des psychiatres d’exercice privé – AFPEP.

J’appelle, pour aller vite, « Moi », le point d’ancrage que suppose la conscience à la volonté subjective, qui serait le mode d’action dont elle dispose sur le monde. Des modifications interviennent effectivement dans le Réel du fait des actes posés et constatés par la conscience ; celle-ci en attribue l’origine à la volonté, dont le siège supposé est le Moi.

À propos du Moi, Freud écrit en 1929 dans Malaise dans la Civilisation : « À l’origine le Moi inclut tout, plus tard il exclut de lui le monde extérieur » ([1929] 1970 : 12). Il avait déjà expliqué quelques lignes plus haut que

« La pathologie nous fait connaître une multitude d’états où la délimitation du Moi d’avec le monde extérieur devient incertaine, fait l’objet d’un tracé réellement inexact : dans certains cas, des parties de notre propre vie psychique, perceptions, pensées, sentiments, apparaissent comme étrangers, semblent ne plus faire partie du Moi ; dans d’autres cas, on attribue au monde extérieur ce qui visiblement a pris naissance dans le Moi et devrait être reconnu par lui. Ainsi donc le sentiment du Moi est lui-même soumis à des altérations, et ses limites ne sont pas constantes » (ibid. 11).

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Comment donner une volonté à un robot

Parce que je me dis que cela pourrait intéresser certains d’entre vous qui n’auront pas le désir d’aller fouiller dans la discussion qui a lieu en ce moment à propos de ma vidéo d’hier, je donne à cet échange davantage de visibilité.

Jean Szrogh

Une chose encore. Pour qu`un ordinateur prenne une décision contrevenant a sa programmation, il doit avoir une motivation propre, ce qui nécessite au préalable que cet ordinateur acquiere la conscience de soi. Cette derniere peut-elle naitre de la matiere constituant l`ordinateur? Si la conscience de soi chez l`humain nait de la matiere constituant son cerveau, alors l`ordinateur pourrait en principe accéder a la conscience. Si, par contre, la conscience de soi chez l`humain (ou d`autres especes vivantes) n`est pas le produit de la matiere mais, comme le prétendent les religions, le fait d`un apport extérieur dit « divin », alors l`ordinateur restera ordinateur. La question de la prise de pouvoir des « robots » parait donc en rapport étroit avec la question (la plus grande des questions), sinon de l`existence de Dieu, du moins de la conscience de soi comme dépassant le niveau des protéines composant le cerveau. Cette question est loin d`etre résolue a ce jour sur notre petite planete aussi nous est-il difficile de dire des choses intelligentes dans ce domaine.

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Piqûre de rappel : NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ, le 7 avril 2012

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui des sens, de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, tout ce qui est de l’ordre des symboles, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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ESQUISSE POUR UNE REPRÉSENTATION DU MONDE « SANS VOLONTÉ NI INTENTION », par Vincent Teixeira

Billet invité.

Je vous envoie, certes de manière très succincte et trop rapide, quelques petites réflexions suite à votre vidéo sur un au-delà de la valeur d’une part, et de l’intention et de la volonté d’autre part, pour ouvrir peut-être d’autres chemins de pensée. Au-delà de l’aspect économique, que je ne maîtrise pas du tout (mais qui est en mesure de le maîtriser ? comme de maîtriser quoi que ce soit…) ou plutôt pour lequel je n’ai guère de compétences, c’est surtout ce dépassement de l’intention et de la volonté qui m’a saisi.

Moins du point de vue des neurosciences, domaine qui m’échappe également, que d’un point de vue littéraire et philosophique (champs de mes formation et travail), au sens large. En effet, il me semble bien qu’il y a là une ouverture possible vers d’autres horizons de pensée, compréhension et représentation du monde, de l’Histoire, du réel, et j’ajouterais de toute vie intérieure. Et ce d’autant plus que nous vivons dans un monde moderne où les désastres en cours ne sont peut-être pas intentionnels ni voulus, mais échappent de plus en plus à toute maîtrise, alors même que les dirigeants du monde, tous nos hiérarques économico-politiques, affichent encore et toujours, avec la même rhétorique pateline et un cynisme de plus en plus insupportable, des discours précisément nourris d’« intentions », de « volonté » et de « valeurs » (économico-marchande ou bien « humaniste », à peu de frais). Une manière d’obstruer encore un peu plus le paysage mental, et de maintenir la domination et toutes les aliénations qui s’ensuivent.

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CONSCIENCE ET VOLONTÉ DANS LA CIVILISATION CHINOISE, par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité

Toujours sur ce chantier « Se passer de la volonté et de l’intention » ouvert par Paul dans sa vidéo « A nouveau au seuil d’une guerre mondiale », il me semble qu’il faut aussi replacer la problématique conscient/inconscient, volontaire/involontaire dans le cadre de notre civilisation en particulier où ils font sens, car ailleurs, notamment en Chine, il se peut que les choses soient quelque peu différentes.

Dans le cadre de la civilisation chinoise, les notions d’inconscient et de volonté, dans le sens précisé par Paul, c’est à dire d’un acte que  l’on décide à un instant t et dont l’accomplissement ne dépend que de la décision à cet instant, n’ont pas existé jusqu’à ce que ces notions soient introduites à partir de la fin du XIXème siècle quand furent traduites les œuvres des penseurs les plus importants de notre aire de civilisation. (Je n’évoque pas Mattéo Ricci lequel ne s’adressait qu’à un cercle très limité d’érudits et de hauts dignitaires de l’Empire chinois.)

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Vidéo spéciale – À NOUVEAU AU SEUIL D’UNE GUERRE MONDIALE

Sur YouTube, c’est ici.

Comprendre l’économie oblige de se débarrasser de la « valeur »

La prétendue « Théorie de la valeur » d’Aristote : des Scolastiques à Paul Jorion, par Zébu
Paul Jorion : Le prix, 2010

Or pour comprendre l’histoire, l’« intention » ou la « volonté » ne valent guère mieux que la « valeur » pour comprendre l’économie

Paul Jorion : Principes des systèmes intelligents, 1989 ; 2012
Paul Jorion : Le secret de la chambre chinoise, 1999
Benjamin Libet
La chambre chinoise de John Searle

Expliquer l’histoire humaine par le rattrapage plutôt que par l’intention et la volonté

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NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

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