Où en est-on ce matin ?

Ouf ! cinq minutes à moi ce matin ! Ce soir venez nous écouter, Susan George, Henri Guaino, Natacha Polony, moi-même et quelques autres. Ça se passe au 184 bd Saint-Germain, dans la ville de Paris. Il y aura là quelques souverainistes purs et durs et, non, cela ne fait pas de moi un ami de Poutine d’aller discuter avec elles et eux des traités internationaux. De 19h à 22h, ça nous laisse un peu de temps.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 16 MARS 2012

Le Front de Gauche et nous
Les « Questions qui restent à résoudre »
Mr. Greg Smith, ancien Executive Director de la compagnie Goldman Sachs
Pour qui travaille une entreprise ?

La même vidéo sur YouTube

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California Street, San Francisco

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Le temps qu’il fait, le 9 juillet 2010

Petit complément.

La crise du capitalisme américain (La Découverte 2007 ; éditions du Croquant 2009)

L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » (Fayard 2008)

Au moment où je parle ce matin de Wells Fargo, je me dis « Mais tu as écrit quelque chose autrefois sur Wells Fargo ! » Je pars à la recherche et je retrouve mon petit texte. C’était l’époque où j’avais découvert – terrifié – qu’à force de ne pas le parler, je perdais l’usage du français. Je téléphonais à mes enfants et je cherchais mes mots, je bredouillais. Alors le soir à la maison, je m’appliquais et j’écrivais – un peu n’importe quoi – en français.

La banque où je travaille

La banque où je travaille est connue de tous, non pas en raison de sa taille ou de sa richesse mais du fait de sa renommée. C’est la « Wells Fargo » qui inventa le service de diligence qui desservait le Far West. Quand fut fondée à New York en 1849 l’« American Express », Henry Wells en fut le premier président, William Fargo était l’un des autres membres fondateurs. La même année débutait la ruée vers l’or dans la région de Sacramento en Californie du Nord. 1849 : une sacrée année !

Oui c’est moi l’ vieux Tom Moore du côté de la gnôle,
Au bon vieux temps d’ l’âge d’Or.
On m’appelle « La Cloche », et « Bibine » aussi
Mais les compliments, j’m’en tape !
Je m’trimballe de ville en ville
Comme une enseigne ambulante.
Et ceux qui m’voient, y disent « Tiens, v’là le Tom Moore,
Le quarante-neuvard ! »

Du bon vieux temps, d’ la ruée vers l’or,
Ah ! Souvent j’y r’pense,
Au bon vieux temps
Quand on creusait pour l’or,
Quarante-neuvards ! et fiers de l’être !

Il n’y avait pas encore de train pour traverser le pays. Les prospecteurs en herbe s’embarquaient sur la côte Est sur des clippers, des trois-mâts qui ne faisaient qu’un seul voyage : de New York à San Francisco, en passant par le Cap Horn. La légende veut que le « clipper » fut inventé pour San Francisco. Passer le Cap Horn, en général, ça ne se faisait que dans un sens, et quand je sous-entends qu’on peut le passer dans un sens, c’est peut-être déjà une exagération. Ceux qui ont fait le Cap, dans la marine, ce sont des aristocrates. Et là, aux jours de ’49, on faisait des aristocrates par trois-mâts entiers, quand ces hommes et ces femmes (là où il y a des hommes il y a aussi toujours des femmes) en proie à la fièvre de l’or traversaient les quarantièmes rugissants pour un voyage sans retour : en 1852, on comptait soixante-quatorze clippers dans le port de San Francisco.

Wells et Fargo tentèrent sans succès de convaincre leurs collègues de créer un service spécial de transport d’or et de passagers entre les côtes Pacifique et Atlantique. Alors, à deux, ils se mirent en affaires, et créèrent en 1852 « Wells, Fargo & Company ». Le reste on le connaît par les romans et par les films : « La diligence », Stagecoach, de John Ford et Dudley Nichols. La diligence, c’est le logo de notre firme. On la trouve sur les chèques de mon chéquier, sur mes cartes de banque, sur ma carte de visite, sur le papier peint de mon ordinateur, sur le papier à en-tête des minutes que je rédige de notre réunion bi-hebdomadaire du Comité Stratégique de Fixation des Prix.

J’appartiens au Groupe de Crédit aux Consommateurs : nous prêtons de l’argent aux particuliers. Ils offrent en gage, qui sa maison, qui sa voiture, sa moto, son bateau, son mobile-home, ses actions en bourse, ses obligations, sa collection de papillons, ou rien du tout, et nous leur prêtons de l’argent en échange du versement d’un intérêt. Ce qu’ils mettent en gage, c’est ce qu’on appelle le « collatéral ». Je m’occupe du taux d’intérêt que nous leur faisons payer. Je construis des modèles de nos coûts, de leurs frais de participation, cotisations, etc., du risque que nous prenons en leur prêtant, combien ça nous revient s’ils remboursent de manière anticipée, etc. Je participe aux réunions, je construis, avec l’aide d’une programmeuse, un modèle qui fonctionne aussi bien pour les prêts avec ou sans collatéral, pour les prêts où l’on ne paie pendant plusieurs années que les intérêts et ceux où l’on rembourse progressivement le principal, et ainsi de suite. Je fais également partie d’un comité qui préside à l’achat d’un énorme logiciel qui engendre des rapports, d’un autre qui contrôle les modèles que nous construisons, aussi bien en allant à la chasse aux crasses dans les programmes, qu’en vérifiant a posteriori la validité de leurs prévisions, etc. car il en vient du nouveau tous les jours.

Nous sommes beaucoup trop peu nombreux pour ce que nous faisons : nous brassons des milliards de dollars, toujours en retard d’une longueur, en croisant les doigts et en espérant que tout ça continuera de tenir. C’est une joyeuse anarchie où deux populations se côtoient et se mélangent, sans jamais communiquer entre elles : les battants et les fonctionnaires. Les battants se cooptent entre eux au sein d’équipes improvisées, de task forces, de « commandos » sans nom. Ils se retrouvent entre eux pour des conversations un peu plus détendues, à dix-huit heures trente, dix-neuf heures, quand les fonctionnaires sont depuis longtemps rentrés chez eux.

Nous sommes multi-ethniques, les étrangers sont nombreux : plus d’un quart d’entre nous sommes Chinois, et beaucoup d’autres asiatiques, il y a des Iraniens, des Indiens, des Vietnamiens, des Coréens. Quelques noirs américains. Je suis le seul Européen de l’Ouest, les Européens de l’Est sont un petit peu plus nombreux.

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Comment on devient l’« anthropologue de la crise »

Au printemps dernier, la revue d’anthropologie Terrain me demandait de participer à un numéro spécial consacré aux catastrophes, au titre d’« anthropologue de la crise ». Je rédigeai le texte qui suit, consacré à mon terrain dans le monde de la finance. « Terrain » décida de ne pas le publier. Je l’ai ressorti car il fera l’objet d’un exposé que je ferai demain à l’Université de Rennes, dans le cadre du séminaire de Jean-Michel Le Bot ; j’ai pensé qu’il pourrait également vous intéresser.

N. B. : a été publié depuis dans le débat N° 161, septembre-octobre 2010.

Comment France Culture peut faire de vous un trader

Mon premier emploi aux États-Unis fut un contrat de trois mois en tant que programmeur chez United PanAm Mortgage à Orange, la capitale administrative d’Orange County en Californie méridionale. On était en avril 1998. PanAm était ce qu’on appelle maintenant un établissement financier « subprime » : accordant des prêts hypothécaires à des ménages peu fortunés.

Le terme « subprime » n’était pas utilisé : on disait alors « consommateurs C et D ». C’est précisément à cette époque : aux alentours de 1998, que l’on prit l’habitude d’appeler « prime » les candidats à l’emprunt dont la cote FICO était supérieure à 620 et « subprime » ceux pour qui elle était inférieure à ce chiffre. FICO, est l’acronyme de Fair & Isaacs Company, une firme proposant une méthode qui permet aux « credit bureaus » centralisant les données relatives aux emprunts des particuliers d’attribuer à ceux-ci une note censée refléter le « risque de crédit », le risque de non–remboursement, qu’ils présentent pour un prêteur éventuel. On évoquait jusque-là en parlant des consommateurs, les catégories A, B, C et D, les mêmes que l’on applique au risque de crédit que présentent les entreprises et les États. A et B sont fiables, étant jugés « investment quality », d’une qualité propice à l’investissement, C et D étant eux qualifiés de « spéculatif ». On aurait dû se souvenir de la qualité douteuse des produits « subprime » mais un puissant effort de marketing fit en sorte qu’il n’en soit pas ainsi.

J’étais entré en finance en 1990, la conséquence d’une série de « Nuits magnétiques » que j’avais produites pour France Culture. En 1988, Laure Adler, responsable de l’émission, m’avait appelé et m’avait dit en substance : « J’ai beaucoup aimé ce que vous avez écrit sur les pêcheurs bretons (Jorion 1983, Delbos et Jorion 1984) pourriez-vous me faire une série d’émissions sur ce sujet ? ». Je lui avais répondu qu’il y avait plusieurs années que je ne m’occupais plus de pêche. « Qu’est-ce que vous faites maintenant ? », m’avait-elle alors demandé. Je lui avais expliqué que j’étais devenu chercheur en intelligence artificielle et elle avait répondu du tac-au-tac : « C’est très intéressant aussi : faites-moi donc quatre Nuits Magnétiques là-dessus ».

Les émissions ont été programmées en novembre 1988 puis furent rediffusées durant l’été 1989. C’est à cette époque là que Jean-François Casanova les entendit. Il écrivit à France Culture, expliquant que ces « Nuits magnétiques » l’avaient fasciné et demandant à en rencontrer le producteur. Je lui répondis, sur quoi il m’invita à déjeuner. Nous avons discuté de la théorie du chaos. C’était l’époque où un changement s’opérait dans le secteur bancaire : le personnel des banques était constitué jusque-là essentiellement de comptables et d’économistes. Avec l’informatisation et la nécessité de modéliser le fonctionnement des instruments financiers sophistiqués que constituaient les produits dérivés pour mieux les comprendre, la finance commençait à faire appel à d’autres compétences : ingénieurs, mathématiciens appliqués ou physiciens. J’étais un spécialiste de l’anthropologie mathématique, j’avais été ingénieur dans le cadre du projet CONNEX au laboratoire d’intelligence artificielle des British Telecom, nos conversations s’inscrivaient dans le cadre de ce nouveau climat.

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