IL FAUT DEMANDER PLUS, IL FAUT VOULOIR PLUS !, par Al

C’EST TERMINÉ ! 185 commentaires en deux heures, c’est très bien, et on a bien avancé !

Billet invité. Une discussion relative à ce billet a lieu ici lundi 20 mai, de 20h à 22h.

Une petite phrase lue sur le blog de Pierre Sarton du Jonchay m’a, en un flash, fait comprendre ce qui me posait problème, c’est tout bête, vous allez comprendre… la phrase dit cela :

Ce diagnostic repose sur le modèle de régulation financière et monétaire inspiré de la philosophie politique d’Aristote et de Thomas d’Aquin interprétée par Keynes en système monétaire d’économie politique.

… et m’a bien fait entrevoir que l’objectif serait donc de revenir à une situation pré-thatchérisme en partant du principe sans doute que ce ne serait qu’une étape, mais qu’il fallait bien commencer par là, par remettre les pendules à l’heure…

Le problème, c’est que les pendules n’ont jamais été à l’heure, même avant les années 70…

Pour illustrer ce que je dis j’aimerais vous faire part d’un souvenir… le souvenir d’une manifestation des ouvriers de Moulinex je crois, demandant à la direction de ne pas supprimer des emplois… je ne me souviens plus la date exacte mais ni la date ni l’entreprise n’ont d’importance dans cette histoire tant le cas est devenu la règle…

Je me souviens que ce jour-là j’ai senti que quelque chose était en train de revenir… l’escroquerie, l’aveuglement, la honte et le chaos d’une société qui redevenait terrifiée par le pouvoir.

Quelques mois avant, des manifestations d’ouvriers demandaient de meilleures conditions de travail, un meilleur statut, une reconnaissance financière et de réels changements de société… et là, en quelques mois, quelques semaines… tout s’était renversé : on demandait quasiment pardon d’exister, on demandait du travail et du pain…

Alors voilà, ce que je crois c’est qu’il ne faut pas demander le retour à une finance moins folle, ça n’est pas juste… parce qu’un monde où la finance serait moins folle ne suffirait pas à être supportable… voilà ce qui me gène dans le discours ambiant… d’un côté, « la compétitivité » des gros c… et de l’autre, « la fin du néo-libéralisme »…

Cette alternative ne peut pas être porteuse d’espoir… Il faut plus… il faut comprendre qu’il faut demander plus, qu’il faut vouloir plus et qu’il faut arrêter de vivre dans une société qui nous fait honte… le changement des règles sur la finance suivront mais ce ne sera plus l’objectif premier… l’objectif sera plus haut… La fin d’une organisation basée sur la pression, les contraintes et les menaces….

Car souvenez-vous ce qu’il y avait avant le néo-libéralisme… des usines monstres et des patrons bien-pensants… et la honte au front pour les autres…

La vidéo : c’est l’image, le flash dont je parle au début…

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Sur la page « Les débats » : « Aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh » : le scénario du pire, mercredi 15 mai de 15h à 16h30

C’EST TERMINÉ !

Le Monde a eu l’amabilité de mettre ma chronique en « une » de l’édition en ligne, non sans en avoir modifié le titre, qui est devenu « Aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh » : le scénario du pire.

Parler de « réformes structurelles de compétitivité » c’est accepter le principe d’un moins-disant salarial au plan international : c’est admettre qu’il existe un pays où le niveau du salaire de subsistance est le plus bas, et que ce salaire de subsistance du travailleur le plus misérable de la planète doit jouer le rôle d’un « attracteur » pour l’ensemble des salaires à la surface du globe.

Le salaire moyen au Bangladesh étant aujourd’hui cinq fois plus faible qu’en Chine, j’ai choisi de traduire dans mes conférences l’expression obscure « réformes structurelles de compétitivité » par « aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh », une phrase dont la signification est identique mais présente l’avantage d’être comprise aisément par tous mes auditeurs. En utilisant cette expression polémique, je ne pensais cependant pas qu’une actualité tragique en ferait à ce point résonner la pertinence.

Le 24 avril, l’effondrement à Savar, un faubourg de Dacca, du Rana Plaza, un immeuble de huit étages rassemblant un grand nombre d’ateliers de confection aux conditions de travail dickensiennes, a causé la mort de plus de onze cents personnes, des femmes essentiellement.

À la vue d’étiquettes de marques familières mêlées aux corps sans vie au milieu des gravats, l’indignation est à son comble. La presse financière internationale n’est pas en reste : à de telles situations où des ouvrières et des ouvriers sont renvoyés dans des locaux en voie d’effondrement et aux issues de secours bloquées par une « police industrielle », elle connaît la réponse. Son nom, affirme le Financial Times, c’est la syndicalisation, qui permet aux travailleurs de faire valoir leurs droits. Tout occupés à échapper à l’enfer du monde rural pour découvrir la paix relative des ateliers urbains (migration qui en vingt ans a fait baisser la pauvreté de moitié), les Bengladeshis auraient négligé la protection qu’offrent les syndicats. Sans doute, mais peut-être ont-ils en mémoire le syndicaliste Aminul Islam, dont le cadavre portant les marques de sévices fut retrouvé l’année dernière abandonné sur une autoroute.

La révélation spectaculaire des conditions dans lesquelles est produit dans le tiers-monde notre low-cost occidental modifiera-t-elle la philosophie de nos dirigeants ? Il en faudrait certainement plus car nous vivons dans un monde où, si les individus sont encore ancrés dans une logique territoriale, les entreprises ont cessé de l’être depuis plus d’un siècle. Par le biais de l’instrument juridique qu’est le « trust » anglo-saxon, les individus les plus fortunés, grâce à des montages fondés sur l’anonymat qu’autorisent les havres fiscaux, ont le moyen d’accéder à titre personnel au pouvoir dont disposent les transnationales : pouvoir économique mais aussi pouvoir politique en raison du poids que l’argent permet d’exercer sur le mécanisme démocratique. Dans le cadre actuel, la logique du moins-disant salarial est l’un des principes de base de l’économie de marché, à preuve l’indifférence des populations à l’annonce de ces « réformes structurelles de compétitivité ».

L’horreur de Rana Plaza restera-t-elle sans conséquences ? Rien n’est moins sûr cependant, car c’est la philosophie du « moins-disant » sous toutes ses formes qui se retrouve aujourd’hui sur la défensive depuis que l’affaire Cahuzac a mis sur la sellette le moins-disant juridique et fiscal des havres fiscaux, et que l’inviolabilité qui faisait leur force s’est vue compromise dans la résolution de l’affaire de Chypre. Si en effet les sommes déposées sur un compte dans un havre fiscal ont cessé d’y être en sécurité, c’est l’édifice entier qui s’effondre.

Et c’est là que se situe le talon d’Achille du moins-disant salarial : dans le fait que les opinions publiques sont désormais en rébellion ouverte contre la philosophie du moins-disant dans toutes ses manifestations. Ce ne sont pas les dirigeants eux-mêmes qui ont mis le holà mais la réprobation générale les a obligés d’installer des coupe-feu dans l’urgence pour contenir la vague d’indignation. Qu’on pense à la promptitude de la réponse, même si ce n’était pas une transparence voyeuriste que réclamait de la classe politique, l’opinion, mais bien plus banalement, des gages d’honnêteté.

Le moins-disant juridique et fiscal a atteint le seuil de l’intolérable parce qu’il instaure en régime idéal la piraterie que les grosses entreprises – transnationales de fait – exercent sur l’économie mondiale : prédation par elles des entreprises plus petites, confinées quant à elles de par leur taille sur le territoire national et contribuant seules par le versement de l’impôt aux frais de maintien de l’ordre commercial, ordre dont les transnationales bénéficient sinon gratuitement, du moins avec un rabais considérable. Ces transnationales n’en voient pas moins le contribuable voler à leur secours en période de vaches maigres, pour régler non seulement leurs pertes économiques réelles mais également leurs paris spéculatifs perdus, illustration tragique du principe de « privatisation des profits, socialisation des pertes ».

Le moins-disant salarial des « réformes structurelles de compétitivité » relève de la même logique exactement que le moins-disant fiscal : il s’agit là aussi, par la baisse des salaires, de maximiser la part de la richesse créée qui passera en dividendes et en bonus extravagants que les dirigeants des plus grosses entreprises s’octroient à eux-mêmes.

 

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