Madame la Terre dans sa robe de gala

Pour la Noël, nous sommes allés dans le nord de la Californie : dans le Mendocino County. A Fort-Bragg, j’ai été récompensé : quand on quitte la régionale « 1 », la Pacific Coast Highway, PCH pour les aficionados, prononcez pissihétche, et que l’on passe par–dessous le pont, on trouve Noyo Harbor, un village de pêcheurs, comme ceux que j’ai connus, comme Houat, où l’on pêche le crabe au casier : pas le tourteau mais le « Dungeness crab ». On y pêche aussi le saumon, en grand nombre.

Cuisson du crabe à Noyo Harbor
En venant de Los Angeles, quand on arrive à San Luis Obispo, on a le choix entre prendre la « 101 » par l’intérieur jusqu’à Monterey et puis filer vers San Francisco ou bien piquer vers la côte et longer la mer. Il y a un enjeu : par l’intérieur, c’est Salinas, patrie de Steinbeck, alors que par la côte, c’est Big Sur, et le fantôme de Kerouac. En fait, il n’y a pas réellement à choisir, parce que la Central Coast entre Morro Bay et Carmel à Monterey, c’est la montagne tombant à pic dans l’océan, sur cent cinquante kilomètres. Pas de plages sur toute la distance, du moins rien qui vaille la peine d’être signalé : cent cinquante kilomètres de lacets, et parfois d’épingles à cheveux. Non, bien entendu ce n’est pas le moyen le plus rapide d’aller de Los Angeles à San Francisco: il y a aussi la « 5 », c’est-à-dire cinq heures d’autoroute avec un gros cul devant, un gros cul derrière, et un de chaque côté. Merci beaucoup.

Big Sur
Au nord de San Francisco, la côte retrouve sa sauvagerie, petite route étroite, mauvaise au bord du précipice : à gauche, l’océan, bleu d’émeraude, à droite la montagne, verte, boisée de cyprès et de genévriers, piquant en permanence à soixante degrés droit dans la mer. Après, c’est différent : la montagne plonge trop raide dans l’océan et la route est obligée d’escalader la montagne. On perd alors la mer de vue : on est au sein de la forêt de pins, de séquoias, les « redwood », au bois rouge, entre lesquels vivent les ours et les pumas. Les noms changent, on quitte Sausalito et Santa Rosa pour Sebastopol et Russian River : on traverse la frontière commune que possédaient autrefois le Mexique et la Russie. Pas beaucoup de plages, ici non plus : des petites criques tout au plus mais quand on y descend, on y trouve des trésors blottis entre les rochers : les cadavres d’énormes ormeaux, aux carapaces rouges comme du corail et dans leur creux, la nacre aux reflets sombres et moirés.

Les « redwood »
J’entends parfois dire que la Californie ce n’est que du béton, et quand je demande à la personne qui dit ça de quoi elle parle exactement, elle m’explique qu’elle est allée de South Coast Plaza à Disneyland, et de là à Hollywood, puis à Beverly Hills. Oui, d’accord, vous avez parcouru beaucoup de kilomètres mais tout ça ce ne sont que différents quartiers de Los Angeles. Oui je sais, Los Angeles est vaste et je considère Orange County comme sa banlieue. Mais c’est comme si vous me disiez qu’il n’y a plus de campagne en France parce que vous êtes allé de la Tour Eiffel aux Champs-Élysées, et de là à Beaubourg, sans apercevoir le moindre bout de prairie. La Californie est vide, je lisais hier qu’il y a trente mille ours en liberté. Oui, c’est vrai : il faut quitter l’autoroute pour s’en apercevoir. Et même pas nécessairement : à Laguna Beach, j’ai vu souvent des daims dans le jardin, à Eagle Rock, qui fait partie de Los Angeles et où Steinbeck a vécu – je tourne en rond – je trouvais des ratons–laveurs et des opossums dans mon garage et un jour, une moufette, toute noire et blanche, belle comme dans un film de Walt Disney, et toute prête à m’empester. A Laguna Beach, à Eagle Rock, les coyotes me réveillaient la nuit par leurs hurlements, ce qui est quand même plus sympathique qu’un ivrogne qui chante « La java bleue » en rentrant chez lui (réminiscences de la rue Saint-Paul).

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Une réflexion sur « Madame la Terre dans sa robe de gala »

  1. Je ne connais personnellement des USA que Boston, mais sur le animaux à L.A. il y a des choses dans L.A. The imagination of the disaster de Mike Davis. Après l’avoir lu, les coyottes de Laguna Beach ne m’étonnent pas trop.

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