Jacques Attali : réponses à Paul Jorion, à propos de « La crise, et après ? »

Voici la réponse de Jacques Attali aux questions que je lui avais posées à propos de son livre La crise, et après ? (Fayard 2008).

Cher Paul, Merci d’avoir pris le temps de me lire si bien. Vos commentaires sont, comme toujours, très profonds et très judicieux, mêlant des savoirs économiques, financiers et anthropologiques. J’ai lu aussi les passionnantes discussions que cela a suscitées sur votre blog. Je me contenterai de donner modestement mon point de vue sur les énormes questions que vous soulevez. Vous me permettrez au passage de renvoyer à certains de mes livres, non pour leur faire une quelconque publicité, mais parce que c’est par les livres que je m’exprime le plus précisément.

1. Marché et état de droit. Vous avez tout à fait raison : le marché est parfaitement capable de corrompre la démocratie. Il suffit de regarder l’exemple de la plus parfaite démocratie, ayant créé la plus parfaite absence d’état de droit : la Grande Bretagne, où la démocratie la plus ancienne du monde est au service d’un paradis fiscal et d’une place financière off shore. Cela veut dire que la démocratie ne se réduit pas à des élections libres ; elle suppose une véritable transparence, une symétrie de l’accès à l’information et des contrepoids aux pouvoirs des riches, en particulier dans les médias. Cela reste largement à penser et à construire. Par contre, je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites que le marché constitue « l’expression spontanée de la manière dont notre espèce réglait ses affaires à l’état sauvage : par la guerre de tous contre tous ». L’histoire du marché, que j’ai racontée dans un de mes livres, (« Histoire de la Propriété ») commence, à mon sens, par le troc ; elle continue par l’invention du marché silencieux (Cf. en particulier les travaux de Pierre Dockes) puis, bien plus tard, de la monnaie, justement pour en finir à la violence. Le marché est là pour assurer l’allocation efficace des ressources, mais pas son allocation juste, qui incombe à la démocratie. Et les victoires de la démocratie sur les dictatures démontrent qu’elles ne sont pas tout à fait désarmées face à des forces supérieures.

2. Crises et cycles. J’ai eu tort d’évoquer, même en passant , le mot de cycle, en parlant de « contre-cycle », car, comme vous le savez, je crois plus à la théorie des cœurs successifs, que j’ai élaborée dans « Une brève Histoire de l’avenir », (à partir des travaux de Fernand Braudel, mais aussi de Jean Gimpel, Michel Aglietta et Immanuel Wallerstein), qu’à celle des cycles, quels qu’ils soient. Et chaque cœur (géographique) se caractérise par une technologie dominante et un système de valeur particulier. Et ces théories devraient en effet être connues des agences de notation, pour leur servir de grille de lecture.

3. « Initiés » et accès à l’information financière. Oui, bien sûr, il n’y a pas de transparence sans remise à niveau des patrimoines. Et en particulier (et je l’ai écrit dans « la Voie Humaine ») pour ceux que je nomme les « biens essentiels » dont la propriété privée doit être remise en cause. Mais comme une telle « remise à niveau » est impensable aujourd’hui, il faut agir pour que l’accumulation du capital futur corrige celle des patrimoines antérieurs.

4. La spéculation. Votre proposition d’une « prohibition des paris sur l’évolution des prix sauf pour ceux à qui ils procurent une fonction d’assurance contre des aléas inévitables, climatiques » me semble une idée à creuser, comme le font certains participants à votre blog. On m’a cependant expliqué que même ce mécanisme peut être contourné. Enfin, je n’aime pas l’idée de ce que vous appelez « un appel du pied extra-parlementaire ». Cela ouvre à des dérives que vous condamnez autant que moi.

5. Permettez moi d’ouvrir aussi un autre débat : un monde où, comme je le souhaite, la régulation serait mondiale et parfaite, ne serait pas exempt de crises. Car il y aura toujours asymétrie d’information entre le présent et le futur. Et c’est cette asymétrie qui cause les crises. Et, à moins de souhaiter un monde répétitif, (en lui-même comme en son environnement), c’est-à-dire un monde où l’information sur l’avenir serait, par nature, parfaite, nous ne pouvons que nous résigner à gérer des crises, et nous attacher à en partager équitablement le poids. Et pour cela, penser, prévoir, et agir.

Merci d’avoir pris le temps de me lire si finement et continuez de nous faire tous réfléchir si librement et si sérieusement.

Partager :

115 réflexions sur « Jacques Attali : réponses à Paul Jorion, à propos de « La crise, et après ? » »

  1. « partager equitablement le poids des crises »

    Allons nous laisser les financeurs de la monnaie-dette (asie surtout), abuser a leur tour de ce bien commun ?
    On peut en douter.
    Partager equitablement le poids des crises est en effet la vraie garantie du progrès dans le chemin de la création d’ un meilleur ordre économique.

  2. « un monde où, comme je le souhaite, la régulation serait mondiale et parfaite,  »

    il rêve Attali … il y a bien trop d’intérêts particulier pour que ce soit possible hors une dictature mondiale.
    Je prèfère nettement un monde plus « provincial », celui où n’existe pas la soi disant « économie financière » qui n’est qu’une gigantesque pyramide de créances et de dettes qui ne correspondent plus du tout à la production réelle, mais où n’existe que l’économie réelle, celle des échanges entre humains de même culture (ce qui n’empêche pas d’accueillir les voyageurs d’autres cultures).
    De toute façon, nous devrons bien y revenir à ce monde provincial , la crise de l’énergie et des matières premières ( voir http://terresacree.org/ressources.htm ) va nous y amener nécessairement … mais dans le sang et les larmes!

  3. Une regulation mondiale… et un monde ou les Cultures humaines auraient disparues au profit d’Une ?
    « Il reve Attali… » dit le fils d’ariane, oui en effet.

    Cette perspective-la , moi, elle me fait cauchemarder !

    Alors… oui au monde provincial !!!

  4. On est mals en effet, si même les plus tolérants ne peuvent imaginer un seul peuple de terriens sur une même terre.

  5. Dans:

    5. Permettez moi d’ouvrir aussi un autre débat : un monde où, comme je le souhaite, la régulation serait mondiale et parfaite, ne serait pas exempt de crises. Car il y aura toujours asymétrie d’information entre le présent et le futur. Et c’est cette asymétrie qui cause les crises. Et, à moins de souhaiter un monde répétitif, (en lui-même comme en son environnement), c’est-à-dire un monde où l’information sur l’avenir serait, par nature, parfaite, nous ne pouvons que nous résigner à gérer des crises, et nous attacher à en partager équitablement le poids. Et pour cela, penser, prévoir, et agir.

    Mr Attali malgré son talent, fait à mon sens une faute d’analyse. L’humanité vit de manière répétitive et même si l’information sur l’avenir n’est pas parfaite, elle en grande partie connue (la crise était prévisible et même inévitable. Preuve en est de cette répétivité, le calendrier. Il y a calendrier dans tous les aspects de la vie humaine en société. Les nuances entre les répétitions du calendrier sont mineures. Il faut un changement de civilisation pour noter un réel saut qualitatif. Il y a calendrier parceque justement l’humain nie le temps qui passe, le transformant en temps qui ne passe plus, qui se répète, niant par là même le néant qui nous attend tous au bout du chemin. C’est à mon sens justement parceque on essaie de changer ce fondement humain que les repères disparaissent. Je ne suis pas pour les dogmes (religieux ou autres), rassurez-vous, mais le changement permanent proné depuis 50 ans est justement un des paramètres qui suscite la lutte de tous contre tous. Cette idéologie est justement ce qui nous fait nous entretuer actuellement par les armes économiques. En effet ce changement permanent place les humains dans la même insécurité que les animaux, donc dans l’inhumanité la plus totale.

    Mon propos n’est pas de ma seule réflexion. Il est étayé par les travaux de l’école de rennes, théorie de la médiation, travaux universitaires initiés par Mr Jean Gagnepain. Les ouvrages de cette école sont accessibles même sur le site web Fnac. J’engage chacun a s’y intéresser. Il y des articles libres sur le web de diférents auteurs affiliés à cette école.
    C’est ce que j’ai étudié de plus intelligent (pour mon niveau/savoir/temps disponible etc…) et celà me donne des outils pour vivre mieux.

    Cordialement, B. Scaringella.

  6. Oui, tout cela paraît de bon sens…

    Mais le problème dont il semble que nous héritions est autre. Ce qu’Attali appelle « démocratie » et « information », comme s’il s’agissait de choses évidentes et bien comprises, voilà ce qu’il nous faut (re)penser. La mondialisation nous a plongé dans un monde où la propagande contrôle les discours, qu’il s’agisse de propagande commerciale ou politique. Nous vivons dans un monde où le marché a envahi « l’information » (les médias soumis à la contrainte de la concurrence) et la « démocratie » (les campagnes électorales obéissent aux règles de la communication marchande), autrement dit dans un monde où la propagande brouille la pensée et où le pouvoir nous échappe en grande partie (pour ne pas dire totalement). Ce monde, nous avons contribué à le créer, nous avons « dérégulé » les médias, « modernisé » la vie politique, et par « nous », je veux surtout dire les gouvernements qui nous représentent. De ce point de vue, Chomsky est une lecture autrement plus intéressante qu’Attali.

    Comment (re)prendre ce pouvoir qui nous échappe ? Comment penser le monde complexe, et qui plus est brouillé, dans lequel nous vivons ? La tension qui ressort de la pensée d’Attali, c’est qu’il appelle de ses voeux un nouvel ordre mondial, alors que nous ne savons pas comment construire une politique mondiale qui ne nous échappe pas complètement, à nous les citoyens.

    Dans le contexte actuel, on voit mal comment ce pouvoir mondial pourrait être autre chose que l’aboutissement des tendances totalitaires présentes dans le monde depuis le 20e siècle. Un tel pouvoir gouvernerait par encore plus de propagande, encore plus d’artifice, encore plus de manipulation. Comment alors croire qu’un monde où le pouvoir serait encore plus concentré, cette fois au niveau mondial, pourrait-nous bénéficier ? Attali semble aveugle au problème. Comme s’il croyait encore à la bénévolence des élites, comme si l’espèce humaine pouvait s’attendre à la venue d’un berger bienveillant prenant la direction du troupeau mondial…

    Le conflit qui devrait nous faire réfléchir est donc le suivant : le monde dans lequel nous vivons appelle une régulation planétaire, mais nous ne savons pas comment faire de la politique au niveau mondial, si tant est que cela soit même possible étant donné les immenses disparités qui subsistent entre les différentes régions du monde. Dit plus rapidement, Attali en appelle à la politique pour nous sauver de l’économie alors même que la politique est en grande partie à l’origine du problème que nous rencontrons en économie.

  7. Ce débat est-il très sérieux ?

    Je suis désolée mais M. Attali était en première ligne lors de la grande opération de capatation du bien commun par les multinationales dans les années 80, en tant que conseiller de M. Mitterand…C’est sous « le règne » mitterandien que la place financière française fut déréglementée, le traité de Maachstricht signé, les velleités d’alternatives au capitalisme étouffées…

    Franchement je suis écoeurée…M. Attali nous prend pour de veaux, il s’adresse à nous en omettant de préciser à quel point il participa à la construction administrative, idéologique, politique, économique ou financière du monde dans lequel nous vivons. L’orientation ultra-libérale n’est pas tombée du ciel, il fallait des hommes aux commandes pour permettre et mettre en place la transformation.

    Pas un mot la dessus, pas une excuse, pas même le début d’une reconnaissance des erreurs commises….Par contre on s’inquiète d’une possible révolte…qui à ce stade de mauvaise foi, de mensonges, de travestissement de la réalité, semble pourtant plus que légitime…

    IL s’agit ici d’agiter l’intelligence collective ?

    Et bien réfléchissons à la position de ces pseudo-élites qui viennent nous faire la leçon quand leur seul dessein , bien loin de la défense de l’intérêt général, consiste essentiellement à conserver leur petite place parmi les dominants, à préserver le système hiérarchique avillissant et aliénant pour le plus grand nombre, à confisquer l’expression publique…

    M. Attali fait partie du problème, ce qu’il est et a fait en sont la parfaite incarnation ?

    Par quel tour de passe-passe peut-il apparaître sur ce blog comme possible contributeur à un début de solution ?

  8. @ MOI.
    Aimer la diversité n’ implique pas de nier l’ unité inévitable à terme du peuple de la terre.
    Que se passera t-il lorsque les algorithmes de traduction permettront de se comprendre et de communiquer en temps réel ?
    Il faudra bien changer.
    Quelle est la nature de cette crise, sinon d’ additionner et amplifier par un formidable effet de levier, les petites trahisons individuelles à nos belles valeurs, ?
    D’ ou vient cette schizophrénie d’ attendre de l’ état qu ‘il créee pour tous, ce que nous refusons de créer individuellement tous les jours (des prestations, mais pas d’ impots, ou encore des droits mais sans devoirs, ou encore la démocratie mais sans aller voter…). Que pouvait t on attendre de laisser ainsi l’ émission monétaire hors du controle démocratique ?
    Attention au « matin brun ».

  9. Libéralisme et démocratie

    me semble être un ancrage plus approprié à la réflexion que marché et état de droit

    La crise systémique dans laquelle nous entrons de plein pied nous renvoie non à des gestions techniques sectorielles mais à une réflexion GLOBALE sur la société.

    Le libéralisme économique a comme pendant politique une organisation de la démocratie en votes d’alternances pour des partis : le citoyen peut choisir, mais son choix porte toujours sur la gestion de la société, un peu plus à gauche, un peu plus à droite, un peu plus verte ….mais JAMAIS sur la globalité sociétale, son sens, son organisation.

    Nous sommes dans une démocratie de gestion ayant comme principe essentiel de maintenir un équilibre entre les acteurs selon les rapports de force du moment ( ces rapports de force inclinant toujours vers les acteurs riches et puissants )
    Et non dans une démocratie de projet permettant à l’ensemble des citoyens de se mettre d’accord, par l’expertise et le débat, sur le projet de société. (Le vote permettant de compter et légitimer la décision)

    De ce fait au lieu de démocratie se crée et s’auto alimente un SYSTEME sans possibilité pour nous de le maîtriser puisque nous ne disposons pas des outils politiques qui le permettraient. Il n’y a pas de pilote dans l’avion. Ce système est officiellement présenté comme étant une réalité naturelle s’imposant à nous comme un fait non soumis au débat.

    Quand on a compris cela, on sait que la seule réponse crédible face à cette CRISE VITALE POUR L’HUMANITE , c’est la démocratie, la refondation démocratique :
    PASSER D’UNE DEMOCRATIE DE GESTION A UNE DEMOCRATIE DE PROJET ET S’EN DONNER LES MOYENS.

    Le reste : sommets internationaux, mesures x ou y, déclarations, programmes divers et variés est emplâtre sur jambe de bois.

  10. C’est amusant que le billet précédent celui çi s’appelle justement  » Un sacré farceur !  » … on se demande parfois qui sont les farceurs … vous en avez un autre: Attali!
    Ca ne serait rien si ces farceurs se contentaient de faire des farces…

  11. @ ghostdog

    merci de remettre ainsi les pendules à l’heure.

    @ tigue

    Vous repartez en fait sur le débat concernant les boursicoteurs du site de Abadie ! Non, les gens ne sont pas tous comme vous les présentez. Des quantités de personnes acceptent de payer bien volontiers leur impôt, même s’ils ne sont pas d’accord quant à son utilisation, vont voter par devoir, même si c’est en se pinçant le nez, sont conscientes de leur devoirs envers la société, tentent de créer à leur échelle ce qu’ils aimeraient voir l’état faire à grande échelle… Oui ils existent !
    Mais dans quel milieu vivez-vous ?
    Qui commet ces « trahisons individuelles » ? Qui depuis des siècles soutient les tenants des seules valeurs de l’argent et de l’enrichissement personnel ? Ce sont effectivement ceux-là qui engendrent les crises. Mais par pitié, ne mettez pas tout le monde ainsi dans le même sac !

  12. Grâces soient rendues à l’esprit de synthèse de J.A. sur les problèmes de l’heure, mais j’aimerais être sûr qu’il n’y a pas trop de contresens:

    1 Serait-il possible que J.A. pense vraiment aux victoires démocratiques sur la corruption des marchés (peut être provisoires) de Moralès ou Chavez en Amsud, après les sabotages des tentatives de Mossadegh ou Lumumba entre autres?

    2 Quid de LA crise de notre époque, l’écologique, maintenant que l’on sait, en ayant pris conscience des effets amplificateurs de lamontée de la température globale sur les équilibres jouant sur la libération du CO2 piégé, qu’elle dépasse largement la gravité annoncée par le GIEC, basée uniquement sur les déséquilibres anthropiques directs?

    3 Pourquoi cette remise à niveau des patrimoines ne concerne-t-elle que les patrimoines essentiels vus globalement ? Et sur le contresens classique du capitalisme « protecteur de la propriété privée », je renvoie à H. Arendt dont je conseille la relecture à J.A.

    4 La spéculation est une conséquence (inévitable) de l’irréversibilité de plus en plus grande des activités et des situations économiques, induite par toujours plus de technique, et ne peut donc être jugulée par des mesures ne remettant pas cette évolution en cause. La vaincre réclame un système de valeurs privilégiant la réversibilité naturelle (celle du vivant). Et notamment en réintroduisant des mécanismes de « mort naturelle » du capital, que seules les crises engendrent actuellement.

    5 Une régulation mondiale parfaite suppose une victoire démocratique définitive ce qui est inatteignable (cf§1). Ne pourrait-on pas lui assigner plutôt un objectif plus modeste et réaliste, concernant la prévention des risques liés à l’irréversibilité (cf par exemple le réchauffement climatique), et une simple aide aux problèmes localisés de la réversibilité naturelle (par ex une banque alimentaire dimensionnée sur les saisons).

  13. Concernant le point 1.

    Je suis à la fois contre P. Jorion et contre Attali.

    1. Pour penser le marché, il faut penser la Nature et situer l’organisation des sociétés par rapport à elle. Deux alternatives :
    a- soit l’organisation sociale est une caractèritique propre à l’espèce humaine et on peut alors la concevoir comme un prolongement de la Nature. A l’instar des espèces qui évoluent par la mutation de leurs caractères physiques, l’organisation sociale est le prolongement corporel des individus.
    b- soit il existe une différence radicale entre la Nature et les organisations sociales. C’est selon moi la perspective grecque que Arendt et Vernant ont su détaché.

    2. Penser la démocratie intervient après et s’inscrit dans le cadre dessiné ci-dessus :
    a- Comment penser la Démocratie si la société est pensée comme la continuité de la Nature ? C’est le problème de l’accès à l’information qui se pose alors et dont J. Attali a parlé. Or affirmer comme il le fait que le marché est là pour assurer une allocation des ressources s’inscrit, selon moi dans cette perspective. Une telle proposition est de nature métaphysique et elle est intestable à grandeur nature. La modélisation de la concurrence « pure et parfaite » aboutit à une impasse dans le modèle Arrow et Debreu que ce dernier reconnut lui même. Sonnenchein (j’écorche peut-être son nom) a mis en évidence la faiblesse de ce modèle.
    a’- Ce qu’avance Attali est même, et je ne pense pas qu’il tire les conséquences de ce qu’il dit, dangereux. Comment penser le mérite dans une société où il serait possible d’allouer efficacement les ressources ? On se laisse alors alors entraîner sur une pente qui nous ramène de Hayek.
    b- Comment penser la démocratie dans une perspective où est posée la différence radicale entre l’organisation sociale et la Nature ? Vaste problème…
    b’- Dans ce cadre, l’information est le seul produit des institutions et du rapport de force.

  14. Bernard,

    je vous renvoie si vous souhaitez approfondir votre analyse concernant le désastre écologique à l’excellent billet ici :

    http://naufrageplanetaire.blogspot.com/2008/12/des-paradis-dans-lenfer-du.html

    Cela concerne la destruction des forêts primaires indonnésiennes commise dans la plus parfaite indifférence…Vous y noterez la cruauté du déplacement forçé des populations, les nettoyages ethniques, bref, la plus parfaite illustration des désastres humains, écologiques et culturelles de la vente du bien commun à la voracité mortifère des industries occidentales encouragées par les organisations internationales ( FMI, banque mondiale, OCDE, OMC) ou les institutions européennes…

    @Jean-François,

    you’re welcome !

    Bonne journée à tous

  15. J’ai tiqué sur l’allocation efficace des ressources que produit le marché… Ah bon ?

    Là, j’aimerai bien qu’on m’explique ces points là :

    -Est que la concentration des entreprises et donc la constitution de monopole d’accès au ressources est une allocation efficace ?
    -Est-ce que la gestion de ressources de ces entreprises est efficace ?

    (J’aimerai, s’il y a une réponse à ce commentaire, que le 1er et le 2nd principe de la thermodynamique y soit introduit…)

  16. @ tigue

    On est mal en effet, si même les plus tolérants ne peuvent imaginer un seul peuple de terriens sur une même terre.
    tigue

    Cher tigue, je « n’imagine » pas cette unite comme un aspect du futur, vous avez peut-etre raison, mais pas tout a fait quand meme 😉 :

    Je la sens deja au present. Je vis ce lien-la dans mon corps, et je le ressens ainsi depuis que je suis enfant. Mon sentiment depasse d’ailleurs les seuls humains : je le sens aussi avec les « petits » peuples : aninaux, vegetaux, mineraux, et aussi les vastes elements.

    Non, ce que je redoute, c’est la disparition de toute cette diversite, cette richesse extraordinaire, cette beaute aussi qui chaque jour est massacree par les hommes sous nos yeux a tous.

    Qui parlera de la beaute que les hommes tuent ?

    Je redoute l’impuissance de ceux qui aiment la beaute, le chant des peuples, les rites, les langues, les usages, les cascades d’eau fraiche, leur impuissance a sauver tout cela.
    Notre trop petit nombre.
    Je redoute la fin d’une Terre que j’ai tant aimee et que j’aime encore.

    Par la domination d’une espece…, une seule ?
    Et au sein de celle-ci, par la domination d’un modele…, d’un seul ?
    Par l’exercice d’un pouvoir…, d’un seul ?
    …Universel ?
    Je crains un jour de voir arriver une grande dictature qui sera la pour imposer a l’humanite sa propre survie (d’espece predatrice), incapable qu’elle est de s’auto-responsabiliser et de s’auto-limiter sans y etre contrainte.

    …Serai-je condamne a voir disparaitre tout ce que j’aime, si je vis encore 30, 40 ou meme 50 ans, beau centenaire a barbe blanche 😉 ?
    Amicalement.

  17. @ Benoit

    Le site cité par Ghostdog (http://naufrageplanetaire.blogspot.com) est, à ce titre, proprement terrifiant…

    Je ne doute pas que vous profitez de votre emplacement géographique pour sensibiliser les personnes autour de vous à ces dangers, et à la nécessité de refuser de toutes leurs forces de laisser perpétrer ce que l’on ne peut appeler autrement que des crimes contre l’Humanité…

  18. Monsieur Attali, nous vous proposons notre plan d’urgence pour la crise actuelle en France:

    1/ Création d’une ligne de TGV entre Paris et Le Havre. Le port du Havre devient une zone spéciale à fiscalité réduite. Le monopole d’embauche des dockers est supprimé, racheté par l’Etat.
    2/ Suppression de l’ISF. Droits de mutation en ligne directe taxés à partir de 1,5 million et à 50%.
    3/ Aucune aide pour l’automobile.
    4/ Modification de la directive européenne sur la dépollution des véhicules. Contrairement aux normes américaines plus sévères elle n’utilise que le CO² comme référence interdisant ainsi la mise en service des moteurs hybrides essence/électricité. Interdiction du diesel comme carburant. Sauf pour les véhicules utilitaires qui auront l’obligation d’être dépollués, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
    5/ Mise sous conditions de ressources de toutes les allocations, aides et subventions.
    6/ Suppression des droits de mutation dans l’immobilier.
    7/ Nationalisation de toutes les banques.
    8/ Instauration d’un salaire étudiant, sous condition de ressources de la famille, avec
    obligation de réussite aux examens et concours. Prêts d’honneur à taux zéro pour les plus démunis.
    9/ Suppression des départements et Régionalisation de l’Education Nationale.
    10/ Instauration de la TVA sociale pour diminuer les charge sur les salaires.

  19. Le point 1/ développé par Jacques Attali (Marché et Etat de Droit) me conduit à cette réflexion :

    Le verbe « réguler » veut dire aussi normaliser, standardiser, réglementer.

    Le système bancaire à confondu sciemment « promesses d’argents » et créances toxiques pendant des années, que faut-il réguler d’une activité qui pour le commun des mortels apparaît tout simplement comme frauduleuse ?

    L’Homme de l’Etat quand il légifère sur le marché n’a que deux possibilités : soit l’encadrer en le taxant plus ou moins pour garder un avantage concurrentiel par rapport à d’autres Etats, soit l’interdire purement et simplement. Le droit précède et accompagne le marché : Tant que les affaires allaient bien, le législateur prélevait les taxes et les impôts des riches banquiers, par impôts directs et indirects comme à Londres. Ces contribuables dont l’activité dans les banques étaient de présenter des bilans ou l’on confondait promesses d’argent et vrais bénéfices.

    Le mot « Réguler » est alors à manipuler avec précautions, car même par ignorance, un système dont le préalable est une fraude, ou une omission volontaire (comme la signification du terme « réserve fractionnaire » et sa conséquence pour l’homme de la rue), est en fait une complicité d’escroquerie, voir de crime.

  20. Jacques Attali résume sa pensée en disant que c’est l’asymétrie de l’information qui cause les crises.
    Voilà une assertion totalement en contradiction avec la conception que Paul Jorion se fait de la crise puisque ce dernier
    voit au contraire dans cette asymétrie de l’information une condition du bon fonctionnement des marchés ! (dans le cadre de l’économie néo-libérale).
    C’est dit en toutes lettres dans son dernier livre : La crise des subprimes au séisme financier.

    Jacques Attali ramène nombre des problèmes qu’il traite à une question de quantité et d’accès à l’information, celle des informations disponibles pour les agents économiques. Cette inflexion ne date pas d’hier. Dans un de ses premiers livres : La parole et l’outil, la théorie de l’information avait déjà une place de choix. Attali a au moins une certaine cohérence dans sa pensée, de ce point de vue. Il me semble toutefois que la théorie de l’information est une théorie qui a ses limites, et même est totalement inadaptée, dès lors qu’elle s’applique aux affaires humaines, dont l’économie est une composante.

    Le monde économique serait parfait selon Attali si l’information qui y circule se distribuait de manière parfaite. Autrement dit si les souces de l’information étaient accessibles à tous et dans les meilleurs conditions. Encore que j’ai un doute, lorsque Attali parle d’asymétrie, évoque-t-il réellement tout le monde – jusqu’aux plus humbles travailleurs et chômeurs — ou bien exclusivement ceux qui sont en prise directe sur les marchés : les investisseurs et les entrepreneurs ? Il y a un début de réponse à cette question lorsqu’il dit qu’il n’y a pas assez de contre pouvoirs. Mais cela ne me semble pas de nature à founir une information pour tous, et qui plus est une information compréhensible par tous !

    Il faut savoir que la théorie de l’information s’appliquait à l’origine aux télécommunications qu’il s’agissait d’optimiser dans leur fonctionnement.
    L’information était donc l’information à transmettre. Le problème était de nature technique. Comment faire en sorte par exemple qu’il y ait le moins de déperditions possible entre le point de départ et l’arrivée. Comment améliorer le support, les « tuyaux »…Etc. Bref la théorie de l’information peut se résumer à la question de l’optimisation de la transmission d’une information d’un émétteur à un récepteur via un canal de tel ou tel type.

    Or un agent économique ce n’est pas seulement un récepteur qui capterait dans des proportions plus ou moins grandes des informations que pourrait lui fournir le marché, les marchés. On retombe alors dans la veille conception du marché auto régulé. Dans cette hypothèse lorsque tous les agents connaissent bien les caractéristiques des autres agents économiques, leurs intentions, leurs motivations, les facteurs de production trouvent alors leur meilleure allocation possible et donc l’économie globale crée des richesses. Pour reprendre l’image d’Adam Smith : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais de leur souci de leur intérêt propre. », ce qui dans la théorie économique de Smith signifiait que le boulanger savait en connaissance de cause quel est précisement son intérêt propre. Autrement dit il sait qui sont ses concurrents, qui fournit la farine, à quel prix, et quels bénéfices il peut en tirer. Soit, même cela est vrai que pour autant que le dit boulanger pétrit sa farine dans un environnement homogène.

    Le marché auto régulé est une fiction ou alors il ne peut fonctionner que dans le cas où le marché est homogène. Dans le cas du boulanger, ou même de l’entrepreneur du textile, c’est encore pensable au XVIII ème siècle. Les marchés sont locaux. Les matières premières sont produites aux alentours. Mais dès lors que le blé est produit à l’autre bout du monde il va sans dire que l’on a plus une connaissance suffisante des agents économiques concurrents. L’information qui parvient est passée par de multiples intermédiaires. QUi plus est rien ne garantit que le boulanger a une connaissance suffisante de l’économie-monde pour effectivement faire les meilleurs choix pour son industrie-commerce. Un monde où existerait une régulation mondiale et parfaite ne peut renvoyer qu’au modèle politique de la dictature. Je ne vois pas comment une telle régulation pourrait se réaliser sans un pouvoir coercitif très fort.

    Ou alors, autre hypothèse, le mouvement actuel d’uniformisation du monde serait encore accentué via un contrôle tous azimuts. Déjà commence une traçabilité de tous les produits en circulation. Et les humains ne seront pas en reste avec les implants sous-cutanés. L’état du marché mondial deviendrait connu à tout instant. Mais ce serait alors le règne absolu de l’économie de marché, réalisant alors une véritable société de marché. Autant dire une horreur. L’information serait parfaite mais se serait une information d’une pauvreté absolue puisque la liberté ses humains se réduirait au choix des produits A, B ou C dans un marché X, Y ou Z.. Et quand je dis produits j’y inclus les modes de vie, sous le règne du marché. Pour le coup c’est la réitération — le règne de la marchandise pour tout horizon social — du même sous couvert de changement. Certaines des idées développées dans certains livres de Jacques Attali hélas font le lit de ce genre de cauchemard. Par exemple, lorsque dans son dictionnaire du XXI siècle il voit se dessiner un marché de pièces détachées du corps humain.

    Bref, l’économie abordée sour l’angle de la théorie de l’information c’est une économie du contrôle et de la manipulation, même si en apparence, le consommateur semble roi et voué à multiplier à l’infini ses modes de vie et de consommation.
    En définitive Monsieur Attali élude la question des rapports de force inhérente au monde économique lui-même.

    La transmission d’une information dans le monde des marchés c’est surtout un commandement. C’est une mécanique sociale aveugle. L’information des marchés porte en elle l’idéologie du marché. Le règne de l’information c’est le règne de l’homo écoenomicus : l’homme calculateur abstait du social et du domaine de l’inconscient. Ce qui disparaît dans ce type d’analyse c’est la nature intersubjective de tout rapport humain, y compris économique. Attali le reconnaît lui-même : l’allocation des facteurs de prodution n’a pas à être juste, il lui suffit d’être efficace.

    Pourquoi Monsieur Attali, n’y aurait-il pas la possibilité que l’économie soit à la fois efficace et juste ?
    Cliver l’économie entre ses aspects techniques et humains c’est la vouer de manière certaine au règne de la sauvagerie. Et la monnaie n’y change rien. Le développement de l’Europe doit une part de sa « réussite » à la mise en circulation de tonnes d’or et d’argent suite à la conquête de Amériques par les espagnols et les portugais. Or, vous le savez, ces conquêtes ont signifié la disparition de cultures anciennes et la mort sanguinaire de millions d’amérindiens. En l’occurence la monnaie n’a rien pacifié du tout, puisque pour la créer on a compté pour quantité négligeable d’autres êtres humains. Ne dit-on pas aussi que l’argent est le nerf de la guerre. L’argent permet la mise en réserve de valeur et permet d’investir pour le futur, c’est son coté positif, mais c’est aussi une terrible outil au service de la puissance, au détriment des faibles.

    En conclusion, les agents économiques, ce ne sont pas seulement des investisseurs, des entrepreneurs et des consommateurs. Ce sont d’abord des travailleurs. Le travailleur, le grand oublié de vos analyses.
    Vous voulez exclure du régime de la propriété certains bien inaliénables, très bien, c’est en effet indispensable si l’on veut éviter un désastre écologique et l’auto destruction de l’humanité.
    Le grand historien et penseur de l’économie de marché, Karl Polanyi, disait que la terre, le travail et la monnaie ne devaient pas être soumis à la logique des marchés. Vous en êtes d’accord pour la terre d’une certaine façon, mais s’agissant du travail et de la monnaie, vous faites l’impasse. Je pense que l’on ne peut faire l’économie d’une réforme radicale du marché du travail.
    J’irais même plus loin. Offrir sa force de travail sur un marché est une aberration source de beaucoup d’aliénations (voir article de Samedi). Il faut donc, au sein même de la sphère économique, introduire des dispositifs qui feraient en sorte que le travail ne soit plus l’objet d’un marché, marché qui plus est déjà soumis au marché des capitaux !!

  21. Que je sache, la Grande-Bretagne n’est pas et n’a pas été « la plus parfaite démocratie » ni « la plus ancienne du monde ».
    Sa constitution est depuis longtemps dominée par l’aristocratie. Elle a connu, tôt, une révolution… puis une restauration.
    La City de Londres, pas plus que les (autres) espaces de non-droit (commun) incorporées à l’empire britanique, ne sont pas non plus des choses récentes.

    Manifestement, il y a, dans le propos de J. Attali, un amalgamme entre état de droit et démocratie. Mais il est surtout très étonnant d’entendre dire, de la part de quelqu’un qui dénonce par avance tout « appel du pied extra-parlementaire », que l’état de droit n’existe « parfaitement plus » en Grande-Bretagne…, et plus encore de le dire sans ajouter qu’alors, il n’existe plus en France, dans toute l’Union européenne, aux États-unis, …

    La démocratie, c’est le tirage au sort ; l’élection, c’est l’aristocratie. Chose admise d’Aristote à Rousseau, et oubliée depuis. Pour éviter les bavardages, je renvoie au site et aux écrits d’Étienne Chouard.

    S’agissant d’élection libres, encore faut-il qu’elles aient une portée. Mais, même en deux lignes, on devrait prendre la peine de dire ce qu’il en est dans une Union européenne construite par traités, où plus aucun élu (sinon le Président, en France – mais il est de par son statut hautement incontrôlable) n’a le moindre pouvoir de proposer quoi que ce soit, et aucun pouvoir de refuser quoique ce soit en bien des matières. Une UE dans laquelle on laisse voter « ses citoyens » à ce genre de « législatives » mais surtout pas quand il s’agit de choisir quel pouvoir on donne à ses élus.

    J’espère que la « théorie des coeurs » est moins superficielle que cette vision de la démocratie. Pour ma part, je ne vois pas l’intérêt d’aller plus loin, pour savoir comment se passent l’introduction des gros concepts suivants : marché, affectation, efficacité, transparence, …

    Bref, je trouve que dans le propos de J. Attali, y a un flou très artistique (aristocratique plutôt) autour de la notion de démocratie. Faut-il s’en étonner ? S’agissant de conseils ou de savoir ce qu’il faut ou non condamner et quelles sont les « dérives » démocratiquement tolérables – de quel parlementarisme parle-t-on, déjà ? -, pardonnez-moi, M. Attali, si je ne me fie pas à l’avis de gestionnaires. On en a assez eu. Maintenant, ce blog est un très bel espace de discussion, de transmission d’idées et de savoirs, et il vaut la peine d’écouter tout le monde.

    Je trouve accessoirement très présomptueux mais surtout symptomatique d’une pensée d’élite déconnectée des responsabilités de prôner aux agences de notation l’emploi de grilles de lectures tirées de (jeunes) théories macro-je-ne-sais quoi (au final, ce sont des humains, là-dessous) qu’on a dévelopée soi-même, et auquel on dit « croire ». Allez, qui se propose comme cobaye ? Ne vous battez pas…

  22. Une UE dans laquelle on laisse voter “ses citoyens” à ce genre de “législatives” mais surtout pas quand il s’agit de choisir quel pouvoir on donne à ses élus.

    « Si les élections servaient à quelque chose, ça fait longtemps qu’ils nous les auraient enlevées. » (Coluche)

  23. Merci PierreYves D de pointer une autre faute d’analyse fondamentale de Mr Attali.

    Mr Attali dans la droite ligne occidentale vit dans un monde de signes (comme ceux des mathématiques) qui ne vise
    qu’a des calculs purement logique. La théorie de l’information est utile dans le domaine de la transmission de signaux
    physiques et ne peut etre utiliser que dans ce domaine là. Au proprata des parametres des matériaux utilisés, les mathématiques y sont un outil fondamental. Utiliser ces mêmes outils dans le domaine de l’économie est un non-sens
    car le fondement du social dont fait partie l’économie politique est l’échange entre personnes, échange sanctifié dans le
    contrat. Et là les lois mathématiques et/ou physiques ne s’appliquent plus tout simplement. Utiliser les maths comme
    outil dans la comptabilité est utile, surement pas en économie politique. Les errances de la finance sont dues pour
    l’essentiel aux modèles mathématiques créés par des purs matheux (talentueux certes) pour un environnement ou ils
    ne peuvent pas être utilisés sans catastrophe. Ceux qui embauche des matheux pour gérer de l’économique ou du politique font une faute fondamentale soit par ignorance soit par cupidité.

    De même utiliser un système de signe est ce qui mène au gouvernement mondial. La logique pure dit que pour réguler
    il faut passer à un niveau d’abstraction supérieur. Donc les états doivent abandonner leur souveraineté au profit du
    gvt mondial. Grave faute d’analyse encore qui veut faire disparaitre les différences hors la différence est constitutive de
    l’humain, à travers son identité, sa personnalité, collectivement par sa langue, sa culture, son histoire etc…. Ce sont
    ces différences qui font la richesse des relations humaines, l’échange marchand étant une des relations humaines, donc la richesse financière passerait surement plus par un accroissement des différences et donc du nombres d’échanges.

    La multiplication des échanges multiplie la richesse de chacun. Lorsque tous es jouets sont fabriqués en chine le seul échange est celui de l’importateur. Tous les distributeurs passent par lui seul. La standardisation, uniformisation et autres indifférenciations ne peuvent qu’appauvrir tous les humains. Dans tous les domaines des relations humaines. Et si les prix augmentent, quelle importance, les salaires devront bien suivre. Le monde des normes dans tous les domaines est encore une faute d’analyse.

    On voit combien la primauté donnée à la logique pure, comme aux maths, comme à la philosophie mène droit à la négation de l’humain. Car même si logiquement une proposition est vraie, socialement elle est fausse, et éthiquement encore plus. Mais nous sommes dirigés par des humains qui ne travaillent qu’àvec des chiffres et qui ne voient plus
    que celà.

  24. @ Jean François
    vous dites Mais « dans quel milieu vivez-vous ? »

    Je vous retourne la question, êtes-vous un extra terrestre joyeux de passage ? avez vous des verres colorés pour voir le monde ? Allumez vous la télé ?
    Il n’ y a pas si longtemps, au Rwanda, de pauvres hommes noirs ont assassiné d’ autres pauvres gens, noirs comme eux et pauvres comme eux. Ils se sont appropriés leurs biens.
    Il n’ y a pas si longtemps, de pauvres jeunes de Banlieue ont brûlé systématiquement les biens de leurs propres voisins pourtant modestes, leur propres écoles, leurs propres gymnases, des maternelles avec des voitures béliers.
    Alors vous allez me dire : « mais c’ est pas leur faute… ils étaient désespérés ».
    Moi, je vous réponds, de leur donner quelques milliards, et du pouvoir, et vous verrez si ceux là vous construiront un monde meilleur.
    Ils feront exactement comme ceux qui ont le pouvoir et l’ argent : ils voudront le garder, car ils ne sont pas meilleurs (ni pires) que les affreux spéculateurs (ceux que vous voyez peut être dans le site de Labadie).
    Cette façon que vous avez, de déresponsabiliser les acteurs de ce drame mondial (nous, et personne d’ autre que nous) est consternante, vous feignez de ne pas voir que toute la société est submergée d’ individualisme, et que c’ est de là que vient cette crise. Vous feignez de croire, comme dans la chanson « qu ‘il suffirait de presque rien… » (une révolution quand même) pour que tout s’ arrange enfin.
    Le chemin est beaucoup plus long que cela et il passe par la refondation des idées (objet de ce site), dépolluées de concepts faux, dépolluées de la logique bivalente, qui crée des oppositions là ou il n’ y avait que malentendu devant la complexité. .
    Cette crise ne se résoudra pas a coup de décrets ou d’ élections, il faut changer individuellement, et je rejette l’ idée selon laquelle le comportement vertueux que vous décrivez serait la règle : il est l’ exception, mais il n’ en a pas toujours été ainsi.
    On nous servira du Keynesianisme à gogo, si la boisson est a la mode.
    Bienvenue au Bar, mais le Patron est le même, il a juste troqué son blazer de Trader pour une casquette de Gavroche.

    Que certains (les spéculateurs ?) soient plus malins que d’ autres pour profiter de cette situation, ne me pose pas de problème pour dire la même chose.
    Blâmer ceux là sans changer nous-même, ne fait que valider à posteriori leur attitude, et faire croire que ceux là sont « nés mauvais », alors qu’ ils le sont devenus au contact de leurs semblables..

    Enfin, il y a de l’ espoir, de tout ceci naîtra sûrement la disparition de l’argent, et son remplacement par du crédit ciblé, dont il ne tient qu’ a nous, citoyens, de prendre le contrôle démocratique.
    L’ internet est bien une invention militaire au départ, pourtant nous pensons plus efficacement et plus vite, à plusieurs sur ce blog, qu’ au milieu d’ une foule en colère a coups d’ effets de manche et de hauts parleurs.

  25. @tigue: « Aimer la diversité n’ implique pas de nier l’ unité inévitable à terme du peuple de la terre. »

    De quelle unité inévitable à terme parle-t-on? Si c’est d’unité biologique, elle existe déjà. Si c’est d’unité culturelle ou politique, cela ressemble pour moi à la mort de la culture et de la politique et c’est bien là un vieux rêve libéral. La culture et la politique sont en effet par essence des domaines de différenciations, d’oppositions et de dépassement de ces oppositions (comment peut-il y avoir recontre sans différence préalable?). Les anciens le savaient si bien qu’en Grèce celui qui ne choisissait pas un parti politique était puni de mort ou d’exil. Ne parlons même pas du mythe biblique de la tour de Babel qui a des accents étrangement contemporains.
    Pour ma part, je pense que l’uniformisation culturelle et politique dont rêvent certains est la sclérose assurée et la mort programmée de notre espèce. Si tant est que notre nature l’accepte car en ce qui me concerne, je lutterai toujours d’instinct contre un gouvernement mondial. D’autres s’y opposeront aussi. Compterez-vous nous supprimez ou nous faire rentrer de force dans ce moule unique? On a déjà fait tant de choses au nom de la paix et de la liberté, et sincèrement, que cela ne m’étonnerait pas beaucoup.

  26. @Moi
    « Compterez-vous nous supprimez ou nous faire rentrer de force dans ce moule unique? On a déjà fait tant de choses au nom de la paix et de la liberté, et sincèrement, que cela ne m’étonnerait pas beaucoup »

    Je ne rêve, ni ne souhaite particulièrement un gouvernement mondial, je ne fais que constater qu ‘il existe déjà.
    On en a viré les citoyens, c’est tout.

    La violence dont vous parlez est imaginaire, la brutalité de la mondialisation qui vous pousse a inscrire vos petits aux cours d’ Anglais ou de Chinois, elle, est bien réelle,

  27. Mais dans quel monde vous vivez ?

    Est-ce que je n’ai affaire ici qu’a des Baby-boomers qui n’ont connu que les 30 glorieuses ? Des retraités confortablement installés maintenant et qui dissertent doctement sur les malheurs du monde ?

    Je suis né avec la crise. Ca paraît débile comme ça et c’est peut-être un non-sens économique, pourtant. 73. J’ai 35 ans. Et je n’ai rien connu d’autre. On pourrait prétendre que la « bouche pleine », je dramatise. Que je n’y comprends rien. C’est peut-être, c’est sûrement vrai.

    Mais je n’ai connu que ça. Voir le salaire de mon père – cadre moyen – suffisant pour faire vivre une famille de 5 personnes en 70, devenir progressivement « tout-juste » et ce, même à 3, une fois mon frère et ma soeur partis. Et pas de grands projets pour les études, juste la fac, financée largement par des petits boulots – qui n’ont de petits boulots que le nom et les salaires, entre nous – dont on connait les effets sur les cursus. Gestion calamiteuse, absence de projection, de prévoyance ? Peut-être. Est-ce que l’on se pose seulement la question de ce « grand progrès démocratique » qu’est le travail des femmes ? (Aucune objection en ce qui me concerne, rassurez-vous… Mais n’était-ce pas juste une nécessité vitale parce qu’un seul salaire, stabilisé et sans plus aucune évolution – ou presque – sur 20-30 ans n’y suffisait plus ? ) C’est un peu comme le marché de la cigarette au début du siècle, imaginez ! 50% de la population, un marché potentiel énorme, bloqué, empêché, par une norme sociale, « ça ne se faisait pas »… Et puis maintenant les jeunes au boulot dès 14 ans, et les vieux jusqu’à 70.

    La question sous-jacente c’est : « à qui profite notre travail ? » Les chiffres récents de l’OCDE, qui n’est pourtant pas un nid de bolchéviques, sur l’évolution des inégalités, sont édifiants. (Et justes ? Pas pires ?? Vraiment ???)

    Moi je n’ai connu que la crise et ses arguments sur le marché du travail. Trop jeune, pas assez qualifié, cursus sans rapport, puis trop de périodes d’inactivité, trop de chômage, ça doit pas être un bosseur, trop qualifié, vous n’êtes pas à votre place. Enfin la spirale des boulots pourris, sous payés, même dans l’administration qui entretient son pool de précaires surqualifiés pour des Contrats à Fin Déterminée. Puis re-chômage, formation – je suis titulaire de 2 licences et d’un BTS – précarité et re-boulots pourris, descente des salaires – on est obligés, maintenant – pour finir avec un chömdu sous le RMI, si si, c’est possible, obligé d’accepter n’importe quelle « offre »… (Comme un cadeau.)

    Un exemple. Pour donner des cours à un élève de Terminale, je me suis vu proposé 12 euros de l’heure, inclus précarité/transport, 10% respectivement. Soit moins de 10 euros. Je fais 70 kms pour aller les donner, en train, tarif aller-simple :12.40. Et bien sûr ce qui est déduit de mon chômdu : 1euro pour 1 euro gagné. Contrairement aux simulations sur les sites ANPE/ASSEDIC (environ 55/45). Au finish à part la SNCF et la « collectivité » – chouette je suis « moral ! » même si je préfère rêver que mon chômage est prélevé sur l’ISF et n’ai guère de scrupules sur l’argument bidon du « profiteur » – je ne vois pas qui est gagnant. Enfin surtout pas moi (« code 51 : employé de maison », ça vous dit quelque chose ?). Ca me prend en général 6 heures pour ZERO euros. Le samedi.

    Bon on pourrait se dire qu’il faut que je devienne le « self-manager » de ma vie.

    Ben justement. Entre 98 et 2003, des copains ont monté une boite. Un ébéniste, un musicien. Un étudiant en philosophie (moi) les rejoint trois mois plus tard. C’est un business angel qui finance – 10 millions de francs lourds, site et démarrage – depuis sa holding. Charité ? Coup de pouce d’un self made man vieillissant désireux de donner leur chance à des petits jeunes ? La réalité est moins idéale. Montage financier. Nous lui payons son investissement (friche industrielle) avec nos loyers. Il défiscalise sur nos pertes. (Il est associé majoritaire 2/3 avec un gérant salarié actionnaire minoritaire 1/3) Puis au bout de 5 ans revend à … un investisseur. 10 ou 15 points demandés nos loyers s’envolent de 600 000 francs par an, trois mois avant la vente. « Finex ! », fin de l’exercice. Nous faisions vivre 10 personnes. 3 familles. On se concertait pour les horaires à adapter en fonction des charges familiales, on essayait de payer « décemment » nos employés (1000 euros nets au début) et de respecter l’humain… Mais ce n’est pas un modèle viable à l’heure actuelle. Et de toute façon, fort de cette petite expérience je peux vous dire que la variable d’ajustement c’est nécessairement les salaires (chez nous les 2/3 du CA à peu de choses près).

    Ah oui j’oubliais… Le gérant salarié et moi-même avions les plus gros salaires : lui parce qu’il était gérant et moi parce que je gérais les rapports clientèle et assurait la partie commerciale… 1385 euros nets mensuels. Pas de primes, pas de 13e mois, pas de CE, du lundi au dimanche, potentiellement de 8h le matin à 1h le matin (large amplitude d’ouverture au public).

    Alors quoi maintenant ? Après ce petit épanchement ?

    Je peux vous dire qu’un Attali qui vient faire le paon sur les plateaux télé en disant (France 2 l’autre soir au JT) « soyez revendicatifs » quand on collabore indifféremment avec Mitterrand, Sarkozy… Je me marre.

    Où j’en suis ?

    15 ans de navigation entre études, petits boulots, amères expériences… Une seule chose : j’ai, petit-à-petit, appris à me passer de tout. Bagnole, appart’ – je vis dans un garage aménagé par un ami maintenant – il faut bien que je mange (des OGM pas le choix !) et le cumul chômdu-allocs me fournit un confortable 600 euros mensuels, moins le loyer, moins la mutuelle, grosso merdo, il me reste entre 100 et 150 euros pour « vivre ». 3 ou 5 euros par jour…

    Où j’en suis moi qui n’ai connu que la crise ?

    Je m’en fous… Et je débranche maintenant. Je vis plutôt bien, en fait. Loin de toutes ces contraintes absurdes, loin de ce lien médiéval de soumission – et de « loyauté » maintenant, ah ! la belle morale qui ne s’applique qu’à ceux qui n’ont pas de pouvoir ! – à l’égard de l’entreprise, de l’esprit d’entreprise. Je n’accepterai plus ces conditions de travail dégradantes, ce vol de ma seule richesse : le temps. Mon temps ne vaut pas 8 ou 10 ou 12 ou 15 euros de l’heure. Mon temps n’a pas de prix, c’est tout ce que j’ai. Celui de vous lire M. Jorion et vous les commentateurs. Celui de jouer avec mes chats ( 1 euro et quelques de thon par jour, mais je ne leur filerai pas les horreurs de la bouffe pour animaux). De cultiver mon jardin (enfin celui de mon proprio au sens propre) et ma cervelle. Je n’ai plus besoin de rien et surtout plus d’envies matérielles. Est-ce que j’en meurs ? Suis-je le parfait petit modèle de ce que « l’on » veut voir poindre : la jeunesse à 600 euros de la Grèce et d’Europe ? Même si pour la jeunesse je peux déjà repasser !

    600 euros c’est pas dramatique. C’est de les mesurer à l’aune de ce que l’on nous impose de désirer qui nous déchire. C’est de les mesurer aux modèles dominants de la réussite sociale qui nous tue. Et je me partage, vous avez pu le constater, entre révolte, si je m’évalue selon ces critères (sociaux, normatifs, économiques…) et résignation (j’aimerais dire « renoncement » sur le mode bouddhiste, mais c’est difficile). Une chose est sûre, je ne rejoindrai plus le monde du travail, je ne consommerai plus ou le minimum (internet quand tu nous tiens…), ne laisse plus mon argent à la banque, ne donne plus d’argent aux opérateurs de téléphonie mobile, ni aux constructeurs automobiles, ne serai jamais propriétaire (on se demande ce que ça veut dire avec des crédits à 40 ans, 25 pour la maison, 15 pour le terrain ?), et tenez-vous bien, j’arrive encore à distraire de l’argent pour soutenir journaux anarsociatifs (CQFD, je recommande, histoire de rigoler un peu) et association de chômeurs (Actuchômage, que je recommande aussi, pour voir ce que vivent les vrais gens touchés par la vraie crise et le modèle de société dans lequel nous évoluons… enfin peut-être pas M. Attali ?!)

    Stupide justification a posteriori de mes échecs persos ? Tentative de narration, mise en scène, ou quoi ?!

    Je le dis et le redis : je ne donnerai plus une seconde de mon temps pour enrichir quelqu’un d’autre. Je ne reviendrai pas en deuxième semaine. Une fois mort je serai mort. Et là plus question de guitare, de cultures sympas (intellectuelles et végétales), de rapports humains basés sur autre chose que la compétition, la comparaison, la domination… Une fois mort c’est trop tard.

    Si ce que l’on me propose c’est 8 à 12 heures par jour de travail débile dans des conditions indignes pour enrichir les voisins d’Attali, c’est non.

    Je crois que le système génère les causes de sa propre implosion. Voir la Grèce, voir les banlieues en France… Je me suis moi-même radicalisé, cela doit se sentir, et pourtant je n’avais pas spécialement le profil. Et je ne suis pas le plus à plaindre, j’ai une vie intellectuelle et sociale suffisemment riche pour remplir ces longues heures qui me restent. Parasite ? Profiteur ? A 600 euros par mois ? C’est pas des milliers de milliards là, hein, juste six centaines. Imaginez la colère de ceux dont le premier jour est placé sous ce signe ! Imaginez la colère de ceux qui jouent le jeu et finissent par comprendre que c’est raté, fichu, foiré d’avance ! La révolte gronde. Elle a jailli en Grèce. Je la salue. D’autres foyers s’allument, se propagent… Tant mieux. C’est quand la bête est à terre qu’il faut l’achever. « Appel du pied extra parlementaire » joli euphémisme.

    C’est pas beau, c’est pas joli ça, M. Attali, c’est pas gentil « l’appel du pied »…

    Mais oh ?! Réveillez-vous ! Ce sont des millions de personnes qui meurent de faim de notre faute, c’est la planète entière qui se meurt loin de nos yeux, écosystèmes, pans entiers de la biodiversité, on a externalisé nos destructions, on a spolié les peuples de la planète pendant des siècles, on corompt tout ce que l’on approche, on pervertit tout ce que l’on touche, la capacité de l’argent comme « mesure de valeur » à tout aplanir, à tout mélanger, est un fléau terrible :

    « Combien pour la vie de cet enfant là-bas ? » et « Combien pour cette espèce animale ? », « Combien pour ces plantes et ces arbres que l’on reverra plus ? » et « Combien pour ce peuple aux populations… remplaçables ? »

    Exemple récent sur un site d’éco : « Ce pauvre vieux paysan de l’île de Ré doit-il payer l’ISF parce que des bobos parisiens dans le sillage de Jospin sont venus lui pourrir son île ? » Réponse mi ironique, mi argumentée : sans doute. Parce que d’après les lois du marché il serait bien plus intéressant pour lui de vendre sa propriété et de placer ses ronds en banque pour partir vivre ailleurs… Sans doute d’ailleurs dans un paradis fiscal. Sans rire ! Intéressant. Intéressant pour lui. Intéressant ? Mais s’il ne veut pas partir ? C’est que c’est pas intéressant pour lui, justement. C’est quoi cette capacité à déterminer l’intérêt des gens, des peuples, des autres ? Et pépé là… Il fait quoi ? Il place son argent en bourse et il perd tout… Ca c’est intéressant, sûr.

    OHOH ! C’est ça notre monde aujourd’hui. L’économie de marché est une guerre sans pitié, menée loin de nous, populations protégées jusqu’à il y a peu – mais il semblerait que ça ne doive pas durer. Ajustements structurels obligent, éducation, services publics, protection sociale, tout y passe. Je lisais l’autre jour un article sur la réforme du système éducatif, les suppressions de postes, la baisse des heures pour les élèves. Arrivé aux 2/3 je me rends compte que c’est un article belge et non français. J’ai fait un bref passage dans l’éducation nationale récemment, je connais donc un peu les problématiques. C’est l’Europe toute entière qui vibre aux sirènes de l’ultra libéralisme. France, Italie, Belgique, Espagne, à qui l’OCDE prescrit encore plus de la même potion (article récent sur le « bon élève espagnol qui doit pourtant face à la crise déréguler encore et toujours plus », que j’espère retrouver…) et ça c’est dans le domaine de l’éducation que je connais vaguement mieux que le reste. J’imagine que ça ne doit pas être extrêmement différent ni dans les autres pays, ni généralement dans le monde.

    Il n’y a pas des « gens qui meurent » tournure agréablement passive. Il y a des gens que nous tuons chaque jours. Si nous avons les moyens de faire en sorte qu’il ne meurent pas de faim, loin, ou de froid, chez nous, c’est que nous les assassinons, point. Toutes ces petites collaborations quotidiennes, tous ces petits consensus que l’on n’interroge plus (la bagnole pour aller chercher le pain, le portable gnagna, les fringues trucs, les vacances ch’ais pas où, habiter à la cambrousse et bosser à 100 kms, etc, etc) c’est ça qui les tue !

    Alors on peut bien dire avec M. Attali c’est pas beau « l’appel du pied extra parlementaire » !

    Mais moi qui n’ai jamais été membre d’aucun parti, n’ai jamais voté, (on verra quand on arrêtera de confisquer le pouvoir avec des appareils de partis, quand on donnera sa juste valeur au vote blanc, etc) jamais manifesté, si ça pète maintenant je serai dehors et j’irai me colleter les CRS. Pas pour améliorer ma situation matérielle, je pense avoir expliqué que cela m’indifférait maintenant, mais pour combattre un système corrompu, perverti, qui enchaine les peuples en leur volant leur temps et menace maintenant l’avenir de vos enfants (je n’en ai pas et ne compte pas, du moins dans ce monde, en mettre au jour… les pauvres !). Ca ne changera pas si vous ne faites rien.

    Et vous vous réveillerez, hier, dans un état policier où les chiens descendent dans les écoles, ou les SDF sont emprisonnés, les chômeurs poursuivis, les femmes et les vieux spoliés de leurs pensions, les étrangers sobrement « reconduits », la bouffe et l’eau empoisonnées s’il en reste derrière C… Cola et M…santo, ou la paix c’est la guerre, ou la liberté c’est l’esclavage ! Mieux, un esclavage librement consenti. Ca me rappelle un peu la passivité des heures sombres de notre histoire. A moins que ce soit la peur.

  28. Bonjour,

    Je ne partage pas cette idée, qui semble sympathique en apparence : « Interdire les paris sur l’évolution des prix »
    C’est à mon sens une proposition d’extrême-gauche, qui revient de fait à nier la propriété privée, donc à attaquer le cœur même de la démocratie (il n’y a pas de liberté sans liberté d’entreprendre et liberté de commercer, les expériences socialistes l’ont démontré).

    Je m’explique :

    Les paris sur l’évolution des prix font partie intégrante de toute décision d’achat d’un actif patrimonial.
    Lorsque je décide de ne pas acheter un bien immobilier dans le contexte actuel, je fais un pari sur les prix : celui qu’il est surévalué, et que je pourrai obtenir le même bien à un prix inférieur dans quelques années. C’est une forme de spéculation.
    Lorsque je place mon patrimoine en placements d’abri, je fais aussi un pari sur les prix : j’espère pouvoir acheter des actions ou d’autres actifs pour moins cher dans quelques temps, le temps que la crise se soit amplifiée.

    Nous faisons tous des paris de ce type, que ce soit en achetant un actif patrimonial, en vendant ou en ne le faisant pas, et nous sommes donc tous des spéculateurs.

    Interdire les paris sur l’évolution des prix, c’est tout simplement interdire la possibilité d’acheter ou de vendre un logement, une action, ou n’importe quel autre actif patrimonial…donc interdire la possession d’un patrimoine.
    C’est imposer une dictature socialiste !

    Sur les marchés à terme, les « spéculateurs » sont une contrepartie indispensable aux acteurs qui souhaitent s’assurer contre une variation des cours : sans eux, le marché à terme n’existerait pas.

    Alors réguler les excès oui, mais interdire est une position qui est pour moi dangereuse et extrême.

    Et pour réguler, il y a une méthode toute simple, qui consiste à s’attaquer au carburant des grands excès spéculatifs : le crédit. Le vrai problème réside dans le contrôle du crédit, et pas ailleurs.

    La spéculation excessive n’est qu’une des nombreuses destinations que trouvent les flots de monnaie temporaire créés par la bulle de crédit.
    C’est bien le crédit qui permet aux opérateurs de trader du forex à levier 100, des futures sur indices à levier 15-20 ou des CFD à levier 20-30 (spéculation qui est effectivement sans grand intérêt et n’a que peu d’utilité économique !)

    Et nous en revenons alors au cœur du problème, c’est-à-dire la monnaie et le crédit : C’est bien le système actuel de réserve fractionnaire sans garde-fous sur les leverage ratios des banques qui permet les grands excès (avec une contribution massive des états au phénomène, les dirigeants adorant les stratégies de fuite en avant dans le crédit), par la faculté qu’il offre aux banques de produire du crédit (donc de la monnaie « temporaire » qui dans les faits devient presque permanente) en quantité quasiment illimitée.

    Deux solutions :

    1) Imposer des leverage ratios très stricts aux banques (5 à 10) pour encadrer la production de crédit.

    2) Si cela ne suffit pas, passer à un système de réserve pleine (système « Rothbardien »). Etant pragmatique, je pense qu’il vaudrait mieux essayer l’option 1 « pour voir » avant la « 2 » qui est plus radicale.

    Si on les appliquait, les excès spéculatifs s’éteindraient tout naturellement, faute de carburant.

    Cela dit, comme presque tous les libéraux, j’ai à la base une conception de la vie et de la société pragmatique, empiriste et sceptique. Je ne crois pas que des individus même très intelligents aient la capacité de régenter un système aussi complexe que le monde actuel…Ils peuvent juste placer quelques garde-fous utiles.
    La démocratie donne de meilleurs résultats que les régimes autoritaires parce que le pouvoir y est dilué et qu’une large place est laissée à la capacité d’auto-organisation du système.

    Enfin pour moi les cycles existent bien, ce sont même eux (notamment les cycles de Kondratieff et Minsky) qui m’ont permis de voir arriver la crise à temps. A la base de ces cycles, il y a un invariant qui est la psychologie des foules…et cet invariant nous montre qu’au bout de quelques décennies de « calme relatif », les foules perdent toujours la notion de risque et font sauter les gardes-fous mise en place après la grande crise précédente.
    Voilà pourquoi je reste très fataliste et sceptique sur les chances de succès à long terme d’une « régulation ». Tout au plus peut-elle apporter quelques décennies sans gros excès, ce qui n’est déjà pas mal du tout.
    Mais ensuite il arrivera forcément un moment au cours du cycle suivant où les foules feront sauter la « régulation » et prépareront les excès et la crise suivante. C’est sans doute une loi du comportement humain que d’avancer par à coups (vagues d’elliott de Prechter).

  29. @2Casa

    pas joyeuse votre histoire.
    Je suis né 5 ans avant, et j’ ai connu ce que vous décrivez.
    J’ ai eu plus de chance que vous, ensuite et ai pu décrocher un bon boulot. Je n’ ai plus connu la galère depuis.
    Mais cela aurait pu être autrement.
    J’ espère que vous retrouverez l’espoir, je pense sincèrement qu ‘il y en a, mais c’est difficile a voir quand on est dans la galère.

    respectueusement.

  30. @2casa

    Merci aussi … et j’ai plein d’exemples tels que vous autour de moi, même si moi je suis encore relativement protégé.
    Tous les lecteurs verront bien le décallage avec le post suivant d’un Abadie totalement irresponsable: de quelle démocratie nous parle t’il? Eh bien, il nous parle de celle qui permet tous les excès et l’appauvrissement relatif de la plus grande partie de la population, en même temps que du tranfert , en moins de 30 ans, de 10% de la richesse annuelle produite (la vraie, pas la sienne) de ceux qui travaillent vers ceux qui capitalisent! J’ai envie de pleurer et peut être de vomir…

  31. Au fait, je cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, hein ?

    C’est de colère que je parle là. Et au finish si je me révolte c’est sans doute que j’ai encore de l’espoir.

    Enfin…

  32. Les commentaires autour du thème proposé par Attali semblent bien pessimistes. Pourquoi une régulation mondiale devrait-elle entraîner automatiquement l’uniformisation des cultures, l’idéal d’un seul peuple sur une même terre n’implique pas nécessairement « métropolis » ? La question de l’information dans la régulation du système ne semble pas insoluble, par exemple pour H. Laborit (de mémoire) « en plus de recevoir l’énergie suffisante, chaque sous-système, chaque petit d’homme, devrait pouvoir comprendre les principes régulateurs et partager les finalités de l’ensemble »

    Fin des années cinquante, début soixante, j’étais sorti très optimiste d’une période intense de lecture de science-fiction. Lassé du genre, pour l’essentiel, j’en ai gardé le pli, mais seulement au travers de la seule lecture assidue d’Attali… aussi, je ne peux pas m’empêcher de rire devant le pessimisme des paragraphes qui suivent.

    Le danger d’uniformisation par régulation ne surgit-il pas dès lors qu’un mode de régulation prend le pas sur les autres ? Ainsi, peut être est-il dans la nature du système que la « croissance pour la croissance », c’est à dire le cantonnement à la seule régulation par rétroaction positive laquelle, en forme du toujours plus, dégénère en système Pozzi. Seuls s’imaginent s’en sortir ceux qui touchent les premiers dividendes, et qui étant assez malin que pour comprendre la nature du système décident en tout premier de retirer discrètement leurs billes… J’ai par ailleurs le sentiment que substituer l’information à l’énergie comme support de croissance, induirait un « toujours mieux » rapidement dégénéré en un « information gap », lequel serait savamment entretenu par la réinstauration d’un mandarinat sélectionnant les intellectuellement plus conformes au service des plus forts.

    Une régulation par transformation close : fixerait la répétition de l’ordre mondial par un cycle de quotas écologiques attaché une pyramide imprescriptible de rentes de situation. Ce système n’est-il pas est à portée de main des grands propriétaires terriens ? Déjà la TV nous culpabilise par « moutards », crânement couronnés de casque Alstom, pareils à des angelots chargés de faire passer muscade aux subsides du racket éolien, les paysages et le vent sont « res nullus ». Encore l’annonce officielle de deux degrés en plus et chacun sera tenu d’être à sa place et chaque chose aura sa place.

    L’équilibre par la seule variété nécessaire, sombrerai dans la veulerie du « c’est mon choix » généralisé.

    Un équilibre composite bien tempéré est cependant possible, un monde meilleur également, mais il faut d’abord s’entendre sur la finalité du système et c’est sur cette finalité que la crise n’a pas lieu. Il y a environ trente ans déjà, Attali analysait la notion de crise, aujourd’hui encore toujours pas de sursaut; l’organisme n’arrive pas à choisir entre remède et poison… mais seulement les soins palliatifs distillés par le 20 h. Imaginons Attali embauchant Jorion (entièrement disponible aux dernières nouvelles) lesquels, en compagnie de Michel Onfray, câbleraient le réseau de l’Université Populaire Mondiale avec pour objectif de construire le « bagage universel de compréhension et de participation aux équilibres ». Ca aurait « du chien » et rendrait, je crois, pas mal d’entre-nous beaucoup plus optimistes si ces trois là, en outre, se mettaient à l’unisson dans la mise en cause de la finalité du système : qu’entre « consommer à l’occidentale ou périr », il faut choisir de « partager équitablement le poids », dès aujourd’hui !!!

  33. @fils d’ Ariane

    D’ abord, je vous suggère de prendre un cachet contre les nausées.
    Ensuite, désigner un bouc émissaire (ceux qui « capitalisent »: incluez vous les mémés et les papys la dedans ?) a la vindicte de ceux qui souffrent (ceux qui bossent ? ceux qui paient des impôts ?) , quand on arrive à peine (et à 30 cerveaux au moins), a définir ce qu’ est la monnaie, c’est encore plus gerbant.
    C’est plus compliqué que ça.
    C’est plus profond que ça.
    Au concours de vomi vous ne gagnez pas forcément.

  34. @jlm

    le partage équitable de tous les aspects de cette crise serait probablement un bon système de régulation.
    Ce partage voudrait que l’ on laisse les économies émergentes abuser de la monnaie dette (pour consommer), quand pour nous même, l’ accès a celle ci serait limité a l’ investissement.

  35. @ceux qui sont encore humains….

    Rien qu’une question de civilisation…

    Quand on approchait la rivière
    On déposait dans les fougères
    Nos bicyclettes
    Puis on se roulait dans les champs
    Faisant naître un bouquet changeant
    De sauterelles, de papillons
    Et de rainettes

    Pierre Barouh a écrit « à bicyclette » en 1969.
    J’ai connu cet enchantement dans la campagne de mon enfance.
    Vous en voyez encore beaucoup des papillons ? Qui peut, aujourd’hui, faire naître un bouquet de sauterelles, de papillons, et de rainettes en se promenant dans les champs de sa région ?

    Le clivage philosophique et politique le plus contrasté et le plus pertinent aujourd’hui n’est pas entre gauche et droite où, unis dans la même culture impérialiste, au coude à coude autour du buffet de « la croissance » (du butin), tous sont rassemblés derrière les étendards de la guerre faite à « la nature », à notre nature. Concrètement : les nuances de plus en plus ténues censées les distinguer ne cachent pas leur mobilisation quasi unanime au service des entreprises destructrices du vivant. Dernier exemple magistral : la libéralisation de l’implantation des grandes surfaces. Cette mesure sera probablement analysée bientôt comme un acte antisocial et anti-écologique majeur pour extraire plus de profits tout en tentant de saboter la réorganisation des échanges autour du retour au local. Une sorte de déstructuration finale.

    Le réseau international des groupes de pression libéraux, les « think tanks », donne de belles illustrations de l’unité gauche-droite dans la culture impérialiste. Ainsi, du début des années 1980 à la fin des années 1990, l’un de ceux-ci, la Fondation Saint Simon, a rassemblé des « grands » patrons, des « hauts » fonctionnaires, des « grands » politiciens, des « grands » journalistes, des « grands » penseurs… Enfin, tous ces « grands » et ces « hauts » qui papillonnent entre plusieurs conglomérats de grands prédateurs – pudiquement appelés réseaux d’influence – avec autant d’aisance qu’ils passent du conseil d’administration d’une « grande » entreprise à un autre, se caressant mutuellement ici et là. Gens de « la gauche intelligente » comme de « la droite intelligente » (selon l’un des fondateurs) unis dans une communion élitiste radicalement capitaliste, constituaient « le salon chic des intellectuels anti totalitaires et des patrons sociaux, le trait d’union entre les rocardiens et le centre droit, la machine à tisser du consensus » (Libération 18 septembre 2006). Naturellement, nombre de ces gens de bien allaient briller dans l’anti-écologisme militant. « Nous étions (…) le petit nombre qui savions mieux que les autres ce qui était bon pour le pays, ce qui n’était pas complètement faux. Nous étions les plus beaux, les plus intelligents, les plus honnêtes et les détenteurs de la légitimité » avoue l’un de ceux-ci en 1986 dans la revue « Le Débat », très proche de la fondation, comme la revue « Esprit » (18).

    Là, il faut prêter attention aux coïncidences entre une fondation Saint Simon à laquelle la promotion du capitalisme ultra-destructeur doit tant et les courants politiciens et affairistes qui ont préparé et supervisé le noyautage et l’extinction du mouvement écologiste quelques années avant la création du « think tank » réactionnaire. Au-delà de la parfaite correspondance doctrinaire, il y a des personnes, des groupes, des réseaux communs. Le coup d’arrêt à l’effervescence des désirs et des idées aurait-il été comme un échauffement avant de passer à l’essentiel du programme ? Ou, plutôt, une étape indispensable… Pour pouvoir porter à son paroxysme l’exploitation des hommes et de la biosphère, il fallait d’abord étouffer la contestation la plus pertinente du système, celle qui réveillait la culture holiste soulignant l’interdépendance de toute chose et qui ouvrait sur des perspectives sympathiques. Mais tout en bernant, domestiquant et réorientant à son profit l’élan de la mobilisation. On y reviendra.

    En dépit d’une telle expérience, beaucoup de résistants ont encore du mal à réaliser à quel point les impérialistes sont prisonniers d’une spirale de délires logiques qui les plonge en pleine fausse conscience. Une démonstration entre mille autres : la décroissance écologique, sociale et culturelle de la Chine – pardon, de la diversité des écosystèmes et des peuples laminés par les impérialistes Chinois, les produits de plusieurs décennies de déstructurations et d’admiration pour le modèle du développement impérialiste. Quoique censurés, les échos du saccage, parviennent de plus en plus nombreux jusqu’à nous. Cela ne gène en rien les industriels, les financiers, leurs politiciens, leurs « intellectuels » et leurs media d’ici, qui saluent cette décroissance radicale comme une croissance admirable, une croissance qui devrait être exemplaire pour la France et l’Europe. « La Chine » n’est-elle pas devenue la « quatrième puissance économique du monde » ? Vision réduite à une pincée de critères exclusifs de tous les autres – les autres étant ceux auxquels tout être encore en empathie avec le vivant et soucieux de son devenir pense d’abord. Qu’importe la destruction des écosystèmes ravagés par les extractions de « matières premières » ou ensevelis sous le béton, l’asphalte, l’eau des méga-barrages et la pollution (près de 1 million d’hectares agricoles perdus chaque année), qu’importe les populations empoisonnées, expropriées et la destruction des communaux, qu’importe l’autonomie alimentaire, qu’importe la progression du désert, qu’importe la destruction des quartiers historiques et des jardins que l’on admirait et où il faisait bon vivre, comme sous le délirant Nicolae Ceaucescu (un ravage puissamment stimulé par l’organisation des Jeux Olympiques à Pékin), qu’importe l’épandage des clapiers de béton à perte de vue, qu’importe si le développement de l’automobile individuelle en Chine représente un péril majeur pour toute la biosphère et si son industrie est en passe de devenir le premier exportateur mondial… puisque les chiffres disent la prospérité et montrent des « perspectives de croissance » pharamineuses. Les chiffres de la vision économique impérialiste ne disant que le profit réalisé à courte vue par une infime minorité contre la plupart et l’avenir, NON, « la croissance » chinoise ne réduira pas les inégalités et n’évitera aucune crise. Tout au contraire, c’est elle qui les amplifient ! Alors que des centaines de millions de paysans et de citadins sont chassés de chez eux, et que leurs écosystèmes et leurs quartiers sont détruits, ce discours ne fait que révéler davantage l’autisme de ceux qui le tiennent et le reprennent, ou leur vertigineuse duplicité. La « croissance » chinoise n’est que le dernier monstrueux rejeton de l’horreur sociale et écologique occidentale. Elle contribue déjà lourdement à la ruine de la biosphère. Exactement comme pour les Philippines hier, les fanatiques de la déstructuration généralisée ne se lassent pas d’admirer « la réussite » de leur modèle, tandis que se précipitent les spéculateurs pour participer au nouveau Grand Bond – en arrière. Ils appellent cela « l’ouverture du marché chinois ».

    Cependant, le Comité Central du Parti Communiste chinois aurait enfin réalisé que, pour soutenir la croissance purement matérialiste qu’il a programmée pour le pays, il faudrait le sacrifice de « 4 planètes comme la Terre ». Et encore, c’est une estimation minimum qui ne comprend pas les effets d’entraînement et d’amplification de la destruction des écosystèmes et des sociétés. De ce constat, le Comité Central aurait tiré la conclusion qu’il faudrait se soucier de réorienter les activités économiques – et, peut-on leur suggérer, les choix technologiques et surtout politiques. Nous attendons avec impatience le début d’une décision.

    En attendant, des chinois exportent leurs méthodes de destruction massive chez les autres. Aucune considération écologique, sociale ou culturelle ne perturbe leur implacable expansion. Ils semblent ne même pas comprendre de quoi il s’agit. Le Tibet, totalement saccagé depuis la colonisation, donne une idée de ce qu’ils s’apprêtent à faire ailleurs. Récemment, au Gabon, une compagnie de prospection pétrolière (la Sinopec) a procédé à des centaines de tirs à la dynamite et dévasté tout sur son passage dans le parc national de Loango connu pour sa grande valeur. Autre démonstration sinistre : l’arasement des forêts primaires du Laos – jusqu’alors protégées – par les spéculateurs chinois apparemment en excellents termes avec la dictature locale. Pourquoi le sacrifice de l’un des biens communs planétaires les plus rares ? Pour faire une monoculture d’hévéas sur les terres dévastées de dizaines d’ethnies différentes. Pourquoi l’hévéa ? Surtout pour les pneumatiques de l’industrie automobile chinoise en plein essor… Un pas de géant dans le dérèglement climatique planétaire. Bien entendu, la dévastation des écosystèmes est commise dans le cadre du « plan de développement national ». Eléphants, félins, singes, oiseaux, insectes, végétaux endémiques… d’innombrables vies ont été anéanties d’un trait par des affairistes se piquant d’agronomie. Un foisonnement de vies dont chacune était unique, irremplaçable. La plaie ouverte dans les tissus les plus denses de la biosphère fragilise bien au-delà de la région. Elle aura des conséquences à long terme pour tout le monde. Sur place, l’expansion du désastre est planifiée. L’éviction définitive des autochtones au moyen de conditions drastiques de rendement imposées aux « représentants » laotiens aussi : « Pour l’instant, les locaux acceptent d’aménager les plantations car on les laisse planter du riz entre les arbres pendant deux ans. Mais quand viendra le moment de l’exploitation, ils risquent de ne pas tenir le rythme. Ils travaillent lentement, ne se préoccupent que du lendemain, ce sont des gens de qualité inférieure. Alors, on leur reprendra la terre et on fera venir de la main-d’œuvre chinoise, ça ne manque pas chez nous », M. Kuang de la société Lei Lin (rapporté par Abel Segretin dans le quotidien Libération du 22 mai 2007, également sur internet). Rappelons que, c’est dans ce contexte que l’écologiste Sompawn Khantisouk a mystérieusement disparu.

    D’ores et déjà, les paysans qui refusent de raser leurs arbres fruitiers pour faire place à l’hévéa sont dépossédés de leurs terres et chassés vers la misère. Après le Tibet, comme en Birmanie et au Cambodge, où après la Thaïlande les destructions se multiplient, l’impérialisme chinois va bon train et guigne maintenant l’Afrique où le pire est déjà engagé.

    Combien de planètes pour approvisionner « la croissance » chinoise ? Quatre (après la mort de la biosphère terrestre) ? C’est bien parti !

    Le clivage que l’on voit partout se creuser sépare les impérialistes « anti-nature » (tous styles confondus) de ceux qui comprennent encore la dynamique interrelationnelle et holistique du vivant. Ces derniers savent et mesurent dans leur sensibilité et leur chair que la culture impérialiste entraîne depuis trop longtemps dans une décroissance vertigineuse d’intelligence et de vie. Ce clivage qui traverse les sociétés et les cultures locales, souvent les personnes, est gros d’un grand « choc des civilisations » ; nullement fantasmé celui-ci. Attisé par l’explosion des pertes et des périls, il couve et enfle, mais ne s’est pas encore révélé car l’intense propagande qui nous inonde réussit à ralentir les progrès de la conscience et à affaiblir les volontés. Ainsi, tous ceux qui, de plus en plus nombreux, imaginent vers quelles horreurs conduirait la poursuite de l’aventure sous la houlette des dominants ont encore à se libérer des automatismes appris avant de pouvoir envisager la suite.

    Les impérialistes souffrent d’un scotome culturel si grand qu’ils ne se comprennent pas comme faisant partie de la nature, ni même vraiment de la société des hommes. Ils perçoivent à peine celles-ci, voire plus du tout. Au crible de leur conditionnement, le vivant est comme désincarné. La réalité première, la vie des êtres et de la biosphère, n’a plus de réalité pour eux. Claquemurés dans leurs bulles, ils ne s’inscrivent pas dans une communauté, pas dans l’humanité, pas dans la vie, dans aucune continuité de chair, d’émotions et d’évolution. Ils sont seuls au monde. Et ils écrasent les hommes dans les entreprises et les écosystèmes avec leurs habitants comme l’on marche sur une fourmi, par inadvertance. Ces prédateurs sans nécessité et sans limites sont-ils encore de ce monde ?

    Les autres, les holistes, perçoivent la communauté biologique et sociale autour d’eux. Ils ressentent ses mouvements, ses joies et ses souffrances, et éprouvent de l’empathie vis à vis d’elle. Ils se situent au sein de ses différents niveaux d’organisation. Ils en sont.

    Pourtant, certains s’entêtent à croire en la capacité du système dominant à se réformer. Et de se contorsionner pour tenter de le faire évoluer de l’intérieur… Au mieux, c’est qu’ils sous-estiment la vocation dominatrice du monstre, ou qu’ils ne comprennent pas que la domination est le problème majeur. Le problème de fond. Celui qui engendre à peu près tous les autres.

    La dégradation de la biosphère, sans oublier celle des sociétés humaines, n’est pas une sorte de dommage collatéral du fonctionnement du système. Elle est consubstantielle à la recherche de profit et à la capitalisation du pouvoir, à quelque échelle que ce soit – même aux niveaux les plus modestes. Avec un recul de deux bons siècles de destructions massives pour « le pouvoir » et le profit, qui n’a remarqué que la dégradation est indispensable à l’établissement du système et à son renforcement ? C’est pourquoi les estimations officielles comptabilisent même la mort dans l’actif, surtout la mort, et négligent d’établir le prodigieux passif de l’économie de croissance et de profits.

    « Le pouvoir du système sur les hommes augmente à mesure qu’il les éloigne de l’emprise de la nature » ont diagnostiqué Max Horkheimer et Theodor W. Adorno dans « La dialectique de la raison » (page 54 de l’édition Gallimard 1974). C’est une des raisons de l’artificialisation des conditions de vie et de la destruction des écosystèmes. C’est aussi une origine des troubles du comportement, une cause de l’affaiblissement spectaculaire des consciences et des volontés constatés dès le début. Pour la domination, l’altération de la vie et de sa compréhension sont vitales ! Cela, jusque dans la structure intime de la cellule. Après étude dans les labos scientifiques et les cabinets d’experts en manipulation politique, la spoliation peut prendre des détours déroutants. C’est bien le cas avec les hybrides stériles et les OGM qui, associés à l’interdiction de libre circulation des semences et plants traditionnels et de vente de leur récolte, apparaissent surtout comme les vecteurs d’une spoliation d’un genre nouveau de la diversité génétique et culturelle, et, par delà, de la maîtrise du bien commun. L’imposition des produits uniformisés par les industriels – toujours sous le prétexte du goût et de l’intérêt des consommateurs – au détriment de la diversité des variétés sélectionnées par les populations en fonction des écosystèmes, est une autre illustration de la fausseté du libéralisme en matière économique. Le pouvoir sur les hommes est l’une des premières raisons d’être de toutes les technologies dures.

    Il est donc assez clair que ce qui sépare les impérialistes de ceux qui n’ont pas encore oublié la planète et la vie est plus qu’un simple clivage philosophique et politique. C’est une complète rupture de civilisation, sinon d’intelligence.

    Toutes les formations façonnées par la culture impérialiste déstructurent tous les niveaux d’organisation écologiques et sociaux, plus encore pour s’imposer contre les formes spontanées d’organisation que pour produire ce qu’elles présentent comme des « valeurs » ou des « richesses ». Très exactement, la force du système réside dans sa puissance de destruction de tout ce qui assure l’autonomie des hommes, stimule leur créativité et leur aspiration à une vie détendue : les écosystèmes (les économistes parleraient de ressources et de matières premières), les modes d’organisation respectueux de la personne comme de la communauté biosphérique, et jusqu’à la capacité des personnes et des groupes à vivre ensemble. En effet, le pouvoir des dominants se nourrissant de la fragilisation et de la démission de la personne comme de la déstructuration de la communauté, l’essentiel de leur action consiste à détourner les énergies et les biens après avoir cassé les modes de vie indissociables les uns des autres qui favorisent le développement des échanges et des entraides, de la responsabilité, de l’initiative et, surtout, du sens de l’intérêt général : tout ce que construisent les communaux. C’est tout l’art de la dérégulation libérale.

    « Dans le miroir du passé », Ivan Illich note que « La valeur économique ne s’accumule qu’en raison de la dévastation préalable de la culture (…) » et des activités traditionnelles qui constituent l’art de vivre, qu’il définit comme l’art vernaculaire d’habiter (un bien commun de plus). Car la destruction matérielle ne suffit pas. Il faut aussi éteindre la moindre velléité de résistance et de révolte, mieux : réduire les hommes en machines de production de la domination et du profit. Autrement dit, la dégradation systématique de toutes les conditions favorables à l’épanouissement des personnes et des communautés, c’est à dire de tout ce que nous devons comprendre comme communaux, y compris toute la nature, est indispensable à l’existence de la domination.

    La spoliation des communaux, donc de nos moyens et raisons de vivre, est maintenant si étendue que, pour la plupart, l’impossibilité d’agir et de faire est devenue l’une des principales caractéristiques de l’existence. Impossibilité de construire et même d’échanger avec d’autres trop déstructurés, trop dispersés, trop résignés, trop prisonniers des consommations compulsives (justement pour oublier l’impuissance). Impossibilité d’échapper aux agressions des technologies dures. Impossibilité d’éviter les destructions et les maladies du profit. Impossibilité de faire entendre les mises en garde les plus évidentes tant le conformisme à l’ordre dominant a bouché l’horizon critique. Impossibilité de faire reconnaître les solutions. Impossibilité de vaincre l’étau des hiérarchies d’incompétence et de corruption qui se reproduisent tout autant dans l’opposition au système (première des incompétences, l’incapacité à s’adapter à l’économie du vivant crée les conditions favorables à l’épanouissement des corruptions, lesquelles amplifient toujours plus l’incompétence)… De tous côtés, on se heurte à des murs infranchissables si on les aborde seul. La difficulté majeure procède de la solitude parce que tout a été découragé : les solidarités, la compétence, l’initiative, la création ; fors l’égocentrisme, la cupidité et toutes les formes de la malfaisance qui triomphent sans plus se dissimuler. Celles-ci ont atteint un tel niveau d’affirmation que leurs hérauts peuvent harceler et réprimer toute forme de défense de l’intérêt général sans soulever l’indignation. Effet pervers supplémentaire, la déformation des réalités produite par la culture impérialiste est démultipliée par l’illusion d’impunité et de puissance générée par le succès de ces dépravations au sein de ce que l’on n’ose plus appeler société.

    Sous le consensus béat des élites satisfaites d’avoir tout gâché, la désorientation et la démoralisation n’ont jamais été si grandes. L’ankylose est générale. Comme écrasées par tant d’incohérence et d’adversité, beaucoup de populations sont en dépression collective et cela seul assure la paix sociale au système dominant. C’est au point que même des acteurs du système s’en aperçoivent et le déplorent parce que, ironie de l’interdépendance précisément niée par le système, la stérilisation de toute pensée non conforme et de l’intelligence collective entrave le bon fonctionnement de leurs entreprises.

    A l’inverse de la régression généralisée engendrée par la domination, si les potentiels de la personne et de la communauté n’étaient pas inhibés, si les écosystèmes n’étaient pas réduits à leur plus simple expression et empoisonnés par les effluents du développement, quel besoin aurions-nous de responsables professionnels, de décideurs, de dirigeants ? Quelle que soit la dimension de la domination, elle ne peut s’imposer qu’à des individus et des masses perdus dans un environnement dégradé et hostile, refoulés et d’autant plus dépendants d’une illusion d’abondance que celle-ci est créatrice de spoliations, de destructions irréversibles et de pénuries nouvelles. Pénuries ? Par exemple, pénurie de nature à l’état d’épanouissement de son potentiel ou approchant de ce niveau, pénurie de diversité, pénurie d’interrelations, pénurie d’empathie, absence des moyens politiques de conduire sa vie, pénurie d’honnêteté, pénurie de beauté, pénurie de paix, etc. Comme l’ennemi aux frontières, la pénurie et la frustration sont indispensables à la domination pour feindre une justification de son existence ; si indispensables qu’elle les crée en planifiant la spoliation et la destruction. Simultanément, le système entretient l’illusion que c’est en participant aux luttes de la capitalisation des biens et du pouvoir que l’on peut mieux se satisfaire, donc en accroissant la pénurie et le refoulement autour de soi. Ainsi, ce sont les efforts des frustrés pour échapper aux conséquences de la domination qui renforce celle-ci et produit toujours plus de frustrés. Il s’agit typiquement d’une dynamique à somme nulle, et même plus que nulle puisqu’il y a destruction du capital. Et ce mouvement d’une totale perversité ne cesse de prendre de l’ampleur, paradoxalement stimulé par la perspective de sa fin prochaine en raison des déstructurations planétaires qu’il multiplie. « (…) depuis trente ans, presque partout dans le monde, de puissants moyens ont été mis en œuvre pour violer l’art d’habiter des communautés locales et créer de la sorte le sentiment de plus en plus aigu que l’espace vital est rare » Ivan Illich, ibidem.

    Les alternatives au système de la domination sont nombreuses et à portée de la main ; mais, manifestement, plus à portée des volontés. La plupart ne les voient pas, ne les comprennent plus parce qu’elles sont spoliées, détournées, détruites, interdites. Nos ancêtres, qui avaient encore la force d’affirmer leurs droits, furent nombreux à combattre de génération en génération ce processus d’une totale perversité. Car ils n’ont pas défendu que leurs terres, leurs forêts, leurs « usages »… En somme, leur propriété matérielle commune. Comme les paysanneries spoliées et les peuples autochtones d’aujourd’hui, ils ont combattu aussi pour défendre leur fierté, leur culture, leurs droits, leur pouvoir de décision, la maîtrise de leur vie et les rapports de bonne intelligence avec la biosphère – les sources de la bonne vie. Toutes ces choses étant également des biens créés, organisés et protégés en commun : des communaux.

    Publié par Alain-Claude Galtié 12/06/2008

  36. pour à terme « Interdire les paris sur l’évolution des prix » est-ce qu’il serait envisageable d’imposer que chaque « achat » donne lieu à « livraison », je pense que si à chaque fois qu’une personne achète 50 barils de pétrole ou 1 tonne de blé on lui livre ces 50 barils ou cette tonne de blé cela limiterait fortement la spéculation (j’imagine le trader dans son apartement qui se retrouve avec 50 barils de pétrole sur son paillasson…).

    NB : je pose cette question car je ne sais pas comment fonctionne la spéculation sur les matières première.

  37. @tigue

    logique bivalente : vous avez parfaitement compris la clé et le substrat ultime sur lequel repose le problème. Car, je le dis, ce dernier n’est pas économique, n’est plus technologique, il est et a toujours été essentiellement psychologique.
    Malheureusement, à moins d’une surprise toujours possible qui donnerait un répit, il est déjà presque trop tard car le point de bascule irrémédiable est trop proche pour envisager ce changement cognitif.
    Un processus historique d’involution n’est désormais plus impossible.

  38. Il ne faut pas avoir peur d’une disparition des cultures liée à la mise en place d’un système de gestion plus globalisé. Si on prend l’exemple de l’Europe, peut-on dire que la France est « germanisée » ou que la l’Allemagne est « francisée » ?
    l’Europe fut créée dans un contexte d’après guerre mondiale pour empêcher son retour par le rapprochement des peuples. Le résultat est presque exclusivement orienté économie, c’est malheureusement vrai, mais les guerres intra européennes que le monde a connu depuis… les Celtes ? sont-elles encore d’actualité ?

    Le monde a besoin d’un élan, d’un rapprochement des gouvernances, en un lieu qui surplombe et permette une vue large et des réponses à l’échelle des obstacles à dépasser.

    La paix sur terre pourrait être le « leitmotif » de ce rapprochement des points de vue et des actions…

  39. On comprend donc que l’humanité ne soit venue à la démocratie que sur le tard (…) De toutes les conceptions politiques c’est en effet la plus éloignée de la nature, la seule qui transcende, en intention au moins, les conditions de la « société close ». Elle attribue à l’homme des droits inviolables. Ces droits, pour rester inviolés, exigent de la part de tous une fidélité inaltérable au devoir. Elle prend donc pour matière un homme idéal, respectueux des autres comme de lui-même, s’insérant dans des obligations qu’il tient pour absolues, coïncidant si bien avec cet absolu qu’on ne peut plus dire si c’est le devoir qui confère le droit ou le droit qui impose le devoir. Le citoyen ainsi défini est à la fois « législateur et sujet », pour parler comme Kant. L’ensemble des citoyens, c’est-à-dire le peuple, est donc souverain. Telle est la démocratie théorique.
    Henri Bergson, les Deux Sources de la morale et de la religion, p. 299.

    « Permettez moi d’ouvrir aussi un autre débat : un monde où, comme je le souhaite, la régulation serait mondiale et parfaite, ne serait pas exempt de crises. »

    De son côté, le planisme cherchait à « dépasser » le marxisme et affirmait la possibilité de créer entre la dictature communiste et le capitalisme libéral devenu anarchique (« le renard libre dans le poulailler libre ») un système planifié, dirigé, qui fût capable de maîtriser, par l’intelligence humaine, les crises cycliques de plus en plus graves de l’économie.
    Raymond Abellio, Ma dernière mémoire, t. II, p. 55.

    On aboutit ainsi à la dictature d’un homme, d’un parti ou d’une bureaucratie, et au bout de la route il y a l’asservissement dans un cadre que, par habitude, on continue pourtant encore d’appeler démocratique.
    André Siegfried, l’Âme des peuples, i, 2.

  40. @ Loïc Abadie

    Bon. Je résume : vous affirmez donc que l’interdiction de paris sur les prix serait une atteinte au droit de propriété car empêchant l’acquisition d’un bien.

    Pouvez-vous m’éclairer ?

    Il se trouve que j’ai acheté un petit appartement en 89, en banlieue car trop cher dans Paris, parce que j’avais la chance d’avoir un avoir personnel qui m’a permis de souscrire un crédit. Les enfants se multipliant (façon de parler), j’ai revendu cet appart en 2000 avec une moins value de 20%, pour acheter une petite maison, toujours en banlieue, toujours grâce à des économies (placées sur des livrets A) et un gros crédit. La maison a été choisie, d’une part parce qu’elle rentrait dans mon budget, et d’autre part à cause des figuiers et des framboisiers qui poussent dans son jardin.

    Je n’ai AUCUNE idée de son prix actuel, et je m’en fous à un point je vous n’imaginez pas, mais je vous garantis que les figues et les framboises sont TRES bonnes, et que je suis un VRAI privilégié.

    Rétrospectivement, je me rends compte grâce à vous que je n’ai JAMAIS tenu compte du prix futur de ce que j’achetais, seulement du prix courant. Alors vous me mettez un doute : en fait, j’aurais pu acheter mon appart puis ma maison dans une dictature socialiste… donc j’ai vraiment un doute, là, tout à coup : suis-je vraiment propriétaire de ma maison ? (ou plutôt, le serai-je à la fin de mon crédit ?)

    @ tigue
    désolé de régir à contre-temps, mais il y une vie à côté de ce blog.

    Où diable avez-vous lu que je « déresponsabilise les acteurs de ce drame », et que je « feint de ne pas voir que toute la société est submergée d’ individualisme, et que c’ est de là que vient cette crise », et que enfin je « feint de croire, comme dans la chanson “qu ‘il suffirait de presque rien…” (une révolution quand même) pour que tout s’ arrange enfin » ?
    C’est justement parce que je suis persuadé que l’origine des crises économiques vient de l’idéologie de l’individualisme, synonyme de culte de l’Argent, que je ne supporte pas les « démerdards », les profiteurs, ceux qui se croient plus malins que les autres quand ils obtiennent quelques sous en plus par leur combines ou leurs affaires. Regardez ce pauvre Abadie, qui ne peut pas imaginer acheter quelque chose autrement que par la lorgnette de la plus ou moins value potentielle qu’il en tirera, c’est triste à pleurer… Ce sont ces gens là qui génèrent cette mentalité abominable qui fait que les gens finissent par faire de guerre de chacun contre tous ; ce sont ces gens là qui élisent les gangsters qui nous gouvernent et nous mènent à notre perte…

  41. @ Moi,

    « en Grèce celui qui ne choisissait pas un parti politique était puni de mort ou d’exil. »

    Je crois qu’il y a une confusion :

    – les partis, « factions » étaient évidemment interdits sous les régimes démocratiques. Ce sont des éléments oligarchiques (on a découvert plus tard qu’en d’autres circonstances ils se révèlent des pépinières de totalitarismes). L’assemblée était une assemblée d’individus libres – il était inconcevable qu’un être non libre fut citoyen -, certainement pas un champ opposant des partis, des gens votant comme « on » leur avait indiqué.

    – quand la démocratie était menacée (par l’oligarchie ou par la tyrannie – le « ou » est peut-être abusif), ou en cas de guerre civile, ce qui revient au même, puisqu’il y a potentiellement suspension ou menace de suspension de la constitution, alors ne pas prendre parti (rester neutre) était puni de mort.

  42. Je viens de relire l’introduction du « rapport de la commission pour la libération de la croissance française, sous la présidence de Jacques Attali ».

    extraits :

    « Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan. »

    Ah. bien.

    « Le monde est emporté par la plus forte vague de croissance économique de l’histoire, créatrice à la fois de richesses inconnues et d’inégalités extrêmes, de progrès et de gaspillages, à un rythme inédit. L’humanité en sera globalement bénéficiaire. »

    Chut, on ne rigole pas. Sachez que la technologie nous sauvera à temps, pour le bonheur de tous (enfin… presque tous) (disons… ceux qui le méritent)(enfin… ceux qui auront les moyens).

    « De fait, certains pays de notre continent s’y préparent mieux que d’autres : l’Allemagne a modernisé la partie orientale du pays, dynamisé son marché du travail et sa formation, développé des industries nouvelles, comme les énergies renouvelables. Le Royaume-Uni s’est engagé durablement dans la réforme de son système scolaire et de son réseau de santé, et dans la valorisation de son industrie financière. »

    Allemagne, dynamisé son marché du travail… UK, engagé durablement dans la valorisation de son industrie financière… comme ça sonne bien.

    « L’Italie, le Portugal, la Grèce et plusieurs nouveaux États membres ont eux aussi mené des réformes courageuses, pour contrôler leurs dépenses publiques, moderniser leur administration, et mieux recruter leurs agents publics. L’Espagne a œuvré pour l’accès de tous à la propriété du logement, dans une économie en quasi plein-emploi. »

    Économie de quasi plein-emploi en Espagne… eh oui, ça vous en bouche un coin, hein ?

    « N’ayant pas abandonné un modèle hérité de l’après-guerre, alors efficace mais devenu inadapté, la France reste très largement une société de connivence et de privilèges. L’État réglemente toujours dans les moindres détails l’ensemble des domaines de la société civile, vidant ainsi le dialogue social de son contenu, entravant la concurrence, favorisant le corporatisme et la défiance. Alors que notre époque requiert du travail en réseau, de l’initiative et de la confiance, tout se décide encore d’en haut, tout est contrôlé dans un climat de méfiance générale. »

    Ah non ! de l’anti-sarkozisme, là ça va plus. Attali, communiste !

  43. Gauchiste antiproductiviste en 1970, social-démocrate libéral avec Mitterrand dans les années 80, croissantiste à tout crin avec Sarkozy 7ème manière en 2007, régulationniste avec Sarkozy 8ème manière en 2008… Attali est :
    – soit une girouette qui tourne avec le vent pour rester dans le clan des élites autoproclamées ;
    – soit un très habile manipulateur qui tente d’orienter l’opinion publique dans la sens qui est le sien : convaincre qu’une globalisation planétaire est le bon plan et ce pour le plus grand profit du capital apatride qui rêve de dominer 100% et pas seulement 50% de notre bonne vieille Terre.
    Sa flagornerie vis-à-vis de Paul et même de ceux qui le démolissent sur ce blog me ferait plutôt pencher vers la 2ème hypothèse : une telle obséquiosité semble cacher une visée qui se moque des lazzis pourvu que le résultat (l’efficacité comme il dit), soit au bout du chemin. Le juste (ou la justice) ne paraît en effet guère le préoccuper.

    Je trouve plus intéressant le débat qu’il a suscité : un unification mondiale (dirigée par quele élite?) est-elle souhaitable, possible ? A mon humble avis, il n’est ni nécessaire ni bon d’avoir une Planète unifiée sous des règles communes pour qu’un respect mutuel se développe. Est-il en effet impossible de voir coexister des modes de gestion adaptés aux caractéristiques anthropologiques différentes des peuples et en plus d’apprécier cette diversité ? Pourquoi vouloir unifier si ce n’est pour réaliser des économies d’échelles dans la logique de la dominance actuelle du capitalisme anglo-saxon ?
    Le généticien que j’ai été sais que la variété est la condition de la survie d’une espèce quand les conditions changent… J’ai de plus en plus l’impression que le fait que nous atteignons les limites physiques de l’écosystème condamne les sociétés industrielles basées sur la croissance matérielle quantitative. J’espère vivre assez longtemps pour voir quelle autre civilisation sera mieux adaptée aux conditions nouvelles qui se mettent en place…

  44. @ 2Casa

    @ Ghostdog

    Vos deux cris du coeur
    Ca sort des tripes.
    Ca fait vibrer les miennes.
    A l’unisson.

    Oui.
    …C’est à hurler.
    Avec vous,
    Merci.
    Benoit.

  45. Ce n’est pas que J.A. ne soit pas sérieux, mais enfin il me fait toujours sourire !
    Pourtant Dieu sait si j’en sais moins que lui …

    Cette radicalité raisonnable maquillée d’innocence globalisante nous ferait presque oublier qu’il fût le conseiller d’un Prince de l’ambiguïté et du reniement drappé d’un perpétuel discours à triple fonds. Mais je suis très indulgent …

    Ce qui me fait sourire ce sont ces idées générales qui synthétisent toute une série d’idées déjà générales , et qu’il projette dans le futur par des extrapolations proches d’une poésie de la science fiction. Ca n’est jamais faux, ni bête, ni completement invraisemblable . Ca flotte dans un possible dégagé des nécéssités concrètes tout en paraissant être la conséquence logique d’ un présent colorié à sa guise.

    Quand il sort de quelques voeux pieux -que même mon chat est prêt à partager- , pour aborder du vrai concret, curieusement , J.A. garde une sorte de réalisme du possible et admet -il suffit de lire son charmant billet- que bien des choses ne sont en fait guère possibles , ni faisables car contournables … , ou bien même qu’elles n’éviteront pas ce qu’elles sont censées éviter : ainsi un « monde où, comme je le souhaite, la régulation serait mondiale et parfaite, ne serait pas exempt de crises » … avec ça on n’est bien avancé dans le débat …

    Quelques demi-provocations viennent souvent émailler ses propos pour titiller la curiosité de l’auditeur : ainsi la Grande Bretagne serait le lieu d’une absence totale de l’état de droit … bien entendu Jacques oublie un peu les libertés basiques individuelles -pourtant si essentielles et chèrement acquises- …. pour des généralités (pas idiotes d’ailleurs) sur la démocratie comme un ensemble de pratiques institutionnelles et sociales, et de contre-pouvoirs et pas seulement un vote (Attention toutefois c’est une vision dangereuse, menée à terme) .
    Question respect de la personne et de ses droits , je ne pense pas que la France, malgré ses déclarations formalistes prisées à l’exportation, soit un modèle d’état de droit. Et donc un peu de retenue serait de bon aloi.

    Et que dire de l’alternance de ses visions stratosphériques ou microscopiques qui l’amène à des propositions balançant brusquement d’un primat de l’Etat à un libéralisme bon tein … ce qui ne me déplairait pas si j’en sentais la cohérence . Dien sait pourtant qu’il est bien présent dans les médias pour délivrer ses analyses et prédictions multiples :

    Ainsi je le revois, lui, l’homme qui a prévu et programmé le tsunami economique, nous affirmer quelques mois après qu’un taux de croissance de 2,3,4,5 % serait possible en France , en 2008, si les forces créatrices étaient délivrées par l’adoption de ses nombreuses mesures … (Ce qui ne signifie pas que ses mesures étaient toutes ‘mauvaises’)

    Bon je me moque un peu, sans en avoir vraiment les moyens. Mais allez, ce n’est pas le pire , humainement il a l’air chouette , au fond après pas mal de digressions, il a un certain sens du possible ….

    et puis … il me fait sourire …

  46. @ M. Jorion

    Ben pour une première critique !

    Merci.

    (Mais Jack London, faut pas déconner non plus.)

    @ Tous

    Continuez.

  47. En réponse à Paul Jorion, Jacques Attali dit:

    «  ». Marché et état de droit. Vous avez tout à fait raison : le marché est parfaitement capable de corrompre la démocratie. Il suffit de regarder l’exemple de la plus parfaite démocratie, ayant créé la plus parfaite absence d’état de droit : la Grande Bretagne, où la démocratie la plus ancienne du monde est au service d’un paradis fiscal et d’une place financière off shore. » » (….)

    Voici un extrait de ce que je disais à l’étranger il y a trois mois:

    (….)
    Mais une « piste » marquante, un « détail » historique spécifique apparaît pour peu qu’on suive attentivement le déroulement historique de l’émergence de la démocratie en Angleterre par le truchement de l’aristocratie britannique. En effet, l’Angleterre put « se payer » la démocratie grâce à la puissance et aux revenus que lui procurait encore à cette époque son immense empire colonial. L’Angleterre put donc « se payer » la démocratie parce qu’elle faisait « suer le burnous ». La France de son côté a un peu suivit le même chemin et la même attitude, mais son empire colonial n’était, au final, que le 1/3 de l’empire britannique, soit 11 millions de kms2 pour ‘Empire français, tandis que celui de l’Angleterre s’étendait alors sur 33 millions de kms2.

    Il y a dans ce fait une faille, une contradiction historique très occultée, jamais pointée que je sache, et qui souligne l’ambigüité du modèle économique et financier anglo-saxon pérénnisé dans le monde entier par son modèle de banque et de système financier, mais se déployant derrière un « paravant démocratique »…

    Le « paravent » démocratique, derrière lequel s’abrite le système financier mondial actuel, sert à imposer la globalisation, alias la mondialisation. Une démocratie dont les dirigeants américans et anglais et l’ensemble politique, économique et stratégique qui en dépend, ne font que clamer les « vertus »… Vertus démocratiques en priorité pour eux seuls bien entendu…

    Tous ces « démocrates », États-Unis en tête, ne clament-ils- pas qu’ils veulent apporter la démocratie au monde entier? Fut-ce de force? L’exemple de la guerre en Iraq, menée par les États-Unis, une de plus menée par eux, n’est-elle pas un cas d’école d’une tragédie inouïe, sans égale, cimentée par le mensonge le plus grave qui ait été proféré pour « justifier » une guerre effroyable? (dont les effets dévastateurs ne sont pas terminés à ce jour!).

    Certes, en principe, la démocratie existe à l’intérieur des pays riches, et encore! Tellement de faits et de changements indiquent le contraire! Car, dans l’état actuel des choses, la démocratie politique ne correspond à rien sans son complément obligé que devrait être – et n’est pas – la démocratie économique. Oui, la démocratie économique est inéxistante! Rien n’est moins démocratique que l’argent qui mène ce « bal »! Mais l’on s’aperçoit à présent, sans hésitation, que les relations extérieures des pays qui prétendent faire la leçon de démocratie au monde entier ne sont que pillages des matières premières et de leurs autres ressources comme la matière grise, et les ponctions financières abyssales en particulier. Les infortunés (c’est le cas de le dire!) pays sont ainsi « obligés » de se vendre en ne maîtrisant rien dans leur prix de vente! Ce pillage est accompagné de l’exigence de dettes-vampires à intérêts composés, dettes impayables, et ceci, sous couvert et sous « conditions » d’ajustements structurels. Voici encore un terme abscons signifiant l’obéissance, également sans fin, aux exigences des financiers… Ces dettes sont une vraie transfusion sanguine, vampirisation en continue de la substance vitale des pays pauvres et condamnés à rester pauvres dans ces conditions de relations avec le monde riche. C’est le monde riche qui fait les questions et les réponses!… Que signifie donc l’instauration de la démocratie sans aucun moyen de la pratiquer?…Autrement dit, que signifie encore une fois la démocratie politique sans la démocratie économique qui lui corresponde? Quel sentiment de liberté avons-nous dans une démocratie politique en ayant les poches éternellement vides??

    Quand allons-nous oser poser les vraies questions pour de vrais actes? Et surtout à l’endroit où cela fait mouche?

    La phrase de l’historien français François Furet résonne ici avec une justesse étonnante sur ce brûlant sujet de la démocratie à l’aune de la justice économique et sociale: « La démocratie dépend d’une oligarchie occulte contraire à ses principes, mais indispensable à son fonctionnement ». L’essentiel est pointé ici.

  48. @ oppossum
    Quel portrait ! Cisele avec justesse et humour. Savoureux.

    @ Candide
    Ben… je fais c’qu’je peux sur les bords du Mekong !
    Mais, question destruction de l’environnement et des modes de vie traditionnels, ici nous craignons le pire avec l’avancee de la puissance chinoise (voir le post de Ghostdog, ci-dessus)
    … Est-ce la fin du beau Mekong ?

    Entre nous…, Candide…, mais ne le repete pas, hein ? 😉 , mon espoir reside en une Depression mondiale tellement forte que les projets chinois sur la region seraient stoppes net.
    Je suis realiste, je compte plus, dans l’immediat, sur la violence de la Crise que sur les bonnes consciences reunies en conclaves.
    Idem pour la diminution des gazs a effet de serre : la Crise, si elle est tres tres forte, peut-elle sauver la Terre ? Nous donner simplement un delai ?

    @ 2Casa
    Bel encouragement ! Paul n’a pas tort, loin de la.
    Tu vois ce qu’il te reste a faire… un roman casa-nier ?
    « Une voix » de garage…

    Benoit.

  49. Clap clap clap…
    Applaudissements les mecs et mecesses !
    Alors comme ça vous auriez vraiment cru tout ce qu’ untel a dit ou écrit par le passé, quand lui même n’ y croyait pas « autant qu’ il aurait fallu ».
    Vous mettez en doute l’ ensemble de ses propositions d’ aujourd’ hui par ce motif : » il ne croit pas suffisament a ce qu’ il nous dit ».
    Quand Benoit nous parle du monde spirituel, qui est bien réel pour lui, cela ne déclenche pas une telle vollee de bois vert, pourquoi ?
    La réponse n’ est pas qu’ il vous semble plus sincère, la réponse est que, ses propos seront peu médiatisés, et sont donc bénins…Aussi, vous n’ approfondissez pas l’ analyse de l’ adhésion de Benoit a ce qu’ il dit. Vous ne posez pas la question du chemin qui l’ a amené a ses conceptions actuelles, celle de ses contradictions par rapport a l’ idéal d’ un peuple unique de terriens. Vous n’ approfondissez pas comme vous le faîtes pour Untel qui est médiatisé, et dont les propos ne sont pas bénins.
    Pourtant, il y a là, le même rapport a la vérité.
    La vérité doit être considéreé comme une sorte d’ idéal, nos conceptions sont des modèles sans cesse retravaillés auquel il ne faut jamais croire.
    Il faut inventer ou découvrir une autre logique pour rendre compte des conceptions humaines, la logique bivalente n’ est pas une lame emoussee ou trop tranchante, elle ne coupe pas l’ air.

  50. Ô Marie, si tu savais…,
    Tout le mal que l’on me fait…
    Ô Marie si je pouvais,
    Dans tes bras nus me reposer…

    Les hommes sont devenus
    Fous a lier,
    Je donnerais
    Tout pour oublier…

    Ô marie, si tu savais…

    J’ai vu plus d’horreurs que de merveilles
    Et rien ne sera plus pareil.
    Demain ce sera le grand jour,
    Il faudra faire preuve de bravoure.
    La mort m’a promis sa dernière danse…

    Ô marie, si tu savais…,
    Tout le mal que l’on m’a fait…

    La Terre.

  51. @ Ghost dog,

    Je viens de lire votre message du 15/12 à 17h50 (je précise l’heure et le jour, car en ce moment mes messages, à l’image de l’épargne bancaire, ont une fâcheuse tendance à dormir sur certains parkings…c’est la modération il paraît !) : oui je pense être un être humain, car je croise encore pas mal de ces bestioles dont vous parlez, et nombre d’autres ! Des sangliers, des renards, des lapins…Une espèce se développe plus vite semble-t-il que les autres : ces représentants, je dis ça pour les taxinomistes (terme générique à seule fin de passer la censure), ont les caractéristiques suivantes, entre autres : ils ont un télencéphale hyper développé, un pouce préhenseur, ils baissent la tête, ne sourient pas, sont toujours pressés et accomplissent un nombre de tâches quotidiennes impressionnant, passent la plus grande partie de leur vie sous terre ou pour le moins loin de la lumière du soleil, se nourrissent sans même y penser, se déplacent sans même y penser, procréent sans même y penser et meurent…sans même y penser. Je ne suis pas taxinomiste mais je parierais pour un croisement entre un grand primate et un termite ou une fourmi ou un poisson rouge déshydraté.
    Cette espèce, pour revenir à votre sujet, s’émerveille au travers de la télévision, de la beauté de la nature…Ca résume tout.
    Quant au reste de votre message, je vous avoue l’avoir lu en diagonale et donc pouvoir me tromper quant au sens général qui s’en dégage. Néanmoins, je me permets :
    Que ce soit en Chine ou ailleurs, le mal se propage. Nous n’avons laissé d’autre choix possible à personne dans le monde : PERSONNE ! Marche dans notre système ou crève ! Consomme ou on te bouffe ! Mange les saloperies qu’on a inventées ou on aggrave ta famine ! Donc, pour résumer : soit comme nous !
    Et là je voudrais préciser une chose concernant notre système : la consommation, le fait de mettre en esclavage son prochain, son « frère », etc. c’est la partie visible du « mal ». Et ce mal est-il arrivé ex nihilo ? Est-ce une génération spontanée ?
    Non, impossible me dis-je ! Et quel est le vecteur de cette propagation ? L’école ? Oh ! Sûrement pas, elle est tellement belle notre école, et elle produit tellement de belles choses notre école, il suffit de regarder autour de soi (attention, petit rappel, la nature n’a pas été produite par l’école mais l’œil avec lequel on la regarde si…) ! Vous n’y pensez pas ! Dire que l’école aurait permis à cette idéologie de consommation et d’égoïsme de se propager ce serait comme dire que les intellectuels produits par cette école sont enfermés dans leurs réflexions et donc convaincus a priori du bienfondé de leurs analyses ! Impossible ! La preuve en est que leur enseignement est prêché tout autour du monde, comme l’a été la bonne parole de notre église il y a quelque temps…

    Je résume, au moins j’en écris au plus j’ai de chances de passer la censure, mais en gros on peut dire que mis à part nous le système n’est pas bon…Mais avant de l’admettre…

    Sur ce, bonne journée à toutes et tous. Avec ce qu’il tombe ici, je pense que les rainettes vont se régaler.

  52. @Tigue,

    Il me semble qu’il y a eu quelque essais de définition d’une logique tetravalente… Déjà entendu parlé ?

  53. Oui plutôt ! Mais je ne suis vraiment pas suffisamment au fait de tout ça pour juger de la validité de la démarche…
    Ca vous paraît serieux ?

  54. Je viens de lire cet extrait de JA.

    extraits :

    “Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan.”

    Là carrément ou il n’a plus sa tête le J.A. ou il prend le reste de l’humanité pour des c…
    Non partisan est impossible. Le simple fait de dire je ne prend pas parti …. c’est déjà prendre parti. Eh, Oh réveil Mr Attali, réveil!!!

    Un mode d’emploi ne peu découler que d’une étude, ou alors c’est de la magie noire et le gars est un grand malade. Un mode d’emploi sert à faire fonctionner une machine, et la machine il faut bien l’avoir conçue puis fabriquée. J.A. ne veut justement pas que l’on parle de la machine, évidemment.

    C’est celle qui détruit les sociétés, les cultures, l’éducation, les familles afin que chaque humain soit seul et donc soumis. Soumettre un groupe organisé est bcp plus difficile, long, et couteux, et on risque sa peau à affronter un groupe.

    Mr J.A. est dans les mots, les théorèmes, pas dans le travail, ni les échanges entre humains, ni dans le devoir que chacun a envers ses pairs. Bref un parfait exemple à ne pas suivre et de ce qu’il ne faut pas faire.

  55. Je ne sais pas si cela est « serieux ».
    Mais je sens que la logique binaire est insuffisante pour rendre compte de ce qui est :{ « vrai dans un contexte » et « faux en dehors de ce contexte »}.
    Elle compte pour zéro la totalité des points de vue non identiques au « reel », quand tout nous indique que ce reel intangible n’existe pas, qu ‘il dépend de nous, ne serais ce que parce que nous en faisons partie.
    Imaginer un réel identique a lui même « sans nous », me semble une évidente aberration.

  56. @ Benoît,

    Ben… je fais c’qu’je peux sur les bords du Mekong !
    Mais, question destruction de l’environnement et des modes de vie traditionnels, ici nous craignons le pire avec l’avancee de la puissance chinoise (voir le post de Ghostdog, ci-dessus)
    … Est-ce la fin du beau Mekong ?

    Entre nous…, Candide…, mais ne le repete pas, hein ? , mon espoir reside en une Depression mondiale tellement forte que les projets chinois sur la region seraient stoppes net.
    Je suis realiste, je compte plus, dans l’immediat, sur la violence de la Crise que sur les bonnes consciences reunies en conclaves.
    Idem pour la diminution des gazs a effet de serre : la Crise, si elle est tres tres forte, peut-elle sauver la Terre ? Nous donner simplement un delai ?

    Je partage votre sentiment. J’écrivais d’ailleurs tout récemment dans un autre fil…

    Depuis des années, et encore aujourd’hui, bon nombre d’observateurs avertissent que “nous allons droit dans le mur”…

    Ils ont tort. Le mur, nous l’avons déjà percuté.

    Curieusement, la “crise” (le vocable est mal choisi étant donné l’ampleur du phénomène) actuelle m’évoque le film projeté au ralenti d’une rame de TGV lancée à grande vitesse et qui percute un obstacle absolument infranchissable. Dans le wagon de tête, on voit les passagers projetés en avant et les bagages voler hors des rangements, puis, avec un décalage temporel infime mais étiré par l’effet du ralenti, la même scène se répète dans le deuxième wagon, puis dans le troisième, etc.

    Notre monde “moderne” me fait penser à ce train. La locomotive de la finance, dépourvue de tout système de détection d’obstacle et de dispositif de freinage efficace, a percuté la première, et le reste du train commence à se plier en accordéon derrière. On n’a pas encore la possibilité de dénombrer les victimes dans le premier wagon que déjà le deuxième vient s’encastrer dedans, puis le troisième, etc., dans une effroyable et inexorable cascade. Quel secteur de l’économie sera dans le prochain wagon ? Et combien y-aura-t-il de victimes ?

    Mais bon, après tout, depuis le temps que l’on s’interroge et que l’on cherche — sans toutefois vouloir se résoudre à y mettre les moyens requis — la manière d’arrêter de polluer irrémédiablement notre planète et d’en gaspiller les ressources, peut-être le destin a-t-il trouvé là une manière de nous aider, en donnant un coup d’arrêt à la sacro-sainte “croissance” et à notre frénésie de consommation… La manière forte, à n’en pas douter. La seule que l’humanité aveugle soit à même de comprendre et d’admettre.

  57. Notre société est une société indigne des valeurs qui sont censées la régir. J’ai lu ce qu’a écrit 2casa et j’y trouve le destin d’un part non négligeable de cette génération. C’est à se demander comment il est possible de ne pas verser dans la violence.

  58. Cher Jacques, je vous ai ecrit une lettre.

    Ah cher Monsieur Attali, que vous voila « habille pour l’hiver » !

    Vous etes brillant, intelligent, cultive, cela ne fait pas de doute, sensible peut-etre je ne sais pas – sans doute l’etes-vous – vous avez aussi une experience, vous avez une plume, un esprit aiguise, et pourtant malgre tous ces atouts remarquables, vous semblez « recale » par le jury des commentateurs du Blog de Paul (!).

    Ah, comme il est rude ce jury ! Veuillez nous en excuser.

    Il est un peu mal degrossi ce jury, je vous le concede. Comme Obelix le Gaulois, mais comme Obelix au fond il n’a pas si mauvais fond que ca, je crois, je parle d’experience, vous savez moi qui me suis coltine avec lui, et ca pas ete facile croyez-moi ! Il est juste un peu desespere ce collectif de plumes, il a la plume tombee dans le caniveau, et pourquoi ? Mais voyons Jacques, il se sent impuissant devant le spectacle de l’echec de l’Homme, deux mille ans apres Jesus-Christ, deux mille cinq cents ans apres bouddha !

    La periode d’essai est depassee, que voulez-vous. Et la date de peremption ?

    Peut-etre essuyez-vous les platres ? A tort. Peut-etre, peut-etre… Mais que voulez-vous, votre parole, trop intelligente, s’y prete : elle manque de chair. Elle manque de chair, elle manque de sang ! Elle manque de larmes, votre parole. Alors, comment pourrait-elle nous emouvoir ?
    En ces temps ou tout ce qui peut ressembler a une quelconque langue de bois ne peut plus passer la rampe, il faut parler avec ses tripes, avec sa vie toute entiere, sa naissance et sa mort.
    …Ou se taire.

    Certes, vous parlez avec Paul. C’est… Vous parliez bien avec Dieu, vous souvenez-vous ?
    Mais nous parlez-vous ?
    A nous.

    Benoit Perrin.

  59. bon….

    HAHA Ha, t’as lu attali comme dirait A.
    Bien sur, sa réponse est bien plus intéressante que son interview raté de chez ruquier.

    Ce qui est sidérant, c’est l’incapacité de gens de culture tel que lui à aller à l’essentiel , pour preuve :
    « Cela veut dire que la démocratie ne se réduit pas à des élections libres ; elle suppose une véritable transparence, une symétrie de l’accès à l’information et des contrepoids aux pouvoirs des riches, en particulier dans les médias. Cela reste largement à penser et à construire ».

    Autant d’années à conseiller les puissants , et pas trouver le temps de songer à ce qui rendrait les médias INDEPENDANTS… ( bizarre ?)

    Cette incapacité à aller à l’essentiel est dûe , à mon avis , à une incapacité temporaire à dépasser sa propre culture.
    En tout ca, c’est tout le bien que je lui souhaite.

    Si on avait mis l’accès à l’information au même niveau que l’accès à la formation élémentaire , si on en avait fait un droit pour tout un chacun, droit financé par l’état tout en laissant le choix des moyens d’information aux citoyens , les choses n’en seraient peut être point où elles en sont aujourd’hui.

    A savoir, une opinion publique formatée et non respectée dans son droit à l’accès à la vérité donc passant forcément par l’expression LIBRE de la diversité des points de vues.

  60. Un oubli.
    Ci-dessus, 8 h.18, la chanson :

    Ô Marie, si tu savais…,
    Tout le mal que l’on me fait…
    Ô Marie si je pouvais,
    Dans tes bras nus me reposer…

    est de Gérard de Palmas, 2002.
    Interprétée par Johnny Halliday, à chaque fois que je l’entends elle m’arrache les larmes des yeux. Pour moi, elle évoque Jésus, la veille de sa crucifixion, qui adresse son ultime prière à Marie, sa mère. Un Christ humain qui a peur et qui pleure…

  61. Le marché corrompt la démocratie en s’emparant des médias …

    BRAVO m’sieur attali , il a tout compris!

    Avec un train de retard comme d’hab ( je rigole…) .

    C’est POURTANT pas faute d’être instruit , pas faute d’être capable .
    Un jour peut être, il nous écrira un livre sur les bugs de l’intelligence, et si l’argent a encore cours ;-), je l’achèterai aussi.

    Bref, @ l’intelligence faut il préférer la sagesse ?
    @ l’humilité faut il préférer la suffisance?
    et au respect faut il préferer l’ironie ?
    Surement pas de régles de bases en la matière , juste parfois des conseils…. CONSEILS, certes, toujours inutiles dans une société sans mémoire qui aveuglement cherche à s’inventer un avenir.

    La crise, et avant ?
    http://leweb2zero.tv/video/docmorzy_15453c7dbb1b078

  62. @ Loïc Abadie (15/12 – 17h08),

    il faut avoir le coeur bien accroché pour lire votre message juste après celui de 2Casa. On peut raisonnablement penser que vous ne l’aviez pas lu – mais ils se sont sans doute croisés – quand on tombe là-dessus, et reste qu’on a immédiatement, dans l’apposition des messages, la démonstration que vous faites une généralisation abusive : « Lorsque je place mon patrimoine en placements d’abri, je fais aussi un pari sur les prix : j’espère pouvoir acheter des actions ou d’autres actifs pour moins cher dans quelques temps, le temps que la crise se soit amplifiée. Nous faisons tous des paris de ce type, que ce soit en achetant un actif patrimonial, en vendant ou en ne le faisant pas, et nous sommes donc tous des spéculateurs. »

    * Non, nous ne nous adonnons pas tous au boursicotage. Qu’on soit d’extrême gauche ou pas, on peut l’éviter, on peut refuser de le faire, on peut aussi ne pas en avoir les moyens ou même ne pas en avoir l’idée, a fortiori ne pas avoir pensé qu’on peut aussi jouer à découvert, pourvu qu’on le veuille.

    Savez-vous qu’il existe encore des gens qui ne cherchent pas à s’enrichir ? Savez-vous que, même parmi les gens très peu aisés, même chez les clochards, et peut-être plus encore que parmi les gens moins misérables qu’eux, la majorité du temps les choix économiques ne consistent même pas à optimiser un minimum sa fortune ?

    Je jette systématiquement toute réclame commerciale qui arrive dans ma boïte aux lettres. Non pas pour parier que je perdrais mon temps – qui vaut tant d’argent – en cherchant mille et une manière de payer moins cher. Mais parce que je suis sûr à 100% que je ne veux pas de cette pollution dans mon esprit.

    * Pour parier, il faut : 1. exprimer un choix conscient, tant que l’enjeu existe ; 2. être deux au moins ; 3. annoncer à l’avance sa prédiction, à voix haute et intelligible pour son complice ; 4. s’entendre avec lui sur la somme mise en jeu ; 5. que le pari se solde par un paiement dans un sens ou dans l’autre.

    Autrement dit, il faut constituer un marché de gré à gré, sinon organisé, sur lequel offre et demande s’expriment et se traduisent en flux de monnaie ou autres titres ainsi rendus liquides.

    « Interdire les paris sur l’évolution des prix », dans le propos de Paul du moins, implique évidemment une loi ou autre type de norme juridique. Quand bien même un régime « socialiste » interdirait la liberté d’opinion, il y a un gouffre de là à sa capacité d’empêcher de penser tout court.

    Vous faites donc une généralisation très abusive sur la notion de parti, et c’est elle qui vous mène logiquement à conclure que la proposition critiquée revient à interdire carrément et généralement la propriété.

    * Tout ce que je possède, j’en fais usage. Et c’est la seule forme de propriété que je considère légitime. Je n’accepte pas cette manière de confondre des actifs financiers et des biens d’usage.

    On peut « interdire » efficacement la spéculation immobilière, par exemple, sans interdire la propriété immobilière, bien au contraire. Il suffit d’interdire de louer sa maison à quiconque. Soit on l’habite, soit on la prête, à un proche, à un tiers, soit même on la laisse vide. Quand on veut la vendre, on la vend.

    * « Sur les marchés à terme, les « spéculateurs » sont une contrepartie indispensable aux acteurs qui souhaitent s’assurer contre une variation des cours : sans eux, le marché à terme n’existerait pas. »

    Je connais un « marché à terme » : il y a des réseaux de coopératives, qu’on trouve notamment dans les cambrousse environnant les grandes villes. On leur commande à l’avance des légumes, de la viande, des oeufs, … Cela donne aux producteurs une visibilité qui les aide bien. On paie à la livraison ; le prix fluctue un peu, comme partout. Leurs clients ne sont pas des spéculateurs : ils veulent manger, bien et à prix juste et justement rémunérateur ; ils forment de fait une société d’assurances pour ce réseau de producteurs.

    La fonction d’assureur est essentielle dans une société, mais comme avec la monnaie, il faut voir à quoi et à qui tient la confiance. Personnellement, je suis pour laisser cette fonction en grande part au public – ce qui ne signifie pas nécessairement l’État : des communautés peuvent s’organiser à plus petite échelle.

    Mais indépendammment de ça, on ne peut pas continuer à laisser transformer des produits d’assurances en actifs échangeables, sans parler de les laisser s’échanger à souhait et à tout va. C’est un mécanisme totalitaire, de diluer / mobiliser / capter / … faire danser ainsi « la confiance » des masses, prenant tout le monde au piège / faisant dépendre tout le monde de tout le monde tout en retirant à chacun sa liberté d’action individuelle comme son pouvoir d’agir pour changer les choses. Qu’on cause de monnaie ou d’actifs financiers, il est urgent que la contrepartie de tout ça et le siège de la confiance puissent être identifiables et stabilisés, faute de quoi il n’y a pas de société qui tienne.

    * Pour le reste, je suis plutôt d’accord avec vous s’agissant de la nécessité et de la manière de réformer le régime monétaire afin qu’il cesse d’alimenter des bulles. Mais je ne vois certainement pas là la seule voie de changement à apporter.

  63. @samedi: vous avez peut-être raison concernant les factions politiques à Athènes. Je vais essayer de retrouver où j’ai bien pû lire ce que j’ai affirmé. Néanmoins, dire que les partis étaient interdits à Athènes, cela me semble abusif (Pèricles n’était-il pas le chef du parti démocratique?). Je vais tout de même me renseigner un peu plus, car j’avoue ne pas maîtriser le sujet.

  64. @ Mr Abadie

    J’avoue ne pas comprendre le « je suis libéral » et « ce serait une mesure d’extreme gauche »…
    Lorsque j’étudie les mérites et démérites des opinions de chacun, je me fous de savoir d’où il parle. Ceci intéresse peut être le sociologue. Moi, ça ne m’intéresse pas. Les réflexes pavloviens des militants, quels qu’ils soient, ne sont pas ma tasse de thé. On peut être d’extrème gauche et saisir quelque chose d’essentiel. On peut être islamiste et saisir quelque chose d’essentiel. On peut-être d’extrème droite et saisir quelque chose d’essentiel. Je ne parle pas là du corps de la doctrine. Une proposition n’est pas bonne ou mauvaise parce-qu’elle est soutenue par X ou Y. Une proposition est bonne ou mauvaise parce qu’elle est bonne ou mauvaise stricto sensu.

    Pour ce qui est du rapport entre démocratie et libéralisme. Je tombe des nues, sincèrement. Pour faire simple:

    1/
    L’idée de démocratie, intuitivement, est rattachée à celle d’égalité. Il y a autant de conceptions de la démocratie qu’il y a d’interprétations de ce qui doit être égal: les ressources? le bien être? les chances (quelle variante d’égalité équitable des chances?) les capabilités? Les biens premiers (qui ne sont pas tous matériels)? l’exercice du pouvoir politique? etc etc…

    2/ Si l’on s’en tient au « démocraties libérales »:
    Il existe une contradiction radicale entre la démocratie et le libéralisme politique:
    Le libéralisme tend à autonomiser des sphères les unes par rapport aux autres: le Politique, l’Economique, l’Artistique, le Religieux, etc etc… dans un tel modèle, on finit même par se demander ce qui regarde l’Etat… Au contraire la démocratie tend à tout politiser, à faire de tout un enjeu de débat sur la place publique.
    Cette contradiction n’est évitée que par les libertariens, qui ASSUMENT contrairement à vous l’incompatibilité radicale non pas entre la société de marché et la démocratie mais entre le capitalisme et la démocratie. Pour les libertariens il n’y a pas de justification d’un pouvoir central légitime possible donc pas de contradiction.
    L’idée d’un accord spontané et naturel entre libéralisme économique et démocratie est tout simplement fausse. Le libéralisme économique est associé à la théorie utilitariste (visant « le plus grand bonheur du plus grand nombre »), qui n’est pas démocratique. C’est l’association des deux qui a produit ce qu’on appelle la « welfare economics » et a servi de caution morale aux libéralisme économique.

    3/ La démocratie est un régime parmi d’autres, un mode d’organisation de la coopération sociale parmi d’autres. Le fantastique renouvellement de la philosophie politique anglo-saxonne depuis les 30 dernières années, comparable à ce qui s’est produit à l’époque des Lumières, s’inscrit évidemment dans un projet d’amélioration de ce qui vous paraît à vous indépassable.
    Cf le baratin habituel « on ne connait pas de meilleur regime blablabla blablabla », qui correspond à peu près à ce que les monarchistes devaient objecter à Sieyes, Rousseau, Robespierre, Locke…
    De plus la démocratie est une production « culturelle » (il ne suffit pas de mettre en place des élections libres pour que ca fonctionne). Soyez gentil de bien vouloir concevoir que les idées d’égalité ou de liberté ne sont pas importantes pour certaines d’entre elles (toutes celles qui ne sont pas marquées par la tradition abrahamique). Et que d’autres valeurs puissent passer AVANT (avant même la justice sociale) dans d’autres cultures, qui interdisent de fait le mode d’organisation que vous appréciez et que vous n’avez pas à leur imposer. Mais il est il est vrai que les communautariens ont montré que le « libéralisme politique » est de fait un séminaire d’intolérance.

    4/ Il n’y a pas d’un côté les gentils libéraux et de l’autre les méchants gauchistes.
    De fait, il y a au minimum 3 positions: les libéraux qui ne s’intéressent qu’à l’individu (liberté comme capacité de choisir), l’extreme-gauche qui ne s’intéresse qu’au travailleur (liberté « réelle »?), et les republicains qui ne s’intéressent qu’au citoyen (liberté comme non domination, de Machiavel à Rousseau).
    Je vous fais grâce de la demi-douzaine d’autres courants (catholicisme social, real-libertariens, liberaux égalitariste, utilitaristes, communautariens… ). L’interdiction des paris sur l’évolution des prix pourrait très bien être soutenue au sein même de ces courants, à chaque fois pour des raisons DIFFERENTES (qui auraient des implications sur sa mise en oeuvre). Et même par des libéraux authentiques d’ailleurs (cf la proviso lokéenne).
    Bref soyez gentils d’éviter de nous parler de deux « camps » qui sont en fait jumeaux, et qui ne sont que le produit de la philosophie politique moderne. Mais le fait que communisme et capitalisme partagent des prémisses communes rejetées avant eux par les classiques, cela vous l’ignorez bien entendu.
    Vous me faites parfois l’effet, d’un survivant de la guerre du Vietnam qui ne saurait pas que la guerre est finie, et qui continuerait seul sur son île à mener sa guerre contre des fantômes.

    5/
    Les prix ne sont pas fixés par le jeu de l’offre et de la demande mais par le jeu des rapports de force entre puissances.
    Par ailleurs le marché n’est de toute façon pas efficient. Le marché efficient est un mythe. Il est saturé d’externalités, qui ne sont pas l’exception MAIS la règle. Cf toutes les discussions qui ont tourné autour de la justification du principe de la concession relative minimax dans la théorie des jeux.

    Il y a une différence entre l’efficience et la justice. La vertu première des institutions sociales dans le libéralisme politique, c’est la justice, non l’efficience.
    Des différentes théories qui cherchent un compromis acceptable entre justice et efficience, la plus stable est celle de J.Rawls (qui n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de marxiste… et qui restera le plus grand philosophe politique du XXe siècle, du niveau d’un Aristote et qui est de fait le théoricien de la « démocratie libérale »). Il s’agit du « principe de différence » très souvent très mal compris d’ailleurs puisqu’en fait ce n’est pas le principe de différence tout seul mais le principe de différence associé à d’autres principes dotés d’une priorité lexicographique. Conclusion à laquelle parvient également Van Parijs par d’autres moyens.
    DE MEME que le capitalisme, l’Etat-Providence est incompatible avec la démocratie (ne serait-ce que parce qu-il corrige les inégalités éventuelles ex post ante): ce n’est pas le cas de la société de marché ou d’une économie planifiée, dont le choix dépend de la culture historique des peuples. Dixit le même Rawls, auteur de « libéralisme politique ».

    6/ Vous avez parfaitement raison de demander une clarification sur ce que Paul appelle « pari sur l’évolution des prix », indépendamment de savoir si l’exemple est bon ou pas (le logement n’étant pas un bien parmi d’autres). Mais l’interdit ne vaudrait que pour un etablissement financier ou une banque, mais pas pour un petit propriétaire. Après tout la question n’est pas de savoir s’il est interdit de spéculer purement et simplement, mais à qui il est interdit de spéculer sur quoi et dans quelles conditions (par exemple il y a une différence entre vendre sa maison au prix le plus haut du marché et jouer à la roulette, mais ceci réquière une ébauche de théorie du risque articulée à une théorie de la coopération sociale ou du conflit). Je retiens votre idée sur le crédit mais ca ne change rien au fait qu’on ne devrait pas autoriser les personnes/institutions à jouer des reconnaissances de dette comme si c’était de l’argent.

  65. Merci Benoit (bêtement content de savoir que ma miniature de Jacques, à l’eau douce, vous ait plu)

    Je partage avec vous ce rejet des solutions passant par le concept de ‘totalisation’.

    Comme si l ‘avancée vers une super intégration, une globalisation, une mondialisation, un mélange des cultures, un nivellement général, était, en soi, une solution.(ceci étant la sanctification des particularismes locaux me hérisse tout autant)

    Qu’opposer à la gentille vision d’un gouvernement mondial, avec une monnaie mondiale et un droit mondial produisant un homme ‘mondial’ : ça n’a jamais été tenté ! et c’est dégoulinant de rationalité et de bon sentiment ???

    C’est un peu la mentalité ‘socialiste’ qui consiste à diluer un problème dans un ensemble plus vaste au lieu de l’affronter pour le résoudre. (Mais J.A. n’est pas un vrai socialiste … -dans ma bouche c’est un compliment-)

    Mais Benoit, votre style ne m’est pas inconnu … on a dû dialoguer ailleurs … avec un autre pseudo …

  66. @ Candide

    Oui, en effet, il semble que nous percevions ce qui se passe de la même facon. L’image du TGV est très forte.
    Je la fais mienne.
    Il semblerait que les hommes n’apprennent que par l’épreuve : il faut que la rame leur soit passée sur le corps !
    Qu’elle soit passée sur le corps de Papa ou de Grand-papa ne suffit manifestement pas à transmettre la sagesse à leurs descendants. Alors que dire des nouveaux dangers que l’humanité n’a pas encore expérimentés ?
    Brrrrr…
    Parfois, j’aimerais me réveiller dans un siècle passé. Je ressens trop l’avenir proche, et je n’ai aucun doute à son sujet : il est tragique.
    Je suis collé au lit avec la fièvre. Heureusement, sous mes yeux, par les fenêtres volètent les papillons (magnifiques sous les Tropiques) autour des fleurs par centaines. Et le sourire de ma charmante compagne thaïe. Son sourire me butine l’âme, de l’aube au coucher.

     » Et la nuit, dans ses bras nus, je me repose… Ô Chalao, si tu savais… »

    Avec elle, j’ai eu envie de vivre. De ne plus partir.
    Comment puis-je me sentir aussi heureux – avec elle – et aussi malheureux – avec la Terre qui se meurt ?
    Oui, en meme temps, simultanément, ces deux sentiments extrèmes m’habitent. Sans relâche, sans le moindre répit, meme en sommeil.
    Merci Candide, pour ces échanges humains d’au-delà des continents.
    Benoit.
    J’espère reprendre bientôt l’écriture… en 2009 ? 😉

    @ Oppossum
    Croyez-vous que nous nous connaissions ? Que vous m’ayez deja lu ?

  67. @Antoine,

    je vous remercie pour votre brillante et érudite contribution. Cependant je crains que votre intervention reste sans effet, et que l’interlocuteur auquel elle est adressée ne prenne même pas la peine de vous répondre.

    Ce n’est pas que M. Abadie ne le souhaite pas, c’est que malheureusement il n’en n’a pas les moyens …Quoi ? Comment ? Ghostdog, comment-osez-vous insinuer…

    En fait, je n’insinue rien, je constate simplement qu’il y’a quelque temps, je fus aux nombres de quelques-uns qui tentèrent sur ce blog d’ouvrir un débat avec M. Abadie concernant « le background » philosophique étayant ses propos.

    (qui parfois frôle tout de même un peu le délire…http://tropicalbear.over-blog.com/10-index.html)

    je cite :

    « Une fois n’est pas coutume, je ferai exceptionnellement un petit commentaire assez politique contre cette floraison de plans de relance et la pensée unique étatiste qui sévit sur l’ensemble du monde occidental depuis des décennies. »

    ahum…

    A ce jour en tout cas, nous n’avons aucune réponse. ( n’est-ce pas Jean-François ou Pierre-Yves ?)

    Et pour cause, M.Abadie ne possède aucune connaissance de philosophie politique, vous lui parlez de Rawls ou de Locke… pensant « déchirer le voile de l’ignorance » (je sais c’est facile), sachez qu’il n’en est rien.

    C’est une perte de temps, M.Abadie analyse les courbes, les chiffres, les vagues, il conseille, c’est un gestionnaire.

    Ne lui parlez pas de philosophie, cela ne fait pas partie de son horizon…Manque de lectures ? de curiosité ?

    Je ne sais, et d’ailleurs cela m’importe guère…

    La réponse la plus pertinente fut certainement celle apportée par Paul dans son billet en forme de reconnaissance filiale.

    Je crois que la posture dénoncée du petit rentier convient parfaitement à M.Abadie, si elle ne lui est pas directement adressée…( sans blague ? ouarf,ouarf,ouarf).

    Simple dans l’expression, elle a le mérite de ne pas se présenter sous la forme d’une analyse philosophique que notre pauve ami ne peut comprendre…

    Et croyez-moi, je sais ce que c’est…Mon indigeance en ce qui concerne les questions plus techniques qui fleurissent souvent sur ce blog me contraint souvent au silence. Arghhhhhh…CDS,CDO, tauxd’intérêt, monnaie… je ne possède pas les connaissances qui me permettraient d’avoir un avis intelligent et intelligible. Alors je me tais, je lis et j’essaie d’y comprendre quelquechose !

    Au fond M. Abadie manque d’humilité, ce qui d’après Paul, se traduit sociologiquement parlant par « une assurance de classe ». (in La Crise par Paul Jorion, P 121).

    D’où on aimerait en savoir un peu plus sur les origines sociales de notre « petit rentier »….

    (étant une affreuse gauchiste, je m’intéresse à la sociologie).

    Bonne journée à tous !

  68. Je trouve un peu dommage tous ces jugements de valeur sur les supposées opinions politique/idéologique de certains contributeurs.
    Je trouve hautement intéressant que messieurs Abadie et Attali viennent nous délivrer leur point de vue ici-même, c’est bien la preuve que la démarche de Paul est la bonne.
    C’est bien la preuve qu’en partant de points différents ont peut arriver aux mêmes conclusions.
    Pour ceux qui pronnent la diversité culturelle, je trouve certains commentaires bien réfractaires.

    Ces opinions divergentes devraient être considérées comme une bouffée d’air, il n’est jamais bon de se conforter dans son petit microcosme, sauf a devenir comme ceux que nous dénonçons.

  69. @2casa, la réponse de Paul Jorion (avec la référence à Jack London qui fut un des premiers américains à faire fortune dans l’écriture) est la preuve qu’il ne t’a pas compris par contre on peut remarquer que jacques à dit qu’il l’a très bien compris… 🙂

    Que la finance est que tout ceux qui gravitent autour, et bien qu’ils CREVENT !!!

  70. Ma réponse à Mr Attali va venir… mais je préfère y réfléchir un peu avant… la partie sur la « l’interdiction des paris sur la fluctuation des prix » me paraissant pour le moins… curieuse, ou délirante.

  71. Bonjour,

    Quelqu’un aurait-il un avis éclairé à propos de cet article :

    http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12/13/les-emprunts-d-etat-pourraient-ne-plus-faire-recette_1130719_1101386.html

    Je m’explique :

    Cela fait plusieurs mois que j’y pense : je ne crois pas que cette question ait été évoquée ici, du moins de façon frontale.

    En résumé, en ce moment les États empruntent des sommes colossales, le but étant d’éviter les risques d’une déflation.
    La déflation est brandie comme étant l’ultime menace, Bernanke fait partie de cette école qui interprète la crise de 29 comme résultant d’une déflation, causée par la mauvaise gestion du trésor américain qui aurait contribué au blocage du système économique. Le but avec la crise de 2008 serait donc de ne pas reproduire les mêmes erreurs, ce en déversant du dollar au maximum autant que possible et tant que c’est possible. Des gens apparemment compétents et très à la mode en ce moment pensent de même (cf Roubini).

    Pourtant ce qui serait logique, ce serait une inflation : en quoi peut-on croire que les USA sont solvables ? Au cours de ces dernières semaines tout le monde c’est rabattu sur des obligations du trésor. Mais est-ce un acte de désespoir ou bien un acte raisonné ? Si il est vraiment logique de se rabattre là-dessus, qu’est qui permet d’appuyer cette thèse ? Objectivement qu’est que les USA ont pour garantir le remboursement de leur dette, qui si l’on admet qu’elle est importante maintenant, va devenir colossale au cours des deux années à venir ?

    Ma question précise est donc celle-ci : les gens ne se rabattent-ils pas sur des obligations du trésor par réflexe ?

    Un réflexe n’est pas réfléchi. N’étant pas réfléchi, cela signifie que cet acte n’est peut être pas en phase avec le monde tel qu’il est aujourd’hui : se rabattre sur des obligations émises par des états n’a aucune raison d’être si l’on analyse ce qu’il se passe vraiment.

    Les conséquences de cela, je vous laisse les imaginer : plus d’États (puisque en faillite), cela signifie « état de nature ».
    Quand je regarde ce qu’il se passe, je me dis que le dollar va forcément devoir changer de statut : cette monnaie ne peut plus être une référence. Mais pourtant, quand je me dis que le dollar est appelé à céder sa place, au même instant mon esprit est plongé dans quelque chose d’inconcevable. Le paradoxe c’est que ce futur inconcevable, il est inconcevable qu’il n’advienne pas tôt ou tard : l’article que j’ai mis en lien vient corroborer ce que je pense depuis déjà quelques temps.

    Suis-je le seul à penser cela ? Lorsque la commission européenne a envoyé valser les règlements concernant les déficits budgétaires, n’était-ce pas une manière de dire :
    « allez y gavez vous tant que vous pouvez, empruntez, prenez ce qu’il y a à prendre, parce qu’ensuite il n’y aura plus RIEN… »

  72. PS

    Je ne sais pas si c’est le bon endroit pour poser cette question, mais je justifierais ça de la manière suivante :

    La crise et après ? Moi je dis et si après il y avait le chaos ?

  73. De fait l’intervention de Loïc est meilleure que celle de J. Attali en ce qui concerne l’interdiction des paris sur la fluctuation des prix. Elle pose clairement le problème. Qu’est ce que cela peut bien signifier? Et de ce point de vue il a raison de poser la question même si à sa décharge il est un peu « maladroit » ^^.
    J. Attali botte en touche. Je trouve ça dommage. J’espère qu’il va réellement creuser la question et que ce n’est pas une manière d’enterrer l’idée.

  74. @ Moi,

    j’avais précisé que les partis étaient (auraient été) interdits sous les régimes démocratiques (l’Athène antique ayant connu plusieurs tyrannies).

    Maintenant, je peux me tromper aussi.

    Il y a un très bon bouquin sur Athènes que je viens de me procurer, d’un certain Hansen.

  75. Il est dans l’intérêt bien compris des USA d avoir des gens à leur chevet. Et de dire « si nous plongeons tous plongeront avec nous ». C’est vrai, mais il y a une différence. Eux se remettront plus vite. Et pour TOUS les autres états par la suite en revanche ce sera un bordel chronique. Les européens sont idiots: c’est le moment, au strict plan géopolitique, d’achever la bête. On gagnerait plus à moyen et long terme à renforcer nos liens avec la Russie.
    Les premiers qui vendront leurs bons du Tresor vont le payer cher. Mais ils initieront une réaction en chaîne qui mettra fin à la domination planétaire US. Les chinois leur tireront peut-être, de rage, une dernière balle bien placée. Je ne vois pas comment ceci, tôt ou tard, pourrait ne pas avoir lieu.

  76. En relisant mon message, je relève deux fautes de frappe et je ne sais pas si je suis suffisamment explicite, en résumé ma question est donc :

    QU’EST-CE QUI VA POUVOIR EMPÊCHER DES ÉTATS COMME LA FRANCE, L’ALLEMAGNE OU LES USA DE FAIRE FAILLITE ???

  77. J’ai beaucoup de mal à voir pourquoi et comment la France ou l’Allemagne feraient faillite, faudrait être plus explicite, Walter…
    Ou alors c’est le monde entier qui va au chaos…

  78. @ Walter Bunker,

    hypothèse n°1 : un État ne meurt pas.

    Par « faillite », vous entendez cessation de paiement ou fin d’existence comme acteur économique ? 😉

  79. Ben c’est pourtant simple.

    Tout d’abord, je ne pose pas ça comme un événement à venir de façon certaine. Je me demande néanmoins ce qui pourrait empêcher que ça se produise. Devant cette éventualité qu’à t-on à me répondre ? C’est ma question.

    J’explicite donc :

    Par faillite, j’entends l’état dans lequel se trouve une structure qui est dans l’impossibilité de payer ses dettes. Que ce soit une banque, un restaurant ou un État le principe est le même. Je pense qu’on est d’accord là-dessus.

    Pour se figurer ce qu’est un État qui fait faillite, il est possible de tourner son regard vers l’Islande ou la Californie…
    La Russie en 98, l’Argentine à la même époque sont aussi des bons exemples. (Sauf que à ce moment là les pays les plus développés pouvaient injecter des fonds pour aider ces pays via la banque mondiale, le FMI etc. )

    A l’heure qu’il est, sans l’apport de liquidités qu’il y eu de la part des États, on peut dire que le système économique aurait certainement été paralysé. J’entends par là que les principaux acteurs du marché se retrouvant hors service, on peut suspecter que tout le système permettant l’échange de biens entre les hommes se serait trouvé hors d’usage.
    Ce qui est dur à penser à mon avis, ce n’est pas comment pourrait-on arriver à une situation pareille, mais plutôt comment serait une situation pareille. C’est d’ailleurs à ce propos que je me pose des questions.

    En gros, Lehman est tombé… La perspective que d’autres banques de cette taille s’écroulent a poussé les États à rentrer dans une idéologie du « plus jamais ça ». « Plus jamais ça », parce que si on laisse faire il n’y aura plus rien. Après avoir laissé couler Lehman, les USA mais aussi tout les pays ayant des grosses banques se sont dit que si ça arrivait une deuxième fois, ce serait la spirale infernale. D’où le plan Paulson aux USA, la version européenne prenant différentes formes…( par exemple on a pas laissé couler Natixis…)

    En gros : depuis septembre le système économique repose sur les épaules des États, ce sont eux qui rendent possible la subsistance des échanges. Ce sont eux qui permettent aux banques de subsister : on peut donc affirmer sans États pas de banques. Pas de banques pas d’échanges. Pas d’échanges : economic meltdown. En d’autres termes, le chaos.

    En ce moment tout va bien tant que l’on considère que les États sont solvables : c’est à dire tant qu’ils peuvent emprunter pour irriguer le secteur bancaire, acteur central du système économique. Ce qu’on veut, c’est éviter le fameux « credit crunch » qui paralyserait tout. Si ils peuvent balancer de la thune, ça va : comme on le voit depuis septembre le système peut continuer de faire illusion… En effet les sommes qu’il faudrait pour combler les trous sont en fait gigantesques.

    Alors pour répondre simplement à la question comment les USA, la France ou l’Allemagne pourraient faire faillite:

    A partir du moment où la solvabilité de ces États sera mise en doute par les créditeurs, commencera la spirale infernale. Jusque quand pourront-ils emprunter pour renflouer ces cancres de banques? Jusqu’où ira la confiance de ceux qui prêtent ? Les injections de liquidités qu’elle que soit la forme qu’elles prennent, sont un gouffre sans fond. Relire les posts de Paul Jorion portant sur les CDS par exemple…les produits pourris sont partout, ils représentent des sommes astronomiques.
    L’immobilier américain s’écroule et ce n’est pas prêt de s’améliorer…Bref, les Etats vont devoir injecter beaucoup et pour longtemps. Un Paulson de 700 milliards, il y en aura un second, puis un troisième ainsi de suite…jusqu’à ce que des questions quant à la solvabilité des américains soit remise en question.
    Les USA sont notés AAA pour combien de temps ? Le sont-ils vraiment à l’heure d’aujourd’hui ? Certainement pas mais ils ont pour atout le dollar : si leur dette devient trop grande ils pourront toujours dévaluer.

    à ce moment là, on Europe on prendra très cher… Et c’est le même principe, les États devront injecter des liquidités pour faire survivre le système…mais un moment viendra où la solvabilité de l’emprunteur sera remise en cause…

    La solvabilité des États peut être cernée par différents indicateurs…
    L’article du monde que j’ai mis en lien plus haut évoque ce qui est peut-être les prémisses des doutes qui vont portés sur la solvabilité des États.

    L’Allemagne ne sera pas en faillite la semaine prochaine, c’est sûr. Mais ce qu’on peut voir là c’est que ce n’est plus la frénésie pour leur prêter. C’est peut-être un début…

  80. Bonsoir,

    Vu l’avancement de la réflexion je me permets de reproduire simplement mon précédent message…au cas où :

    @ Ghost dog,

    Je viens de lire votre message du 15/12 à 17h50 (je précise l’heure et le jour, car en ce moment mes messages, à l’image de l’épargne bancaire, ont une fâcheuse tendance à dormir sur certains parkings…c’est la modération il paraît !) : oui je pense être un être humain, car je croise encore pas mal de ces bestioles dont vous parlez, et nombre d’autres ! Des sangliers, des renards, des lapins…Une espèce se développe plus vite semble-t-il que les autres : ces représentants, je dis ça pour les taxinomistes (terme générique à seule fin de passer la censure), ont les caractéristiques suivantes, entre autres : ils ont un télencéphale hyper développé, un pouce préhenseur, ils baissent la tête, ne sourient pas, sont toujours pressés et accomplissent un nombre de tâches quotidiennes impressionnant, passent la plus grande partie de leur vie sous terre ou pour le moins loin de la lumière du soleil, se nourrissent sans même y penser, se déplacent sans même y penser, procréent sans même y penser et meurent…sans même y penser. Je ne suis pas taxinomiste mais je parierais pour un croisement entre un grand primate et un termite ou une fourmi ou un poisson rouge déshydraté.
    Cette espèce, pour revenir à votre sujet, s’émerveille au travers de la télévision, de la beauté de la nature…Ca résume tout.
    Quant au reste de votre message, je vous avoue l’avoir lu en diagonale et donc pouvoir me tromper quant au sens général qui s’en dégage. Néanmoins, je me permets :
    Que ce soit en Chine ou ailleurs, le mal se propage. Nous n’avons laissé d’autre choix possible à personne dans le monde : PERSONNE ! Marche dans notre système ou crève ! Consomme ou on te bouffe ! Mange les saloperies qu’on a inventées ou on aggrave ta famine ! Donc, pour résumer : soit comme nous !
    Et là je voudrais préciser une chose concernant notre système : la consommation, le fait de mettre en esclavage son prochain, son « frère », etc. c’est la partie visible du « mal ». Et ce mal est-il arrivé ex nihilo ? Est-ce une génération spontanée ?
    Non, impossible me dis-je ! Et quel est le vecteur de cette propagation ? L’école ? Oh ! Sûrement pas, elle est tellement belle notre école, et elle produit tellement de belles choses notre école, il suffit de regarder autour de soi (attention, petit rappel, la nature n’a pas été produite par l’école mais l’œil avec lequel on la regarde si…) ! Vous n’y pensez pas ! Dire que l’école aurait permis à cette idéologie de consommation et d’égoïsme de se propager ce serait comme dire que les intellectuels produits par cette école sont enfermés dans leurs réflexions et donc convaincus a priori du bienfondé de leurs analyses ! Impossible ! La preuve en est que leur enseignement est prêché tout autour du monde, comme l’a été la bonne parole de notre église il y a quelque temps…

    Je résume, au moins j’en écris au plus j’ai de chances de passer la censure, mais en gros on peut dire que mis à part nous le système n’est pas bon…Mais avant de l’admettre…

    Sur ce, bonne journée à toutes et tous. Avec ce qu’il tombe ici, je pense que les rainettes vont se régaler.

  81. Un État ne meurt pas ?

    Je ne crois pas que ce soit une hypothèse valable ça ? si ?
    Je suis sur google map, je cherche la Rhodésie, la Haute-Volta, la Yougoslavie ou la Mésopotamie…ce sont des États mais ils ne sont pas là… Certainement vivent-ils dans nos coeurs…mais bon.

    Plus sérieusement dans les pays en faillites, l’État se trouve affaibli et peut disparaître si la faillite est totale. Si il ne peut plus payer ses policiers ou nourrir son armée…il n’existe plus. Justement c’est ce que veut dire faillite…c’est ce qui est inquiétant…état de nature…c’est ce qui reste ensuite.

  82. @ Fab

    Le drame de l’école est qu’elle est victime d’une contradiction sociale jusqu’à ce jour insoluble.

    Le système capitaliste lui demande de former des travailleurs aptes à répondre aux besoins du marché de l’emploi qui consiste en un marché du travail dont la principale caractéristique est qu’il obéit à la logique du capital circulant, aujourd’hui à l’échelle de la planète.

    L’Etat en tant que responsable d’une mission de service public, doit pour sa part transmettre au plus grand nombre — dans l’idéal à tous — les bases intellectuelles devant permettre la vie en société et son meilleur développement possible. Il s’agit ainsi d’apporter aux enfants et collégiens, étudiants, les outils intellectuels, les savoirs et les connaissances indispensables pour se forger une vision du monde, vivre en bonne intelligence avec ce monde, et le cas échéant le transformer fort des acquis de l’apprentissage intellectuel.

    L’enseignement que réclame le système économique a une visée essentiellement adaptative et productiviste.
    Il s’agit de produire des futurs travailleurs, lesquels, horrible barbarisme linguistique, auront une certaine employabilité, c’est à dire, en bon français, une aptitude à s’intégrer dans un marché du travail capitaliste.
    Autant dire que ce qui est demandé d’abord ce sont des savoirs techniques (y compris d’ailleurs dans le domaine littéraire !) et non pas des connaissances, ce qui supposerait un horizon de connaissance, et donc la perception que toute connaissance suppose un cadre qui serait non pas abstraction du réel, mais assumé comme une modélisation du réel. Vous aurez reconnu ici le nouveau paradigme de Paul Jorion. D’autres, et je pense que cela rejoint l’idée du retour nécessaire à un paradigme de la modélisation, évoquent plutôt la nécessité d’assumer la nature transcendante de la connaissance en tant qu’elle n’a pas d’objet déterminé à l’avance. La connaissance transcende le réel. La société capitaliste, à l’inverse, fait passer le réel pour du transcendant, un horizon indépassable, ce qui est le propre d’une idéologie totalitaire.

    Ces dernières dizaines d’années les gouvernements n’ont eu de cesse d’adapter l’école au monde du travail.
    Et même une certaine gauche un peu écervelée d’y aller de son petit couplet, réclamant des formations plus professionnalisées, avec chaque fois un argument choc : il faut lutter contre le chômage, accroître la compétitivité de nos entreprises. Evidemment, le non perçu dans l’affaire, c’est que le problème a été pris à l’envers. En effet, s’il y a du chômage, s’il y a un environnement économique d’hyper concurrence, n’est-ce pas plutôt parce que les esprits des étudiants sont si bien adaptés qu’ils perpétuent les tares du système ? La morcellisation des connaissances en savoirs épars et vidés de leurs substance intellectuelle vitale, la perte de vue que toute connaissance est comme dirait Kant, une finalité sans fin, conduit à cette école républicaine condamnée à faire son numéro d’équilibriste pour sauver ce qui peut l’être.

    Un autre problème vient accentuer le malaise. Les programmes (logiciels, jeux vidéos …) des industries de la culture et du divertissement captent une grande part de l’attention des enfants et vident d’intérêt les programmes scolaires. L’univers mental — sauf exceptions, tout enfant n’a pas pour parent Paul Jorion !! — des enfants est bien plus celui éphémère des industries sus-mentionnées, que celui de la culture pluriséculaire dispensée dans les écoles. Il y a donc un chaînon manquant, comme l’a bien théorisé Bernard Stiegler et son association Ars Industrialis. Entre la culture scientifique et technique d’aujourd’hui dominé par le numérique, et le monde des idées transcendantes véhiculé par l’école il y a comme un court-circuit, qui va directement de l’industrie au consommateur, privant l’école des moyens nécessaires pour résister et même contrecarrer la logique prévalante du système. Les savoirs et connaissances d’aujourd’hui ne sont pas, à l’école, à l’abri des puissants outils d’aliénation culturelle que sont les industries du divertissement et de la culture, faute pour ces dernières de la mise en place de dispositif technique permettant leur usage associé. Je rappelle qu’un milieu technique associé est un milieu où l’usager se définit plus comme un amateur (au sens fort du terme) que comme un utlisateur. La plupart des technologies issus du numérique, dans leurs caractéristiques actuelles, c’est à dire commerciales, génèrent des milieux techniques dissociés : elles ne permettent pas d’une part une appropriation culturelle des produits commercialisés — aussi vite vendus aussi vite démodés, jetés — , et d’autre part les usagers ne sont pas en mesure de définir en amont les caractéristiques des produits. Il est bien évident que la logique du profit à court terme induit ce milieu dissocié. Internet est une des rares réussites, en sa partie gratuite, de milieu associé. L’usager est tour à tour lecteur et éditeur. AInsi quand nous fréquentons les blogs de la toile, tenez par exemple celui de Paul Jorion, nous sommes tous ici des amateurs et non pas des utilisateurs.
    Si nous étions des utilisateurs nous serions par exemple sur un site de rencontres préformaté où chacun pour entrer en contact — façon de parler ! — avec autrui doit d’abord remplir une petite fiche laquelle permettra de trouver le partenaire idéal suite à un tri sélectif automatisé, lequel aura surtout consisté à produire renforcer des normes sociales. Voilà un exemple de milieu technique dissocié, y compris sur Internet ! Hélas.

    Tout cela pour dire que les Etats doivent investir massivement dans des programmes induisant des milieux techniques associés, seule façon de donner un contenu nouveau aux industries, et pas seulement d’ailleurs de type culturel et divertissement. La problématique du milieu technique associé pourrait et devrait s’appliquer aux industries de tous types.
    Cela induirait entre autres une réappropriation sociale temps aujourd’hui confisqué par l’univers capitaliste.
    En attendant il est urgent que l’école revienne sur sa mission première et que par ailleurs l’Etat lui donne les moyens techniques de rivaliser avec les programmes issus de la logique hyper capitaliste.

  83. J’ai passé mon temps à jouer aux jeux vidéos… je joue encore 5 heures par jour. Faut pas taper sur le jeu vidéo!!! Grrrr (me sort les dents)
    Mais dans ce domaine aussi « c’était mieux avant » (un article phénoménal):
    http://insomnia.ac/commentary/arcade_culture/
    Quand je donnais encore des cours je passais toujours par ça ou par les mangas 😉 Et ça marchait super bien! GTO c’est ouam ^^’

  84. @Fab,

    Je tiens juste à préciser une chose car votre message entretient la confusion…le texte n’a absolument pas été rédigé par mes soins, mais par un écologiste de la première heure :

    Alain-Claude Galtié

    j’ai déjà posté ici un lien vers son blog car ses textes me semblent urgent à découvrir et à partager.

    http://naufrageplanetaire.blogspot.com/

  85. @ antoine

    ce n’est pas contre les jeux vidéos que j’en ai.
    Je ne dis pas non plus que c’était mieux avant, c’est même l’inverse.
    Mais il ne faut pas attribuer aux jeux vidéos actuels des vertus éducatives qu’ils n’ont pas ou alors ils véhiculent
    surtout des réflexes, et déréalisent le corps social des individus. Pour le coup c’est de la modélisation mais sans transcendance.

    Ce sont les possibiités du numérique, à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, telles qu’elles se présentent aujourd’hui,
    qui posent problème. Les technologies de l’information, de la culture et du divertissement sont surtout au service d’un sytème global qui tend à synchroniser tous les temps individuels, sociaux, sur un même temps global, en définitive celui de la marchandise. Et ce temps global a ses grandes messes, comme les JO, formidable auto promotion des valeurs du monde capitaliste : performance, uniformisation, concurrence et consommation. L’utopie des scientistes néo-libéraux c’est que nous vivions tous dans un monde en réseau, mais un réseau nous pas pour partager des expériences humaines, mais pour exacerber la logique consumériste, en faisant de notre temps social un produit commme un autre.

  86. @ Patrick Barret et @ Shiva…

    Sujet : Don-trii ( Musique, en thaï )

    Ô Marie… Johnny Halliday et son public en symbiose. Beau.
    Merci, Patrick. 😉
    Le Sud… Nino Ferrer et la belle métisse. Et le texte, oh, tant de correspondances…
    Que de clins d’oeil ! C’est vraiment très réussi 😉 En sus, deux versions, je suis gâté !
    Merci beaucoup, Shiva.

    Je suis touché.

    Koop-khoun, koop-d’jay maak maak,
    Patrick lae Shiva, khoun pen phuuan jing jing, rouu-suk dii phom kiian aray, lang hay phom kwaam-souk d’jak blog Paul Jorion.
    Sawat-dii khrap ! Chook dii na khrap !

    (Je vous exprime ici ma reconnaissance à tous deux en thaï).
    La langue et la tradition thaïes s’y prêtent naturellement. Et sans obséquiosité. Plus qu’en francais, où l’on craint l’intention cachée derriere le remerciement. A force d’acrimonie généralisée, la gratitude est devenue chez nous presque suspecte. La sincérité, quand elle n’est pas agressive, est parfois percue comme fausse. Comme nous nous rendons la vie difficile !
    Benoit.

  87. @ Pierre-Yves D.,

    Je me cite à nouveau : « Dire que l’école aurait permis à cette idéologie de consommation et d’égoïsme de se propager ce serait comme dire que les intellectuels produits par cette école sont enfermés dans leurs réflexions et donc convaincus a priori du bienfondé de leurs analyses ! Impossible ! La preuve en est que leur enseignement est prêché tout autour du monde, comme l’a été la bonne parole de notre église il y a quelque temps… »

    Merci donc pour votre réponse, votre « preuve ». Vous avez raison, la logique économique n’excuse pas tout.

    @ Antoine,

    En parlant de jeu vidéo, de virtuel : http://www.pauljorion.com/blog/?p=1197#comments, message du 15/12 à 7h59…

    @ Ghostdog,

    Désolé.

  88. Il me semble que PierreYvesD se trompe sur le désastre qu ‘il voit dans l’école actuellement. Avec l’avènement de l ‘écrture et du livre c’est histirquement tout un pan de la transmission des savoirs qui à disparu, celui de maitre à apprenti. Celà existe encore mais n’est plus le canal principal d’acquisition de connaissances permettant de vivre dans la société où on se trouve. L’univers digital n’est pas celui des livres. C’est à dire que les usages d’ un livre sont multiples et permettent de d’atteindre différentes fins. Un livre de philo peut être outil de distraction, recherche, mémorisation, preuve, attaque etc … Mais aussi et la je pousse le bouchon pour bien faire comprendre le point de vue, outil de chauffage, de calage etc … C’est l’humain qui peut dépasser les usages normaux du livre de bien des manières, selon les circonstances (Plus rien d’autre pour se chauffer, rien d’autre sous la main pour caler avant que le pot de fleurs ne tombe ) . Le digital lui est comme une voiture. C’est une machine. il ne peut etre utilisé que pour ce pour quoi il prévu. Un certain nombres de fonctions et hormis l’usage prévu, seule la pathologie fera que cette machine servira à autre chose. Nous vivons dans un monde de machines tout autant que d’hommes. Et il me semble que c’est bien plus les capacités à maitriser rapidement le mode d’emploi de toutes ces machines (de manière très intuitive, ou grace à l’expérience) pour atteindre un objectif qui permettra aux jeunes de vivre dans notre société actuelle et future. On retrouve ainsi curieusement l’apprentissage des temps anciens ou c’était la répétition du geste qui faisait le bon macon par exemple. La multitude d’usages des outils d’avant est remplacé par la multitude des machines disponibles. Avec l’internet les jeunes se retrouvent devant une sorte d’établi avec tout un tas de machines devant eux. Que celà les distrait des études livresques, matheuses, théoriques n’est peut-être pas un mal puisque c’est la domination de ce type de savoirs qui est la source des désastres actuels, financiers, écologiques et autres.

    Mes enfants ados sont des geeks comme moi, mais sont aussi des champions de l’amitié, de l’entraide etc … toutes valeurs humaines primordiales. Et c’est là le devoir des parents d’inculquer ces valeurs plus que le savoir livresque. Et de financer toutes leurs envies de découvertes des activitées culturelles telle musique, photo, dessin et autres. C’est celà qui leur donne envie d’aller se frotter au savoir livresque.De plus comprenant bien que ces machines digitales sont limitées ils commencent à s’approprier les outils permettant de construire leurs propres machines, tel HTML. Et celà nécessite d’investiguer un peu de logique booléenne etc …

    J’ai presque envie de dire temps mieux, ils n’ont pas de grandes théories pleins la têtes, ils ont plutot de grandes valeurs pleins le coeur. Au moins on n’aura pas besoins de les soigner comme tous les « grand »et « hauts » quelque chose qui ont perdu l’esprit. Ni de les rééduquer socialement comme tous ceux que les parents n’éduquent plus à vivre ensembles.

  89. Je m’excuse auprès de ceux que j’ai pu froisser en écrivant :

    (…) Il est juste un peu désespéré ce collectif de plumes, il a la plume tombée dans le caniveau (…) Extrait de Lettre à Jacques Attali, plus haut, 16.12 – 10 h.40

    Je viens ce matin de m’apercevoir de mon contre-sens :

    Je ne voulais pas exprimer l’idée que « les plumes » s’exprimaient avec grossièreté, quoique cela puisse arriver ;-), mais l’idée qu’elles tirent leur inspiration, leurs réflexions, sévères, de la chûte présente de l’humanité, chûte qui entraine avec elle la perte de bien des illusions. Nous écrivons désormais les pieds dans la glaise.

    Sorry pour la maladresse.
    benoit.

  90. @ scaringella

    Avec l’avènement de l ‘écriture et du livre c’est historiquement tout un pan de la transmission des savoirs qui à disparu, celui de maitre à apprenti…Celà existe encore mais n’est plus le canal principal d’acquisition de connaissances permettant de vivre dans la société où on se trouve. L’univers digital n’est pas celui des livres.
    « Le digital lui est comme une voiture. C’est une machine. il ne peut etre utilisé que pour ce pour quoi il est prévu. »

    Le digital offre au contraire une grande plasticité dans son utlilisation. Les machines, comme vous le soulignez, ont elles des usages limités. Il est bien évident qu’il ne servirait à rien de faire d’une voiture une machine qui pourrait par exemple servir de machine-à-laver le linge.
    Internet est bien issu de la technologie numérique pourtant, un peu comme l’écriture, il permet de multiples usages, dont beaucoup n’ont pas été prévus par ceux qui l’ont conçu si ce n’est qu’ils en avaient compris la dimension mémorielle, interactive, créatrice.
    Internet est certes plus un dispositif qu’une machine au sens strict. De même, Internet, en tant que technologie intégrative a recours à l’écriture, l’image, et maintenant le son et la vidéo. Ce qui signifie que seuls les personnes qui maîtrisent l’écriture, la lecture — outils intellectuels par excellence — peuvent tirer le meilleur parti de l’outil. Vous citez vous-même l’usage qu’en font vos enfants.

    « La multitude d’usages des outils d’avant est remplacé par la multitude des machines disponibles »
    « Et il me semble que c’est bien plus les capacités à maitriser rapidement le mode d’emploi de toutes ces machines (de manière très intuitive, ou grace à l’expérience) pour atteindre un objectif qui permettra aux jeunes de vivre dans notre société actuelle et future. On retrouve ainsi curieusement l’apprentissage des temps anciens ou c’était la répétition du geste qui faisait le bon macon par exemple. »

    Je ne pense pas que l’on puisse mettre exactement sur le même plan les outils d’autrefois et les machines d’aujourd’hui.
    Encore faut-il aussi distinguer les outils de l’artisanat et les machines industrielles. La grande différence entre les deux est que
    l’outil artisanal permet au producteur de maîtriser tout un processus de fabrication, voire d’être l’inventeur des produits qu’il fabrique. A telle enseigne qu’anciennement on ne disait pas que l’artisan travaille, mais plutôt qu’il oeuvre.

    Les machines industrielles d’autrefois comme la plupart des machines d’aujourd’hui partagent une caractéristique commune.
    Comme vous le dites très bien vous-même, leur usage est celui du type mode d’emploi. Et, en effet, aujourd’hui comme hier il faut de la dextérité, une certaine expérience même, pour bien utiliser les machines. Mais cela fait-il de ces machines des outils d’émancipation ?

    Je suis d’accord avec vous rien ne remplacera jamais les pratiques qui mobilisent les esprits et les corps physiques hors de toute univers paramétré, tel que contraint pas le numérique. Je pratique moi-même le dessin et depuis peu la peinture, il est évident pour moi que j’amais je n’aurais en recourant à des logiciels autant de liberté et de plaisir que celui que j »éprouve lorsque je dessine et peinds avec des outils simples mais aux possibilités plastiques infinies.

    Mais, et c’est là que je veux en venir, l’univers industriel actuel (je ne suis pas un anti-industrie) est totalement axé sur des unités de services recherche et développement dont la seule finalité est d’adapter les modes de consommation, et de plus en plus, nos modes de vie, aux exigences de profitabilité des entreprises, dans l’environnement néo-libéral que nous connaissons. Ce n’est pas faire de grande théorie que de le dire. C’est même le BA BA technique de notre univers quotidien, tellement quotidien que nous ne le percevons pas comme tel. Cela a pour conséquence que les objets numériques qui sont vendus sont définis selon cette optique. Leur durabilité est limitée, leur interopérabilité bridée, leur utilité parfois douteuse car elle-même suscitée par la publicité et le marketing. Les industries de la culture et du divertissement ne sont évidemment pas en reste et elles utilisent au profit de la logique purement commerciale les technologies de l’information et de la communication qui pourtant portent en elles des ressources inexploitées pour relier les humains.

    C’est vrai, la générosité existe encore, mais les outils contemporains ne sont pas neutres car ils façonnent notre monde.
    Un monde interconnecté mais fragmenté où les individus sont eux-mêmes fragmentés, partagés qu’ils sont entre leurs loisirs (quand ils en ont le temps et les moyens !!!) et le travail, travail de moins en moins intégrateur de la personne humaine et le plus souvent parcellaire. La vie n’a pas de mode d’emploi. Or ce qui manque dans la civilisation actuelle c’est désormais la capacité de vivre en tant qu’humain réalisé pleinement avec tous nos sens, nos gestes libres au delà de ceux reservés au monde clos des loisirs. Je ne suis pas d’accord lorsque vous dites que ce qu’il faut aux jeunes c’est un apprentissage pour savoir utiliser les nouveaux objets. J’ai une nièce de 2 ans, en regardant sa soeur et de façon intuitive, elle sait déjà utiliser des fonctions basiques d’une console de jeux dont je taierais la marque. Le problème n’est pas là. C’est la conception des objets eux-même qui pose problème.

    Pour conclure, il est impératif que les Etats — mais agir au niveau européen serait souhaitable car cela permettrait un effet de levier — investissent massivement dans des programmes de recherche dégagée des contingences commerciales pour concevoir des outils durables, optimisés pour la cohésion et l’échange social. Le numérique, utilisé à bon escient pourrait offrir un nouveau visage à notre univers industriel. Celui-ci pourrait contribuer à une certaine relocalisation de nos économies. Induire des usages moins addictifs et aliénants des objets de consommation. La bataille pour le logiciel libre est largement insuffisante.
    Elle concerne pas encore les contenus. Or tant que ces contenus culturels et d’information seront monopolisés par des oligopoles qui eux-même imposent des normes techniques dissociatives, il sera difficile de faire émerger un nouveau paradigme. Rappelez-vous ce c’est l’invention de l’imprimerie qui a suscité le vaste mouvement de la Réforme. L’imprimerie est l’exemple type d’une technologie qui contribue à l’émancipation des individus et des sociétés.

    Evidemment tout ce que je viens de dire n’est possible que s’il y a une volonté politique. Je ne suis pas un technolâtre.
    Des lois, des dispositifs juridiques doivent enclencher le processus.

  91. @ Waltyer Bunker,

    vous paraissez considérer les États à la fois comme s’il s’agissait d’entreprises et comme s’ils n’étaient pas souverains, quant à leur régime monétaire, fiscal, commercial, … C’est un peu le discours de la globalisation inéluctable, non ?

    Si un État n’est endetté que vis-à-vis de ses ressortissants, il n’a aucun problème. Il peut changer ses lois, sa constitution, ses rapports à l’UE par exemple, ses engagements internationaux à la noix sur l’interdiction des barrières tarrifaires « et autres » au commerce, par exemple, et rétablir un système viable. Il peut même, un jour, annuler toutes les dettes intérieures d’un coup, ou agir d’une manière ou d’une autre pour répartir les richesses.

    Les seuls intérêts de la dette publique française payés depuis 1980 sont du même ordre que le restant dû au présent (dans les 1 300 milliards d’euros). Pour une bonne part (60% ? de mémoire), c’est de l’argent payés par des français à des rentiers français. Chaque année, l’État français rembourse dans les 40 milliards d’euros… et en emprunte 60 milliards. C’est un comportement d’agent surendetté, certes. Mais il n’est pas du tout inéluctable. Ce qui rend l’affaire au demeurant inéluctable, c’est que le paradigme néolibéral a été réalisé, par une petite flopée de clauses de traités, UE, OMC, … et qu’on en est même au point de brader des entreprises publiques – une entreprise comme EDF faisait des marges dans les 50%, alors que ses prix étaient les plus bas qui soient et de balancer des cadeaux fiscaux aux riches en espérant que l’investissement, par miracle, redevienne productif par chez nous Bref, au fond du trou dudit paradigme. Pendant ce temps, les paradis fiscaux voient circuler la moitié des flux de la planète, nos rentiers s’enrichissent en plaçant des fonds dans tous pays, … et notre fiscalité est devenue elle-même absurde.

    Reste pourtant que l’État français n’est pas en passe d’être « mal coté », voyez-vous… parce qu’à ce moment là toutes les banques et toutes les entreprises de la planète seraient côtées triple Z. Parce que les premières ne peuvent faire des folies que si les États laissent faire. Tandis que les États font potentiellement tout ce qu’ils veulent, et un peuple même appauvri garde ses bras, ses cerveaux, ses terres, …

    L’État n’a un problème de surendettement et donc de faillite potentielle que s’il est incapable de produire assez et notoirement dépendant de l’extérieur pour s’approvisionner – ce n’est pas, de loin, le cas de la France. Vous voyez qu’il s’agit de sa capacité future à payer, pas de son passif. Après, si c’est la crise économique, il faut recréer les conditions d’une relance. C’est une autre affaire, notamment institutionnelle, mais pas comptable. Le point important est qu’il n’y a faillite possible que vis-à-vis de l’extérieur.

    Si un État est endetté vis-à-vis de personnes, physiques ou morales, étrangères, alors son surendettement est un état de faillite, mais aussi certainement le signe d’une dette odieuse : ses dirigeants – comme aux USA – ont fait n’importe quoi, en sachant que le peuple ne pourra plus que courrir derrière les intérêts. Imaginez que, comme de nombreux pays du Sud, l’État ait un jour remboursé 7 fois le principal de sa dette publique et doive encore le rembourser 4 fois… Vous appeleriez ça comment, vous ? Une situation de surendettement, donc de faillite, ou bien une escroquerie ? Un beau jour, je souhaite au peuple escroqué qu’il change ses lois et arrête les frais.

    Dans ce cas, et même sans discuter de dette odieuse, il faut et il suffit que l’État le décide et le prêteur s’assoira sur ses intérêts comme sur le principal restant. C’est le risque – seul justification des intérets. Faut-il le rappeler ?

    En pratique, dans le domaine international, la force fait le droit. Et le droit du crédit comme des faillites y vaut ce que valent les rapports de force. Force économique notamment. Voyez les USA par exemple. Ils sont toujours cotés triple A pour cela, précisément. Parce qu’ils peuvent par exemple imposer leurs conditions inégales dans bien des négociations commerciales, diriger les institutions financières internationales, employer la force tout court.

    Quel que soit son passif, un État capable d’exporter pour payer ses importations n’est pas un État en faillite. Un embargo est un acte de force, de « politique » internationale ; mais le plus souvent, les États commercent comme n’importe quel commercçant : les yeux fermés pourvu que les affaires tournent. Même en Irak du temps de l’embargo, après la première guerre, il y avait des zones franches.

    « emprunter »… « coté AAA », … « banques » Il ne faudrait pas oublier que la monnaie (moderne) n’a pas de valeur intrinsèque, ni que la notion d’emprunt et de dette, apliquée à l’État, n’a pas toujours été à prendre au sens propre – c’est un terme comptable qui renvoie surtout au transfert d’une poche de l’État vers une autre, ou d’un engagement d’une population envers elle-même à l’avenir. Quand un État emprunte, ce n’est pas parec qu’il a besoin d’une monnaie que seuls les extraterrestres créent. Il emprunte parce qu’il a besoin de marchandises qui – pour le moment – ne peuvent qu’être importées, ou de plus de marchandises importées qu’il ne peut en exporter, en valeur.

    Il faut aussi se rappeler que les banques créent chaque année, dans la zone euro, 1 000 milliards d’euros de « monnaie de crédit » supplémentaire (augmentation annuelle de l’encours de crédit), tandis que la BCE en crée seulement 15 fois moins, et les États zéro. Et se demander si c’est juste mais aussi tenable.

    Il serait peut-être temps pour les États de créer la monnaie, et même toute la monnaie. En 1973, la loi l’interdisait en France. Avec Maastricht, la disposition a pris valeur quasi-constitutionnelle. Tant pis si la constitution (art. 34) dit que c’est le Parlement (nos élus) qui détermine le régime d’émission de la monnaie.

    Il serait peut-être temps aussi et surtout de rétablir un cadre rendant possible une fiscalité proportionnelle (cf. déclaration de 1789), voire progressive. Il y a du boulot.

    Il serait temps de rétablir un protectionnisme (européen, par exemple), et de réviser – là encore – les traités et le droit dérivé UE qui interdisent subtilement de développer et même de péréniser des services publics. Faute de quoi, on nous fera croire encore longtemps que, hors de l’enrichissement des rentiers, pas de salut pour la relance.

    Etc… On ne peut pas discuter d’une situation de faillite, concernant un État, sans se rappeler qu’il est souverain s’il le veut, et quelles mesures sont effectivement possibles pour lui.

  92. Je me permets de me citer de nouveau : « Dire que l’école aurait permis à cette idéologie de consommation et d’égoïsme de se propager ce serait comme dire que les intellectuels produits par cette école sont enfermés dans leurs réflexions et donc convaincus a priori du bienfondé de leurs analyses ! »

  93. @ scaringella et à tous

    j’ai retrouvé la a href=”http://www.arsindustrialis.org/?q=audio&page=3″ >conférenceaudio de Bernard Stiegler (format mp3) où il est question de la nécessité de repenser l’école dans sa finalité sociale et citoyenne dans un environnement — industriel — qui la dévie de sa mission première. Je reprends ici les thèmes principaux abordés par Stiegler dans son exposé, en y ajoutant quelques remarques explicatives de mon cru.

    L’enjeu est, précise Stiegler, que les support mémoriels (hypomnémata — concept emprunté à Platon) qui façonnent notre rapport au monde sont les technologies numériques, tout comme l’écriture avait à l’aube de l’Histoire apporté un nouvel outillage intellectuel. En tant qu’artefact l’écriture des capacités nouvelles d’intelligence du monde et a permis une accumulation de connaissance, un partage, sans commune mesure avec ce que permettait une culture purement orale, même si cette dernière avait aussi ses avantages propres. L’écriture n’est pas donc pas seulement une reproduction du discours parlé, mais est en elle-même un outil qui façonne notre intelligence. Elle permet le processus de transindividuation, c’est à dire ce processus par lequel il se fait que nous devenons des individus sociaux dans des sociétés qui ont une histoire, un leg, et de même qu’elles n’existent que pour peu qu’elles se projettent collectivement dans un avenir au travers d’un espace politique. L’écriture, pour mémoire, constitua d’abord un milieu technique dissocié car elle était l’apanage d’une classe de scribes qui en faisaient l’instrument du pouvoir (Mésopotamie, Chine, Egypte …). Plus tard, enseignée universellement, elle devint le média par excellence du processus de la transindividuation chacun se l’appropriant alors. Le tournant fut évidemment la Réforme en Europe. En Chine, avant l’Europe, elle constitua également, autour du XI siècle, un milieu technique associé puisque la classe des lettrés chinois — les mandarins — purent accéder à leurs fonctions officielles indépendamment de leurs origines sociales pourvu qu’ils avaient fréquenté et assimilé avec succès la culture classique dispensée dans les écoles de l’Empire.

    Or aujourd’hui la mémoire du monde (technique scientifique, culturelle, artistique) a son plus haut niveau d’intégration dans les technologies numériques. Sauf à éradiquer celles-ci, il faut bien compter avec elles. Alors autant ne pas en être les sujets passifs, ce que propose justement la réflexion menée autour d’ars industrialis. Ces technologies sont aujourd’hui principalement au service d’une logique de contrôle et de manipulation. L’école en est une victime faute d’avoir pris en compte du déplacement de l’écriture traditionnelle vers les nouveaux supports mémoriels

    L’écoute de la conférence demande un certain effort d’attention et des lectures complémentaires si l’on a jamais lu cet auteur, car quelques notions qu’il emploie ne sont pas explicitées (ci-avant j’en ai je crois tout de même explicité les deux plus importantes, s’agissant des hypomnemata et du la transindividuation), mais c’est justement tout l’intérêt de la démarche que de nous défamiliariser d’une apprehension commune d’un sujet rebattu. Un peu comme Bourdieu auquel on reprochait ses phrases compliquées et son vocabulaire technique alors que ce vocabulaire n’avait que pour but que de conceptualiser précisément ce dont il parlait. Une notion peu familière une fois comprise permet d’exprimer en un mot toute une explication, une description.

    Je voudrais juste ajouter, pour mettre l’accent sur mon propos initial et le préciser, que selon Stiegler la transcendance que j’évoquais dans l’avant dernière commentaire, c’est re(venir) à l’école à une pédagogie axée sur ce qui n’existe pas. C’est à dire ouverte à l’inconnu. Or tout l’enseignement aujourd’hui, majoritairement, est de nature techno-scientifique. Et pour cause il s’applique principalement au monde connu, celui de l’industrie (au sens large). Il n’interroge plus les fondements, les cadres virtuels de la connaissance. Les savoirs sont morcelés, épars de sorte que les élèves s’ils y trouvent des repères ce ne seront jamais que les repères du réel existant, aliénant, en grande partie, pour un tas de raisons sur lesquelles je ne reviens pas car elles ont été souvent évoquées sur ce blog par les uns et les autres.

    Il y a un lien évident entre cette pensée et la réflexion de Paul Jorion sur la nécessité d’un nouveau paradigme. Je rappelle que pour Paul l’abstraction mathématique et les connaissances qui s’en réclament ne doivent plus être pensées comme une découverte du réel, ce qui prête à bien des manipulations idéologiques. On ne le voit que trop bien dans le domaine économique où de prétendues lois de l’économie sont sensées être dégagées du monde réel, alors qu’elles sont en vérité des constructions sociales, certes baties sur un substrat physique mais dont l’origine est en définitive l’esprit des hommes qui d’abord concoivent des modèles.

    Cette convergence intellectuelle avec Stiegler — sous réserve d’être confirmée ou infirmée par Paul lui-même –, m’incline d’ailleurs à penser que le paradigme nouveau émerge sous nos yeux en divers lieux du paysage intellectuel contemporain. Beaucoup de personnalités, de penseurs, par des moyens plus ou moins éloignés, sous des angles différents aboutissent aux mêmes conclusions. C’est très encourageant. Certes il manque encore la volonté politique pour retourner la tendance actuelle qui demeure largement mortifère. Mais, avant que les choses bougent, il faut toujours des précurseurs.

    Je ne sais pas si le lien sera actif, pour d’autres commentaires cela n’avait pas renvoyé à la page que je voulais, aussi je précise ci-dessous les références complètes de la conférence évoquée au début. Toutes les conférences sont téléchargeables sur le site ars industrialis.

    Séminaire Trouver de nouvelles armes – Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement d’un point de vue éducatif (Bernard Stiegler) mercredi, 28 Mars, 2007. Conférence prononcée dans le cadre du séminaire Trouver de nouvelles armes – Pour une polémologie de l’esprit, le 28 mars 2007

  94. @ Pierre-Yves D.,

    Désolé, mais je ne suis pas sûr de comprendre vos messages, tant par leur technicité que par leur sens ! C’est comme si je vous disais que la guerre ce n’est pas bien et que vous me répondiez sur l’avantage de tel ou tel missile à télécommande infra-nucléaire, par exemple.
    Vous avez écrit : « Le système capitaliste lui demande [à l’école] de former des travailleurs aptes à répondre aux besoins du marché de l’emploi qui consiste en un marché du travail dont la principale caractéristique est qu’il obéit à la logique du capital circulant, aujourd’hui à l’échelle de la planète. » Je suis d’accord avec vous. Mais partant de la, qu’est ce qui empêche d’affirmer : et ce même système capitaliste lui demande aussi [à l’école] de former des consommateurs aptes à répondre aux besoins du système de consommation ? Or si l’on considère que la consommation actuelle est pour sa quasi-totalité futile, qu’est-ce qui empêche d’affirmer : et ce même système capitaliste lui demande de former des « citoyens », des gens, qui n’auraient pas, ou plus, ou peu la capacité et/ou le temps et/ ou l’envie de réfléchir ? Et qu’est-ce qui empêche d’affirmer que le système capitaliste lui demande de s’occuper également de ceux qu’elle considère (ou qui se considèrent eux-mêmes…) comme n’étant pas des travailleurs comme les autres, et à qui, quoiqu’ils en disent elle réussit à prendre leur temps dune part, et d’autre part à les convaincre que leurs démarches, leurs réflexions, leurs analyses ne peuvent être que bonnes et justifiées…puissent qu’ils sont passés par elle, l’école !? Et si l’on continue on peut même réussir à comprendre pourquoi et comment nous persistons à choisir la quasi-totalité de nos représentants et de nos enseignants dans cette même sphère…Etonnant non ?

  95. @ Fab

    désolé si je me fait mal comprendre. Mais prenez au moins un peu le temps d’aller y voir de plus près. J’ai donné les références.
    Je conçois que les notions que j’ai exposées ne sont pas toujours lumineuses. J’ai fait de mon mieux pour les exposer, mais pas facile, j’ai sans doute eu tord de vouloir aussi aborder plusieurs choses en même temps. Mais il me paraît diffcile d’exposer des notions nouvelles si l’on a pas une vision d’esemble qui seule peut donner une pespective pas trop décalée par rapport à la pensée que l’on rapporte. Je ne dis pas que je fais entièrement miennes les théories de Stiegler, mais elles me paraissent suffisamment intéressantes pour en faire un objet de débat. L’intérêt de Stigler est qu’il a une pensée du monde contemporain, or ce monde contemporain se définit largement par des aspects technologiques. C’est notre environnement le plus quotidien. Prôner la décroissance, le retour à la terre sans transition après un capitalisme honni me semble dangereux.
    Comme le dit Stiegler dans un de ses premiers livres ce qui caractérise l’humain c’est sa faiblesse initiale, toute ses capacités, sa grande procède donc d’artefacts : le biface, l’arc, les flèches, le feu domestiqué, l’écriture et ses instruments, etc …
    Sans ces éléments techniques il n’y a plus d’humanité. Les sociétés dites primitives ne font pas exception. Tout le débat est donc de savoir quelle technologie nous voulons et partant quelle science, quelles humanités ?

    Si je vous comprends bien vous pensez que j’essaie de dédouaner l’école de sa propre responsabilité dans la crise de civilisation que nous traversons. J’ai évoqué des notions techniques en effet, et il vous a peut-être semblé que l’avenir de l’école devait passer par une solution technologique. En réalité ce n’est pas exactement ce que je dis, c’est même un peu l’inverse. C’est parce que la technologie n’est plus pensée pour ce qu’elle est, c’est à dire dans un cadre élargi, qui justement n’est pas technique, que la technique nous asservit. Or, en effet, la pédagogie scolaire, l’organisation des connaissances, ne prête pas à cette attitude interrogative devant la technique devrait être naturelle. Le savoir scolaire a quitté le socle du fondamental — je ne parle pas de l’écriture et du calcul ici, socle irrréfragable de la culture scolaire — de la pensée de ce qui fait de nous des êtres vivants, pensant, et faisant. Si comme vous le dites justement le système capitaliste est ce qu’il est c’est en partie parce que l’école n’est plus le lieu d’interrogation sur le monde. Pensez que pendant des siècles l’école n’était pas pensée comme une mise en condition pour l’univers du travail. La raison en est simple : dans les sociétés anciennes, la valeur dominante n’était pas le travail. L’oisiveté était le bien le plus précieux car il permettait de donner libre cours à l’exercice de la pensée sans contrainte extérieure d’un travail à effectuer. Ce type de société n’avait pas que des avantages car seuls les privilégiés pouvaient accéder à l’enseignement et continuer de s’y adonner leur vie durant. La réflexion libre dépendait même pour une part de l’existence d’une classe d’esclaves. Mais cet aspect ne discrédite pas l’école comme lieu de réflexion libre et de découverte du monde. L’école peut tout à fait être réinventée sur des bases pédagogiques nouvelles, une organisation des connaissances plus globale, non morcelée. C’est pourquoi j’ai évoqué la transcendance de la connaissance. Le terme était peut-être mal choisi car il peut laisser penser qu’il s’agirait d’une transcendance religieuse alors que mon propos était de dire que la connaissance devait transcender les données du réel techno-scientifique existant, seule manière d’en avoir une vision critique et en définitive humaine. Si j’ai dit que l’enseignement devait retrouver son intérêt pour les choses qui n’existent pas, qui ne sont pas de l’ordre du donné matériel défini par la société, c’est parce que les choses qui sont inutiles sont celles qui ont le plus grand prix, c’est à dire ce qui n’ont pas de prix. L’enseignement actuel part du technique et y retourne sans passer par la case homme vivant, conscient et citoyen. C’est tout ce que j’ai essayé de dire. Si j’ai beaucoup insisté sur certains aspects de la technologie contemporaine c’est parce que cette dernière est, dans sa conception actuelle, un frein à la réforme de l’école pour un nouvel humanisme. Mais, il me semble que nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réflexion sur la techno-science, son rôle, sa place et ses possibiliés. Nature, culture et technique sont les trois dimensions qui définissent l’humain. Opposer l’une contre l’autre peut avoir un intérêt lorsqu’une dimension a pris trop d’importance, mais vouloir éradiquer une dimension sous prétexte que l’une d’entre elles nous menace est tout aussi hasardeux.

  96. @ Pierre-Yves D.,

    Merci pour ces précisions, et j’espère un jour prendre le temps de découvrir les propos de Bernard Stiegler.
    Néanmoins je reste persuadé que nous n’avons pas le même débat ! Vous semblez réfléchir à des solutions techniques pour améliorer l’école et je pense que, même si cette réflexion a tout son intérêt et que des fragments pourront être utilisés, le système ne changera pas fondamentalement par ce biais. Sans parler de dimension privilégiée, nature-culture-technique, je vous accorde que tout changement sur le fonctionnement de l’école peut avoir des répercussions…hasardeuses.
    Mais je pense aussi que sur le fond vous êtes d’accord avec moi, j’en veux pour exemple votre phrase : « La réflexion libre dépendait même pour une part de l’existence d’une classe d’esclaves. ». Sauf preuve du contraire ça n’a pas beaucoup changé ! Et c’est bien ce que je reproche au système éducatif, à savoir sa dépendance du politique ! C’est aussi simple que ça ! Mais bon, le message ne semble pas passionner les foules !
    Comme vous l’avez écrit, l’école assure une formation technique au service du marché. Question : pourquoi les enseignants, dans leur grande majorité, n’ont-ils rien connu d’autre que le système éducatif avant d’éduquer nos enfants ? Ne peut-on sérieusement parler des dangers, pour l’être humain, de cette « consanguinité » ? Et prendre le risque de cette « consanguinité » n’est-ce pas également hasardeux ?

  97. @ Fab

    Votre question au sujet de l’école et de l’influence que la politique exerce sur elle est intéressante, elle est même essentielle, car l’école en tant qu’institution dont le rôle est la transmission des connaissances et savoirs relie les générations entre elles et assure un socle mémoriel et intellectuel commun pour tous les humains dans toute société industrielle ou du moins contrôlée dirigée par un Etat.

    Partant, pouvez-vous me dire comment vous imaginez une école totalement dégagée du politique ?

    Une école qui n’aurait aucun compte à rendre, aucune mission assignée par l’Etat ?

    Imaginons que cela soit possible, que l’école soit totalement indépendante, le problème ne serait que déplacé car
    le monde économique réclamerait toujours son lot de spécialistes pré-formatés pour les besoins du système.
    Le monde économique s’emploierait alors à créer ses propres écoles, lesquelles ne tarderaient pas à devenir de facto obligatoires, car chacun doit bien gagner sa vie pour vivre et donc mettre un pied dans le système.

    Ou alors, autre hypothèse, on quitte la perspective économiste, productiviste, du système actuel ce qui supposerait une vraie démocratie, une économie dégagée des nécessités de « gagner sa vie » en vendant sa force de travail sur un marché qui n’a pas pour but premier de promouvoir l’émancipation des salariés, l’existence ne devant plus se gagner, voire se mériter, mais devenant un droit inaliénable pour tous. Nous serions alors tous des citoyens libres, la richesse et le pouvoir ne seraient plus des critères déterminants pour décider des affaires de la cité.

    Dans tous les cas de figure l’école fait partie de la société, elle a donc intrinsèquement une dimension politique, dans le meilleur des cas pour former des citoyens critiques et impliquées dans les choix qui engagent l’avenir de la Cité.

    Je pense que tout comme il y a des politiques de l’économie, des politiques de la famille, des politiques de la science, etc… il y a aussi des politiques de l’école. Par politique je n’entends pas ici l’instrumentalisation partisane de l’école au profit d’une caste ou d’une classe sociale particulière. Mais une certaine conception de l’humain, de la société, un paradigme même, qui, forcément, à un moment donné rencontre la réflexion proprement politique. En effet, aucun philosophe, penseur, ne peut se contenter de voir ses idées discutées dans l’abstrait, dans un cadre seulement académique ; s’il est un penseur authentique, s’il pense c’est pour que ses idées concernent tous les humains, qu’elles sont donc susceptibles d’une application. Ces penseurs ont donc des idées sur l’école, sur la façon d’enseigner, sur les contenus de l’enseignement, sur le type de relation que l’école doit entretenir avec le reste de la société, c’est à dire finalement sur ses objectifs. La question du rapport entre école et monde économique est évidemment aujourd’hui cruciale, la crise actuelle donnant plus de relief que jamais au problème.
    Avec le recul l’exemple de la cité grecque est frappant. IL y avait de nombreuses écoles philosophiques et autres, mais ces écoles ne poursuivaient pas des objectifs identiques, ce qui n’empêche pas que de par leur diversité même, de par l’émulation qui se créait entre elles, la démocratie trouvait une grande partie de sa vitalité. Aussi, il y aurait un sens à ce que l’école ne soit plus uniformisé — une conception libertarienne en somme, mais à la condition expresse que cela ne soit pas pour servir des intérêts économiques particuliers. Or, nous en sommes loin, tant que l’économie n’aura pas été « domestiquée ».

    En attendant, l’Etat a toujours son rôle à jouer pour justement contrebalancer les puissants intérêts économiques qui visent à faire de l’école un produit standardisé, à leur service. Evidemment ce que je dis là est politique, car comme je l’ai dit plus haut, il ne peut y avoir de conception in abstracto de l’école. Par la pensée on peut dépasser le donné immédiat, s’en abstraire, au point de le repenser, mais avant cela on est forcément le fruit singulier d’un milieu politique, culturel économique à un moment donné de l’histoire humaine, et d’une société particulière. Décréter un enseignement libre de toute influence n’a pas grand sens car même en ce cas nous partons d’un présupposé, celui d’une école démocratique dans une société pleinement démocratique.

    S’ il y a de façon récurente des mouvements lycéens et étudiants qui se manifestent c’est qu’ils traduisent la condradiction entre les deux missions que la société actuelle assigne à l’école. La mission purement productive, et la mission intellectuelle dans le sens de libre interrogation du monde.

    Vous parlez de consanguinité à propos du corps enseignant. Vous voulez sans doute dire qu’il n’a pas l’expérience de la « vraie vie », c’est du monde économique dur et impitoyable. Pour certains professeurs cela ne serait en effet peut-être pas inutile mais seulement à titre individuel, comme certaines personnes, dans n’importe quel corps de métier, ne sont pas tout à fait à leur place, faute de connaître leur place dans la société. Mais je doute que cela change vraiment les données du problème. D’abord si certains enseignants n’ont jamais rien connu d’autre que l’école, la société vient à eux, dans leurs classes, au travers des enfants « difficiles », ceux pour lesquels la mission d’enseignement des connaissances ne veut pas dire grand chose et est perçu avant tout comme un critère de sélection social. Toujours le hiatus entre les deux missions que j’évoquais plus haut. Les enseignants, au même titre que tous les autres actifs sont dans la société, et non pas à coté. C’est pourquoi le corps enseignant est condamné à un numéro d’équilibriste pour concilier ses missions contradictoires.
    Et beaucoup enseignants d’ailleurs en souffrent. Il vivent dans leur esprit, leur corps, les contradictions sociales de plus en plus fortes qui s’excercent sur la plupart d’entre nous. C’est à dire sur toute personne amenée à s’insérer dans des milieux sociaux, professionnels divers. Je ne crois vraiment pas que les enseignants soient comme vous dites ceux qui soient les plus consanguins. Je verrais beaucoup plus dans ce rôle les élites économiques du monde politique professionnalisé, industriel et financier qui sortent d’écoles pour le coup élitaires et dispensatrices d’un enseignement de « classe », c’est à dire dont le seul but est de reproduire les inégalités sociales en apprenant à les légitimer : idéologie managériale, politique soit disant scientifique (la science politique) ce qui revient à nier la démocratie pour réduire la politique à la seule dimension de l’art de gouverner (et donc de commander) les hommes.

    Pour revenir à mon propos initial je dirais qu’une école selon mes voeux devrait d’abord redéfinir sa mission en prenant fait et cause pour un nouveau paradigme des connaissances. Je précise qu’il ne s’agit pas de renforcer des savoirs abstraits, mais de faire toucher du doigt chez les enfants la part d’imagination, d’élaboration conceptuelle qu’il y a dans ce qui fait que notre société est telle qu’elle est, et ce dans tous ses aspects. Il s’agirait dans un même mouvement tout à la fois d’éveiller les capacités d’émerveillement devant la diversité de la nature qu’il s’agirait de prendre au sérieux (il est scandaleux par exemple que les sciences naturelles soient à l’école aussi bien qu’au niveau académique reléguées au rang d’antiquité quand une crise écologique gravissisme nous menace tous), sa beauté même, et d’axer l’apprentissage intellectuel sur la faculté de penser le monde comme globalité et dont les limites sont toujours à redéfinir. A montrer que le monde n’est pas un pur donné face auquel chacun n’aurait d’autre choix que de l’accepter ou de le refuser. Mais plutôt de montrer, démontrer, que ce donné — la réalité du monde — est le résultat de l’implication de chacun à différents niveaux, que d’une certaine manière, donc, il est construit. (voir à ce propos de billet de Paul « Comment la vérité et la réalité furent inventés — Stiegler à mon avis dit la même chose dans le cadre de sa propre problématique). Or si l’on compare ce « programme » avec la réalité de l’école d’aujourd’hui, on s’aperçoit que cette dernière, si elle vise à transmettre des connaissances, pêche par son coté applicatif. On s’intéresse plus aux conclusions qu’aux axiomes. Et quand je dis axiome je ne pense pas qu’aux sciences. Car la littérature a aussi les siens, tout écriture présuppose en effet une poétique, autrement dit une théorie critique au moins implicite, comme l’a montré Henri Meschonnic.

    L’école est donc un maillon essentiel dans la structuration sociale et politique (ce que d’aucuns appellent le processus d’individuation : la capacité d’un individu à se poser comme sujet dans la société de manière à l’enrichir au gré de ses relations intersubjectives, à supposé qu’il existe des supports mémoriels communs et suffisamment intégrations des dites subjectivités, sans quoi c’est le règne de la pulsion, l’atomisation sociale ) des individus. Réciproquement, agir sur ce qui structure l’économie d’une société, sa façon de concevoir la politique, jusque dans ses aspects technologiques, a des répercussions sur la réalité de l’école.

  98. @ Pierre-Yves D.,

    Tout y est, vous avez tout dit. Notamment, vous me posez la question suivante :
    Une école qui n’aurait aucun compte à rendre, aucune mission assignée par l’Etat ?
    En formulant de la sorte vous posez a priori l’école comme un outil de la politique ! Le reste de votre message me laisse à penser que cette formulation a été choisie à dessein (« Pour revenir à mon propos …d’autre choix que de l’accepter ou de le refuser ») et j’en suis heureux. Pour moi tous les problèmes que rencontre notre société viennent de là ! De l’esclavage, l’esclavage par l’argent, qui lui-même vient du fait de ne pas avoir trouvé de meilleur sens à donner à l’activité humaine (le sens de la vie ça fait peur)…jusqu’aux analyses de l’argent !
    L’école au service du politique : dès le plus jeune âge nous sommes testés, sélectionnés, orientés, et la connaissance, le savoir n’ont finalement de sens que pour assurer un avenir professionnel, une réussite. Et quelles que soient les aptitudes de chacun à subir ce tamisage, la grande réussite de ce système est de dénaturer l’apprentissage et donc de dénaturer le sens de la vie. Rapidement : il y a ceux qui ne se posent plus de questions, qui consomment etc etc etc comme je l’ai dit dans un précédent message…et d’autres qui s’en posent trop ! Savoir lesquels sont les plus atteints par le système ? Je laisse la parole aux experts !
    Voilà pourquoi je parlais de consanguinité : ceux qui pensent avoir le mieux passé le crible de l’école, au point comme vous le dites de pouvoir intégrer ces écoles élitaires, décident de l’école, de son fonctionnement, de ses critères de sélection, de son contenu…Ils ont entre les mains la plus grande des armes de destruction massive de la pensée, de la capacité et de la volonté de penser! Dans d’autres pays ce sont les religieux qui ont encore en main cette arme, ou les militaires, et il nous est facile de le voir chez les autres ! C’est la grande force de ce fonctionnement de propagande, de cette arme de gestion des masses que de laisser voir la bride que les autres ont au cou mais d’effacer la notre. Et c’est mon grand reproche au corps enseignant : il ne réagit plus !!! Sauf pour sa retraite, ses effectifs, sa sécurité…Hallucinant ! Aberrant ! Triste ! L’esclavage à tous les niveaux…
    La contradiction la plus évidente et la plus courante est de dire que le monde ne va pas si mal que ça et que si c’était pas comme ça, ça serait peut-être pire…Vive La France ! Vive la démocratie ! Et surtout vive notre télencéphale hyper développé dont nous nous servons si bien !!! Certes, c’est un point de vue…mais ce n’est pas le mien, je pense que vous l’aviez compris ! C’est triste mais c’est ainsi et j’ai bien peur qu’on y ait droit encore pendant longtemps…car même les plus « affûtés de nos télencéphales » s’intéressent à autre chose de plus…technique.

    Salutations.

Les commentaires sont fermés.