« The People versus John Thain »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

« Le Peuple contre John Thain », c’est de cette manière que s’exprime la justice américaine dans les poursuites pénales de droit public : le peuple s’en prend à un individu dont il n’est pas fier. L’individu en question, c’est John Thain, ex-patron du New York Stock Exchange, ex-patron de Merrill Lynch, dont je vous rappelle qu’il avait fait refaire son bureau pour un million de dollars et des poussières alors que sa firme sombrait. Il avait ensuite distribué en primes 3,6 milliards de dollars à certains de ses employés avant de vendre Merrill Lynch à Bank of America, dans un sauve-qui-peut dont la postérité gardera le souvenir. Le Peuple américain en est courroucé. Allez savoir pourquoi.

D’une manière générale, le ton monte entre le Peuple américain et son secteur bancaire. Vous vous souvenez peut–être que l’agence de presse Bloomberg avait réclamé l’année dernière mais sans succès que l’on révèle l’identité des bénéficiaires du plan TARP : top secret ! En ce moment, c’est Monsieur Andrew Cuomo, le Procureur Général de l’État de New York qui cherche des poux à John Thain et qui accuse publiquement Bank of America d’obstruction de justice quand celle-ci refuse d’expliquer le vidage de caisse avant liquidation auquel il s’était livré : secret commercial ! Ce sont aussi les parlementaires qui ferraillent avec la Fed pour que l’on fasse connaître quels établissements financiers ont bénéficié des 85 milliards alloués à AIG lors de son sauvetage initial en septembre : La Fed affirme que la révélation des noms (1) fragiliserait AIG – dont l’ardoise est montée depuis à 173 milliards de dollars. La Fed, aux côtés des banques ? Contre le Peuple américain ? Là encore, allez savoir pourquoi.

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(1) Selon le Wall Street Journal d’hier : Goldman Sachs, Deutsche Bank, Merrill Lynch, Société Générale, Calyon, Barclays, Rabobank, Danske, HSBC, Royal Bank of Scotland, Banco Santander, Morgan Stanley, Wachovia, Bank of America, Lloyds Banking Group.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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22 réflexions sur « « The People versus John Thain » »

  1. à l’heure de l’or, le secteur bancaire et le sectaire banqueur ont l’heur de faire la paire, ont l’air de faire la peur… bon j’arrête là, parce que je sens que mes troubles psychotiques affleurent… 🙂

  2. La poésie est indispensable.
    La fourche aussi.

    Et si M. Jorion parvenait à nous expliquer pourquoi !

    Bonne semaine à tous.

  3. Quand on se remémore Henry Paulson, un genou terre, à la maison blanche face à Nancy Pelosa, pour essayer de faire payer au public les excès passés du privé et que le détail du bénéfice du TARP est classé « secret défense » ça laisse quand même songeur.

  4. Allez !!!
    Le Peuple américain (avec une majuscule, comme vous l’écrivez) a donné des sous pour renflouer des banques françaises, allemandes, néérlandaises, etc … (sans majuscule, hein, bof …) !!!!
    Mwarf … quand ça va se savoir …
    Apprêtons-nous à devoir accorder l’asile politique à quelques-uns … 🙂

  5. d’autant plus qu’il aurait fait son numéro de genou ailleurs qu’à la maison, face à Nancy, il n’en demeure pas moins que c’était une belle tartuferie : et l’aurait-il fait sur la pelouse même, ni Nancy, ni le Peuple américain ne s’en laisseront plus conter de si tôt…espérons-le.
    Marre de Henry Paulson et de John Thain, et bravo John Henry…

  6. Le fait que l’argent du sauvetage d’AIG ait servi a payer les pertes de dérivés aux contreparties d’AIG, plutôt qu’à « sauver » AIG, contreparties au premier rangs desquelles on trouve Goldman Sachs, la banque dont Paulson était le CEO avant de rejoindre l’équipe finissante de la Maison Blanche, n’est qu’un des petits scandales qui vont arriver dans les semaines qui viennent.
    D’où je suis, il me semble que nous allons voir une radicalisation de l’équipe Obama envers les milieux financiers US et britanniques, et une tension de plus en plus antagoniste dans la relation US-UK sur fond de crise financière et de tentatives de déstabilisations stratégiques.
    Outre la désintégration de la Lloyds (quasiment à l’origine de la Compagnie des Indes Orientales) avec la couverture par le gouvernement UK de 260 milliards de livres, Gordon Brown a été très fraichement accueilli par le président Obama, qui n’a pas souhaité de conférence de presse commune avec le Premier anglais. La presse anglaise crie à la fin de la

  7. Le fait que l’argent du sauvetage d’AIG ait servi à payer les pertes de dérivés aux contreparties d’AIG, plutôt qu’à « sauver » AIG, contreparties au premier rangs desquelles on trouve Goldman Sachs, la banque dont Paulson était le CEO avant de rejoindre l’équipe finissante de la Maison Blanche, n’est qu’un des petits scandales qui vont arriver dans les semaines qui viennent. Y aurait-il eu conspiration de financiers ?
    La seule chose, légale, qui aurait du être faite, c’est la mise en règlement judiciaire, le chapitre 11.
    Au point où les choses en sont, il va peut-être falloir libérer des places dans les prisons pour les Paulsons et consorts.

    D’où je suis, il me semble que nous allons voir une radicalisation de l’équipe Obama envers les milieux financiers US et britanniques, et une tension de plus en plus antagoniste dans la relation US-UK sur fond de crise financière et de tentatives de déstabilisations stratégiques internationales.
    Outre la désintégration de la Lloyds (quasiment à l’origine de la Compagnie des Indes Orientales) avec la couverture par le gouvernement UK de 260 milliards de livres, Gordon Brown a été très fraichement accueilli par le président Obama, qui n’a pas souhaité de conférence de presse commune avec le Premier anglais. La presse anglaise crie à la fin de la « Special Relationship », ce qui a de quoi inquiéter Londres.
    Avec tout les chiffres qui sont déjà sortis, il n’est pas très risqué de dire que la puissance financière de « l’empire britannique » a disparu. Les revendications nationales et indépendantistes, longtemps étouffées, vont provoquer de violents remous dans le Commonwealth, peut-être même au Royaume-uni, éventuellement leur dislocation.

    Dans ces conditions, nous rentrons dans une zone dangereuse, car je ne crois pas que « l’empire » perdra la bataille de la domination financière « without a fight ».

    Tout cela est assez extraordinaire !

    Jean-Gabriel Mahéo

  8. La Fed assume son statut de « parrain » du cartel bancaire : en situation de risque extrême, elle n’hésite pas à utiliser des moyens extrêmes. Voilà qui confère de la substance à la métaphore de la « Violence de la monnaie ». Ça va saigner…

  9. Est-ce qu’il ne faudrait pas aussi inclure dans l’analyse de toute cette débâcle la question de la drogue? Il doit y avoir des connexions entre les milieux financiers et ceux de la drogue, d’après ce que je lis ici et là (Mexique, Soros, etc.). Il y a, parmi les financiers, du lobbying en faveur de la légalité de la drogue. C’est connu que les traders sont des drogués hébétés, à la cocaïne notamment. Ca expliquerait les mouvements erratiques de la bourse, sa profonde irrationalité. Finalement les salaires et les bonus exorbitants finissent dans les poches des cartels de la drogue. L’argent du bon peuple se trouve sûrement, via le circuit de la drogue, dans les paradis fiscaux. Monde malsain. Qu’ils crèvent, eux et leurs bulles!

  10. Boursorama ce matin:

    L’économie mondiale « a besoin de plus de demande », et le G20 doit s’efforcer de répondre à ce besoin en ces temps qui exigent « une action extraordinaire des pouvoirs publics », dit Lawrence Summers, conseiller économique de la Maison Blanche dans un entretien publié dimanche.

    « Nulle part on ne doit commencer à réduire sa contribution à la demande mondiale. L’ordre du jour qui importe réellement, c’est celui de la demande mondiale », déclare M. Summers dans cet entretien accordé au Financial Times et publié sur le site internet de ce quotidien britannique.

    « En matière de macroéconomie, pour bien faire, le G20 doit se concentrer sur la demande mondiale. Le monde a besoin de plus de demande », ajoute-t-il.

    Plus de demande, ce n’est pas plus de crédits ? … ou alors je n’ai rien compris

  11. @ Anne.

    Et oui, la perpétuelle fuite en avant. La dette avant la production, la dette pour créer la demande, la théorie de la dette préalable et perpétuelle qui nous a mené là où nous en sommes.

    Plus de dettes, plus de capitaux en circulation, plus de possibilités de « titriser », plus de produits dérivés…
    Comme si les recettes du passé pouvait aider à une nouvelle construction économique.

    La bulle doit crever, on devrait laisser la liquidation faire son oeuvre en évitant les faillites systémiques, sans plus, mais les dirigeants ne se laisseront pas faire, car le renouvellement de leur mandat, compte tenu de la durée potentielle de ce processus, serait remis en cause.
    Donc on va faire tourner la planche à billet à plein régime, le politique reprend la main sur l’économique. et pour les désordres monétaires à venir, et bien, advienne que pourra.

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