Kate McGarrigle (1946 – 2010)

Elle a disparu le 18, il y a deux semaines de cela et je ne l’ai pas su. Je m’en veux. On ne sait pas suffisamment en Europe ce qui se passe au Québec. Elle chantait avec sa sœur Anna. Je vous l’ai présentée à Noël, lorsque j’ai évoqué Minuit chrétien où on la voit accompagnant au piano son fils Rufus Wainwright, le frère de Martha et Lucy Wainwright, les enfants – tous chanteurs – qu’elle eut avec Loudon Wainwright. Dans « Your Mother and I » que j’évoque dans l’un de mes « Le temps qu’il fait », Loudon Wainwright évoque leur divorce.

Avec, entre autres, son fils Rufus Wainwright et Emmylou Harris dans Hard Times Come Again No More, une des chansons américaines les plus populaires au XIXe siècle. « Temps difficiles, vous avez trop souvent traîné devant ma porte ».

Et comme j’aime bien, vous le savez, tout ce qui est un peu surréaliste, je ne peux m’empêcher de vous montrer cette compagnie enthousiaste de dames hollandaises rendant hommage à la « Complainte pour Sainte Catherine », le morceau le plus célèbre des sœurs McGariggle.

Partager

L’actualité de la crise: discret sommet de la nouvelle gouvernance mondiale à Davos, par François Leclerc

Billet invité.

DAVOS : DISCRET SOMMET DE LA NOUVELLE GOUVERNANCE MONDIALE

Le Forum économique mondial de Davos vient de se terminer, mais ce n’est pas à sa tribune que le plus important aura été dit. Mais bien à l’occasion d’une de ces rencontres privées qu’affectionnent les grands de ce monde, une de ces discrètes réunions dont tout le monde parle mais personne ne sait – sauf les participants – ce qui y a exactement été discuté. Devant nous contenter, à défaut, de reconstituer la liste de ceux-ci, de prendre connaissance de son ordre du jour présumé, déchiffré sur un paper-board par un journaliste profitant d’une porte un instant entre-baillée (sic). Et, faute d’un communiqué final qui de toute façon arrondirait les angles, de soupeser les indiscrétions et confidences recueillies au vol à la sortie de la réunion par les unes et les autres des agences de presse. Le secret, toujours le secret, ce mode-là n’en finira donc jamais  ?

Que peut-on tenter d’en comprendre à l’arrivée  ?

Ils étaient plusieurs dizaines, venus d’Europe et d’Amérique du Nord, banquiers centraux, dirigeants d’organisations internationales, ministres, conseillers des présidents, présidents de commissions parlementaires, ou plus prosaïquement mégabanquiers (en espérant n’avoir oublié personne). Comme si un véritable sommet réunissant tous les acteurs privés et publics avait été convoqué, avec l’avantage d’être informel, en vue d’arriver enfin à quelque chose. Permettant de se dire plus facilement ses quatre vérités et d’avancer vers un accord global. Il étaient donc tous là ou presque, profitant de leur présence à Davos, sans que l’on sache si leur rencontre avait été organisé à l’avance ou était le résultat, improvisé, de l’offensive menée depuis le début du Forum par les représentants vedettes des mégabanques, Josef Ackermann de la Deutsche Bank et Bob Diamond de Barclays (entourés de très nombreux illustres collègues, ceux de Morgan Stanley et Goldman Sachs brillant seuls par leur absence).

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: discret sommet de la nouvelle gouvernance mondiale à Davos, par François Leclerc

Partager

Big Band Ladies

Un petit hommage à ces Dames des « Big Bands » que j’allais écouter, recueilli, au Cocoanut Grove de l’Ambassador Hotel sur Wilshire Boulevard à Los Angeles.

Je plaisante bien sûr : je ne suis pas aussi vieux que cela. De mon temps, l’Ambassador Hotel, c’était surtout cette silhouette rectangulaire que l’on désignait avec gravité aux visiteurs de passage : « C’est là que Bob Kennedy a été assassiné ». Plus récemment encore, on l’a rasé pour construire une école. Il faut dire que le quartier avait cessé depuis longtemps de rassembler les night-clubs les plus huppés de LA. Rêvons quand même, à l’écoute de ces grandes voix.

Billie Holiday : rien à ajouter. Pour les deux autres, ce sont des vidéos qui les présentent dans la partie ascendante de leur carrière : avant qu’elles ne deviennent les stars que l’on sait – encore en bouton.

Billie Holiday

Peggy Lee

Ella Fitzgerald

Partager

Dépêches d’agences et autres nouvelles

Ne recopiez pas in extenso les dépêches d’agences : c’est interdit. Si elles sont d’accès public mentionnez le lien et un court extrait d’un seul paragraphe.

Pour les autres nouvelles, s’il existe un lien, la citation in extenso est inutile.

Rappelez-vous aussi que les liens kilométriques bousillent le formatage. Voici la formule pour une insertion :

<a href= »http://www.pauljorion.com/blog/?p=693″ >Quand je vous parlerai de l’Afrique </a> donne Quand je vous parlerai de l’Afrique

Partager

Mettre fin à la confusion entre intérêts particuliers et collectifs, par Ton vieux copain Michel

Billet invité.

Je pense qu’aux Etats-Unis, et ailleurs aussi, il y a une totale confusion des rôles entre ce qui est censé être l’intérêt commun (ou d’autres formes d’intérêts transcendants) et les intérêts particuliers. Ce sont en effet les mêmes personnes qui sont patrons de grandes banques, serviteurs de l’Etat et membres des instances de régulation. Le cas Stephen Friedman est exemplaire puisque cet ex bras-droit de Rubin était à la fois Président de la Fed de NY et l’un des directeurs de Goldman Sachs, laquelle était devenue dans l’intervalle une holding bank, un changement de statut qui lui a permis de bénéficier de la manne de l’Etat. Il représentait donc Ze Bank ô combien agissante tout en étant le régulateur de la banque en question. Formidable, non ? Conscient que sa double casquette posait quelques problèmes, il a demandé une dérogation qu’il a obtenue au bout de 3 mois. Dans l’intervalle, en décembre 2008, il a acheté des titres Goldman au plus bas historique, sans doute motivé par le fait que Goldman a modifié fort opportunément son calendrier fiscal de manière à ce que les résultats du mois de décembre (plus d’un milliard USD) fassent l’objet d’une comptabilisation séparée. Un principe que l’on peut qualifier de « Ni vu, ni connu, je t’embrouille ».

Cette confusion entre intérêts particuliers et collectifs, ce brouillage permanent des frontières entre domaines qui devraient restés séparés est un trait du capitalisme actuel et de la société postmoderne en général. On le rencontre partout. 25% des médecins américains ont travaillé à un moment ou à un autre pour des laboratoires pharmaceutiques et ont été rétribués par eux. Voilà donc une autre frontière qui s’est volatilisée, celle de la neutralité du médecin qui fait le serment de servir avant tout son patient. Une autre séparation qui est en passe de disparaître dans la foulée est celle du secret médical. On peut citer des tas d’autres exemples. Quasiment plus rien n’est sanctuarisé par rapport aux ingérences permanentes des intérêts privés.

Nous avons donc besoin de sanctuaires, d’espaces dans lesquels les intérêts privés n’entrent pas. Il faudrait donc recréer les frontières que le capitalisme a abattu, ériger des lignes de séparation entre domaines qui relèvent d’intérêts purement privés et d’autres qui relèvent d’intérêts supérieurs. Une banque commerciale n’est pas une banque d’investissement. Un ministre n’est pas un banquier. Une régulateur n’est pas un banquier. Un médecin n’est pas un délégué médical. Un journaliste n’est pas un publicitaire et un article journalistique est différent d’un publi-rédactionnel. Etc, etc.

Dans son livre « Jusqu’à quand ? », Frédéric Lordon propose six principes de base pour réformer le monde de la finance et qui tous, d’une manière ou d’une autre, répondent à ce besoin de désintrication des intérêts et de sanctuarisation. Les voici : désincitation, désophistication, détritisation, déleviérisation, désalimentation et déconnexion. Vous pouvez lire tout cela en détail dans le chapitre « Six principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières » de son ouvrage. Je trouve que c’est une bonne base de discussion.

Partager

Faut-il aider les pays en développement à stabiliser les prix des produits alimentaires ? par Franck Galtier

Billet invité.

Il y a encore trois ans, cette question aurait semblé absurde. Depuis la fin des années 80, on savait – ou on croyait savoir – que la stabilisation des prix n’était pas une bonne idée. David Newbery et Joseph Stiglitz l’avaient démontré dès 1981 dans un livre, qui reste aujourd’hui encore une référence majeure. Les faits semblaient confirmer la théorie puisque, au cours des années suivantes, les dispositifs de stabilisation des prix internationaux des matières premières étaient abandonnés.

Selon la doctrine alors en vigueur, la stabilisation des prix présenterait deux défauts majeurs. D’une part, elle empêcherait les prix de jouer leur rôle de signal informant producteurs, commerçants et consommateurs sur la rareté des biens, guidant ainsi leurs comportements de production et d’échange. D’autre part, en déconnectant l’évolution des prix de celle de la production, elle priverait les producteurs de la compensation du risque-récolte par le risque-prix (quand les récoltes sont mauvaises les prix sont élevés).

La solution au problème de l’instabilité des prix agricoles a donc été recherchée dans les instruments privés de couverture des risques (marchés à terme, options), dont certains prédisaient un développement sans précédent. S’agissant des produits alimentaires dans les pays en développement, le dispositif était complété par l’aide d’urgence, déclenchée en période de crise et ciblée vers les populations vulnérables.

Cette doctrine semblait tellement bien établie que le thème de la stabilisation des prix a été abandonné par la recherche pendant plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle est pourtant remise en question.

En effet, le boom attendu des instruments de couverture des risques ne s’est pas produit, malgré les initiatives visant à en promouvoir l’utilisation par les producteurs et les commerçants.

Continuer la lecture de Faut-il aider les pays en développement à stabiliser les prix des produits alimentaires ? par Franck Galtier

Partager

Le temps qu’il fait, le 29 janvier 2010

Le pétrin dans lequel se trouve l’Europe (âmes sensibles, s’abstenir).
La commission du Congrès américain sur le rôle de la Federal Reserve de New York dans le sauvetage d’AIG.

Partager

L’actualité de la crise: les vrais raisons du désendettement des Etats, par François Leclerc

Billet invité.

LES VRAIES RAISONS DU DESENDETTEMENT DES ETATS

Il est fait aujourd’hui grand cas dans les cercles gouvernementaux, faute de pouvoir se prévaloir d’autres succès notable, d’une stabilisation de la situation financière faisant suite à la phase aiguë de la crise, qui a été dominée. Sans encore reconnaître franchement que cette nouvelle phase est chronique (qu’elle est installée), mais sans continuer à se hasarder à en prédire le calendrier de sortie. On entend bien dire, ici ou là, que l’on est entré dans l’après crise, mais ce sont des propos légers et téméraires qui ne sont pas repris par les politiques, devenus prudents à force de voir leurs pronostics démentis.

Est-on bien certain, en réalité, que la situation financière soit si stabilisé que cela  ? Les éléments constitutifs de nouveaux dérapages, qui pourraient se révéler très sévères, ont en effet été clairement identifiés. Rien de moins que de nouvelles profondes secousses des marchés hypothécaires américain résidentiel et commercial, chacun selon ses échéances et sa logique. Aboutissant à ce que le château de cartes des actifs financiers bâti sur son socle s’écroule à nouveau, retouchant durement des établissement bancaires qui sont loin d’avoir digéré (déprécié en termes comptables) les conséquences du précédent effondrement et reconstitué d’autant leurs fonds propres. L’incertitude, à propos de cette nouvelle séquence de la crise, portant d’avantage sur son ampleur que sur sa venue.

Continuer la lecture de L’actualité de la crise: les vrais raisons du désendettement des Etats, par François Leclerc

Partager

Le rôle de la Federal Reserve Bank of New York dans le sauvetage d’AIG

J’ai l’intention de commenter les dépositions hier à la commission Oversight and Government Reform du Congrès américain. Je lis en ce moment l’ensemble des documents et je visionne la vidéo de la séance.

Mise à jour (I) : Il me faudra encore plusieurs heures pour avoir lu, vu et écouté ce qui fut écrit et dit hier. Une chose est déjà claire cependant, c’est la réponse que l’on peut donner à celui d’entre vous que me demandait : « Pourquoi parle-t-on tant des Etats-Unis ? » : par-delà le fait évident que la crise est née là et qu’il existe là encore le carburant qui pourra continuer à l’alimenter (sous la forme d’une crise qui persiste dans l’immobilier résidentiel, une autre crise qui est en train de se dessiner dans l’immobilier commercial, et la crise de la dette publique américaine), il y a le fait que l’information est disponible – même si c’est avec retard : lorsque le même degré de transparence sera atteint en Europe, il sera possible pour ceux qui comme nous analysons les faits, de parler davantage de notre propre continent.

Mise à jour (II) : On demande à tous ces braves gens : « Est-ce que vous avez délibérément favorisé Goldman Sachs ? » Et ils répondent : « Non », et je crois qu’ils sont de bonne foi, parce que la question qu’il faudrait leur poser, c’est : « Avez-vous inconsciemment favorisé Goldman Sachs ? », et là, la réponse serait évidemment : « Oui ».

Mais on ne peut pas bien entendu poser cette question : « Avez-vous inconsciemment favorisé Goldman Sachs ? » parce que personne n’a accès à ses motivations inconscientes, sauf à les avoir découvertes comme analysand dans le processus de l’analyse. Et c’est cela qui est si révélateur dans ce processus de reconstitution à l’identique du système failli de la finance par les financiers : il n’est même pas nécessaire qu’il y ait là une intention délibérée, les automatismes suffisent bien. Durkheim parlait dans ces cas-là de « social intériorisé » : quand un processus relève du « social intériorisé », il n’est même plus nécessaire qu’il soit soumis à réglementation, il vient naturellement : on dit qu’il « va sans dire ».

Le seul moment d’hésitation que j’ai noté jusqu’ici (je n’ai encore visionné que les deux premières personnes interrogées : Geithner et Paulson, le Secrétaire au Trésor actuel et son prédécesseur), c’est quand un parlementaire demande à Paulson : « Est-ce que quelqu’un a seulement pensé qu’on aurait pu offrir à Goldman Sachs moins que le pair (100 % de la somme due) ? » C’est la première fois qu’un des témoins est pris à contrepied. Il est interloqué et son hésitation ne peut signifier qu’une seule chose : la réalisation par lui que, effectivement, personne n’y a même pensé.

Mise à jour (III) Il y a encore deux témoignages écrits que je voudrais lire. Je vous reviens ensuite.

Mise à jour (IV) Je poursuis l’enquête. Ça se corse mais voici un indice que l’on trouve dans le premier paragraphe d’
Un assureur bien tranquille, le billet que j’écrivais le 16 mars de l’année dernière :

Les chiffres publiés par AIG et le nom des contreparties bénéficiaires des fonds qui lui furent versés par les autorités américaines pour le tirer d’affaire sont intéressants à plus d’un titre. Ils nous montrent que les Credit–Default Swaps (CDS) ne constituaient peut–être pas sa seule exposition majeure et que l’emprunt d’instruments de dette constitue avec 43,7 milliards de dollars perdus un poste presque aussi important que les 49,5 milliards perdus sur les CDS.

Mise à jour (V) Une autre centaine de pages plus tard, et ma conclusion consiste à confirmer la thèse que j’émets dans ma Mise à jour (II) : « tous ces braves gens ont favorisé Goldman Sachs inconsciemment, parce que c’était le réflexe qui leur venait naturellement ». À ajouter comme détails supplémentaires (trouvés dans How Paulson’s People Colluded With Goldman to Destroy AIG And Get A Backdoor Bailout par David Fiderer) : qu’une autre issue que celle qui fut choisie aurait pu faire douter de la pertinence de certaines décisions prises par Paulson à l’époque où il dirigeait Goldman Sachs (le poste qu’il occupait avant de devenir Secrétaire au Trésor), que Dan Jester qui ne défendit que mollement – au nom de Paulson – l’approche alternative consistant à obtenir des détenteurs de CDS une réduction des sommes dues, était un ancien de Goldman Sachs, et que la personne qui sembla à tout le monde la plus apte à remplacer de manière impromptue le P-DG d’AIG était lui aussi un ancien de Goldman Sachs.

Comme je l’ai dit hier dans Le temps qu’il fait : gouvernement, régulateur, Goldman Sachs, tout cela ne constitue aux États-Unis qu’un grand club. Stephen Friedman (l’homme qui achetait des actions de Goldman Sachs alors qu’en tant que régulateur il prenait des décisions favorisant cette firme), le dit bien mieux que moi dans sa déposition devant le Congrès (je cite de mémoire) : « Quand on a réussi sa carrière dans la banque, il vient un moment où il semble normal de faire quelque chose pour son pays. C’est une chose que tout le monde comprenait dans le temps ».

Partager