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67 réflexions sur « La métaphore du cadavre, par Pierre-Yves D. »

  1. Bonjour Paul

    Alors, au vu des mannequins au bord de l’anorexie, le défilé de mode tel qu’il s’est construit contient et le miroir et la promesse du cadavre! Bornes de l’existence dans nos démocraties modernes. Nous sommes là uniquement dans le topos, l’étendue de la chose non pensante, ressenti dans toute sa violence promise. Le fait de parler d’objet culte, de couturier culte et autres choses cultes renvoie bien évidemment et littéralement au sacré. Le sacré lié aux objets se nomme fétichisme. Ces gens du pouvoir sont des féticheurs au service du dieu Marché, notre tyran quotidien qui dévore ses sujets….Et même le conquérant fils de la reine! (litt.: Alexander Mc Queen)
    Fable des grenouilles qui voulaient un roi! le voici, nu ,cruel et impitoyable sous ses haillons luxueux
    Ce que signale aussi l’anorexie des mannequins c’est le vide de chora, le vide de lieu d’être…
    Il serait bon aussi de lire encore Ecoumène d’Augustin Berque…
    Cordialement.

  2. D’accord avec vous, l’art du vêtement est souvent sublime, mais c’est la pompe qui l’entoure et la fonction médiatique et idéologique qui lui est assignée la rend infréquentable.
    Un autre point aussi : elle est célébration de la puissance, ou plutôt de la domination (les belles couleurs vives des mâles et femelles dominantes, déjà dans la nature). L’habit faisait d’évidence le moine dans nos sociétés antérieures (« Je m’incline devant l’habit, non devant la personne » -de Kant je crois?-). Avec une pointe d’humour ou ironie, alors?

  3. l’art tellement inutile ou tellement essentiel ?
    il faut sortir de la dualité !
    tout blanc, tout noir …
    comme l’a dit Paul, ce n’est que de l’intolérance et une étroitesse d’esprit.
    je n’aime pas donc c’est nul ou plutôt je ne connais pas donc c’est nul !
    j’ai vu dans certains commentaires une forme de fascisme et ça me fait peur 🙁

    http://www.rue89.com/2010/02/12/artiste-chinoise-censuree-les-beaux-arts-inventent-lart-neutre-138146

  4. on dirait des bêtes à sang froid, des reptiles avec un cerveau, des iguanes, caméléons… elles font peur ; il leur manque une faux. Ainsi nous partirons rejoindre l’oeil dans la fosse…

    1. Elles sont déshumanisées, et de plus en plus désincarnées, peut-être pour que nous (hommes et femmes) les investissions mieux, que nous projetions mieux sur elles nos utopies, nos désirs…

      Mais je pose la question : cela fonctionne-y-il vraiment ?

    2. J’ajouterai que la « mode » actuelle en matière de mannequin, c’est le filiforme, l’épuré, le froid, l’inexpressif… On a ainsi standardisé la femme en en enlevant toutes les caractéristiques différenciatrices (formes d’amplitude variable, expressions…), au lieu de présenter des défilés avec plusieurs types de femmes représentatifs (minces, « moyennes », « rondes », etc.).

      Pourquoi choisir le plus petit dénominateur commun, qui aboutit à l’absence de traits communs et réels, plutôt que la diversité ?…

      Dans ces conditions, la mode peut-elle encore vraiment faire rêver ?…

  5. En dépit du rituel ,du social et du pouvoir observons la marche sinueuse et brève d’une création qui nous est vitale. La « haute couture »(quoique que l’on pense de ce milieu) est actuellement ,un des rares endroits avec la bande dessinée et la mise en scène d’opéra ,ou s’exprime parfois ,ce dérapage bienvenue, inhérent et indispensable .
    Surprenant , miraculeux.

    1. Il y a un rapport certain de la mort avec la mode qui par essence est évanescente…C’est une caricature plus ou moins grimaçante du principe d’impermanence.D’aucuns se rapprocheront de valeur apparemment plus stable, plus rassurante comme Bach qui rappelons le fut ressuscité par Mendelssohn après avoir sombré dans un long oubli.
      J’ai un peu de mal avec l’association mode-pouvoir ,j’ai l’impression que les plus grands sont de l’ordre du contre-pouvoir même en sacrifiant au rituel .

  6. Quelle société future, je n’en sais rien ; mais peut-être une société
    où serait, en tout cas, déjouée et dépassée l’illusion sur laquelle repose tout pouvoir.

  7. En effet, que de préjugés, préjugés à fleur de peau qui se révèlent dans ces commentaires auxquels vous faites allusion. Certains n’hésitèrent pas à enfiler illico une burqa mentale, shocking, fermant portes et fenêtres, dévoilant de fait une peur irraisonnée, ce qui les affuble d’une certaine façon d’un costume ad hoc et sur mesure, si l’on peut dire, les regroupant à mes yeux amusés pour un défilé de mode virtuel mais assez particulier lui aussi et malgré eux.
    Comme quoi, on n’échappe pas à la mode.
    On n’échappe pas à la mode qui est par définition le registre des signes et en premier instance bien évidemment les signes distinctifs du pouvoir (galons, barrettes, étoiles pour évoquer les plus ancrés militairement).
    Les créateurs de la mode, c’est ainsi qu’on les appelle depuis longtemps déjà (le Salon des Créateurs dans la Cour du Louvre) jouent avec tous ces signes tirés du réservoir de l’humanité et de l’observation de la nature.
    Pour ceux qui gardent les yeux ouverts, le sujet est très instructif et ces sculpteurs de l’éphémère nous dévoilent lors de ces spectacles que sont les défilés bien d’autres signes puisés dans la nature et les sociétés humaines différentes de la notre qui elle même n’est pas simple ou monolithique.
    Leur activité, leur travail ne se réduit pas à ce simple collage savant, la quête de la nouveauté, de ce qui va séduire et combler (un court instant) le désir des autres est le dernier et ultime obstacle.
    Et c’est peut-être là que les choses se gâtent.
    Dans ce cadre étroit de la consommation rapide, car une saison chasse l’autre, c’est le côté éphémère comme la vie d’un papillon qui condamne le projet à mort et le désigne comme futile au yeux de certains.
    Les créateurs de mode sont comme ces toréadors qui sous les cris et les applaudissements de la foule des aficionados s’exposent au danger avec risque et grandeur esthétique. Jusqu’à l’accident.

    Je comprends le besoin d’éternité de certain sans pouvoir l’approuver.
    Je vois dans le travail de ces créateurs une leçon d’humilité.

  8. D’autant plus beau que c’est inutile?
    L’ennui des riches est pathologique…ils ne connaissent pas le struggle for life.
    Ils tentent de se divertir dans l’excès, l’orgie.
    Ils s’habillent de vêtements qui entravent la marche ou qui excitent les bas instincts.
    Les comparent avec angoisse à qui sera le plus…cher.
    Je risque le politiquement incorrect, mais pourquoi les homosexuels sont-ils si doués et si présents en mode.
    La décadence aime-t-elle à ce point le dérisoire?
    Ou bien ne serait-ce qu’une manipulation du mental des bourgeois afin de les empêcher de penser ;genre « panem et circences »?

    Je ne peux m’empêcher de rire devant les défilés rythmés en « cat walk » ..c’est ridicule!
    Or il parait que le « ridicule » est un des attributs de Satan.
    En qui je ne crois pas.
    Bien qu’on dise aussi qu’une de ses ruses ultimes est de savoir faire croire qu’il n’existe pas.

  9. Loazi a propos du Dao, 1er chapitre de la Voie et sa Vertu:

    « Dans son monde invsible, je contemple toujours ces mysteres.
    Dans son mode visible, je contemple toujours ces abords »

  10. Il y a deux façons de transgresser les modes vestimentaires,mettre une burka ou se balader à poil.
    Dommage qu’il fasse si froid!

    1. Mac queen avait justement fait défiler un mannequin en slip (ou string) et en tchador: oxymore parfait: le prince saoudien peut à la fois étre satisfait par le voile tout en se rinçant l’oeil.

  11. – Métaphore du cadavre ? Le mot est un peu cru mais il y a de ça. Cette interprétation attribue au phénomène une profondeur qui contraste avec la superfluité qu’on lui reproche un peu vite. Mais on peut l’inverser en disant que la mode, éphémère par définition, est une métaphore de la vie ! J’y verrais plutôt un repoussoir de la mort et de la déchéance qui la précède souvent. La preuve par l’image, – puisque d’image il s’agit: que préfère-t-on croiser dans la rue, une belle personne habillée à la mode ou un clochard exténué et puant ?

    – La haute-couture et l’industrie du luxe en général ont aussi le mérite d’entretenir le savoir-faire artisanal des employé(e)s qui s’affairent dans l’ombre. Ce n’est pas l’industrie du luxe qui est condamnable au prétexte qu’elle ne profite qu’aux riches, mais l’industrie tout court qui a condamné l’artisanat à ne plus trouver de débouchés que chez les plus riches. Je rêve depuis des décennies d’une machine à café qui ne serait pas l’un de ces HORRIBLES MACHINS qu’on trouve partout, mais d’une machine faite à la main, et qui ressemblerait effectivement à une machine. Malheureusement ça n’existe pas.

    – J’adore les couleurs kaléidoscopiques des robes, mais ces mannequins quasi désincarnés me font dire que l’excès dans les parures touche aussi les corps. Compte-tenu de la publicité qui entoure la mode, les femmes paient, en termes d’image, un lourd tribut à « la femme » dont les créateurs ont besoin pour exhiber leurs œuvres.

  12. L’artiste, témoin de son temps….. Reptilien paumé d’un pêché peu original.
    Sang froid, ondulation filiforme, vernis d’écailles chatoyantes, fascination du regard, double langage vif et fourchu, tendre venin.
    Tiens bien la corde, petit homme, et ne te trompe pas d’érection, car ta pensée a les pieds nus et tu marches sur le sable chaud parmi les herbes sèches.
    Les masses rampantes ne sont dangereusement plus à la terre. Nous lévitons avec des semelles de plomb, et des bruits de bottes pour tout horizon.

  13. « Je risque le politiquement incorrect, mais pourquoi les homosexuels sont-ils si doués et si présents en mode. » certainement pour les mêmes raisons que les noirs en sport ou en musique, les japonais dans les travaux d’imitation , les allemands du 20 ème siècle ou les grecs anciens en philosophie, les français en cuisine……Un peu de Frèchisme – que je salue – ne doit pas faire peur

  14. Pour moi Starck c’est un créateur qui office dans ce qu’on appelle le « design » (disons la « déco »‘), et ce qu’il fait a à voir avec le beau/l’instrumental. Pour moi ce n’est pas de l’art du tout et je m’empresse d’ajouter que ce n’est pas grave pour autant, l’art n’étant certainement pas ce à l’aune de quoi nous devrions évaluer la noblesse de toute chose.

  15. Quelle naïveté! imaginer que la mode se porte! Non! elle s’expose aux médias devant un parterre de peoples à trois neurones. Qui porte du Alexander mac queen? personne évidemment. Mais les défilés s’ils ne créent en rien la mode fabriquent la marque mac queen vendeuse de parfums à des japonaises et maintenant des chinoises qui croient ainsi accéder à la mondialisation de la beauté platénaire

  16. Ce qui serait vraiment une transgression, ce serait que les hommes AUSSI se décident à porter la Burka… ou que la Burka devienne à la mode.

  17. @ Pierre-Yves D.

    Vos quelques mots en commentaires du billet sur Alexander Mc Queen nous avaient donné envie que vous en disiez plus long. Voilà qui est fait sans tarder!

    Je traduis pour moi-même (« Omnis traductor traditor », pardon):
    -La mode comme « excès », comme métaphore de l’homme face à la nature, comme signe de la culture (l’homme devenant en quelque sorte « excessif » pour s’extraire de sa condition naturelle);
    -Cet excès devenant le siège de toutes les passions (la culture est en effet un lieu de passion -la nature étant un lieu d’équilibre dépassionné, au sens où les enjeux ne sont pas discutables);
    -D’un enjeu de culture, la mode devient un enjeu de société (la mode= image du corps, lieu central d’où l’on ne s’évade pas, comme on ne s’évade pas de la société);
    -La mode, miroir de notre société et, en même temps cadavre de celle-ci (le mannequin est le cadavre « porte-manteau », et la parure est le miroir) ;
    -D’où la fuite vers l’utopie car le miroir n’est pas nous-même, et le cadavre n’est plus nous-même;
    -L’utopie étant au final cette femme de la rue bien réelle, que l’on ne sait plus voir (mais vous le remarquez la société du Spectacle nous a depuis longtemps habitués à prendre le réel pour de l’utopie, et l’utopie pour du réel).

    Ensuite c’est vrai, comme le note un autre commentaire, je ne comprends pas le lien mode/pouvoir (« la mode, on le sait, a toujours été associée au pouvoir »), puis la mode/ »rituel » duquel échapper, puis le pouvoir désacralisé (dé-ritualisé?) qui au sein du miroir/spectacle devrait trouver un rapport nouveau de l’individuel au collectif.
    (cette fois-ci je mélange tout, ne sachant plus quel fil tirer. Peut-être avez-vous voulu trop en dire. Peut-être certaines clés de compréhension manques. Peut-être n’ai-je pas su les voir ou les comprendre.)

    Je reviens au court commentaire que vous faisiez à la suite du billet « Alexander Mc Queen »:
    « Couleurs chatoyantes au dehors, regards vides à l’intérieur. Toute une époque. La prochaine métamorphose de l' »esprit absolu » verra-t-elle la réconciliation du dedans et du dehors? De l’image et du subtilement sensible? »
    Je vais vous paraître exigeant, mais vous m’aviez mis l’eau à la bouche, et je reste un peu sur ma faim. Pas totalement cependant et votre billet d’aujourd’hui m’a ouvert de nouvelles pistes de réflexion.
    Merci pour cela.

  18. « le refus total des formes habituelles du beau conduit à admettre comme sacré tous les procédés qui permettent de manifester sa personnalité. » Kandinsky « Le mobile de l’art moderne a été ce désir de détruire la beauté en niant complètement que l’art ait quoique ce soit à voir avec le problème de la beauté » Barnet Newman 1948
    Il faut lire les artistes et arréter de croire que l’art moderne ou contemporain a quelque chose a voir avec le beau!
    Un peu de NEGATIF pour ne pas sortir définitivement de l’histoire

    1. Si vous voulez dire que les canons de la beauté change selon les époques et les lieux, vous avez raison.
      Le beau est changeant, voir McQueen.
      Si vous accréditez l’idée que l’art n’a aucun soucis esthétique ou éthique dans sa conception j’en doute personnellement et je ne parviens pas à intégrer cette idée selon mon expérience et ma sensibilité.
      Si vous accréditez l’idée que la chose artistique, dans sa perception, chez ceux qui le reçoivent n’a rien à voir avec un quelconque émoi esthétique, je crois que vous vous tromper encore.
      Les citations que vous faites sont à reconsidérer. Dans le contexte de l’époque pour Kandinsky, dans le combat pour sa chapelle pour Barnet Newman.

  19. Merci à tous avec une pensée particulière pour Jean-Luc, qui a été le déclic pour l’écriture de mon billet suite au billet de Paul à l’occasion de la mort tragique d’Alexander McQueen. Vos commentaires m’invitent à expliciter un propos qui était parfois très ramassé. Beaucoup d’idées en effet m’ont dans l’urgence et d’un trait traversé l’esprit lorsque j’ai rédigé ces quelques lignes. J’admets que certains fils mériteraient meilleur ou autre nouage, mais ce texte n’a pas valeur de thèse, juste quelques hypothèses, pour, je l’espère, voir les choses d’un autre oeil !

    En parlant de métaphore du cadavre (je m’adresse ici à simplesantête) il me semble que mon propos était on ne peut plus clair, à savoir qu’il y a effectivement une part de violence dans la mode. Vous élargissez simplement le propos au « people », ce qui est tout à fait pertinent, en tant que la mode manifeste en elle beaucoup d’aspects de la réalité sociale.

    Seulement mon propos visait d’abord à montrer que la mode joue une fonction symbolique et d’ancrage dans l’élaboration des formes de la sensibilité d’une époque, par delà de la question de la mode au sens usuel du terme. Vous avez raison, la cruauté se retrouve en d’autres lieux, d’autres occasions, et avec des conséquences qui peuvent être plus dramatiques, mais la mode se particularise en tant qu’elle est une institution qui en tant que telle exerce un pouvoir, du fait même de son existence. D’où la question que je posais à la fin de mon exposé : ce pourrait-il qu’il existe une société où il aurait une mode sans pouvoir. Je pourrais préciser, à la lumière de vos commentaires, un pouvoir qui ne ressortirait plus désormais à une institution, mais serait cette fois de l’ordre de la puissance, celle que chacun serait à même de manifester, sans qu’il soit nécessaire que cette puissance fût une concurrence.

    La mode est éphémère mais le rituel de la mode est lui quasi immuable : mannequins qui s’avancent sur un étroit podium en file indienne, démarche quasi militaire, tête haute et regard dans le vide obligatoires, sans parler des régimes quasi et mode de vie quasi sacrificiels auxquels sont astreints les mannequins. Ce n’est un secret pour personne que les mannequins ne sont pas là pour exprimer une quelconque sensibilité personnelle. Leur seul rôle est de s’effacer au seul profit du vêtement.

    C’est tout le paradoxe que ce sont d’authentiques créateurs qui imaginent les vêtements quand dans le même temps les corps sur lesquels sont posés, disposés ces vêtements sont eux la négation de toute identité, subjectivité personnelles, autrement dit de la vie même.

    La mode est ainsi l’expression sensible des contradictions de l’époque. Le mode de production capitaliste fondé sur l’exploitation normalisé du désir trouve dans la mode son expression formelle sensible en associant en un même lieu, un même temps, des formes variées à des corps normés, et en tant que tels, anti-utopiques, puisque l’institution de la mode nie l’existence du corps utopique ou imaginaire.

    Si ensuite j’introduis le thème du miroir, c’est parce que comme le cadavre celui-ci freine, borde la toute puissance du corps imaginaire, Freud dirait le corps non sublimé. (Dans Le corps utopique Foucault mentionne d’ailleurs la mythologie des géants, manifestation de la volonté toute puissante du corps-esprit.) Rappelons que pour Lacan le jeune enfant dans le reflet du miroir stabilise une image de soi à partir de laquelle il va construire son identité personnelle, et sociale, l’un n’allant pas sans l’autre.

    Entre le cadavre et le miroir il n’est pas difficile de comprendre qu’il y a une différence. Le cadavre borne effectivement le corps utopique, mais avec un effet mortifère comme dans la mode contemporaine, tandis que le miroir a une fonction positive en tant qu’il participe de la construction de l’identité personnelle et sociale.

    J’émets alors l’hypothèse que toute parure vestimentaire n’a pas nécessairement vocation à s’opposer à un corps normalisé à l’excès tel que celui qui est présenté par la mode. Reste alors l’idée du miroir qui présente l’avantage de cumuler capacité de médiation et capacité de réflexion, deux aspects permettant d’établir le rapport de l’individuel au collectif. Il s’agirait donc de trouver les institutions nouvelles qui permettraient de redonner, ensemble, aux corps et aux créations de meilleurs possibilités de nouer un dialogue. Loin de moi l’idée de faire de ces institutions les utopies ultimes qui feraient se réconcilier parure vestimentaire et corps. Mais, au moins, le vêtement d’une part, et le corps, seraient dans un nouveau rapport réciproque qui conférerait à l’un et à l’autre des nouvelles valeurs sensibles.

    Nous ne pouvons vouloir d’une part faire une critique de l’économie politique et d’autre part nous abstenir de critiquer l’art, et ce d’autant plus que l’art, sous toutes ses formes, ne sont pas seulement le reflet d’une époque ou même des structures sociales, mais aussi et surtout un vecteur de transformation privilégié, en tant qu’il est la possibilité d’une transformation tout à la fois individuelle et sociale. Quiconque a pratiqué un art, quel qu’il soit, sait combien c’est un accès à une forme de liberté. Prenons-donc au sérieux cette expérience et poussons là jusqu’au point où cette liberté nous transforme nous et les autres, en tant que les formes sensibles que nous créons participent d’une émancipation collective.

    Bellini dans son commentaire a très justement cité Kandinsky, un des grands théoriciens de l’art du XX ème siècle, lequel niait la beauté dans l’art, car associé à des canons peu propices à l’expression individuelle. Cette conception a eu son heure de gloire, eut sa nécessité, mais cette conception me semble désormais avoir épuisé beaucoup de sa puissance de transformation, quand bien même je trouve belles certaines de ces oeuvres, certes pas d’une beauté classique, mais belles tout de même, au sens où elles peuvent nous émouvoir, nous transporter. Outre le fait que me paraît contestable l’idée que dans l’art la théorie précède les formes, il me semble au contraire que les deux aspects sont simultanés et parfois même, la forme précède l’idée, de même que la forme procède d’une idée plus générale qui dépasse le seul cadre artistique, l’idée d’un art qui se définirait exclusivement comme expression individuelle fait de plus en plus le jeu d’un certain individualisme méthodologique.

    L’art comme destruction, réaction à l’existant, bref l’art contre, se voit désormais récupéré par le mode de production dominant. IL faudrait donc un art qui rende possible l’implication réciproque de l’individuel et du collectif. Or l’art est devenu une marchandise, pour preuve les grands journaux et autres magazines n’en parlent plus guère qu’à l’occasion des enchères auxquelles donnent lieu la vente de certaines « oeuvres d’art » anciennes ou dernier cri. L’art a perdu de sa vitalité en tant que phénomène social. Il n’y a qu’à voir la façon dont sont traités les arts dans l’éducation nationale et comment sont vantés les mérites de certains artistes en costumes gris des hommes d’affaires. Certes certains artistes de la Renaissance vendaient leurs oeuvres au plus offrant, mais au moins il y avait un projet collectif. Les artistes n’ont pas disparu, mais les formes de la sensibilité se tiennent en retrait, elles n’attendent peut-être qu’un déclic pour s’exprimer pleinement à nouveau. De façon peut-être moins tapageuse, mais plus en profondeur. Ces artistes existent déjà, seulement ils n’occupent pas le devant de la scène et peut-être même ne le désirent-ils pas, attendant, pressentant un autre monde, qui serait à la mesure de leur sensibilité.

    La crise économique et financière est aussi l’occasion pour l’art de se renouveler, de manifester à nouveau sa puissance.
    La prochaine métamorphose de « l’esprit absolu » attend son heure. Hegel n’avait tord que sur un point, ce n’est pas aujourd’hui la fin de l’art.
    Si l’aventure humaine doit se poursuivre, l’art sera forcément de la partie.

    1. Pour vous remercier de cette discussion, je comprends votre hésitation du début pour rédiger le sujet de ce billet. On ne sait par où saisir cette chose bizarre que l’on désigne par ce mot : art, artiste. On aurait les mêmes difficulté avec la poésie.
      De plus, son utilisation abusive comme substantif, l’art de vivre, l’art publicitaire, l’art d’aimer, l’art pour l’art, rend le trie forcément fastidieux, son approche difficile et son explication imparfaite quelle que soit la compétence de celui qui engage cette réflexion, et donc pour «l’art de la mode»…
      De ce fait chacun voit midi à sa porte et la discussion tourne vite à la cacophonie.
      Il convient donc de faire preuve de sensibilité avant toute chose et de maîtrise. Et s’il s’agit de porter un jugement, la sensibilité et la maîtrise sont pour le moins recommandées.
      On se doit aussi de franchir après ces premiers obstacles, quelques autres.
      Je ne sais pas si la comparaison avec les cercles de l’Enfer de Dante pour retrouver Béatrice peuvent aider à la compréhension…mais la quête est de cet ordre. Je referme la parenthèse, un peu effrayé par la tache que je suggère.
      Souvenons-nous que ce que l’on appelle «art» existe dans sa représentation matérielle depuis au moins 30 000 ans, un ordre de grandeur qui nous toise de haut et que nous fait comprendre que sa disparition n’est pas vraiment pour demain matin.
      D’une manière plus télégraphique, l’art c’est l’humain, il disparaîtra le jour où l’homme disparaîtra.

      On voit combien pour chacun, ce sujet est plein de doutes et de certitudes et le restera…

  20. Préjugé ! Fascisme ! simple d’esprit ou esprit etroit ! et d’autres belles encore !
    Voici à quoi à droit celui qui ose critiquer ce spectacle que vous appelez mode et que vous classez dans les arts.
    Dans Art , il y a bien sur une notion de créativité géniale, de culture de l’élite … de musicien, de peintre, de sculpteur, à l’opposé bien sûr du footbaleur et du cordonnier.
    Dans art il y a aussi artisan, bien sur l’ébeniste, le travail du fer forgé, le soufleur de verre, … toujours à l’opposé du cordonnier.
    Dans mon travail quotidien, on m’apporte des choses qui ne marchent plus, je dois les réparer, parfois je suis content de moi, d’autres fois je sais que j’ai baclé mon travail, si le résultat est globalement atteind et que le travail à l’air propre, le client est content, peu lui importe que j’ai utilisé telle ou telle technique. Quand j’observe mon collègue qui fait le même travail que moi, je me dis que c’est un artiste. Quand j’écoute Luminet expliquer son modèle de topologie de l’univers, je me dis que c’est un artiste en plus cerise sur le gateau je comprends tout et ça à l’air simple. Quand je vois la nouvelle ligne de le twingo coupé, je me dis qu’il y a des artistes chez Renault.
    Quand je vois la photo en haut de ce défilé, je commence par voir le premier visage, et c’est un visage que je trouve beau et harmonieux, je me dis que la fille est jolie, et que dieu s’il existe est un artiste.
    Puis je vois la coiffure et j’ai une pensée pour les dinosaures. Puis je vois les cuisses… AIE j’ai une pensée pour la maladie, puis je vois les chaussures, et je me dis c’est grotesque.
    Je suis en train de me rendre compte que je ne remarque même pas la robe !!!! alors qu’elle est censée etre vue !
    En partant avec comme base les plus belles femmes du monde, pour un tel résultat….
    Je me souviens d’avoir vue un amphi applaudir la démonstration mathématique d’un théorème faite au tableau.
    Comme dit la pub:  » Il serait temps de redécouvrir le goût des choses simples »

  21. Pierre-Yves,

    Beau billet. Et je dis ça sans avoir tout compris, imaginez un peu 🙂 !

    Cela ne vous étonnera pas que je retienne cette question :

    « Quelle société future pourra donc sans nier le miroir, indispensable à la construction de nos identités individuelles et collectives, comme l’avait vu Lacan, trouver les formes sensibles par lesquelles se conjugueront un rapport nouveau de l’individuel au collectif, créatif et moins aliénant, pour tout dire moins sujet au pouvoir exclusif ? »

    Nous y voila ! Et cette question est, sous différentes formulations, énormément soulevée sur ce blog…et ailleurs espérons.

    Mon résumé de ces différentes formulations : pouvons-nous vivre autrement ? Et si oui, comment ? La réflexion porte autant sur l’individu que sur le groupe : la société et sa représentation.

    Quelques pistes de réflexion, ni plus ni moins :

    « La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. C’est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre plus disponible aux autres. Il faut un minimum de bien-être et de confort ; mais, passé cette limite, ce qui devait nous aider devient source de gêne. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n’est que poursuivre du vent. Ce faux idéal n’est qu’un traquenard. Il faut savoir imposer une limite à ses propres besoins, physiques et même intellectuels, sinon la nécessité de les satisfaire devient recherche de la volupté. Nous devons nous arranger pour que nos conditions de vie, sur le plan matériel et culturel, ne nous empêchent pas de servir l’humanité, mission qui doit mobiliser toute notre énergie.  » (Gandhi)
    « L’esprit de la démocratie n’est pas une chose mécanique qui peut être ajustée par l’abolition de formes. Il nécessite un changement dans le coeur ».(Gandhi)

    Autre piste : cette question est également une arme pour lutter contre le terrorisme : se la poser, c’est accepter les différences, qui jusque-là nous faisaient peur. Ceux qui vivent autrement -et dont on peut se dire qu’ils sont tout autant prisonniers de leur système, et donc des dérives qui lui son inhérentes, que nous- : qu’ont-ils de commun avec nous si ce n’est l’aspiration à une vie meilleure. Il suffirait de s’entendre sur le sens de « vie meilleure »…Or il s’avère que nous semblons de plus en plus rejeter le système du « paradigme de la recherche individuelle du profit » (JPP), système individualiste et inégalitaire par nature s’il en est…ce qui ne doit en fin de compte pas être si éloigné des aspirations de bon nombre de peuples, « amis ou ennemis »…

    « La cohésion des nations est faite de la réciprocité d’égards qui existe entre les citoyens. Un jour, il faudra étendre à l’univers entier cette entente nationale, de la même manière que nous avons su élargir aux dimensions de tout un pays la solidarité qui a toujours caractérisé la famille. » (Gandhi)

    Je vous avais prévenu : ce ne sont que des pistes de réflexion. En même temps : le but n’est-ce pas la voie ?

    Merci donc pour cette ouverture.

    Allez, ayons la foi : on tient le bambou ! Ou le bon bout, c’est selon.

    1. Merci Fab,

      Sur l’essentiel nous sommes d’accord, même si nous nous n’insistons pas toujours sur les mêmes choses.
      Et puis si vous êtes sur ce blog c’est que vous n’êtes pas tout à fait mauvais 😉

      Le but est forcément la voie, car la voie que l’on emprunte relève d’une éthique qui passe nécessairement par une esthétique. Les formes sensibles ou formes de vie.

      Le beau, le bien et le vrai doivent se réconcilier. Leur scission est tout à fait artificielle.
      Kandinsky disait ne pas désirer le beau en art, mais en réalité quand il disait cela il avait dans l’idée une idée du beau purement formelle, qu’il rejetait, à raison. Il y a une éthique derrière tout le mouvement de l’art moderne, à commencer par celle de l’inventeur de la notion de modernité, j’ai nommé Baudelaire !

      Les artistes, les « vrais » n’ont de cesse de dénoncer par leurs oeuvres mêmes tout ce que le monde peut avoir de médiocre. Non pas à la façon de l’art de propagande en disant ceci est le bien, cela est le mal, mais en faisant surgir une beauté inédite dans leurs oeuvres, parce que ces oeuvres font surgir une singularité elle même tributaire d’un certain état du monde, dont les artistes vivent dans leur chair et dans leur sens les contradictions. Autant dire que les artistes pour être ce qu’ils sont ont une idée bien claire d’une réalité du monde, d’où leur certain rapport à la vérité.

      Je ne sais pas si Gandhi avait lu Aristote, mais je le trouve très aristotélicien dans sa façon d’aborder la citoyenneté.

  22. @ Harvey
    incontestablement, votre vision de l’art, de la mode comme forme d’art, et la pression particulière qu’elle exerce, jour après jour, mois après mois, sur ceux dont c’est le mode d’expression correspond tout à fait à ce que je pense et ressent .( Je dirais même que dans un contexte aussi dur et impitoyable que celui dans lequel ces artistes oeuvrent, ce sont qui tiennent le coup’ qui sont presque ‘suspects’).

    @ Jean-Luc
    chaque fois que je vous lis, il y a une telle intelligence dans vos propos,communiant avec un tel humanisme que je suis toujours émue.
    Vous êtes au plus proche de votre pensées, subtile, mais avec le coeur. C’est difficile à expliquer mais que c’est beau et profond et quel respect de l’autre…
    Au sujet de l’article de Pierre-Yves D(Bravo , être publié sur le blog de Paul Jorion, ce doit être merveilleux mais tres difficile quand on connait la qualité des interventions des ‘habitués’)..
    Au sujet de l’article donc, Jean-Luc, je vous rejoins, il foisonne de références et de liens qui ne lui permette pas de gagner en limpidité cô son premier post (fond et forme, esprit et concision) mais ‘ouvre de nouvelles pistes de réflexions’.

    Il y en a vraiment beaucoup sur ce blog!! Fabuleux!!

    @Pierre-Yves D :Bravo! L’exercice était difficile.
    Je me réjouis de vous lire à nouveau…:D

    @ Simpleetsanstête :Je rencontre une petite dificulté en vous lisant… Il y a,disons, un ton dans vos propos qui m’empêche peut-être de vous accompagner dans votre pensée.
    J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop de cette petite observation : j’avoue qu’on me l’a faite, à moi, tant de fois que j’ai fini par m’aperçevoir que le ‘ton’ d’un message, si on souhaitait être entendu, est très important… (Hum, cela fait 25 ans que je fais de efforts et ne suis pas bien sûre d’être arrivée à un résulta 😀 . Je suis impétueuse, comme vous sans doute… mais j’E s s a i e de faire attention……….

    1. Laurence,
      merci. Vous savez, comme nous tous, je fais ce que je peux, avec ce que j’ai été et ce que je suis à ce moment de ma vie. Auriez-vous vingt cinq ans, comme je crois le lire sur votre mot à Simplesanstete? Si « la valeur n’attend pas le nombre des années », pour moi je trouve le chemin long.

      Je viens de lire aussi votre message suivant, et une chose me frappe: nous avons assisté dans quelques commentaires au billet sur Alexander Mc Queen, à une bataille de chiffonniers. Nous ne pouvons jamais être certain du sexe des personnes qui se présentent derrière un nom ou un pseudonyme, mais il me semble que nous étions au centre d’une controverse d’hommes parlant au noms des femmes! Les réflexions que vous ajoutez juste après ouvrent d’autres pistes bien plus importantes.

      Je fais plus loin une réponse à Pierre-Yves D. dans laquelle j’évoque le fait qu’au-delà des mots, il y a une « façon » de dire les choses, dont nous ne sommes pas toujours maître, et qui fait partie du message envoyé.
      J’ai vu récemment que vous parliez entre les lignes de votre façon de dire ou de comprendre les choses. Peut-être avez-vous lu ce petit mot à Verywell dans lequel je vous évoquais (dans le dernier « temps qu’il fait »). Je lui disais que les apartés « hippies » ou « beatniks » de monsieur Jorion, ses petites buées de nostalgie sur la vitre du quotidien, ses billets « fleur bleue », les sourires qu’il nous faisait parvenir certains vendredi, ainsi que vos mots réguliers, étaient très nécessaires.

      Nous jonglons parfois avec des mots qui nous dépassent, faisant les importants. Jorion, vous, ou d’autres encore, nous rappellent que la vraie vie se joue ailleurs, loin des mots.
      Et lorsque d’autres fois nous nous croyons en chaire, écouté par la foule silencieuse et recueillie, Jorion, et peut-être vous aussi d’une certaine manière que vous ne soupçonnez pas, vous nous rappelez que nous sommes tout juste montés sur un tabouret et que c’est l’heure de l’apéro.

      Il faut bien répéter que la vie est ailleurs, à tous ceux qui croiraient que la vie est tailleur.
      (En humble hommage à ceux qui sur ce blog jonglent magnifiquement avec les mots. Il paraît que Lacan étudiait très sérieusement les calembours. Je ne sais pas si c’est exact.)

      Je pense comme vous que nous prenons chaque jour ici de bonnes leçons!

  23. Encore une « petite » chose à ajouter :

    je voudrais insister sur l’écart qui ‘sépareé les hommes et les femmes dans le regard que nous portons sur la mode ET sur sa présentation. C’est difficile à expliquer…
    Quand ,moi, je vois une photo de mode -comme celle du ‘défilé-en-robes-vertes’, je vois un ENSEMBLE : des silhouettes élégantes portant des vêtements qui m’interpellent (d’une manière ou d’une autre). Je peux les trouver beaux,créatifs mais pas beaux (la subjectivité de la Beauté est un thème éternel…), créatifs et beaux etc… Mais nous savons, ‘nous les femmes’, que les créateurs cherchent à faire ‘disparaître’ le mannequin tout en gardant ses parures (coiffure, maquillage… en harmonie avec sa création). Le but, je pense, étant de réduire ces femmes -quasi identiques-jusquà devenir des portes manteaux conceptuels, insignifiantes au point que chaque spectatrice, chaque femme pourra se projetter dans le port de ces toilettes. Je ne suis pas sûre d’être claire?
    Ex : marylin Monroe fut mannequin pendant un temps mais on la rejetta rapidement du système ‘tant ce qu’elle était’ écrasait la robe au point que l’on ne ‘voyait plus’ cette dernière.

    Ceci à l’exception de quelques mannequins très côtés dans les années 80-90(Linda E, Cindy C,Naomi C…..) dont l’aura attirait l’attention quoiqu’elles portent. Mais ce fut une brève parenthèse.

    La seule ayant jamais allié l’esprit et la matière restant Inès de la Fressange. Soit.

    Je clôture : les femmes ne s’attardent pas aux mêmes détails que les hommes.
    le regard vide ou non des mannequins ,elles ne le voient pas, pas plus que la maigreur des cuisses ou que sais-je.. Ce sont vraiment l’allure et la forme du vêtement qui captent leur attention. Tout est fait pour qu’elles ne voient que cela . Et soient subjuguées.

    Fascination-désir-achat (dans ses dérivés en prêt-à-porter, accessoires (TRES important, l’accessoire), les parfums etc… Le but étant de s’approprier, fut-ce grâceà une infime parcelle, l’univers merveilleux et convoité du créateur (5artiste, artisan, comme on voudra …; :D)

    Voilà! J’ai fini!!

  24. @Pierre-Yves D.

    Compris. Comment dit-on? « Qui trop embrasse, mal étreint »? Vous aviez embrassé tous les sujets dans l’urgence (j’étais même surpris de votre rapidité); en vous y reprenant à deux fois l’étreinte est bonne, les fils sont noués et je sais lesquels tirer pour réfléchir maintenant à vos hypothèses.
    Merci du petit hommage, mais je pense n’avoir pas été le seul à repérer votre message du début. Je pense d’ailleurs, en lisant par exemple votre très juste réflexion récente concernant l’un des intervenants du blog -qui est non seulement le plus sage d’entre nous, mais que je remercie de trouver les mots pour exprimer des pensées enfermées dans ma tête (derrière une « une ironie décapante (…) douce-amère », vous avez raison), je pense donc qu’il vous arrive comme moi de soupçonner une pensée très construite derrière les quelques mots qui suivent les billets. Je suis certain que Paul Jorion est le premier à repérer cela.
    Je ne connais pas bien les usages du salon de réflexion qu’a mis en place Paul Jorion, et je ne sais pas si il arrive que ce dernier, repérant quelques mots de commentaire intéressants, invite la personne à développer sa pensée. C’est pour ça que je me suis permis de le faire. Je voulais que vous nous en disiez plus.

    En dehors de ce sujet, je m’aperçois d’une chose qui me touche particulièrement sur ce blog, et dont nous sommes privés dans d’autres lieux d’Internet où s’expriment des opinions. La forme qu’a su donner Jorion à ce lieu d’échange permet plus que le dialogue, il permet ce qu’on pourrait appeler un « méta-dialogue » (du grec « méta »: après, au delà de, avec).
    Je ne sais pas si cela a à voir avec les fameuses « six fonctions de la communication » de Jakobson, que j’avais appris au lycée, mais je suis très sensible, par tempérament sûrement, à ce que dit l’émetteur de lui-même derrière les mots qu’il emploie et la forme de son discours.
    Je sais que d’autre que moi y sont attentifs aussi. Les réflexions de certains d’entre nous sur ce que dit Jorion de l’homme qu’il est, derrière ses phrases, ses attitudes physiques en interview ou les sujets qu’il traite, en sont la preuve. On parle de Jorion, mais nous sommes tous des Jorions (ou des Jorionnes!), et chacun de nous dit plus que ses mots.
    Pablo75 a créé la polémique il y a peu en soupçonnant au final ce blog d’être le lieu d’une certaine « correction de la pensée » en matière d’art, confondant correction de la forme et correction du fond.
    Cette correction de la forme que Jorion surveille, n’est que la condition nécessaire à l’expression des idées. Il est aussi la condition pour que puisse se faire entendre ce méta-dialogue qui, parfois plus que les mots eux-même, font avancer la pensée.
    Personne ne pourra faire le reproche à Jorion de surveiller la forme, après avoir bien noté qu’avant même le mot « économie » Jorion à placé l’anthropologie en tête des raisons de ce blog. On ne peut s’étudier soi-même que dans la sérénité.
    Si certains y voient de la componction, ils n’ont rien compris. Si ils y voient de la censure, qu’ils aillent se faire censurer ailleurs.

    Je parle des autres lieux d’Internet où « s’expriment des opinions », et je repense à cette phrase que pendant mes trois ans de philo au lycée, notre professeur nous répétait régulièrement: « L’opinion n’est pas une pensée construite ». Il voulait, d’une part, nous mettre en garde contre les pulsions irréfléchies qui, à l’âge du lycée, nous fait intervenir de façon péremptoire sur n’importe quel sujet avec l’assurance dédaigneuse de la jeunesse (qui croit tout savoir parce qu’elle a lu quatre phrases de Gandhi ou bien « L’écume des jours »), et d’autre part nous rappeler qu’une pensée ne se construit qu’en lien avec les autres pensées.
    Pour paraphraser Sloterdijk, que je citais à Laurence sur un autre sujet, la pensée est une réponse -avec « accusé de réception »- aux lettres envoyées par d’autres pensées.
    Une opinion est un cri solitaire qui a ses vertus, comme l’opinion publique est le cri de la foule, mais il ne faut pas confondre cela avec la pensée. La pensée est une sorte de tabernacle que nous nous confions de génération en génération depuis les grecs anciens, et dans lequel le cristal de l’humanisme se trouve protégé. Et protégé parfois de l’opinion publique.

    A bientôt de vous lire.

  25. Le texte de Jean Baudrillard « Le Complot de l’art» a paru dans le quotidien Libération
    du 20 mai 1996 ; ce texte a connu de très nombreuses traductions de par le
    monde. En France, il fut reçu assez violemment ce qui renvoya quelques réponses,
    souvent épidermiques.

    Si dans la pornographie ambiante s’est perdue l’illusion du désir, dans l’art
    contemporain s’est perdu le désir de l’illusion. Dans le porno, rien ne laisse plus
    à désirer. Après l’orgie et la libération de tous les désirs nous sommes passés
    dans le transsexuel, au sens d’une transparence du sexe, dans des signes et des
    images qui en effacent tout le secret et toute l’ambiguïté. Transsexuel, au sens
    où ça n’a plus rien à voir avec l’illusion du désir, mais avec l’hyperréalité de
    l’image.

    Ainsi de l’art, qui lui aussi a perdu le désir de l’illusion, au profit d’une
    élévation de toutes choses à la banalité esthétique, et qui donc est devenu transesthétique.
    Pour l’art, l’orgie de la modernité a consisté dans l’allégresse de la
    déconstruction de l’objet et de la représentation. Pendant cette période, l’illusion
    esthétique est encore très puissante, comme l’est, pour le sexe, l’illusion du
    désir. À l’énergie de la différence sexuelle, qui passe dans toutes les figures du
    désir, correspond, pour l’art, l’énergie de dissociation de la réalité (le cubisme,
    l’abstraction, l’expressionnisme), l’une et l’autre correspondant pourtant à une
    volonté de forcer le secret du désir et le secret de l’objet. Jusqu’à la disparition
    de ces deux configurations fortes — la scène du désir, la scène de l’illusion — au
    profit de la même obscénité transsexuelle, transesthétique, celle de la visibilité,
    de la transparence inexorable de toutes les choses. En réalité, il n’y a plus de
    pornographie repérable en tant que telle, parce que la pornographie est virtuellement
    partout, parce que l’essence du pornographique est passée dans toutes
    les techniques du visuel et du télévisuel.

    Mais peut-être, au fond, ne faisons nous que nous jouer la comédie de l’art,
    comme d’autres sociétés se sont joué la comédie de l’idéologie, comme la société
    italienne par exemple (mais elle n’est pas seule) se joue la comédie du pouvoir,
    comme nous nous jouons la comédie du porno dans la publicité obscène des
    images du corps féminin. De strip-tease perpétuel, ces phantasmes à sexe ouvert,
    ce chantage sexuel — si tout cela était vrai, ce serait réellement insupportable.

    Mais, heureusement, tout cela est trop évident pour être vrai. La
    transparence est trop belle pour être vraie. Quant à l’art, il est trop superficiel
    pour être vraiment nul. Il doit y avoir un mystère là-dessous. Comme pour
    l’anamorphose : il doit y avoir un angle sous lequel toute cette débauche inutile
    de sexe et de signes prend tout son sens mais, pour l’instant, nous ne pouvons
    que le vivre dans l’indifférence ironique. Il y a, dans cette irréalité, du porno,
    dans cette insignifiance de l’art, une énigme en négatif, un mystère en filigrane,
    qui sait ? une forme ironique de notre destin ? Si tout devient trop évident
    pour être vrai, peut-être reste-t-il une chance pour l’illusion. Qu’est-ce qui
    est tapi derrière ce monde faussement transparent ? Une autre sorte d’intelligence
    ou une lobotomie définitive ? L’art (moderne) a pu faire partie de la part
    maudite, en étant une sorte d’alternative dramatique à la réalité, en traduisant
    l’irruption de l’irréalité dans la réalité. Mais que peut encore signifier l’art dans
    un monde hyperréaliste d’avance, cool, transparent, publicitaire ? Que peut signifier
    le porno dans un monde pornographié par avance ? Sinon nous lancer
    un dernier clin d’oeil paradoxal — celui de la réalité qui se rit d’elle-même sous
    sa forme la plus hyperréaliste, celui du sexe qui se rit de lui-même sous sa
    forme la plus exhibitionniste, celui de l’art qui se rit de lui-même et de sa propre
    disparition sous sa forme la plus artificielle : l’ironie. De toute façon, la dictature
    des images est une dictature ironique.

    Mais cette ironie elle-même ne fait plus partie de la part maudite, elle fait
    partie du délit d’initié, de cette complicité occulte et honteuse qui lie l’artiste
    jouant de son aura de dérision avec les masses stupéfiées et incrédules. L’ironie
    aussi fait partie du complot de l’art.

    L’art jouant de sa propre disparition et de celle de son objet, c’était encore un
    grand oeuvre. Mais l’art jouant à se recycler indéfiniment en faisant main basse
    sur la réalité ? Or la majeure partie de l’art contemporain s’emploie exactement
    à cela : à s’approprier la banalité, le déchet, la médiocrité comme valeur et
    comme idéologie. Dans ces innombrables installations, performances, il n’y a
    qu’un jeu de compromis avec l’état des choses, en même temps qu’avec toutes
    les formes passées de l’histoire de l’art.

    Un aveu d’originalité, de banalité et de nullité, érigé en valeur, voire en
    jouissance esthétique perverse. Bien sur, toute cette médiocrité prétend se sublimer
    en passant au niveau second et ironique de l’art. Mais c’est tout aussi nul
    et insignifiant au niveau second qu’au premier. Le passage au niveau esthétique
    ne sauve rien, bien au contraire : c’est une médiocrité à la puissance deux.

    Ça prétend être nul : « Je suis nul !Je suis nul ! » — et c’est vraiment nul.
    Toute la duplicité de l’art contemporain est là : revendiquer la nullité, l’insignifiance,
    le non-sens, viser la nullité alors qu’on est déjà nul. Viser le non-sens
    alors qu’on est déjà insignifiant. Prétendre à la superficialité en des termes superficiels.
    Or la nullité est une qualité secrète qui ne saurait être revendiquée
    par n’importe qui. L’insignifiance — la vraie, le défi, le défi victorieux au sens,
    le dénuement du sens, l’art de la disparition du sens — est une qualité exceptionnelle
    de quelques oeuvres rares, et qui n’y prétendent jamais. Il y a une
    forme initiatique du Rien, ou une forme initiatique du Mal. Et puis, il y a le
    délit d’initié, les faussaires de la nullité, le snobisme de la nullité, de tous ceux
    qui prostituent le Rien à la valeur, qui prostituent le Mal à des fins utiles. Il ne
    faut pas laisser faire les faussaires. Quand le Rien affleure dans les signes,
    quand le Néant émerge au coeur même du système de signes, ça, c’est l’événement
    fondamental de l’art. C’est proprement l’opération poétique que de faire
    surgir le Rien de la puissance du signe — non pas la banalité ou l’indifférence
    du réel mais l’illusion radicale. Ainsi Warhol est vraiment nul, en ce sens qu’il
    réintroduit le néant au coeur de l’image. Il fait de la nullité et de l’insignifiance
    un événement qu’il transforme en une stratégie fatale de l’image.

    Les autres n’ont qu’une stratégie commerciale de la nullité, à laquelle il
    donnent une forme publicitaire, la forme sentimentale de la marchandise,
    comme disait Baudelaire. Ils se cachent derrière leur propre nullité et derrière
    les métastases du discours sur l’art, qui s’emploie généreusement à faire valoir
    cette nullité comme valeur (y compris sur le marché de l’art, évidemment).
    Dans un sens, c’est pire que rien, puisque ça ne signifie rien et que ça existe
    quand même, en se donnant toutes les bonnes raisons d’exister. Cette paranoïa
    complice de l’art fait qu’il n’y a plus de jugement critique possible, et seulement
    un partage à l’amiable, forcément convivial, de la nullité. C’est là le complot de
    l’art et sa scène primitive, relayée par tous les vernissages, accrochages, expositions,
    restaurations, collections, donations et spéculations, et qui ne peut se
    dénouer dans aucun univers connu, puisque derrière la mystification des images
    il s’est mis à l’abri de la pensée.

    L’autre versant de cette duplicité, c’est, par le bluff à la nullité, de forcer les
    gens, a contrario, à donner de l’importance et du crédit à tout cela, sous le
    prétexte qu’il n’est pas possible que ce soit aussi nul, et que ça doit cacher quelque
    chose. L’art contemporain joue de cette incertitude, de l’impossibilité d’un
    jugement de valeur esthétique fondé, et spécule sur la culpabilité de ceux qui
    n’y comprennent rien, ou qui n’ont pas compris qu’il n’y avait rien à comprendre.
    Là aussi, délit d’initié. Mais, au fond, on peut penser aussi que ces gens,
    que l’art tient en respect, ont tout compris, puisqu’ils témoignent, par leur
    stupéfaction même, d’une intelligence intuitive : celle d’être victime d’un abus
    de pouvoir, qu’on leur cache les règles du jeu et qu’on leur fait un enfant dans
    le dos. Autrement dit, l’art est entré (non seulement du point de vue financier
    du marché de l’art, mais dans la gestion même des valeurs esthétiques) dans le
    processus général de délit d’initié. Il n’est pas seul en cause : la politique, l’économie,
    l’information jouissent de la même complicité et de la même résignation
    ironique du côté des « consommateurs ».

    « Notre admiration pour la peinture est la conséquence d’un long processus
    d’adaptation qui s’est opéré pendant des siècles, et pour des raisons qui très
    souvent n’ont rien à voir avec l’art ni l’esprit. La peinture a créé son récepteur.
    C’est au fond une relation conventionnelle » (Gombrowicz à Dubuffet). La seule
    question, c’est : comment une telle machine peut-elle continuer de fonctionner
    dans la désillusion critique et dans la frénésie commerciale ? Et si oui, combien
    de temps va durer cet illusionnisme — cent ans, deux cents ans ? L’art aura-t-il
    droit à une existence seconde, interminable — semblable en cela aux services
    secrets, dont on sait qu’ils n’ont plus depuis longtemps de secrets à voler ou à
    échanger, mais qu’ils n’en fleurissent pas moins en pleine superstition de leur
    utilité, et en défrayant la chronique mythologique.

  26. Un vrai artiste ne recherche pas la beauté, à plaire, à être aimé…..
    Il cherche plutôt à faire réfléchir, à interpeller, parfois à choquer, à enseigner, à transmettre un message, à communiquer ses sentiments… Un artiste n’est pas un politicien qui cherche à séduire dans le but de ramasser un maximum d’électeurs dont il n’a finalement rien à foutre… Nous pouvons d’ailleurs observer la même mentalité dans les médias ; et même chez les jeunes, beaucoup cherchent à avoir des « amis » à tout prix : le narcissisme bat son plein… Mais en réalité, dès qu’il s’agit de réellement aider ou payer, il ne reste plus personne, bien que tout le monde se plaigne que rien ne bouge !… En effet, la véritable solidarité a pratiquement disparu… C’est peut-être une des causes de cette crise : personne n’est vraiment solidaire et ne veut s’impliquer, manifester pour ceux qui ont perdu leur emploi, se trouvent au chômage ou ont des problèmes… Beaucoup tombent donc dans la solitude avec plus personne (ami) sur qui vraiment compter, le nombre de suicides n’a jamais été aussi élevé… Non, moi, je ne cherche pas à plaire et je refuse l’hypocrisie, le politiquement correct, que ce soit dans le monde réel ou virtuel…

  27. Paul voulait un argument, il en a un… Et il y en a beaucoup d’autres.

    Par exemple le philosophe maudit dont le nom commence par un H. et qui dans « Qu’est ce qu’une oeuvre d’Art » (à rapprocher de « Qu’est ce qu’une chose? » évidemment) rappelle que l’Art a à voir avec la Vérité et non avec l’Esthétique (Cassirer explique très bien le moment de ce passage d’ailleurs), ce pourquoi ces chaussures ne sont pas de l’art, alors que les sabots de paysan peints par Van Gogh, si.

    Ou encore H. Arendt, qui rappelle combien les anciens Grecs (!!!) avaient peu de considération (c’est le moins qu’on puisse dire) pour ce type de production humaine (et on parle de chef d’œuvres architecturaux pourtant). Ceci pour rassurer notre réparateur…

    Il n’y a rien de plus agaçant que le politiquement correct culpabilisateur, paternaliste et sirupeux d’une certaine catégorie de personne, qui au contraire de Paul ne font pas même l’effort d’argumenter (la citation de Hegel est bien la seule chose qui puisse sauver de telles « créations » comme relevant de l’Art plutôt que de « l’entertainment »), et qui loin d’imposer leur « goût » imposent carrément leurs catégories métaphysiques, comme si elles allaient de soi, se contentant de mettre en avant le « manque d’ouverture d’esprit » dans une version « paternaliste » (ou la sacrosainte « peur de ce qui est inconnu, différent ») , ou « l’inculture crasse » dans une version « méprisante » de leur contradicteur. Ils sont tout simplement incapable d’imaginer qu’il puisse y avoir des raisons solides au fait de refuser leurs catégories métaphysiques (sur ce qui est de l’art ou ce qui n’en est pas)!

    1. Merci AntoineY. pour le texte de Baudrillard qui précède.
      Voilà du lourd, du concret. Quand Baudrillard décidait de temps en temps de nourrir la réflexion de ses contemporain, il préparait une grosse gamelle et remplissait bien les assiettes. Rien à voir avec beaucoup d’essayistes, qui lui ont hélas survécus, et qui nous jettent régulièrement un os à ronger emballé dans des bouquins écrits en gros caractères.

      C’est drôle, j’aimerais vous suivre dans votre tentative d’ouverture de dialogue avec Paul Jorion (notons que jusqu’à présent, et peut-être par manque de temps, il ne s’est pas beaucoup découvert! Quelques photos prises dans des défilés d’Alexander Mc Queen, deux ou trois phrases pour recadrer un débat qui dévisse, une réflexion presque allégorique dans son « temps qu’il fait » d’avant-hier …c’est peu), j’aimerais donc vous suivre car de récentes lectures m’ont armé sur le sujet de l’art, et qu’entre autres choses je fais profession de peintre. Une autre raison est un échange récent de courrier avec vous.
      Si je renâcle à vous suivre c’est pour une raison très simple: avant que le débat de savoir si la mode et de la haute couture faisaient ou non partie des arts, je n’avais même jamais penser à ce sujet.
      Quand aux qualités propres d’Alexander Mc Queen, c’est encore plus simple: je n’ai appris sa naissance que le jour de sa mort.

      Les quelques mots que j’ai écris ailleurs sur la classification des arts par Hegel, poursuivie par d’autres jusqu’à arriver arbitrairement à neuf, résume mon sentiment que l’art ne peut être enfermé dans quelques formes uniques. Baudrillard ne dit pas autre chose, et il me semble qu’il aurait été le premier à ne pas dénier le qualificatif d’art à la haute couture, à la pantomime ou aux ikebanas.
      C’est lorsqu’il s’agit de mettre un signe d’égalité aux enjeux des différents arts que Baudrillard aurait bien tapé de son poing lourd sur la table des débats.

      Je ne sais plus lequel de nous critique dans un commentaire le « relativisme » supposé de Jorion, coupable de mettre la haute couture au rang de la peinture ou de la musique. Il ne voit pas que le sujet est ailleurs.
      J’ai constaté que, sur le sujet de l’économie, Jorion avait pu être soupçonné il y a quelques mois d’un certain « jésuitisme » ou d’une faiblesse de constitution dans son retard à répondre fer contre fer à un texte de Frédéric Lordon (qui ne lui était pas destiné pourtant). Sa réponse suivante nous avait démontré que, loin de refuser la partie, il avait simplement poussé ses pions un peu plus loin que les autres, hors du plateau de jeu.
      La haute couture, art ou pas art? Mc Queen, artiste ou pas artiste? Je ne connais pas les arguments de Jorion puisqu’il n’a toujours pas apparu à la table de jeu. Je le soupçonne cependant d’être déjà ailleurs, à trois ou quatre coups de là.
      Et d’ailleurs Baudrillard, si on le lit bien, nous invite nous aussi à aller jouer ailleurs. Et là, je veux bien vous rejoindre!

    2. @ Jean-Luc

      Vous avez raison : lorsque l’un d’entre vous exprime ce que j’aurais voulu dire moi-même, je n’éprouve aucun besoin de le répéter. Est-ce que cela vous convient si je dis que j’ai trouvé chez laurence, Jean-Yves D. et vous-même essentiellement ce que j’aurais dit sur le sujet ?

    3. @ Paul Jorion
      Bien sûr que ça me convient, mais tout me convenait très bien avant votre petit mot, vous l’avez compris.

  28. http://insomnia.ac/essays/contemporary_art/ (navré je n’ai pas trouvé la traduction en français)

    Extraits:

    « Finie l’aventure de l’art moderne. L’art contemporain n’est contemporain que de lui-même. Il ne connaît plus de transcendance vers le passé ou le futur, sa seule réalité est celle de son opération en temps réel, et de sa confusion avec cette réalité. Rien ne le distingue de l’opération technique, publicitaire, médiatique, numérique. Plus de transcendance, plus de divergence, plus rien qu’une autre scène : un miroir du monde contemporain tel qu’il a lieu. C’est en cela que l’art contemporain est nul : c’est qu’entre lui et le monde, c’est une équation à somme nulle. La double malédiction de l’art moderne et contemporain : est celle d’une immersion dans le réel et la banalité, et celle d’une absorption conceptuelle dans l’idée de l’art.

    On devine alors vers quelle direction se tourne une grande partie des productions actuelles :

    La logique de l’inutilité ne pouvait que mener l’art contemporain à une prédilection pour le déchet – lui-même inutile par définition. A travers le déchet, la figuration du déchet, l’obsession du déchet, l’art s’acharne à mettre en scène son inutilité. Il manifeste sa non-valeur d’usage, sa non-valeur d’échange – en même temps qu’il se vend très cher.

    Conséquence de cette inutilité :

    Il est donc absurde de dire que l’art contemporain est nul et que tout cela ne rime à rien, car c’est là sa fonction vitale ; celle d’illustrer notre inutilité et notre absurdité, mieux : de faire de cette déchéance son fonds de commerce, tout en l’exorcisant comme spectacle.

    Finalement, à quoi donc « sert » l’art contemporain ?

    A l’image des politiques qui nous soulagent de la pénible responsabilité du pouvoir, l’art contemporain, par son artifice incohérent, nous soulage de l’emprise du sens par le spectacle du non-sens – ce qui explique sa prolifération : indépendamment de toute valeur esthétique, il est assuré de prospérer en fonction même de son insignifiance et de sa vanité. Tout comme le politique perdure en l’absence de toute représentativité ou crédibilité. »

    1. Vous voilà donc ailleurs, loin des défilés de mode. Là j’y entends quelque chose. Voilà un autre bon débat qui s’ouvre.

      La citation que vous faites rappelle bien que l’art contemporain, « n’est contemporain que de lui-même ». Contemporain ne veut dire que « du même temps ».
      D’où la difficulté à trouver notre cible. Beaucoup de contempteurs de l’art contemporains sont surtout critiques de notre époque. Si tout l’art de notre temps était du même acabit, si notre temps était tout entier à honnir, les choses seraient simples.

      Je ne sais plus qui (peut-être Alain Paucard, le fameux directeur du bien nommé « Club des Ronchons »que j’ai eu le plaisir de rencontrer il y a peu à l’occasion de la sortie de son « Manuel de résistance à l’art contemporain »), avait pour contourner l’obstacle, et préciser bien le sujet, décider avec à-propos de dénommer « AC » l’art contemporain qu’il voulait combattre, pour continuer malgré tout à préserver de ses coups « l’art qui nous est contemporain ».
      Je trouve cela très pratique. Je décide aujourd’hui, si je m’engage dans le débat, à appeler AC cet art transesthétique dont nous parle Baudrillard.

  29. Jean-Luc,

    l’importance que vous accordez à mes propos est tellement bienveillante…
    Il y a tant de choses à dire….
    je ne sais pas par où commencer……
    Le plus facile : au cours de ‘ la bataille-de-polochons-Alexander Mac Queen’, très vite j’ai trouvé stupéfiantes ces réactions masculines, un peu étranges, au delà de ce que nous identifiions comme facteur d’opposition . Mais c’était diffus et surtout très rapide étant-donné la dynamique un peu ‘mitraillette’ qui s’est mise en place.

    Et puis d’autres billets sont arrivés et je passais à autre chose…Mais cela ne m’a pas été permis, les intervenants revenant de manière incessante sur le sujet (merveilleux sujet souvent qualifié de ‘futile’ mais o combien révélateur, bref).

    Sujet ou objet de réflexion tellement riche et vaste et tentaculaire qu’il est difficile d’en maîtriser ici et sous cette forme (échanges +/- rapides) les différentes facettes. Il est symbolique.

    Mais sans avoir envie d’entrer plus avant dans les détails, cette petite précision que j’ai apportée me paraissait nécessaire.
    En l’écrivant j’ai bien compris que je touchais à nouveau des pistes ‘bien plus importantes’ comme vous dites mais je me suis arrêtée là.
    Monsieur Jorion avait voulu rendre un hommage et a presqu’été amené a gérer une guerre civile.
    Mieux valait m’en tenir là.

    Je ne m’étonne pas que vous ayez relevé le potentiel de reflexions que soulèvent certains concepts mais peut-être n’est-ce pas le lieu idéal pour en débattre 😀

    Pour le reste, je suis confuse.
    Je préfère ne pas trop m’attarder à comment et pourquoi mes petits commentaires sont reçus de telle ou telle manière même si ce regard sur la ‘méta-communication’ me fascine chez les autres!

    Juste ceci : la vie est courte (ou très longue -ps- j’ai cessé d’avoir 25 ans officiellement depuis longtemps) et si au cours de cette période , on ne dit pas ce qu’on SENT, je ne sais pas ce qu’il faut dire ni quand.

    Chaque billet ou article (bien sûr- quelle qualité!) m’apprend une infinité de choses mais ils gagnent en ‘valeur ajoutée’ (je suis contaminée!) grâce aux commentaires qu’ils suscitent, ce vivier, cette manne vivante et drôle et grincante et incisive et poétique et « douce-amère » ….

    Et quel esprit!!
    Il souffle en permanence mais comme une brise légère et vivifiante et… finalement indispensable.

    Chaque intervention est un trésor.

    Nous sommes des ‘Jorion’s addict’. J’assume avec bonheur.

    A bientôt

  30. Il y a plusieurs sortes d’artistes : ceux dont l’art est destiné à tout le monde et ceux dont l’art n’est destiné qu’à une élite souvent autoproclamée… Les artistes qui ne s’adressent qu’à cette élite prennent le risque de ne pas être compris par leurs pairs surtout quand ils doutent de leur « génie »… Ils se sentent alors obligés de leur poser la question : avez-vous bien compris ce que je voulais exprimer (dire) ?…

  31. Le point de vue de Paul s’explique très bien par son passé d’anthropologue et la référence à Hegel. Et il se défend aussi bien. Le point de vue de Jean-Yves s’accorde avec le sien (comme très souvent). C’est pourquoi j’ai posté ici (ça revient au même).

    Je n’ai mentionné ce texte que pour qu’il y ait les 2 « points de vue » de disponibles, Paul faisant remarquer dans l’autre billet, à juste titre, que ça manquait d’argumentation « anti-« . En me relisant je trouve le ton un peu trop abrupt (mes excuses). Surtout que j’ai visionné la vidéo du vendredi après coup… :-/

    1. Bonsoir AntoineY,
      Je pense à quelque chose après vous avoir lu.
      Vous serez d’accord avec moi que le sujet de l’art en général était un peu mal placé après le billet de Jorion sur McQueen. Mal placé au sens propre, comme un dossier mal rangé.
      Et surtout le ton employé par certains était mal placé, déplacé, collait très mal à ça: « Alexander McQueen (1969-2010) ».
      Je suis très vieux jeu. Mes parents, qui se résument aussi aujourd’hui à deux noms et quatre dates, m’ont appris le respect dû aux morts, sans considération pour ce qu’ils ont été.

      Pablo75, duquel j’aurais pu me sentir proche si il n’avait pas eu ses outrances stupides, nous a malgré tout lancé sur un sujet très important.
      Ce serait bien qu’à l’occasion d’une prochaine guignolade artistique (du genre Boltanski au Grand Palais) nous reprenions le débat. Je sens que nous avons des arguments à faire valoir, et nous pourrions tenter de convaincre quelques « artistolâtres » ou d’autres ravis de la crèche contemporaine.
      Qu’en dites-vous?

  32. Merci à Laurence pour ces précisions fort pertinentes à propos du regard des femmes sur la mode.
    Je m’étonnais d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de commentaires venant de femmes, même si les pseudos n’indiquent pas forcément le sexe des intervenant(e)s. Je ne peux évidemment vous contredire, puisque tel est votre regard, qui me semble d’ailleurs corroboré par des idées approchantes que j’ai déjà pu lire par ailleurs, même si, à l’heure ou j’écrivais, toutes ces considérations me sont sorties de la tête, ce qui bien entendu n’est peut-être pas tout à fait le fruit du hasard ! 😉

    Ce que vous nous dites finalement c’est que la présentation de la mode joue en sens contraire de l’effet qu’elle produit sur les hommes, les hommes regardant des corps-personnes qui portent des vêtements et les femmes seulement des supports de parures, parures qu’elles s’approprient en tant que spectatrices et/ou consommatrices.

    Il me semble que cela confirme l’idée qu’à travers la mode contemporaine se crée bien un clivage entre corps vêtement, même s’il ne faut sans doute pas faire de cette distinction une règle absolue — ne serait-ce que pour les hommes du métier de la mode qui eux s’intéressent bien au vêtement. Ce qui change donc, selon les sexes, c’est selon le cas l’attention pour le vêtement plutôt que pour le corps et inversement. La mode, si on l’appréhende comme un fait social total, est une institution par laquelle le monde de l’argent de l’art et du spectacle divertissant ne forment plus qu’une seule et même chose à travers des formes sensibles qui en tant que telles jouent un rôle dans la vision et la division du corps social * (et individuel) et ce d’autant plus qu’il s’agit des corps parés ce sans quoi il ne saurait y avoir de culture au sens générique et anthropologique du terme. Le vecteur de base de toute culture est notre corps, corps propre, c’est à dire tel qu’on le ressent et se le représente, et le corps vu de l’extérieur, le sien, pour ce qu’on en voit, et celui des autres.

    La mode, objet de désir, par son rituel, exerce un pouvoir en niant la subjectivité ou la présence du corps présent sur la scène de son exposition et au delà via dans les images qu’offrent ses relais médiatiques. Or il se trouve que la société capitaliste et hyperindustrielle produit et se nourrit de la tendance à la dissociation des sujet(s) d’avec leur corps de même qu’elle tend à dissocier producteur et consommateur.

    En poussant le trait — mais à peine — je dirais qu’aujourd’hui dans un système capitaliste en bout de course les corps ne sont plus bons qu’à éprouver des émotions, des sensations de l’ordre du stimuli pavlovien ou de la pulsion tels ceux que l’on retrouve par exemple dans les jeux vidéos qui mobilisent la vue, et de plus en plus le corps en son entier, pour une liberté purement factice, car paramétrée, faisant des corps les objets d’une machine, au lieu que le corps puissent se saisir d’un outil ou d’un instrument qui seraient alors l’occasion de faire travailler l’imagination, au sein d’une société qui a une histoire et se constitue en communauté politique. Le rapport de l’individuel au collectif est de plus en plus médiatisé par des artefacts qui nient les corps utopiques et leur sublimation dans la civilisation.

    On comprend alors que la place pour la subversion des valeurs, de l’ordre esthétique dominant se traduisant par le clivage corps-vêtement soit limité à la portion congrue dans un tel cadre. Même si elle demeure possible car aucune structure, aucun dispositif, se sont jamais complètement refermés sur eux-mêmes. La mode n’a pas un pouvoir si grand qu’elle puisse dominer de sa superbe tout le champ social. Et encore heureux ! Seulement la mode contemporaine a son sort lié au développement du système capitaliste. Lorsque l’institution de la mode changera ce sera sans aucun doute le signe que quelque chose est en train de changer en profondeur dans notre société.

    Les femmes n’investissent pas les corps féminins de la mode comme le font les hommes lorsqu’ils regardent ces défilés ou ces photos de mode, mais leur non investissement, leur indifférence devant ces corps est en soi révélateur d’un certain ordre esthétique, ordre esthétique constitué globalement de la vision des hommes et des femmes et qui renvoie à un certain ordre social, inégalitaire et sexiste. J’entends ici le mot sexiste en son sens habituel mais aussi au sens où l’érotisme, l’amour courtois, s’effacent devant ce qu’on appelle couramment « le sexe » . L’institution de la mode est historiquement liée au pouvoir, pour être apparue d’abord dans les sociétés de cour.

    Lorsqu’à la cour une reine ou une courtisane lançait une nouvelle mode c’était tout aussi bien la parure que la personne qui la portait que l’on voyait et imitait ensuite. A contrario les mannequins contemporain contre-exemplaires qui prennent le dessus sur les vêtement dont elles n’auraient dû être que les porteuses, confirment la règle contemporaine qui veut que vêtement soit sur scène dissocié du corps, pour des raisons in fine économiques et politiques.

    Plus en amont la mode a un rapport avec le costume d’apparat, apanage de sociétés à mobilité sociale inexistante, ou assez réduite comme dans les sociétés de cour. Le puissant qui porte son costume d’apparat lors des cérémonies est lui aussi comme dans la mode un homme ou une femme désaffectée, qui s’efface par le rituel. De ce point de vue la mode est un vestige archaïque des sociétés très compartimentées et hiérarchisées où l’effacement du corps sous le costume d’apparat résulte aussi d’un certain rapport au sacré, au religieux, lequel confère symboliquement à ceux qui sont porteurs de marques distinctives, le pouvoir, du pouvoir. C’est ici que je peux peut-être emprunter une idée développée par Paul Jorion, à savoir celle de la douleur que l’on grave dans le corps de celui qui subit le rite d’initiation lequel en provoquant l’effroi — de ce qui s’apparente à une torture — structure une vision du monde selon un mode de classification de type symétrique qui procède en réalité de l’association d’idées, propre au fonctionnement naturel de la mémoire **. La structure sociale et ses classifications afférentes plongent ainsi leurs racines dans le rite d’initiation. Il me semble que dans la mode se produit quelque chose de comparable. Les femmes mannequins doivent souffrir dans leur corps et donc forcément psychiquement, pour être à même d’assurer la fonction de mannequin.
    Vu de l’extérieur, coté spectateur, elles sont désaffectés, mais c’est en réalité l’affect qui a joué le rôle principal lorsqu’elles se plient à l’impératif de la mode qui veut qu’elles disposent d’un corps répondant à une certaine norme. A la différence des puissants qui portent les costumes d’apparat ces femmes n’ont aucun pouvoir, car c’est ici le dispositif de la mode dans son ensemble, dont je parlais plus haut, qui constitue le pouvoir de la mode.

    * Les règles de l’art, Pierre Bourdieu, Seuil, 1992

    ** Comment la vérité et la réalité furent inventées. Paul Jorion, Gallimard, 2009, pp. 28-58

  33. Heu, il y’a quand même un truc à ajouter sur l’art en règle générale.

    Un point de vue de musicien amateur : Si je travaille « Giant Steps » de John Coltrane, il va me falloir un niveau en harmonie, je ne pourrai jamais improviser si je ne connais pas les règles du II V I en Jazz, sinon je vais me retrouver aux fraises et je jouerai à côté de la plaque . Quand est-ce qu’un créateur de mode joue faux ? Est-ce que le public a assez d’oreille pour apprécier le travail des gammes, des arpèges qu’il y’a eût pour créer des vêtements ? C’est tout le problème que j’ai comme non initié au business de la mode, tandis qu’en musique, lorsqu’on gratifie Mr Kenny G d’un grammy awards et qu’il joue faux lorsqu’il s’essaie au « free », je sais que c’est de la daube ! Mon oreille ne me trompe pas : Il y’a désormais de la mauvaise musique, avec ses fautes en harmonie et ses beaux décalages rythmiques non maitrisés dans un flux de notes épouvantable, qui est défendu par des commerciaux en Art… Il y’a désormais plus de mauvaise musique en jazz qu’ailleurs, c’est mon oreille entrainée qui me le dit, l’art à ses rentiers fumeux.

  34. @ Bertrand,

    je ne peux donner que mon petit-minuscule point de vue, vous savez…
    Ce n’est pas mon domaine!! Je n’y connais rien en coupe et/ou couture , RIEN .. mais :
    ce que je peux dire (pour moi) à force de regarder assez minutieusement ce domaine depuis des années, c’ est qu’à force, on ‘sent’ quand quelqu’un a du talent (ce qui ne veut pas dire plaire tout court, et encore moins au plus grand nombre)…
    Je pensais que la réponse allait être courte 😀
    Donc, je dirais un peu comme vous : il me semble qu’aujourd’hui -par rapport a il y a 20 ou 25 ans, on monte parfois en épingle des gens qui, pour moi,( j’ insiste sur la subjectivité de mon point de vue car il n’y a pas dans ce domaine d »harmonies’, de notes et autres règles techniques de référence et en plus je n’ai pas l’oreille musicale, hélas)
    Donc, un peu comme en art, je dirais qu’il y a une sorte de sensibilisation, une évolution dans la perception et que ca devient comme ‘une émotion’ c’est-à-dire que la vision n’a plus besoin d’être cérébralisée (hum) pour être ‘intégrée ou rejetée’ , sachant que cela peut évoluer en fonction de ‘l’éducation permanente’ que nous choisissons (ou avons la possibilité) de nous
    offrir ou pas .
    Donc le ‘mécanisme’ devient ‘immédiat’, ‘instantané’.

    Houlà!!
    Ainsi moi (moi), je vois des gens qui ‘jouent faux’ .
    Alors, je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ma voisine mais j’ai l’impression qu’elle est à côté de la plaque et qu’on lui fait gober vraiment n’importe quoi.
    Est-ce parce que j’ai tort??
    Est-ce parce qu’elle a mauvais goût ???
    Est-ce parce que la Culture, dans sons sens le plus large, ne va pas en s’amélorant et que ma voisine n’est pas assez ‘éduquée’….???? Je ne sais pas.

    En tout cas, on peut dire que ,comme en jazz, on ne va pas vers le raffinement et que ca ne tend pas à s’arranger.
    Il n’y a pas de raison que la mode soit épargnée par le niveau ‘tirant vers le bas’ de la civilisation (dont elle est un puissant révélateur).

    Voilà… J’espère avoir ébauché une réponse à votre question..
    Mais vous devez atrocement souffrir, vous qui aimez la musique, en ce moment?
    (Sur ce point je suis épargnée : j’aime le silence, le chant des oiseaux et la musique populaire des années 70-80 et tout début 90 😉
    Dès 89, chute du mur de berlin,ca ne m’a plus parlé… Si vous avez des suggestions à me faire pour sortir de mon ignorance, n’hésitez pas surtout!!!
    A bientôt

  35. @ Pierre-Yves D,

    (en tapant le ‘à’ sous une autre forme: ‘@’, je me plie à un rite de ce site… sans savoir ce que cela entraîne! Aïe! Il faudra que vous me l’expliquiiez).

    Houlala!! C’est compliqué!!
    Je vais tenter quelques réponses et dans le désordre…

    une chose que je trouve étrange et que je n’ai pas évoquée, exprès, dans le commentaire auquel vous faites allusion : les individus (à gande majorité masculine me semble-t’il ?) qui répondaient au billet de Monsieur Jorion, ne ce sont à aucun moment demandé ce qu’une femme, elle, pouvait penser de ces créations (chaussures). Or après tout, c’est pour les femmes qu’A. Mac Queen avait imaginé cette parure.
    En gros la femme, première intéressée, était complètement niée. Totalement.
    Je vous laisse réfléchir…
    Deuxième chose : les intervenants ‘se substituaient’ presqu’à la Femme: ‘Oh, c’est moche’,Oh, c’est jaune’
    ‘Oh, c’est beau’ d’une manière un peu hystérique.
    Je vous laisse réfléchir …
    Troisième chose : dans les ricanements, le persiflage, moqueries etc… moi, je percevais une forme de malaise …
    Je vous laisse réfléchir…
    Et pour le reste,… ce sera pour demain car j’ai besoin de relire votre commentaire qui n’est pas d’accès super-facile ;D pour ne pas répondre n’importe comment!!

    Cet échange est bien intéressant (pour moi!!)
    A bientôt!!!

    1. Laurence, vous allez finir par m’obliger à utiliser les fameux « smileys »!
      Fond et surtout forme, vous tapez juste.

      Je m’en vais réfléchir…

  36. @Laurence,
    Vous écrivez bien vos émotions !

    « on sent quand quelqu’un a du talent » écrivez-vous, j’en suis persuadé moi aussi ! Mais lorsqu’il s’agit de haute couture, j’essaye avec mes facultés de comparer un chapeau haut de forme et une paire de chaussure de clown taille 80 avec un chorus jazz que je ne comprend pas encore, ou complètement faux ! Un jour on m’a expliqué que l’important dans la haute couture n’était pas mon ressenti, mais le travail des matériaux, des tissus, qu’aucun robot pour le prêt à porter ne serait capable de produire ! L’art était là ! Sans ignorer le talent des couturières, et comme en jazz parfois, à quoi sert un chapeau haut de forme de 2.20 m de haut, parfois en forme d’égo insolent ?

  37. Comparer…
    Pourquoi comparer? Ou je n’ai pas compris votre propos ou je vous dirais : surtout ne comparez rien! Chaque univers est singulier et s’approche de manière singulière…

    D’autre part votre ‘ressenti’ est intouchable, ‘juste’. La seule chose, c’est que votre ressenti peut toujours, au fil d’une sensibilisation , d’une proximité tjs plus grande avec le domaine auquel vous vous intéressez, évoluer.

    Cette éventuelle évolution est de l’ordre de l’intime. Et c’est imprévisible.
    Vous évoluez sans cesse. Donc votre regard évolue (tout ca à ‘l’insu de votre plein gré’) et vous découvrez un jour que vous vous sentez en affinité avec qlq chose qui ne vous ‘parlais pas’ avant. (ou l’inverse…)
    – je ne détiens pas la vérité- !!!!!!!!!

  38. @ Pierre-Yves D,

    1ère étape : le créateur (et tous les intervenants autour de lui) donne à voir ,dans un spectacle-rituel, ses créations.
    Ceci sur des ‘porte-manteaux conceptuels à caractère féminin’.
    La Femme n’existe presque pas, le vêtement, parure est mis en avant.
    ‘Une oeuvre d’art portée’.
    (Je dirai pour faire un lien avec la suite de mon propos : donc une ‘OEUVRE D’ART’ PORTABLE.)

    Il me semble que jusqu’ici, nous sommes encore, au sein de ce spectacle, dans un prolongement de l’univers du créateur. Et que tout ceci est réservé à un cercle d’ ‘initiés’. Car même si il y a des magasines spécialisés et coûteux, des shows télévisés…, il y a quand même un tas de gens qui ne connaissent pas Alexander Mac Queen ;D)

    2ème étape : tout le monde veut voir rentrer des sous, les financiers (tjs eux), en premiers.
    Donc ils distribuent, offrent ces vêtements, ces accessoires, parures etc…
    à d’ autres porte-manteaux un peu différents mais à peine :
    des starlettes, icones et autres créatures ‘people’ que les médias nous confectionnent soigneusement.
    !! 9 fois sur 10 ce sont des femmes insipides, inodores et incolores.Vaines, creuses, non-signifiantes.(comme les mannequins sauf qu’elles sont ‘connues’.)

    On les affuble donc, elles qui représentent ‘un modèle auquel s’identifier'(snif!), des robes… du créateur.
    Ces femmes-vides ont cependant -et toujours grâce aux médias- ‘réussis’.
    (chanson,cinéma, filles d’un tel etc…).
    Réussir dans notre belle société = AVOIR BCP D’ARGENT (strictement).
    Argent = pouvoir.
    Les vêtements, sur ces -femmes-qui-ont-réussis-et-ont-du-pouvoir-de l’argent-, sont désormais visibles PARTOUT : TOUS les magasines féminins, presse people, magasines cinéma, musique…. Tous ces hebdos débiles dont les gens s’abreuvent.

    Identification :
    Je veux ressembler à Britney Spears, mon idole (une femme qui a réussi-argent-POUVOIR) > je vais acheter ce qu’elle porte ou une imitation.

    Le vêtement est maintenant associé au pouvoir pour le tout venant.

    De savantes campagnes marketting* se chargent de transformer une simple envie, un désir (éros/vie) en besoin,compulsif (thanatos/mort).

    Tout le dispositif de cette société de consommation est donc mis en place afin de ‘construire’ des femmes creuses,vides,’INEXISTANTES’ comme les mannequins du début.
    Des ‘femmes’ qui ne se sentiront exister, qui n’auront l’impression d’avoir du pouvoir qu’en consommant.

    C’est bien sûr la même chose pour tout, absolument tout ce qui s’achète.

    Je pense qu’il y a bien plus qu’une rupture corps /objet dans notre société.
    Je pense qu’il y a un clair anéantissement de l’être au profit de l’objet.
    Le zombi restant ayant pour seule fonction de consommer avec cette illusion d’y gagner un pouvoir QUI LUI A ETE TOTALMEMENT retiré dans tous les domaines

    Dans les sociétés où des rituels d’initiation avaient lieu , il me semble que le but était d’être DAVANTAGE VIVANT, en gros. (Je crois)
    Notre société et ses rituels nous amènent à être toujours davantage passifs, inexistants, morts.

    Le vêtement, lui, au fil ce mécanisme, d’objet d’art (comme fruit donné à voir d’un processus créatif) devient une marchandise comme comme les autres un peu plus prestigieuse que la margarine.

    (Ceci peut expliquer en partie le malentendu qui régnait à la suite du billet de Monsieur Jorion consacré à A. Mac Queen)

    La parure-symbole- de -pouvoir n’est donc plus confiné à la cours et aux vrais détenteurs de pouvoir.

    Un des pères du marcketting est : Monsieur Edward Berneys (pas sûre orthographe) et…. devinez quoi???
    C’était le neveu de Freud.

    Désolée pour le style… J’ai tapé ‘comme ca me venait’ et c’est encore terriblement superficiel.
    ‘Les enjeux des symboles du pouvoir’ , c’est une thèse qu’il faudrait!

    Peut-être n’ais-je pas vraiment répondu à vos questions???
    A bientôt!

    1. @ Laurence

      Désolé si je répond un peu en retard à votre commentaire. Je ne devais répondre que quelques mots à Pascal, mais du coup tout le fil de ma pensée s’est déroulé ! Puis ai ensuite vaqué à d’autres occupations.

      Autre chose, juste un petit détail, mon prénom est réellement Pierre-Yves ! Plusieurs commentateurs après Paul qui m’avait nommé ainsi dans un moment d’inattention (ou lapsus) ont repris Jean-Yves », la force du mimétisme sans doute ! 😉

      En tous cas, merci de m’avoir lu si attentivement. C’est un plaisir.

      Vous avez développé un aspect de mon propos qui était seulement implicite, à savoir qu’en effet le pipole est une prolongation de l’univers de la mode. Les pipoles sont un peu des clones des mannequins et d’ailleurs parfois les rôles sont interchangeables.

      Vous dites ensuite que ces femmes ont le pouvoir de l’argent semblant alors me contredire. En réalité ce n’était pas tout à fait mon propos. Lorsque je disais que ces femmes n’ont pas de pouvoir c’est dans le sens qu’elles ne sont pas aux postes de commande du dispositif de la mode, car elles n’en sont que les instruments.
      L’argent qu’elle gagne est peu de chose par rapport aux bénéfices qu’en retirent les sociétés financières qui tiennent la mode entre leurs mains. Par contre elles véhiculent un modèle de réussite et une norme esthétique ce en quoi tient leur pouvoir, mais alors c’est encore un pouvoir qui ressortit à l’institution de la mode toute entière avec ses ramifications que vous évoquez.

      Sur la disparition de l’être au profit de l’objet, nous sommes d’accord, puisque je disais qu’il y a négation de la subjectivité.

      Concernant les rituels d’initiation il faudrait s’adresser au spécialiste, c’est à dire l’auteur de ce blog, plus compétent que moi en la matière.
      Nonobstant, pour ce que j’en sais, les rites d’initiation sont conçus comme des morts-métamorphoses, suite à quoi il y a renaissance et l’initié peut alors intégrer une place, une fonction spécifique dans la société.

      En un sens, vous avez raison, après l’initiation on devient plus vivant, car on trouve une place dans la société, une place assignée d’avance. Mais ce dont je parlais c’était de ce moment particulier dans la vie sociale qui est celui où l’homme ou la femme de pouvoir apparaît en costume d’apparat. Dans ces circonstances la personnalité propre du « costumé » s’efface derrière la fonction, le regard est impassible, et si des sentiments s’expriment, ils sont très ritualisés, si bien qu’au lieu d’avoir affaire à des visages vivants ce sont plutôt des masques. Le pouvoir a donc le visage de la mort. Le pouvoir non démocratique communique avec l’invisible.

      Pour l’initiation je faisais référence à une notion introduite par Lévy-Bruhl et reprise par Paul Jorion pour l’exploiter dans le champ de l’épistémologie des sciences, à savoir que  » … la mentalité primitive recourt aux capacités brutes de la mémoire plutôt qu’à la classification (les connaissances sont stockées « en vrac ») et que « ce qui tient lieu de classification dans la pensée primitive est une disposition à regrouper les notions selon l’équivalence de la réponse émotionnelle qu’elles suscitent ». (cf. Comment la vérité et la réalité furent inventées », Paul Jorion, p.36

      Paul en vient à dire dans ce chapitre consacré au mode de pensée primitif que l’affect, et en particulier l’affect qui s’est gravé dans la mémoire à la faveur d’une grosse frayeur organise un rapport de symétrie spécifique entre les choses, ce à partir de quoi s’établit une classification extrêmement peu ramifiée si bien qu’il ne s’agit pas de classification au sens où nous l’entendons, à savoir une organisation du savoir selon le principe de l’inclusion, qui fut explicité d’abord par Aristote.

      Dans la société primitive, et jusqu’aux sociétés non démocratiques, le pouvoir n’est pas une question, car il s’enracine dans la naturalité. La légitimité du pouvoir ressortit alors aux rites lesquels scellent par l’affect
      représentations et corps, ce à partir de quoi se distribue les places occupées par chacun dans la société.

      Nous sommes des hommes et des femmes de l’age moderne, héritiers des Grecs, nous avons par conséquent une approche rationnelle du monde humain, lequel s’y distingue nettement du monde naturel.

      Mais demeurent dans nos sociétés certains lieux, certaines institutions, ou du moins certains de leurs aspects, qui échappent à la rationalité scientifique et / ou philosophique.
      Par exemple le pouvoir présidentiel dans la République française n’est pas complètement affranchi de l’idée et de la pratique monarchique.

      L’institution de la mode avec son rite, ses sacrifices — nombre de récits de mannequins rapportent tout le parcours qu’il s’agit d’accomplir à son corps et son esprit souffrant pour assurer la fonction — est, me semble-t-il, un exemple de ces institutions qui ont partie liées avec un pouvoir qui ne se légitime de rien d’autre que du pouvoir de l’affect, qui nous affecte tous car la mode touche à ce qui nous est de plus précieux, l’usage de nos corps, corps par lesquels nous vivons, ressentons, imaginons et pensons.

      Beaucoup de choses sont mortifères, mais la mode, parce qu’elle touche l’affect et nos corps dans notre société, dans le sens que j’ai indiqué dans mon raisonnement, de façon insistante et insidieuse.

  39. Je ne pense pas que dans le fond ce soit la mode en soit qui soit critiquée, ni l’art bien entendu : je ne suis pas spécialiste de ces questions mais j’ai le sentiment que c’est plus le milieu de la mode qui est en cause, le fait qu’il y ait eu une perversion, une manipulation de l’art ; c’est la jet-set qui est (à juste titre) mal perçue ainsi que tout les gogos qui la suivent, pas les créateurs ou la mode elle-même. D’où peut-être certaines critiques violentes ici , reflétant un fort agacement, lui-même compréhensible, mais portant sur un autre sujet.

    1. Tout à fait, ce n’est pas le geste créateur que je critique, ni même les vêtements de la mode en eux-mêmes, ce d’autant plus que chacun est libre d’apprécier ou pas telle ou telle création.

      Je ne fais pas mienne la définition d’une beauté qui serait purement formelle, c’est pourquoi j’ai employé le terme de « formes de la sensibilité ». Nous nous saisissons des formes autant que nous les recevons. Les formes sont du lien, elles n’ont pas de signification en elles-mêmes. L’iconologie permet de rendre compte d’un contexte mais elle ne dit rien de l’art en tant que forme vivante. Les formes sont un passage par lequel on s’introduit dans un monde sensible, qui affecte notre rapport à nous-mêmes et au monde. La beauté passe par le regard que l’on porte sur des formes, mais ces formes procèdent elles-même d’une culture, spécifique à chaque art, et au delà de tout ce que l’on connaît et imagine du monde. Les formes sont ainsi le rapport du créateur au monde dans toutes ses dimensions, dont ses créations sont une façon de vivre, et de transformer le monde. De même le regard sur l’art est une expérience du monde, à tel point que l’on éprouve de besoin de l’exprimer à d’autres.

      Ce que je critique c’est un certain ordre esthétique, mortifère, qui ne ressortit pas à l’art tel que je viens de l’évoquer dans les lignes précédentes, mais au dispositif de la mode en tant qu’institution, ce que vous appelez le milieu de la mode, mais qui pour moi définit la mode à part entière. Sans le dispositif de la mode les créations de la mode contemporaine n’auraient pas vu le jour. La mode c’est de l’art mais en même temps toute son activité de présentation est une négation de l’art. La mode se tient finalement sur la corde raide d’une contradiction. On pourrait en dire autant de pratiquement toute les autres activités artistiques, toujours contradictoires, car la réalité est contradictoire, dialogique, mais la mode en étant liée d’emblée au monde de l’argent, du pouvoir, du médiatique par excellence, exerce une plus grande influence sur la société et affecte plus gravement nos sensibilités.

      A titre de comparaison, quelle influence ont aujourd’hui sur la société les peintres et leur peinture ?
      Elle n’est pas nulle évidemment mais elle beaucoup moins grande car il manque une éducation artistique, une pratique artistique relative à la peinture qui permettrait à plus de gens d’apprécier les oeuvres à leur juste valeur. La mode est plus accessible, car tout le monde porte des vêtements, par nécessité.
      Tout le monde n’apprécie pas les créations de la mode, mais tout le monde subit l’influence de la mode, car elle est partout.

      Evidemment dans ce que je dis de l’art, et de la mode en particulier, il y a un jugement de valeur. Mais, justement, l’art n’échappe pas au jugement de valeur, car en art tout n’est que valeur. Reconnaître une certaine valeur esthétique c’est s’opposer à une autre. L’art n’est pas seulement qu’un regard, c’est un regard qui engage, nous engage.

  40. @ Jean-Yves,

    tout est mortifère dans cette société, ‘le dispositif de la mode’ comme le reste.
    Il est juste, comme vous le dites, plus visible.

  41. Pierre-Yves, bonjour!

    je réponds à brûle pourpoint à ce qui vient de faire ’tilt’ dans vos propos :

    Je crois qu’on nous fait vivre de « grosse frayeurs » avec le désir (clair me semble t-il) qu’elles suscitent les les conséquences que vous dites !!

    ET que tout est installé pour que le pouvoir ne soit pas une question
    MAIS une approbation sans possibilité de réflexion.

    Quand à l’ « apparat » , il me semble qu’il a été uniformisé. Répendu comme la norme :

    chacun, quelle que soit sa place , son rôle , son job, sa tâche dans la société
    a adopté ‘le costume du pouvoir’. ( femmes et hommes : costume/tailleur)

    Au point que chaque mini-audace est largement soulignée par la presse :
    « Michèle obama a ‘OSE’ une robe d’Alexandre Mabille ».

    Ceci est d’ailleurs paradoxal avec le spectacle de la mode : tout le monde s’habille, se vêt (or nous savons quelle importance cela a) de la même manière (voir Monsieur Jorion quand il passe à la télé ;D)

    Ceci me pose question ou plutôt me préocupe depuis longtempts.

    Pour avoir une chance d’être entendu, il faut d’abord être ‘reconnu’ SUR SEULE BASE DE L’APPARENCE. Bref, ceci serait trop long…

    Quant aux mannequins, oui bien sûr elles s’imposent cette torture : s’affamer pour répondre au désire du ‘dispositif de la mode’.

    Il n’est pas rare d’ailleurs que cela frise la maladie mentale (anorexie) .
    Ce n’est quand même pas rien.
    Les ‘bénéfices secondaires’ doivent être diablement importants pour s’infliger cela !!

    Je serais curieuse de parler avec l’une d’entre elle.
    D’évoquer avec elle aussi les cas de suicides dans ce métier, qui ne sont pas rares. (Il n’y a pas que dans ce métier là, mais celui de mannequin est censé prestigieux et enviable, hum).

    Je relirai votre commentaire , il est très interréssant… comme toujours 🙂

    A bientôt!

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