Utilitarisme / anti-utilitarisme : quel socialisme pour la survie de l’espèce ? par Félicien Baumel

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Monsieur Jorion,

Je me permets de solliciter votre attention sur un passage très important de votre livre Le dernier qui s’en va éteint la lumière que je prends plaisir à relire et qui situe très bien les enjeux de notre siècle.

Dans votre livre, vous anéantissez l’idéal des Lumières en le situant dans la droite lignée des libertariens et conservateurs ultralibéraux « apôtres de la prise de pouvoir par le veau d’or », ceux qui provoquent le malheur du plus grand nombre (l’utilitarisme est une gouvernance par les nombres mais il est difficile d’évaluer le bonheur). Pouvons-nous nous affranchir de cette doctrine très largement répandue, jusqu’en Inde et en Chine où elle constitue le fondement des critères de la bonne gouvernance, en fonder une autre plus propice à la survie de notre espèce, ou pouvons-nous nous servir de cette théorie pour permettre une transition plus douce et plus réaliste sans avoir à livrer une bataille idéologique vaine et malvenue le temps étant compté pour renverser la tendance? « Rien ne s’accomplit sans intérêts » disait Hegel, il faut en prendre note pour ne pas se heurter à un mur d’incompréhension faute de ne pas vouloir parler un langage que tout le monde comprend. Cette question « Utilitarisme / anti-utilitarisme : quel socialisme pour la survie de l’espèce ? » s’impose d’après les caractéristiques de notre espèce colonisatrice, sociale et opportuniste en cette ère anthropocène.

C’est au chapitre « L’ennemi véritable : l’utilitarisme benthamien » que vous attaquez le fondement même de notre civilisation en déclin, vous pointez ce qui vous semble être la principale cause qui menace la survie de l’espèce : l’esprit calculateur qui éteint tout sens de l’éthique et morale individuelle. Les sociologues  font  de ce besoin mimétique de possessions matérielles, composante utilitariste des doctrines modernes, la source d’une religion constituée par cette passion de l’égalité. La morale et le bonheur sont deux sujets que les philosophes ont largement interrogés. La vie philosophique se nourrit de contradictions, de paradoxes, d’absurde, toute approche conceptuelle philosophique de la vie se trouve vouée à l’échec pour permettre à la vie de se perpétuer, c’est la violence qui dicte sa loi, pour cela la réflexion ne fait souvent que  stimuler le sentiment de vide  d’où une sorte de raffinement de la cruauté humaine, toujours plus destructrice. La pensée de Nietzsche qui touche aussi au bonheur et à la morale peut-elle avec l’exaltation de la volonté de puissance qu’elle promeut engendrer autre chose que guerre et pulsion de mort ? La violence est le moteur de l’histoire,  la puissance peut bien sûr aussi s’entendre comme force non-violente (voir Sade et les 120 journée de Sodome ; troisième journée ; « …assez maitre de lui, il sut se contenir et revint triomphant… », triomphe de la maitrise de soi et de ses pulsions ?), forme de néguentropie propice à la continuité de la vie sur Terre ?

J’ai lu sur votre blog un billet écrit par Baptiste Carré, un étudiant en science politique, paru bien avant votre livre, qui distinguait judicieusement l’utilitarisme de l’ultralibéralisme. L’utilitarisme constitue le cœur de l’économie politique, c’est la recherche de l’intérêt général, la concurrence découle de cette entropie démocratique qui pousse à l’individualisme. Adam Smith serait aujourd’hui à la gauche du PS, notamment pour ce qui concerne la progressivité de l’impôt. Il y a une véritable rupture entre l’économie politique des Lumières et cette « aristocratie de requins réussissant à faire de l’argent en quantité sans s’embarrasser de scrupules » comme vous l’avez écrit, ne serait-ce  pas de là qu’il faut partir pour tenter de refonder une société plus juste  plutôt que de retourner à l’antiquité ou à l’âge des Maori qui ont su eux profiter d’une éthique du don et contre-don que Dominique Temple relate dans son livre qui semble par ailleurs très intéressant d’un point de vue historique. Pour la survie de l’espèce, il faut aussi assurer sa crédibilité face à un auditoire le plus large possible parfois réticent à toute forme de retour en arrière : ce genre de discours malgré toute sa qualité ne permet pas de contrer les idées orthodoxes diffusées largement par les principaux médias, vous ne pouvez vous adresser qu’à une minorité de gens avec ces comparaisons et études sociologiques alors qu’il faut surtout avoir l’adhésion de la majorité pour changer nos démocraties où l’économie est la matière la plus urgente à reconstruire.

Pour comprendre ce qu’est l’utilitarisme, j’ai ouvert deux livres : Les fondements philosophiques du libéralisme de Francisco Vergara et Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique Tome II écrit sous la direction d’Alain Caillé. Le bonheur n’est pas forcément la quête la plus noble que l’Homme peut poursuivre, Kant la rejetait,  et comme F. Vergara énumère les différentes critiques de l’utilitarisme, elle est très délicate à évaluer, peut se heurter aux valeurs « sacrées » comme la dignité ou l’intégrité de la personne humaine, et ne permet plus la distinction bien/mal car repose sur des choses un peu trop physiologiques pour les élever au niveau de bien suprême. Pour le définir brièvement, malgré des divergences selon les auteurs, voyons ce qu’en dit Alain Caillé : « au sens étroit et courant du terme, l’utilitarisme est la doctrine élaborée par Jeremy Bentham et raffinée par John Stuart Mill […] Aux origines de la doctrine, selon les dires de Bentham lui-même, on trouve d’une part le matérialisme français des Lumières […] et, d’autre part, les philosophes moralistes qui forment ce qu’on a appelé les Lumières écossaises, Shaftesbury, Hutcheson, Hume et Smith. Ces auteurs professaient que le seul critère rationnel concevable de la morale et de la justice réside dans « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Seuls comptent le résultat objectif, les conséquences. L’utilitarisme représente donc la philosophie conséquentialiste par excellence ». Il ajoute que « toute doctrine utilitariste est tiraillée entre deux propositions largement antithétiques : une proposition positive, qui énonce que les hommes doivent être considérés comme des individus égoïstes, calculateurs et rationnels et que tout doit être pensé, élaboré de leur point de vue ; et une proposition normative, qui pose que les intérêts des individus, à commencer par le mien propre, doivent être subordonnés, voire sacrifiés, au plus grand bonheur général. Ou encore, tout utilitarisme mêle, en des proportions infiniment variables, ce qu’on pourrait appeler une axiomatique de l’intérêt et une axiomatique sacrificialiste, une incantation à l’égoïsme et une apologie de l’altruisme, un point de départ farouchement individualiste et une pente globalisante et holiste. Ce qui interdit de voir l’unité de la doctrine[…] c’est que chacune de ses deux composantes principales se développe selon sa logique propre en oubliant de plus en plus son autre face ».

Mais dans son Article on utilitarianism, ce que rappelle Francisco Vergara, Bentham est très explicite : « Le plus grand bonheur du plus grand nombre » est proposé comme principe, renchérit ensuite par Mill « Bentham n’a jamais songé à définir la morale comme l’intérêt personnel de celui qui agit. Son principe du plus grand bonheur concernait le plus grand bonheur de l’humanité et de tous les êtres doués de sensibilité ». L’auteur de Les fondements philosophiques du libéralisme  rappelle aussi à travers les mots de Sidgwick que « le mot Utilitarisme…semble être employé pour désigner plusieurs théories différentes, n’ayant aucun lien nécessaire les unes avec les autres et ne portant même pas sur le même sujet », il dit que les commentateurs confondent souvent les expressions d’ « utilitarisme » et de « principe d’utilité » et amalgament plusieurs choses différentes sans lien nécessaire entre elles, certains entendent une théorie psychologique (l’homme cherche uniquement et constamment son plaisir), d’autres l’utilisent pour désigner l’éthique égoïste (chacun cherche uniquement son intérêt personnel), pour d’autres c’est la préférence pour les plaisirs matériels au dépens des plaisirs esthétiques et spirituels. Il rappelle encore ces propos de Sidgwick (à ne pas confondre avec Sedgwick) : « L’utilitarisme est une doctrine éthique et non une théorie psychologique : ce n’est pas une théorie sur ce qui est mais sur ce qui doit être », soit une théorie de la morale. Autre malentendu, la confusion entre le critère éthique des utilitaristes (le bonheur de la communauté) avec celui de l’éthique égoïste (le bonheur de l’individu qui agit).

Pour en revenir à votre ouvrage, quand vous dites que le calcul d’utilité marginale consiste à savoir comment utiliser son or, vous êtes proche de la critique de Schumpeter quand il disait des utilitaristes  que « leurs idées sur le plaisir et la douleur… peuvent en réalité s’étendre au-delà de l’idée de beefsteak, mais à peine au-delà. »  Cependant l’utilitarisme ne pourrait-il pas constituer une arme redoutable contre le libéralisme, notamment sur le plan de l’éthique, vu la définition pragmatique de Richard Lee et Irven DeVore citée par vous « une éthique est un ensemble de principes explicites ou implicites tels qu’ils permettent à une société de se développer jusqu’à atteindre un certain degré de complexité, une certaine densité de la population et une certaine taille maximale de ses agglomérations urbaines » ? Walras était bien un penseur socialiste, le concept d’utilité marginale peut être un argument de poids contre la dérive ultralibérale quand c’est un avenir sombre qui se dessine pour  des bourgeois qui pensent selon leur confort (3 jours sans électricité et il n’y a plus d’eau dans les villes, la transition écologique est urgente !)

Ce qui m’a poussé à vous écrire, c’est votre commentaire amical après votre rencontre avec Martin Schultz, car vous dites en effet des choses agréables à son propos, et dans votre livre vous dites aussi que Bentham devait être un individu charmant d’un commerce agréable. Schultz et Bentham incarneraient donc individuellement une forme de plaisir  mais ne pourraient provoquer que le malheur pour la communauté? La nature est une salope si vous permettez ce petit écart qui reflète pourtant bien ma pensée.

Je m’interroge aussi comme tous vos lecteurs sur la survie de notre espèce, je crains que la situation soit irrémédiable et que les générations suivantes ne pourront de toute façon pas avoir une vie digne, confinées dans des espaces artificiels, esclaves. Là aussi l’utilité est une grille d’analyse pour la survie de l’espèce, faut-il vivre coute que coute ? Je considère que la mort est bienvenue, salutaire pour la sérénité de l’homme car nous ne pourrions pas vivre sans savoir que nous allons un jour mourir, mais pour l’espèce c’est différent, il n’y a pas d’âme collective comme vous l’aviez déjà dit. Des robots seraient plus à même de nous remplacer dans cet environnement de plus en plus hostile à la survie. Cependant je ne me sens pas dans ce lignage, même s’ils sont construits avec nos impôts par l’armée ou par les bénéfices des multinationales, je renie toute filiation avec ces conquérants déjà vaincus par leur principe même de répondre à des besoins jamais satisfaits, leur utilité obsolète, leur raison d’être n’est que la cause de notre extinction : productivité et répression. Et cela va en s’accélérant, Emmanuel Macron a lors de son meeting de campagne à Lyon fait une seule proposition chiffrée, augmenter jusqu’à 3% du pib les dépenses de l’armée.

Les lois de la physique sont parfaites pour qu’apparaissent un jour la vie, le libre arbitre c’est l’espoir et rien n’indique que nous survivrons à des forces qui nous dépassent. Les prières on le sait ne peuvent changer le monde pourtant une union est nécessaire pour coordonner les actions humaines si l’on veut s’en sortir, un peu à la manière d’une symphonie musicale. Un être rationnel est un être sensible pourtant l’homme est peut être l’animal le moins rationnel ce qui lui permet de se doter de croyances qui stimulent le sentiment amoureux, la bienveillance, l’entraide, ou la haine et la méchanceté. Ce qui fait que toute tentative philosophique d’appréhension du monde par des concepts abstraits est vouée à l’échec, c’est le fait que le cosmos nous reste inconnu et ce très probablement pour toujours, le mythe de Sisyphe d’Albert Camus explicite bien notre situation et il faut résister pour ne pas vivre à genoux, vouloir la vie absurde. Nous ne saurons jamais pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Bonheur et morale sont des questions légitimes dans ce contexte.

Ce débat sur l’utilitarisme touche aussi aux questions d’actualité, le revenu universel par exemple me parait être une quête du bonheur plus que de justice, alors que la gratuité que vous défendez serait plutôt l’inverse.

Keynes et Walras étaient tous deux amoralistes, vous êtes un des rares à faire état de la morale dans ce domaine. Vos livres ouvrent de nouvelles perspectives et malgré la difficulté de vous suivre car vous semblez parfois user de quelques contradictions (mais je n’ai peut-être pas toujours saisi les nuances de vos propos) c’est utile pour comprendre un peu mieux l’humain qui a déjà basculé dans l’abime et qui a ses raisons de ne pas vouloir voir les choses (comme la vie en commun) en face tant l’avenir peut  paraitre effroyable, les faits inquiétants, pour profiter tant bien que mal des derniers instants de cette civilisation selon les principes que les puissants ont inculqués. Y a t-il du bonheur sans morale, sans éthique? Le bonheur décroit avec trop de richesses, il peut être illusoire et contrefait, si les riches ont besoin de tant d’excès c’est qu’ils sont en crise, ne profitent de leurs privilèges que sous le regard des envieux, ils vivent entre eux pour se démarquer des autres, ont un problème d’égo que leurs lingots ne pourront jamais combler tant il en faut toujours plus, la compétition fait d’eux des perdants, ils perdent la raison.

L’anti-utilitarisme me parait être une approche réactionnaire malgré tout son intérêt. Le socialisme du XXIème siècle ne peut qu’être utilitariste. L’espoir et le bonheur sont bien distincts, le bonheur est la condition de la survie et les pires difficultés ne l’empêchent pas de se manifester, c’est même parfois dans l’épreuve que l’on ressent la satisfaction d’être un homme quand nous arrivons à œuvrer et à nous organiser collectivement. En repensant la devise républicaine pour l’orienter selon les pratiques de décence commune et de sobriété, la société peut se stabiliser en permettant à chacun de vivre selon ce que la nature permet et dans les limites que l’on connait désormais. La justice et le bonheur requièrent les mêmes pratiques, n’est-ce pas ça le socialisme ? C’est ce que nous voulons, ce que nous cherchons et ce qui doit advenir pour que l’homme survive, puisse l’homme comprendre que la vie en société n’est pas qu’autodestruction par le travail et le capital, qu’une production plus altruiste de biens et services nous sortent de ce consumérisme et ses artifices.

Partager :

42 réflexions sur « Utilitarisme / anti-utilitarisme : quel socialisme pour la survie de l’espèce ? par Félicien Baumel »

  1. Utilitarisme et biais cognitif.
    Quand on aime pas les chiffres, moins y’en a et moins on les retient. A part les chiffres romains on en trouve qu’un dans ce texte, le chiffre 3, deux fois, et s’il n’en était qu’un dans le discours de Macron à Lyon, c’était un 2 et pas un 3 %.

    1. Vigneron il y a 9 de vos commentaires sur 10 où quand je le lis, j’ai l’impression d’avoir sauté 1 000 000 de pages (et c’est sûrement très vrai). Ça va, il m’en reste un à saisir.

      Utilitarisme = bonheur du plus grand nombre ? = SOCIALISME !
      Le reste , balivernes !
      Hoplaaa 😀

      1. Le socialisme, c’est la fin des rapports d’exploitation, la démocratie qui met fin au féodalisme économique. Ce qui est très grave en France, c’est qu’aucun des grands candidats ne le fixe comme objectifs. Ils ne cherchent que des postes pour leur carrière et celles de leurs lieutenants, donc suivent une opinion encore anesthésiée par la trahison du projet socialiste par les sociaux démocrates comme les staliniens.

        Jospin l’avait écarté, Hamon pareil, et aussi Mélenchon qui l’a éliminé de son programme, tout comme d’ailleurs l’écosocialisme, concept élaboré il y a plus de dix ans, et plus chaque jour essentiel. Alors que la crise appelle à dépasser au plus vite le capitalisme, nos politiciens démontrent leur parfaite soumission et opportunisme, sans aucune vision d’émancipation ni d’avenir.

      2. L’écosocialisme 😀
        Bon je moi je serais plutôt genre un jardinier totalitaire !
        no limaces nos escargots quoi
        Essayez de faire l’économie de l’éco voyez…

      3. Bravo Vigneron tu viens de trouver l’exercice qui aurait pu permettre l’union de la gauche suite à un face à face Hamon-Mélenchon constructif. 😉

    2. C’est surtout que ça n’a rien à voir avec l’utilitarisme et tout à voir avec le biais cognitif et que, de plus, les 2% otanesques de Macron à Lyon eux-mêmes ont plus à voir dans le texte avec la choucroute garnie ou le poil sur un œuf qu’avec Jeremy Bentham.

  2. Soyons simple, clair et concret:

    Au commencement, la Terre et ses ressources, étaient Biens communs de l’Humanité.

    Au cours du temps, les plus forts en on fait leurs propriétés privées, vendues et revendues…

    Le Capitalisme, s’est bâti sur « si t’en veux, tu payes ».
    Fatalement il conduit à la destruction de l’éco-socio système…

    —————————

    Constat : La Terre est notre Maison commune.
    Fatalement on doit l’entretenir.

    Comment faire ?

    La collectivité rachète les « Ressources » (avec du papier monnaie).

    Elle en revend des droits de propriété d’usage : « si t’en veux, tu payes à la collectivité» => Rente.

    Cette Rente finance l’entretien de l’éco-socio système, qui devient le 1er secteur économique.

    Les entreprises privées y ont libre accès.
    (c’est bien sur encore utopique…)

  3. Une petite remarque.
    je ne suis pas sur que Nietzche fut un promoteur de la volonté de puissance , il me semble qu’il se contentait de manifester seulement qu’il voyait cette volonté de puissance partout à l’oeuvre et qu’il lui trouvait du sens.
    De plus, la nature de cette volonté de puissance, telle qu’il la definissait etait beaucoup plus vaste et positive que l’egoisme, le besoin de domination, la destruction.
    Plus tard, le philosophe Gille Deleuze dans ses commentaires sur Nietzche allait opposer  » volonte de puissance » à « volonté de pouvoir sur autrui »; volonté de puissance etant volonté de developper une faculté ( mieux peindre un paysage , escalader une montagne difficile ) et volonté de pouvoir , le fait d »essayer d’empecher l’autre de realiser quelquechose…
    Malheureusement , un peu avant Deleuze , hitler semble avoir fort mal compris la subtilité Nietzschéenne…dommage.

  4. Votre billet , en ce qu’il évoque le mode  » libéral » de résoudre les impacts néfastes potentiels de l’utilitarisme , m’encourage à recycler ce pensum dont je m’étais fendu ici , en un temps où j’arrivais encore à rester concentré près d’une heure :

    http://www.pauljorion.com/blog/2012/10/16/les-forces-collectives-proudhoniennes-un-complement-a-misere-de-la-pensee-economique-par-jacques-langlois/#comment-371300

  5. Il y a comme une tension entre le désir d’acte du « libera me » final, et l’emploi récurrent du verbe être, « le bonheur est la condition de la survie », etc.

    Les pratiques qui sont les nôtres, libérées des besoins de la survie de l’autosuffisance, explorent des chou-fleurs intellectuels, ou des vanités consuméristes, ou des versions de l’homme aplaties dans des smartfaunes, au point d’en être un peu animales. Malheureusement, il n’y a pas, pour accomplir une pratique simple et souhaitable, de pelle magiquecapable de prendre du CO2 dans l’air et en l’enfouissant (sous forme de calcaire par exemple), ce qui donnerait du plaisir simple à pas mal de gens. Ni de job de monteur de panneau solaire pour 10 millions d’européens.

    Sauf seuil que je n’entrevois encore pas, je ne nous vois pas nous acheter un destin fantastique.

  6. Impossible de définir la notion de bonheur et en plus on l’utilise dans deux versions (une collective et l’autre individuelle) d’ou la plus grande confusion.
    Peut être devrions nous commencer par chercher à reformuler :
    -la Paix (dans le sens ressentiment minimum entre individus ou groupes d’individus) au niveau collectif
    -la Sérénité (dans le sens accord avec soi même, adéquation du mode de vie avec ses propres valeurs) au niveau individuel.

  7. Je n’ai pas compris l’utilité d’explorer la philosophie de l’utilitarisme ou de l’anti-utilitarisme dans les circonstances où nous sommes.

    De mon point de vue, les contraintes sont au nombre de trois :
    1. Nécessité urgente de limiter l’empreinte de l’humanité sur la Nature, sachant que nous sommes collectivement en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, mettant en danger peut-être jusqu’à l’avenir de notre espèce
    2. Aucune chance de réussir cette limitation sans prendre en compte les intérêts non seulement de l’espèce, mais de l’ensemble des individus qui la composent – en d’autres termes une méthode de limitation qui mènerait à écraser une partie de l’humanité non seulement serait moralement dégoûtante mais ne fonctionnerait même pas
    3. Impératif de développement de nouvelles technologies qui permettraient de respecter à la fois les deux conditions précédentes, sachant qu’elles n’existent pas encore

    La première contrainte n’appelle pas de commentaire particulier, elle est scientifiquement suffisamment documentée.

    La deuxième découle non seulement d’impératifs éthiques mais aussi pratiques, car si une partie de l’humanité était « passée par pertes et profits » elle ne manquerait pas pour (tenter d’) assurer sa survie de faire exploser tous accords de limitation de l’empreinte humaine sur la biosphère qui auraient été décidés par ailleurs. Ne pas sacrifier une partie d’entre nous est donc non seulement une évidence du point de vue moral, mais une condition nécessaire du succès.
    Une dystopie du type politique de sauvegarde d’un groupe donné face à l’effondrement écologique, au détriment du reste de l’humanité, ne serait donc pas seulement un projet élargissant et dépassant le nazisme historique, elle serait une contradiction dans les termes.
    L’argument est d’importance notamment pour convaincre la partie la plus riche de l’humanité que sa sauvegarde et préservation au détriment des plus pauvres est impossible.

    La troisième contrainte est moins souvent évoquée, mais doit être regardée en face quoi qu’il en coûte : il n’existe actuellement aucune solution technique au problème « faire vivre dix milliards d’êtres humains avec un niveau de vie approchant même de loin le niveau moyen des actuels pays développés et de manière durable par rapport à la planète ». Les principaux points d’achoppement sont les ressources, en énergie, en terres arables exploitées de manière durable, en minéraux recyclés en boucle fermée. Sur la question énergétique, qui n’est que la première parmi trois, il est en particulier indispensable de ne pas s’illusionner sur les actuels renouvelables qui _dans leur état de développement actuel_ ne peuvent en aucun cas répondre au besoin.
    Ce qui ne signifie évidemment pas qu’il est temps de se faire une raison et d’accepter la fin de notre monde humain. Cela signifie en revanche qu’un effort majeur de recherche est indispensable à toute solution de survie d’un monde humain qui ne ressemblerait pas à « The Road » (film de 2009), qui ne soit donc pas « humain » au seul sens de « peuplé d’un nombre (limité) d’êtres humains » mais encore « permettant de vivre les valeurs les plus élevées de l’humanité ».

    La première contrainte est écologique. La seconde porte sur une certaine forme de socialisme. La troisième est techno-scientifique.

    La seule voie de survie envisageable d’un monde humain ne peut être qu’une écologie socialiste et techno-scientifique.

    Ceci posé, reste le « comment » bien entendu… Mais entendons-nous du moins sur l’énoncé de l’objectif.

    Au sujet de l’utilitarisme, je note tout de même que la nécessité d’une écologie, d’un socialisme et d’un effort techno-scientifique peut être défendue sans recourir à des arguments de type philanthropique. L’égoïsme suffit, à ces deux conditions il est vrai impératives : qu’il soit d’une part éclairé, d’autre part qu’il vise le long terme.

    C’est cette deuxième condition qui personnellement m’inquiète.

    1. La guerre est le risque majeur d’effondrement selon moi, et le plus proche, arrivant par force avant les autres. Qui serait au-delà d’une guerre totale ou mondiale, absolument inactuelles version XXe, non, une guerre d’extermination, de barbarie au cube, du fort sur le faible évidemment, comme toute barbarie qui se respecte, ne serait-ce que pour qu’il ne puisse être dit un jour quelque part que l’Homme a subi son extinction sans y mettre sa touche finale, personnelle, un peu de sa Grandeur divine, la marque de sa Volonté, the Human Touch, une dernière trace indélébile.
      Mais bon, j’suis ravi néanmoins de voir qu’au Gal Mattis on un ait pris la précaution d’adjoindre un deuxième garde-fou haut gradé et lettré auprès du Donald…
      J’ai tendance à faire confiance à Robert Kaplan sur le bazar.
      https://www.bloomberg.com/politics/videos/2017-02-21/who-is-national-security-adviser-general-h-r-mcmaster

  8. Pour développer les conditions d’un « égoïsme lucide » que j’évoquais plus haut, notamment la nécessité de penser au long terme, et il faudrait à vrai dire en être obsédé, je crois que l’illusion de la « vie qui continuera bien encore comme jusqu’ici, allez » est le pire blocage. Celui qu’il faudrait fracasser.

    Deux exemples criants :

    – On continue à contracter des emprunts immobiliers en s’endettant sur vingt ans. Mais dans vingt ans, et probablement bien avant, les revenus de la grande majorité d’entre nous auront été écrasés, ne serait-ce que par la chute de l’approvisionnement mondial en énergie, carburant indispensable de l’économie ! Ceci sans même parler d’automatisation ni d’autres facteurs. Le remboursement de ces emprunts sera alors littéralement impossible pour la majorité

    – On continue à se disputer sur l’âge de départ à la retraite, 62 ans, ou 60, voire 65 ou 67 ? On continue même, avec une naïveté confondante, à épargner pour sa retraite. Si l’on a 56 ou 58 ans, cela peut à la limite se comprendre. Mais si on est dans la quarantaine comme moi, pour ne rien dire des plus jeunes, c’est illusion pure et simple. Il n’y aura tout simplement pas de retraite pour cette génération, à quelque âge que ce soit – même s’il pourrait y avoir chômage de durée indéfinie, certes ! Voire vie nettement écourtée, regardons les choses en face.

    Tout cela n’est pas pour dire qu’il faudrait arrêter d’acheter des logements ni d’épargner ou de parler de retraite, mais bien que ces soucis – recommandables en eux-mêmes bien entendu – n’ont aucun sens dans un monde qui est sur sa trajectoire actuelle. La première mesure en faveur des retraites par exemple, au sens de préalable impératif pour que la discussion des futures retraites ait le moindre sens… est précisément l’indispensable écologie socialiste et techno-scientifique.

    Un effort de réalisme pourrait voire devrait commencer par une modélisation un tant soit peu réaliste de l’avenir de l’économie, française, européenne ou mondiale comme on voudra, si la trajectoire actuelle reste suivie. Une modélisation qui soit suffisamment simple pour être crédible – si imprécise – et qui permette d’en arriver à des conséquences individuelles concrètes.

    En pratique, rien qu’avec les contraintes énergétiques, il est très probable qu’on en arriverait à des conclusions du genre « la croissance moyenne sur les 20 prochaines années sera comprise entre -2% et -1% » – je sors ces chiffres de mon chapeau, mais ce sont des valeurs vraisemblables. Les conclusions en terme de revenu disponible, de retraite, de solvabilité etc. en découleraient facilement, ceci pour tout un chacun.

    Au moment où la majorité de la population, la majorité des élites politiques et économiques, serait convaincue que tel est l’avenir, au moment où l’imaginaire sur l’avenir individuel concret deviendrait celui-là, il pourrait devenir plus facile de défendre des mesures politiques fortes pour y parer. Par exemple, réserver une part significative des fonds de retraite aux investissements dans la recherche et développement de solutions techniques de durabilité, ou autre mesure tendant à financer le genre de « projet Manhattan » ou « projet Apollo » visant à rendre notre civilisation technique durable.

  9. faire de la politique , ou pas..

    Question, à mon sens, posée aux deux protagonistes Melenchon et Hamon…

    Aussi bien à l’un qu’à l’autre.

    Aussi bien bien à leurs suporters respectifs, qu’à ceux des autres…

  10. Les français sont cons, mais particulièrement cons en économie, en tout cas une bonne moitié des français qui s’apprêtent à voter pour des programmes pas sérieux, farfelus, folkloriques !

    La preuve ? Un dézingage en règle du programme économique de Mélenchon (en particulier, mais ils y en a aussi pour Hamon, comme cela pas de jalousie chez les frères ennemis de gauche) chez les experts de BFM business ce matin.

    Vers minute 26 :

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/audio/bfm-2102-les-experts-368630.html

    Ben oui, 40% des français ne savent pas répondre à la question : combien avez vous au bout d’un an lorsque vous avez placé 100€ à 2% ? Terrifiant comme ces français sont cons !

    Comme ces experts en viennent à le dire, il faudrait établir un permis de voter. C’est bien ce que je pense depuis longtemps, mais pas pour les mêmes raisons qu’eux.

    En effet, nos économistes du “cercle de la raison”, adhèrent à la croyance quasi religieuse que leur système économique fondé sur une croissance perpétuelle de l’ordre 2% par an sur une planète finie est durable sur la longue durée. Tout étudiant du secondaire peut calculer simplement qu’une croissance de 2% sur les temps historiques (disons 1000ans), correspond à un coefficient multiplicateur de l’ordre de 400 millions. Mais ce sont ces gens là qui traitent les autres d’imbéciles ! Oui au permis de voter, mais pour ceux sont vraiment raisonnables, et pas à ceux qui font passer leurs croyances sectaires pour de la science.

    1. Cela fait de années que sur ce blog je dis qu’il faut changer la nature de la rente en la passant de financière à sobriétaire (faire mieux avec moins), je peux voter là?
      J’oubliais une petite chose: je suis Belge, c’est con ça.

    2. Comme ces experts en viennent à le dire, il faudrait établir un permis de voter. C’est bien ce que je pense depuis longtemps, mais pas pour les mêmes raisons qu’eux.

      Ah oui, ceux qu’écoutent BFM Business quand c’est Artus qui fait du p’tit bois du « programme économique » de Monsieur, z’ont plus de points sur leur permis de voter. Mais les ceusses qu’écoutent BFM Business quand c’est Berruyer et Sapir, on leur file des points gratis pour qu’ils aillent voter pénien ou Monsieur ?

      1. Moi j me dis, en écoutant ça, et en te voyant mitrailler contre Monsieur comme en pleine panique, qu’y en a qui craignent plus la surprise méluche que la lepen 🙂
        Ya quand même des sondages bizarres qui le donnent à 18%, rien que ça ça doit en empêcher de dormir plus d’un.

      2. T’sais quoi ? Les sondages c’est un peu comme les avions ricains dans le Pacifique qui rentraient troués ou pas troués par la DCA ou les Zéros nippons ou qui rentraient pas du tout. C’est ces derniers qu’il fallait ausculter pour savoir où renforcer le blindage et pas trop s’occuper des trous dans les ailes des premiers. Ben le ou les avions qui rentrent pas là c’est le ou les sondages qu’on voit pas et qu’on aimerait voir. Soit ? Ben oui, Monsieur/Pénienne et Hamon/Pénienne au second round. Et là on verrait comme il est lège le blindage…

      3. Tiens un sondage tout chaud et pas bizarre, le macron s’effiloche, le fillon se requinque et le Hamon montre son vrai visage. Moi ce que je retiens surtout c’est la fameuse permebilté Melenchon lepen qui est bien prise à défaut seul 4% des votant de mélenchon 2012 (a peine 2 en flux net) sont passé chez lepen tandis qu’on a 11% (8 en flux net) des votants hollande qui sont passés chez madame. Pour le syphonage de Mélenchon par Hamon vous repasserez 2% en flux net (15-13).

        http://elabe.fr/wp-content/uploads/2017/02/21022017bfmtv_lexpress_intentions-de-vote-presidentielles-vague-2.pdf

    3. Arff Madelin voila l’expert lolololol Parfois je me dis que la déchéance de nationalité on aurait du la rendre accessible aux volontaires, ceux là ils nous trouvent tellement cons qu’ils auraient couru se la faire enlever 🙂

      1. Pour répondre sur le fond, il est normal que les français se gourrent sur le calcul des intérêts pour deux raison :
        Une grande partie n’a jamais eu 100€ à placer
        Ceux qui restent récupèrent 95€ au bout d’un an une fois les frais banquaires et la csg déduits.

  11. « …la société peut se stabiliser en permettant à chacun de vivre selon ce que la nature permet et dans les limites que l’on connait désormais. »

    Le standard de vie occidental requiert une quantité d’énergie par tête d’habitant bien supérieure à ce que peut fournir la planète si l’on veut appliquer ce standard aux 7,4 milliards d’individus, sans compter qu’il est urgent de réduire la consommation d’énergies carbonées.
    Il n’y a donc pas 36 solutions, ou l’on réduit fortement notre empreint écologique (nous les « occidentaux ») ou la population mondiale va s’effondrer (guerres, épidémies, famines..)
    Je ne vois hélas que des candidats présidentiels qui ne nous parlent que de croissance (et qui suivent en cela l’opinion dominante)

    Que Sera, Sera,
    Whatever will be, will be
    The future’s not ours, to see

    1. Se faire élire suppose d’être compris du grand nombre.

      Le grand nombre est incapable de « comprendre » autre chose que ce qu’il connait déjà. Un politique au discours trop décalé n’a aucune chance d’être élu.

      A supposer qu’un politique ait compris le Problème et sa solution , il doit donc surtout ne pas en parler pour avoir une chance de se faire élire (Mélenchon est le moins éloigné de cette hypothèse, les autres ne comprendraient même pas ce que j’écris)

      ( La solution, ce n’est pas le plus compliqué. Des spécialistes de la connerie humaine, encadrés par des écologistes et des vrais économistes, sauraient trouver.
      Le plus compliqué est que ça suppose de retourner ensuite les esprits dans le bon sens, et donc de disposer des médias actuellement utilisés pour vendre du coca cola)

      1. Le plus grand nombre « incapable de comprendre autre chose que ce qu’il connait déjà », la spécialisation sur la « connerie humaine » nécessaire pour manipuler les esprits afin de diriger les présumés incapables à l’insu de leur plein gré… votre mépris du plus grand nombre, c’est-à-dire du peuple, est impressionnant.

        Vous devez estimer bien haut vos propres capacités.

      2. Jacquot,

        Preuve que la connerie existe: On investit 30 milliard par an dans la pub, dont la matière première est la connerie humaine. Même moi j’y suis inconsciemment sensible. Comme quoi…

        Que le plus grand nombre soit incapable de comprendre autre chose que ce qu’on lui met dans la tête, est aussi un fait.
        D’ailleurs, les politiques l’ont bien compris: La plupart racontent n’importe quoi, changent du jour au lendemain, ont démontré leur incompétence, et quantités de gens vont voter pour eux! Comment expliquer ça, sinon…

        Je ne méprise pas le peuple, j’ai juste les yeux ouvert. On est comme on est, c’est pas de notre faute.
        Je voudrais même qu’il soit heureux.
        La plupart ne comprennent rien à la manière dont ils se font avoir. Pourtant il leur en faudrait bien peu. Raaah les cons, s’ils savaient… Même Jésus l’a dit (avec plus de tact il est vrai)

      3. @ Hippolyte,

        Du désespoir, plutôt que du mépris. Je comprends mieux 🙂 j’avais cru au premier abord déceler du mépris dans ce que vous exprimez.

        Personne n’a « la » solution pour transmettre à la majorité l’urgence d’agir pour rendre notre civilisation industrielle durable, à tous points de vue : écologique, énergétique… Probablement parce que personne n’a encore réussi à vraiment faire rentrer dans la conscience publique la réalité que notre chemin actuel mène non seulement à une impasse, mais à un effondrement.

        Pour parler aussi du positif tout de même, la nécessité de diminuer drastiquement les émissions en GES est du moins bien acceptée, largement parmi les Européens si pas parmi tous les Américains notamment pas leur président – et je ne parierais pas sur les Chinois. C’est un premier pas, quoique en lui-même très insuffisant. Donc les choses sont en train de bouger, quoique à la vitesse d’un glacier, hélas.

        Là où je ne suis pas d’accord avec vous, c’est quand vous semblez imaginer un aréopage d’experts qui définissent entre eux une solution vers laquelle ils guideront le peuple par diverses tromperies.

        Je n’y crois pas du tout :
        1. Ces prétendus experts ne sauraient tout simplement pas définir cette solution. Il y faudra un effort de recherche phénoménal, et pour cela des crédits en proportion, qu’il ne peut être question d’obtenir sans le soutien de la majorité. On ne lance pas un programme Apollo par des conciliabules, on le lance en galvanisant un ou plusieurs peuples
        2. Quant à la partie sociale des changements nécessaires, non seulement un petit groupe ne saurait probablement pas les imaginer, car il faudra de l’intelligence collective y compris venue du terrain et des praticiens, il ne saurait certainement pas convaincre de les implémenter.

        Il faudra des hommes d’Etat, des visionnaires et des prophètes pour mobiliser notre humanité et donner envie à chacun de contribuer aux changements nécessaires. Pas une aristocratie d’experts, ni d’ailleurs une technocratie dictatoriale comme celle qui gouverne la Chine.

        Mais la première étape comme je le disais plus haut, c’est de briser l’illusion de « la vie qui continuera bien plus ou moins comme avant, vaille que vaille, alleeez ». Ce à quoi Paul Jorion et quelques trop rares autres s’emploient, mais qui est très loin d’être fait, hélas.

      4. Faut pas surestimer le programme Apollo (promu par L. Johnson auprès de Kennedy). D’abord et surtout c’était un programme de guerre, soft et hard, en pleine guerre froide et son coût total actualisé pour la Nasa entre 61 et 70 n’est que de moins de 300 Mds (3 % du budget fédéral annuel en moyenne).

      5. ok vigneron, va pour 11milliards.

        Mais pourquoi m’affublez vous de « gagnot » ? C’est une amabilité, mais de quelle nature?

      6. jacquot,

        Je n’ai pas dit que de définir pour ainsi dire un nouveau type de société était simple, mais c’est jouable, en y mettant les compétences adéquates. Le comportement des humains est connu, et on sait les manipuler pour le pire mais aussi le meilleur.

        Mais si les capitalistes (qui dirigent le monde) savent tirer profit du pire, le meilleur ne leur est d’aucun intérêt.

        Si parallèlement a une conversion du tissu économique du toujours plus,(croissance, profit) pour du toujours moins et mieux,
        les médias diffusaient que « le bonheur est dans la sobriété », plutôt que « le bonheur est a celui qui a la plus grosse » la nouvelle génération sauterait le pas.

        Mais c’est parfaitement impensable dans un système capitaliste… On en revient toujours là.

    2. @Hippolyte et @Jacquot
      Le mot « incapable » est peut-être excessif, mais force est de constater qu’il est très difficile d’envisager les changements radicaux qui résulteront de la crise à venir. D’autant qu’il n’y a pas – ou peu – de modèles alternatifs, ou de modèles attractifs.
      J’avais parlé en un temps d’un retour vers la terre, genre Kibboutz, sociétés paysannes, …
      Lorsque Descartes disait que l’homme doit se rendre comme maître et possesseur de la Nature, il pensait d’abord et surtout à ….ne pas seulement à désirer (cette maîtrise) pour l’invention d’une infinité d’artifices, …, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie….
      (Il faut lire la citation complète)
      Cette infinité d’artifices, nous l’avons, et bien au-delà de ce que Descartes imaginait. C’est à cela qu’il va falloir renoncer. C’est à dire renoncer à l’hubris, ce qui est exactement le contraire de ce que prônent les vendeurs de Coca Cola. Mais l’on peut et l’on doit garder les choses utiles au bien commun; la culture, l’éducation, la médecine.
      Et c’est là que les intellectuels, les politiques et les scientifiques doivent produire du concret et du désirable. Mais pas du désirable marchandise, du désirable vivre ensemble.

      1. @ MerlinII,

        Je connais peu l’agriculture – attention c’est une litote – mais j’ai cru comprendre que même si l’agriculture la plus durable et biologique tend à demander davantage de main d’oeuvre que l’agriculture la plus industrielle, la différence n’est tout de même pas énorme. Le passage à une agriculture durable mènerait probablement à inverser la diminution continue de la paysannerie française – et plus généralement mondiale – dans les dernières décennies, mais de toute façon on parlerait toujours d’un faible pourcentage, en tout état de cause moins de 10% de la population active.

        Donc le modèle « kibboutz et retour à la terre », je n’y crois pas du tout.

        Produire du concret et du désirable, bref donner espoir et envie, ce sera indispensable. Je ne crois pas en revanche que les scientifiques soient bien placés pour cela. Des hommes d’Etat, des visionnaires et des prophètes (dans un sens profane), oui.

        Le boulot des scientifiques c’est de rendre bien clair et bien net le fait que nous sommes sur une voie d’effondrement (écologie, énergie, autres ressources). Le boulot des économistes c’est d’additionner 2 et 2 et de conclure que tiens mais en fait, croissance ben non, donc retraites non plus, système financier basé sur un total de dettes à 250% du PIB mondial ahaha elle est bonne, prospérité pour vos enfants n’en parlons pas, d’ailleurs nourriture pour vos enfants et petits-enfants c’est une question faut voir on peut rien dire.

        Les uns et les autres contribuant au direct dans la mâchoire de tout un chacun, à l’éclatement de toutes les illusions de corne d’abondance indéfinie produite par la techno-science, illusions sur lesquelles nous continuons de vivre, tant elles sont profondément implantées dans notre culture après plusieurs générations où elles se sont continûment vérifiées.

        Ensuite, les illusions étant en morceaux par terre, non seulement celles de quelques-uns déjà avertis, mais celles de Monsieur et Madame Tout-le-monde, pourrait venir le temps des visionnaires, des penseurs, des pionniers de nouvelles manières de faire, et des hommes d’Etat galvanisant et donnant espoir et fierté de contribuer à de nouveaux objectifs.

        Ces penseurs et ces pionniers existent d’ailleurs probablement déjà en partie. Mais ils sont loin, très loin d’avoir l’audience et l’influence qu’il faudrait, à cause de ces f…ues illusions.

      2. « du concret et du désirable », n’est-ce pas ce que demande le peuple? La pensée chinoise depuis des millénaires accorde la primauté à l’économique pour permettre ensuite à chacun de se ressourcer et développer ses capacités cognitives: d’abord l’économie, les besoins « primaires » satisfaits l’homme peut s’intéresser à la philosophie, la psychologie, toute forme de sagesse permettant de s’éveiller ce qui constitue un trait caractéristique de notre espèce.
        Au lieu de ça l’environnement a subi de graves transformations. Certains architectes conçoivent leurs constructions pour permettre un certain épanouissement comme si le milieu fait l’homme mais le marché privilégie les intérêts capitalistes, les villes et leurs périphéries ont permis cette aliénation au capitalisme et difficile de revenir en arrière. On peut dire qu’il y a du boulot pour des années à retrouver un semblant de désirable là-dedans.
        Quand on a commencé à parler d’un « monde fini », c’était avec l’exploration de l’antarctique et le projet était alors d’y mettre un dôme, une architecture permettant à l’homme de vivre dans des conditions extrêmes avec un confort satisfaisant. Les nazis puis les américains ont innovés pour construire différents types de dômes, en cas d’attaque nucléaire notamment. Les survivants de notre espèce vivront probablement grâce à une structure de ce type, logique destructrice et concentrationnaire jusqu’à extinction totale. Quelques oeuvres http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20150311.OBS4328/photos-les-oeuvres-impressionnantes-de-frei-otto.html pour rêver, mais le confinement est-il propice à contenir la folie humaine?
        Monde fini ne veut pas dire maitrisé, on le voit c’est le contraire à quoi on assiste, concret et désirable parait difficile à concilier pour une espèce ‘homo économicus ».

  12. @ Pat ATTALO 21 février 2017 à 19 h 18 min

    La question à se poser : leurs programmes sont-ils compatibles ?
    Quand l’un vire à droite, et s’oriente sur la politique de l’offre, alors que l’autre prône le keynesiamisme coloré de durabilitié, d’écoscialisme, peut-on penser un seul instant qu’ils sont faits l’un pour l’autre ? En fait, en économie Hamon est un défenseur des grandes thèses de la droite libérale, Mélenchon de la gauche, celle du partage des richesses produites.

    1. @ AlainV,

      S’agissant de la présidentielle, qui occupe tant les esprits, il me semble clair que de toute façon le genre d’homme d’Etat qui pourrait galvaniser et servir de catalyseur pour la mobilisation afin d’éviter l’effondrement… n’est pas disponible pour le moment. Quelles que soient les qualités et capacités des uns et des autres.

      Rien d’étonnant à cela. Ce n’est que lorsque les illusions de corne d’abondance indéfinie et de stabilité de la civilisation industrielle seront vraiment par terre dans l’esprit de la plupart des gens que la demande d’une solution deviendra pressante, et que des politiciens volontaires et capables d’entraîner dans cette direction pourront apparaître.

      Les bons dirigeants, au sens d’hommes et de femmes d’Etat à la hauteur de ce qu’exige une situation, ils ne tombent pas du ciel.

      Il faut les susciter, et collectivement nous ne l’avons pas encore fait.

      En attendant, nous en sommes réduits à choisir un moindre mal, ou au mieux tel qui pourrait, peut-être, être un début d’ombre de solution et faire quelques premiers petits pas dans une direction intéressante.

Répondre à AlainV Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.