Archives de catégorie : Cinéma

“Nous nous reverrons, j’ignore où, j’ignore quand…”

Je viens de parler à une amie – au téléphone. Nous avions du mal à nous quitter. Au moment de nous séparer, je lui ai redit les vers ci-dessus : ceux de Vera Lynn quand elle soutenait le moral des filles et des gars de la RAF en 1943.

Hier soir, j’ai regardé le film Contagion de Steven Soderbergh. Ça date de 2011. Dans une featurette, les acteurs (Marion Cotillard, Matt Damon, Kate Winslet, Gwyneth Paltrow, Laurence Fishburne, Jude Law) s’adressent à nous les spectateurs : “Nous faisons cela pour que nous soyons tous prêts quand cela viendra. Car cela viendra.” LoL ! Les malheureux !

Sinon, c’était bien vu, ça ressemble très fort à ce qu’on connaît : le virus, les masques, les hôpitaux débordés, le confinement, les gens excédés, les fosses communes, même le gars qui prétend qu’il connaît le remède et que le Big Pharma ne veut pas que nous le sachions, et qui mène une campagne de dénigrement du vaccin quand il est enfin disponible … et qui à l’arrivée a gagné 4 millions de dollars comme bakchichs sur les ventes du prétendu remède miracle dont il était le promoteur. C’est même plutôt optimiste par rapport à ce qu’on connaît : quand le vaccin apparaît tout s’arrange du jour au lendemain.

Seule différence avec la réalité : Contagion, il y a dix ans, ne se cachait pas d’être un film d’horreur.

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Autres temps, autres mœurs…

J’ai acheté un coffret de films de Gabin. J’ai fait allusion l’autre jour au fait que j’avais revu le French Cancan (1955) de Jean Renoir. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’histoire d’un patron de revues (Jean Gabin) qui couche avec toutes les jeunes filles qu’il recrute et quand il y en a une qui se plaint d’être remplacée (François Arnoul), il lui dit : “Mais qu’est-ce que tu crois, poulette ? etc.”, et tout le monde autour de lui de s’esclaffer. Je suppose que tout le monde dans la salle s’esclaffait aussi.

Dans le bonus making of de French Cancan, quelqu’un vous explique que Jean Renoir trouvait lui-même la formule très drôle, et il ajoute que le père de Jean Renoir, Auguste, y recourait abondamment lui-même. Comme il n’était pas patron de revues mais peintre, je suppose qu’il est question de la relation de “l’artiste” avec ses modèles…

Mais il y a pire encore !

Hier j’ai regardé, avec le même Gabin, complété de Jean-Paul Belmondo, Un singe en hiver (1962) d’Henri Verneuil, d’après le roman éponyme (1959) d’Antoine Blondin.
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Hommage à Jacques Offenbach (1819-1880)

J’ai revu hier le “French Cancan” (1955) de Jean Renoir, avec Jean Gabin, Maria Félix, Françoise Arnoul, Philippe Clay, Jean-Roger Caussimon et Giani Esposito, quelle meilleure occasion de rendre hommage à Jacques Offenbach ?

Bonus :

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Sean Connery (1930-2020)

Cela se passe l’après-midi d’un samedi ou d’un dimanche paresseux dans ce parc perché sur la falaise longeant la plage de Santa Monica, banlieue littorale de Los Angeles. Il fait, faut-il le dire, un temps splendide. Un de ces temps resplendissants qui tuent aujourd’hui à petit feu la Californie tout entière.

Je ralentis le pas, et finis par m’arrêter complètement pour regarder la scène qui se déroule à quelques mètres de nous : une petite dame dans la soixantaine, avec son chien, petit lui aussi, engueule copieusement un monsieur assis sur l’un des bancs qui ponctuent tous les vingt mètres la vue sur un  placide Océan pacifique.

Au bout d’un moment, Adriana me tire par la manche, me signifiant : “Avance !” et je lui dis alors : “Mais tu as vu qui c’est, qui est assis sur le banc ?” et elle me chuchote : “Mais oui, c’est lui ! Mais tu ne vois pas que tu l’embarrasses encore davantage en restant là à le regarder ?”

Et je me suis remis en marche. Trop brève rencontre avec une étoile du cinéma à qui j’aurais pourtant eu tant de questions à poser !

Comme tout le monde va vous régaler de l’agent 007, je vous propose d’autres flèches à son arc : “Marnie” (1964), un Hitchcock plus freudien que ça tu meurs, un film de guerre intelligent : “Un pont trop loin” (1977), et un remake du Train sifflera trois fois sur une lointaine planète minière particulièrement glauque : “Outland” (1981).

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La pudibonderie n’est pas de gauche

À propos de Le Monde, Le cinéma indépendant américain saisi par le puritanisme, par Jean-François Rauger, le 12 octobre 2020.

Sous-titre de l’article : “Le souci des cinéastes semble aujourd’hui de ne pas être soupçonnés de vouloir rassasier un regard masculin qui, par essence, serait suspect.”

J’abonde dans le sens de l’article : ni le néo-puritanisme, ni la néo-pudibonderie, ne sont progressistes, ne sont “de gauche” : ils se situent dans la même lignée que leurs prédécesseurs, le puritanisme et la pudibonderie, dans la grande tradition de la pensée réactionnaire : un refus dogmatique de la condition humaine telle qu’elle est, déterminée par notre condition de mammifère, d’animal sexué, programmé (et rétribué) pour la copulation, selon un mécanisme assurant la reproduction de l’espèce (c’est comme cela que la vie se perpétue, c’est tout).

Affirmer le contraire s’inscrit dans une longue tradition de condamnation des “actes contre nature”, une “nature” définie en l’occurence arbitrairement, sur la base seule du préjugé – que celui-ci soit clairement “obscurantiste” ou de manière ambivalente, “politiquement correct”, importe peu : il s’agit toujours de préjugé.

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Kitchen Sink Realism : The Cure, par Mathieu Galey

Cher monsieur,

Merci beaucoup pour votre série de vidéos sur le cinéma Kitchen sink realism” (réalisme d’évier de cuisine) m’a beaucoup frappé pour la raison suivante.

Comme beaucoup de personne de ma génération, mon adolescence collégienne et lycéenne a été bercée par la pop du groupe The Cure. Une chanson m’avait à l’époque tout particulièrement intrigué : “10:15 Saturday Night” en raison du caractère pour le moins décalé de la situation que dépeignent les paroles de la chanson : un homme désoeuvré assis dans l’évier de sa cuisine un samedi soir à 10:15, sans nouvelle de son amour disparu, attendant désespérément que le téléphone sonne et pleurant le passé, toute la mélodie et le rythme de la chanson étant construits autour du robinet qui goutte, goutte, goutte.

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L’amour – Premières considérations

Le scénario du film de Woody Allen Husbands and Wives (1992) s’énonce en trois phrases :

1° Dans la scène initiale, deux couples de longue date se voient dans l’appartement de l’un des deux et avant que quoi que ce soit d’autre ne soit dit, l’un des couples annonce à l’autre sa séparation.

2° Consternation chez l’autre couple, et davantage encore : réprobation véhémente. On frôle l’incident majeur : le refus de se revoir.

3° Cent-huit minutes plus tard, le premier couple s’est rabiboché après diverses péripéties, alors que le second, le couple sans histoire, prompt à l’indignation, s’est décomposé.

Deux messages au film :

1° Le désir s’effiloche au fil du temps, si bien qu’au bout d’un moment dormir dans le même lit fait apparaître chaque jour davantage ses inconvénients (force centrifuge).

2° Il existe un autre courant, souterrain celui-là, qui prend à contrepied ses protagonistes : une addiction, une dépendance physique, d’une personne vis-à-vis d’une autre (force centripète).

Messages subsidiaires, apparaissant en surface au fil des péripéties du film :

1° La distance dans le bagage culturel pousse à la séparation (force centrifuge).

2° La distance dans l’âge pousse à la séparation (force centrifuge).

3° Le manque d’imagination, le peu d’esprit d’aventure, chez l’un et chez l’autre, rapproche au contraire (force centripète).

Conclusion provisoire : il s’agit là d’une affaire bien compliquée.

(à suivre…)

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