Archives par mot-clé : « A Tract on Monetary Reform »

LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (IV) LE STATUT SPÉCIAL DU NIVEAU DES SALAIRES

Le retour à l’étalon-or impliquait pour la Grande-Bretagne du début des années 1920 de restaurer le taux de change de la livre avec le dollar à son niveau d’avant-guerre. Ceci n’était possible qu’à condition que le coût de la vie baisse dans la proportion nécessaire pour rétablir l’équation. Le coût de la vie à son tour ne pourrait baisser sans que ne baissent les salaires en tant que coûts de production des marchandises et des services.

Or note Keynes, le niveau des salaires, tout comme d’ailleurs celui des profits ou des loyers par exemple, ne répond pas sans réagir aux pressions économiques dont il est l’objet : il résiste à la baisse – et il s’agit là bien entendu de l’effet collectif de la résistance des travailleurs eux-mêmes. Le niveau des salaires est « visqueux », pour reprendre le terme qu’emploie Keynes : « sticky ».

En fait, rappelle Keynes, les salaires ne baissent jamais parce que les salariés y consentent, ils baissent parce que la déflation cause du chômage et que le chômage modifie le rapport de force entre employeurs et employés, ces derniers consentant alors à une baisse des salaires, mais contraints et forcés.

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LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (III) LE MÉTAL JAUNE

Le feuilleton Keynes jusqu’ici :

4-août L’HOMME QUI S’AVÉRA TOUJOURS AVOIR EU RAISON ET NE FUT JAMAIS ÉCOUTÉ
5-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (I) LE DÉNI
6-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (II) LA RÉSISTANCE PASSIVE
6-août UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (III) LA REVANCHE DE L’INTELLECTUEL
12-août EN 1919, JOHN MAYNARD KEYNES A TRENTE-SIX ANS, ET IL N’A ENCORE RIEN À REPROCHER À LA THÉORIE ÉCONOMIQUE
14-août LES ENFANTS « BONS EN MATHS » QUI RESTERONT CEPENDANT SCEPTIQUES QUANT AUX MÉRITES DE CETTE BRANCHE DU SAVOIR
15-août KEYNES ET LES ÉCONOMISTES : DEUX CONCEPTIONS DU MONDE INCONCILIABLES
16-août LE HASARD SIMPLIFIÉ POUR RENDRE LA FINANCE SOLUBLE
17-août EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE
19-août LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (I) LES MISES EN GARDE DE KEYNES
21-août LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (II) LE CHARYBDE DE L’INFLATION ET LE SCYLLA DE LA DÉFLATION

 

Pourquoi l’or a-t-il pu si longtemps servir de monnaie ? D’abord parce qu’il présente bien : parce que, comme l’écrit Keynes dans A Tract on Monetary Reform (1923), le livre où il mène croisade contre le retour de la Grande-Bretagne à l’étalon-or : « il bénéficie toujours du prestige que lui donnent son parfum et sa couleur » (Keynes [1923] 1931 : 174). Ensuite parce qu’il est imputrescible et n’est pas non plus l’un de ces métaux qui s’oxydent ; il résiste donc bien aux manipulations multiples et s’accommode des intempéries et du temps qui passe. Mais surtout parce qu’étant richesse en soi (échangeable en tant que tel lorsque l’État, garant d’une monnaie fiduciaire, fondée sur la confiance, s’effondre), il a toujours pu apparaître comme la « doublure » naturelle de la nouvelle richesse créée au sein d’une nation, faisant en sorte qu’une monnaie fondée sur l’étalon-or semble présenter une disposition « naturelle » à assurer la stabilité des prix.

Pourquoi est-ce ainsi ? Parce qu’une société qui s’enrichit en produisant des marchandises, trouve dans l’ensemble de l’or en même proportion. Keynes explique cela :

« … il s’est fait que le progrès dans la découverte de mines d’or avançait en gros du même pas que le progrès qui intervenait dans d’autres domaines – une correspondance qui n’était pas une pure affaire de chance, parce que le progrès en ce temps là, du fait qu’il était caractérisé par une ouverture graduelle de la surface du globe et son exploitation, impliquait assez logiquement qu’étaient découverts pari passu, des dépôts d’or dont l’accès était de plus en plus malaisé » (ibid. 174).

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LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (II) LE CHARYBDE DE L’INFLATION ET LE SCYLLA DE LA DÉFLATION

En décembre 1923 paraît A Tract on Monetary Reform, le brûlot où Keynes justifie la croisade qu’il mène contre une restauration de la parité or de la livre sterling. C’est l’état catastrophique du budget de la Grande-Bretagne à la fin de la Première guerre mondiale qui l’a forcée en 1919 à cet abandon mais, pour une question de prestige essentiellement, elle entend y revenir aussitôt que possible. Il lui faudra six ans pour y parvenir : en avril 1925 ce sera chose faite.

L’opinion radicale de Keynes sur la question est fort bien résumée par la formule à laquelle il recourt au chapitre 4 du Tract, quand il écrit que « l’étalon-or est […] une relique barbare », survivance d’une époque où l’on ne comprenait pas ce qu’est une monnaie (Keynes [1923] 1931 : 179).

Principal argument utilisé par Keynes contre une monnaie adossée à l’or : une réserve métallique détruit la stabilité des prix, parce qu’il n’existe aucun moyen pour une nation de s’assurer qu’elle pourra constituer des réserves d’or en quantités représentant fidèlement la richesse de son économie.

Il y a dans cette thèse deux propositions qu’il faut analyser séparément. La première, c’est que l’instabilité des prix est en soi une mauvaise chose. La seconde, c’est que l’étalon-or cause bien une telle instabilité.

Commençons par la première.

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LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (I) LES MISES EN GARDE DE KEYNES

La Grande-Bretagne émergeait exsangue de la Première guerre mondiale. Elle s’était considérablement endettée au fil des quatre années de guerre, essentiellement vis-à-vis des États-Unis (l’histoire se répéterait dans les mêmes conditions durant la Seconde guerre mondiale et Keynes serait une fois encore, comptable en chef officieux de l’économie de guerre au Trésor britannique). D’autres éléments que le soutien de ses propres troupes expliquaient cette situation financière catastrophique : la Grande-Bretagne avait personnellement entièrement financé l’engagement de l’Italie aux côtés des Alliés, elle assurait les deux tiers de la dette française et la moitié des dettes belge et serbe (S I : 333), elle avait aussi comme partenaires au sein de l’Empire, des nations telles le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou l’Afrique du Sud qui faisaient jouer à plein leur autonomie relative pour négocier le montant de leur participation, en faisant clairement comprendre que celle-ci n’était pas automatiquement acquise.

Pour éviter une hémorragie de ses réserves d’or, la Grande-Bretagne dut dénoncer en 1919 la parité de la livre sterling avec le métal précieux. L’abandon de l’étalon-or ne devait être qu’une mesure provisoire de la durée la plus courte possible. Il fut restauré par Churchill le 25 avril 1925.

Durant les six années qui séparent ces deux dates, Keynes lutta contre un tel retour de la parité de la livre avec l’or. Il publia en décembre 1923, pour justifier sa position, un livre intitulé : A Tract on Monetary Reform. En 1925, lors de la restauration de l’étalon-or, il publia un pamphlet intitulé : The Economic Consequences of Mr. Churchill, dont le titre faisait écho à celui de son succès de librairie sorti six ans plus tôt : The Economic Consequences of the Peace.

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