Archives par mot-clé : André Gorz

Jorion & Burnand-Galpin : Comment sauver le genre humain, à paraître en avril

Ouvert aux commentaires.

Extrait : Réinstaurons la logique des fins

À la fin du XIXe siècle, aussitôt que le monde occidental a pu invoquer deux types de rationalité, une vaste campagne de propagande fut orchestrée pour nous convaincre que la rationalité économique pouvait en réalité remplacer une fois pour toutes la rationalité logique. Et ceci, comme on l’observe aujourd’hui, même dans le domaine de l’enseignement et de la recherche universitaires, avec les dégâts que l’on constate touchant la qualité des résultats. Parce qu’elle nécessite à chaque fois un financement spécifique, la technologie est désormais gouvernée quasi exclusivement par la rationalité économique, autrement dit par une rationalité des moyens.

Le rapport de force biaisé que nous constatons actuellement entre les États et les grosses entreprises est lié au fait que la rationalité économique est passée des entreprises, centrées sur un intérêt particulier, aux États, focalisés eux sur l’intérêt général, forçant ces derniers à se couler dans une rationalité des moyens, alors que seule une rationalité des fins devrait être à l’oeuvre dans la réalisation des objectifs assignés à l’État.

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Le capitalisme : un socialisme utopique scientifique à l’intention de la classe des rentiers, par Nadir (Nadj Popi)

Billet invité.

On peut voir ici l’entretien de Friedrich von Hayek (1899 – 1992) avec Leo Rosten dans lequel l’intellectuel autrichien reconnaît en Walther Rathenau (1867 – 1922) une influence majeure. Fait confirmé dans le livre de Robert Leeson : Hayek : A collaborative biography (Palgrave Macmillan 2013).

Rathenau influença également Ludwig von Mises (1881 – 1973) : ses écrits sur le socialisme et le libéralisme au début des années 20 correspondent à la diffusion des œuvres de Rathenau sur le nouveau socialisme qu’il appelle de ses vœux.

Le révisionnisme historique opéré par von Mises vise donc à séparer, comme le fit von Hayek , le libéralisme de sa tradition socialiste et donc de la logique de classe inhérente au néolibéralisme. Le libéralisme est donc un socialisme utopique scientifique : un programme de transformation radicale de la société.

Il existe sur ce plan un révisionnisme historique consistant à considérer von Mises comme la figure tutélaire de von Hayek alors qu’ils furent , ensemble, façonnés par les écrits de Walther Rathenau. À cet égard la thèse de Serge Audier dans Néo-libéralisme(s) – Une archéologie intellectuelle, (Grasset 2012) sur la nécessité de déshomogénéiser le néolibéralisme s’apparente beaucoup au révisionnisme néolibéral qui vise à désolidariser le néolibéralisme de sa tradition socialiste.

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Aide-mémoire N° 67 : L’« extrême-droite économique » ou « fascisme en col blanc », un entretien avec Paul Jorion

Un entretien que j’ai accordé au magazine Aide-mémoire, édité par l’association Les territoires de la mémoire. Centre d’éducation à la résistance et à la citoyenneté.

Dans vos écrits, vous avez évoqué à plusieurs reprises l’existence d’une « extrême-droite économique » ou encore d’un « fascisme en col blanc ». Qu’entendez-vous par là ?

L’extrême-droite économique consiste essentiellement en un projet de société inégalitaire qui est de reconstituer un système de type féodal, c’est-à-dire une société extrêmement hiérarchisée. Cette société ne serait toutefois plus fondée sur la propriété de la terre, comme c’était le cas sous l’Ancien Régime, mais sur celle de l’argent. L’argent est considéré comme une sorte de méritocratie : on peut en gagner autant qu’on veut à condition d’en avoir le talent ; il y a cette idée d’une mesure possible du talent d’un individu par l’argent que celui-ci arrive à faire. C’est ainsi que l’on explique pourquoi telle ou telle personne au sein d’une entreprise touche tellement d’argent. Nous nous trouvons donc devant une tentative de reconstituer une aristocratie qui ne serait plus fondée sur la propriété terrienne mais sur la capacité à faire de l’argent.

Le système qui est ici proposé est clairement non démocratique. En général, les théoriciens de ce courant manifestent leur mépris pour la démocratie. Par exemple, quand Friedrich von Hayek va au Chili pour soutenir Pinochet, il déclare qu’entre un pays qui serait démocratique mais pas libéral et un pays qui serait libéral mais non démocratique – et c’est une allusion claire à l’élimination d’Allende et un compliment fait à Pinochet – sa préférence irait au second. Le grand scandale est que le jury du Prix Nobel d’économie accorde une reconnaissance et une notoriété à ces gens qui sont des antidémocrates et des idéologues de l’extrême-droite. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on ne les qualifiait jamais d’extrémistes de droite, comme si leur soutien à Pinochet n’était pas déjà un élément suffisant. Il faut rappeler que von Hayek, à la fin de sa vie, a mené une véritable campagne de presse pour tenter de dénoncer le mauvais procès que l’on intentait, selon lui, à Pinochet. C’est une question que je voudrais vraiment poser un jour à un juré du Prix Nobel d’économie : qu’est-ce qui leur passe par la tête quand ils accordent leur caution à de tels ennemis de la démocratie ?

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