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L’homme invisible est nécessairement déprimé

L’homme invisible est nécessairement déprimé

À propos de Patricia De Pas, Figures littéraires de la dépression, Paris : Serge Safran éditeur 2021, 151 pages

Le contrat social, conçu par l’Anglais Thomas Hobbes, et mis au point par le citoyen de la République de Genève qu’était Jean-Jacques Rousseau, suppose qu’un petit groupe de nos aïeux se soient un jour concertés puis mis d’accord pour sacrifier une part de la liberté dont été faite leur périlleuse vie solitaire pour gagner en sécurité dans un pacte commun qui unirait leurs efforts.

Il s’agit d’une légende bien entendu : un tel événement n’a jamais eu lieu. Le mythe est cependant puissant puisqu’un scientiste aussi militant que Sigmund Freud allait encore le répétant. Et pourtant, deux millénaires auparavant, Aristote le Stagirite, disait déjà de l’animal Homo sapiens  : « zoon politikon », à entendre comme « animal vivant en société ».

Un animal vivant à ce point en société qu’isolé durant de longues périodes, il perd tout repère. Tout lecteur de Defoe aura compris que s’il n’avait rencontré Vendredi, Robinson Crusoé aurait sombré dans la folie. Le confinement solitaire est d’ailleurs un supplice bien connu.
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Finance, perversion et esthétique

Le pervers, c’est bien connu – enfin, c’est de moins en moins connu à notre époque de mécompréhension chic de la psychanalyse (des gens qui sont très loin d’être des imbéciles n’y entravent cependant que pouic !) – se considère au-dessus des règles qui s’appliquent au commun des mortels. Exemple : la drogue détruit un être humain en quelques années – « Sauf moi, bien entendu ! ».

J’ai repensé au pervers en lisant un mail largement reproduit par la presse ce matin : l’envolée lyrique de Mr. Fabrice Tourre, l’inventeur fabuleux d’ABACUS 2007-AC1, le CDO fabuleux lui aussi qui entraînera dans la tombe la fabuleuse firme Goldman Sachs (si la justice est de ce monde, ce qui n’est pas garanti bien entendu) :

« De plus en plus d’effet de levier dans le système. L’édifice tout entier peut maintenant s’effondrer à chaque instant… Le seul survivant éventuel : le fabuleux Fab… debout au milieu de toutes ces opérations exotiques, complexes, hautement leviérisées, qu’il créa sans nécessairement saisir toutes les implications de ces monstruosités !!! »

Comment mieux illustrer une telle toute-puissance triomphante pour laquelle la sanction prosaïque de la prison constituerait une réponse absolument incongrue, car à ce point étrangère à la puissance esthétique de la chose elle-même, sinon par quelques chansons générées par la fabuleuse Fabrique d’Andy Warhol : le Velvet Underground et son incomparablement décadent Lou Reed.

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