Archives par mot-clé : Anouk Aimée

“Model Shop” de Jacques Demy

J’ai acheté il y a quelques temps l’intégrale de Jacques Demy.

Hier soir j’ai regardé “Model Shop” (1969). J’ai trouvé ça médiocre : on parcourt sans fin East Hollywood en bagnole, on retrouve, défiant toute vraisemblance, Lola (Anouk Aimée), en cavale, loin de La cigale qu’elle hantait jadis à Nantes, vivant apparemment dans un manoir au flanc de la colline mais comptant néanmoins ses maigres cents.

Ce soir, avant de regarder “La Baie des Anges” (1963), je suis tombé sur les suppléments de Model Shop, et il y avait là un petit film de cinq minutes où Jacques Demy expliquait ce qu’il avait essayé de faire. Et comme ce qu’il avait fait était en réalité exactement ce qu’il avait voulu faire, du coup j’ai beaucoup aimé son petit film bancal.

Partager :

Un soir, un train

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je suis à Paris, pour plusieurs rendez-vous : ce matin, un débat, passionnant d’ailleurs, pour Philosophie Magazine, avec David Thesmar et arbitré par Nicolas Cori de Libération, demain un entretien avec Alexis Lacroix pour Marianne, et un autre dans l’après-midi avec Jean-Pierre Elkabbach pour Public Sénat.

Je suis descendu dans un petit hôtel près de la Bastille. Quand on a fait beaucoup de choses différentes dans sa vie, plein d’endroits vous sont en fait familiers. La Bastille, le Marais, c’est l’un des mes anciens quartiers : j’ai habité rue des Tournelles et à deux adresses différentes rue Saint-Paul.

François et moi allons manger des tapas. Je regarde tous ces gens assis à des terrasses, toute cette foule bruyante, comme si de rien n’était, et je me dis : il y a deux possibilités, ou bien c’est nous qui rêvons avec nos longues dissertations sur la crise et la fin d’un monde, ou bien ce sont eux, ceux que l’on voit là, qui poursuivent un rêve : le rêve d’un monde qui en réalité a cessé d’exister. Et la réponse me vient : c’est comme dans « Un soir, un train ».

J’ai vu quand il est sorti en 1968, le film d’André Delvaux, avec Yves Montand et Anouk Aimée, mais j’ai aussi lu dans sa version originale en flamand, le roman de Johan Daisne dont le film est tiré : De trein der traagheid.

Un train s’arrête en rase campagne, quelques voyageurs en descendent. Débute alors pour eux un périple d’une lenteur éprouvante : une longue marche, suivie d’un séjour dans un café où l’on danse avec componction et où les pendules, curieusement, sont arrêtées. Jusqu’à ce que le héros s’éveille brutalement : des cris l’entourent de partout, le train a déraillé. Il retrouve enfin sa femme : son corps fait partie d’un alignement de cadavres allongés.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :