Archives par mot-clé : Banque Reyl

L’HEURE DE VÉRITÉ, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

L’audition sous serment de Pierre Condamin-Gerbier, ancien de chez Reyl, par la Commission sénatoriale chargée d’enquêter sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l’évasion fiscale est sidérante à plusieurs titres, non pas tant par ce qu’elle révèle de la gestion mafieuse des affaires publiques en France, dont tout le monde se doutait, que par ce qu’elle dit, en creux, de la complaisance coupable avec laquelle nous nous en sommes tous longtemps tenus à ce doute, par fatalisme (liaison naturelle du pouvoir et de la corruption), par peur de nuire à l’appareil d’État, de discréditer l’ensemble de la représentation démocratique en détaillant la bave aux lèvres les turpitudes de quelques-uns de ses membres éminents.

Condamin-Gerbier confirme, par le rapprochement qu’il fait entre le scandale de la banque de Bâle en 1934 – où se trouvèrent impliqués, dans un grand éclectisme, aussi bien la famille Peugeot que des sénateurs, des députés, des généraux et jusqu’à l’archevêque de Paris (alliance du piston, de la banquette, du sabre et du goupillon) – et le déroulement en cours de la pelote Cahuzac, que le progrès, dans nos temps résolument modernes, se marque par la réinvention du même. Il confirme également que l’État est le premier complice des évadés qu’il prétend traquer en ce qu’ayant tous les outils pour le faire, il feint de n’en avoir jamais d’assez sophistiqués pour être efficace. Mines de tartuffes, donc, que les airs incrédules de Cazeneuve et de Moscovici à l’évocation de l’odyssée des fonds soustraits à leur inquisition.

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PRENDRE LA MESURE DE LA SITUATION, par Francis Arness

Billet invité

Lorsque l’on prend le temps d’écouter dans le détail ce qu’a déclaré le 12 juin 2013 devant la commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, Pierre Condamin-Gerbier, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, (2006-2010) et ancien représentant de l’UMP en Suisse, l’élément qui ressort avant tout est le caractère « généralisé » du « système » off-shore. Reprenons ici presque mot pour mot ce qui a été dit sur les personnes et les milieux concernés par ce système :

1. Les banques suisses.

2. Les banques françaises et mondiales.

3. Une « très grande partie » des Etats européens (dont la France), à travers les services secrets (pour les rançons aux preneurs d’otages) – certains pays ou lieux étant des lieux off-shore très importants (Luxembourg, Suisse, Londres, Hong Kong, Chine).

4. Un grand nombre de « personnalités politiques et des partis politiques de l’ensemble de l’échiquier français », à la fois pour leur « enrichissement personnel », et pour « les partis qu’ils représentent ». Il dit connaître personnellement 15 noms. Lors de l’audition, il a évoqué « Eric Woerth » et « Patrick Devedjian » concernant certaines « rencontres » UMP – sans faire le lien direct avec les banques, mais ils sont tout de même nommés. Sont aussi évoqués des « ministres de la précédente et de l’actuelle majorité », un « représentant du parti socialiste en Suisse », tandis que des informations détaillées et étayées doivent être ultérieurement publiées et données à la justice, « une fois que l’environnement y sera favorable » (car au moment de l’audition il n’est pas encore assez « protégé » des « menaces » qu’il reçoit).

5. De nombreuses « personnalités proches » de partis politiques, ou « des soutiens financiers » souvent « déguisés en institutions périphériques » (« cercles de réflexion », « cercles d’affaire mondains »).

6. Les grandes entreprises et multinationales.

7. Les « grandes familles ».

8. Tout un ensemble de particuliers disposant d’une fortune réelle mais de taille modeste, et d’un réseau d’influence réel.

9. Le milieu financier, l’immobilier, le monde de l’art, le diamant (entre autres).

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FRAUDE FISCALE : J’AI VRAIMENT BIEN DE LA CHANCE !

Vous savez, j’ai vraiment bien de la chance. Le soldat Bradley Manning est traduit en justice en ce moment-même, devant une cour martiale aux États-Unis ; Julian Assange est confiné à l’ambassade de l’Équateur à Londres, sachant qu’il sera arrêté s’il cherchait à en sortir ; Aaron Swartz s’est suicidé, la rumeur voulant que la raison en est son intime conviction qu’il serait inculpé de bien davantage que d’effraction d’une base de données universitaire ; quant à Edward Snowden, il est quelque part à Hong Kong, et pas près d’en sortir. Tout cela pour avoir répété des horreurs : des choses abominables que l’on chuchote sans doute mais que l’on ne dit jamais, au grand jamais, à voix haute. Et moi, je m’apprête à vous répéter des horreurs du même acabit alors que, assis confortablement dans mon fauteuil, je ne cours absolument aucun risque d’arrestation.

Pourquoi ? parce que je vais me contenter de mettre sur le papier ce que je viens d’entendre dire dans une vidéo sur un site-toile, et que je n’ai même pas à me presser à la pensée que ce matériau subversif risque de disparaître dans les secondes qui viennent pour être remplacé par un laconique : « Retiré par l’usager » puisque le site en question est celui du Sénat de la république française, et que je ne ferai rien de plus que rapporter les propos de M. Pierre Condamin-Gerbier, gestionnaire de fortune, ancien associé-gérant chez Reyl Private Office, devant la Commission d’enquête sur le rôle des banques et acteurs financiers, le 12 juin 2013, autrement dit, mercredi de la semaine dernière.

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