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L’EUROPE DANS LE PIÈGE NÉOLIBÉRAL, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

L’accord des dirigeants européens concernant le « Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance » (TSCG) et son bras séculier, le « Mécanisme Européen de stabilité » (MES), a momentanément mis en sourdine les spéculations relatives au sort de la zone euro. Pourtant, fruit d’une idéologie fondée sur l’équilibre budgétaire et les réformes néo libérales et non d’une analyse objective des faits, il ne résout pas les difficultés qui affectent le fonctionnement de cette zone. Au contraire, il marque un infléchissement inquiétant pouvant annoncer sournoisement, comme l’explique Bruno Amable dans Libération du 28 février 2012, « la mort du modèle social européen ». C’est cette perspective qu’il faut refuser.

Il convient, en effet, de dénoncer le caractère fallacieux et simpliste du raisonnement qui sous-tend l’actuel accord passé entre les Européens. Cet accord repose sur un postulat : le succès de l’application par tous les partenaires de politiques d’austérité et de libéralisation, supposées entraîner, avec le retour de la « confiance » des marchés,  celui de la croissance. Or,  même si ceux qui nous dirigent semblent sourds aux arguments qui sont développés,  on a toutes les raisons de contester ce postulat.  Rappelons, une fois encore, comment, à l’instar de ce qui s’est passé au cours des années 30, le processus ainsi enclenché a toutes probabilités de conduire l’Europe, non à la croissance, mais à la dépression et à la faillite que l’on cherche à éviter. Sans remonter si loin dans le temps, on peut citer aussi, parmi d’autres, les exemples de la Russie au cours des années 90 et de l’Argentine peu après. Pour leur part, les Etats-Unis se sont bien gardés de tomber dans ce piège en refusant l’austérité sous la forme qui sévit en Europe.

En outre, l’amalgame que l’on se plaît à faire entre le nouveau Mécanisme Européen de Stabilité et le FMI ajoute à l’inquiétude et à la confusion tant il remémore des pratiques de sinistre mémoire dont il semble bien que le FMI ne les ait pas abandonnées malgré les dénis proférés au plus fort de la crise financière des années 2008 et 2009. Il est donc vital que le nouveau mécanisme ne se contente pas d’être, comme on peut le craindre, une sorte de dragon faisant régner la discipline à coup de sanctions et de coupes budgétaires, mais intègre dans son fonctionnement les objectifs de la solidarité.

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