Archives par mot-clé : convertibilité

LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 3 AOÛT 2012 (“LES PRIMES DE M. DRAGHI”)

Je garde le titre, j’aurai tout essayé pour faire une vidéo convenable, mais cette fois-ci, c’était trop dur. Alors, je recours au texte – avec des mots – pour vous expliquer “Les primes de M. Draghi”.

Vous vous souvenez sans doute de mon billet Mario Draghi : Et s’il s’agissait d’un abominable malentendu ?, ou je disais qu’on n’avait rien compris à ce qu’il avait voulu dire le 26 juillet. Il avait parlé de “prime de convertibilité” comprise à l’intérieur des taux exigés de l’Italie et de l’Espagne, et tout le monde s’était dit : “Prime de quoi ? … Il veut surement dire que la BCE va reprendre ses achats d’obligations de ces deux pays !” Or tout le monde se trompait : il parlait vraiment de la “prime de convertibilité”.

Vous vous souvenez peut-être d’un autre de mes billets récents : Le seul moyen qui reste encore de sauver l’euro. J’y écrivais : “J’aimerais m’adresser plus particulièrement à mes confrères ingénieurs financiers…” Pourquoi m’exprimer de cette manière inhabituelle ? Pour attirer l’attention sur le fait que ce que j’allais dire avait un sens technique très particulier. Pour qu’au cas ou quelqu’un m’objecterait : “Oui, mais le carré de l’hypoténuse…”, je puisse répliquer : “Je parle de quelque chose de très précis… et j’avais prévenu que je le ferais !”

Si le marché des capitaux exige en ce moment des taux plus élevés pour des emprunts italiens ou espagnols qu’allemands ou francais par exemple, c’est parce qu’il y a pour les premiers, un risque plus élevé. Tout le monde est bien d’accord là-dessus.

Mais ce que M. Draghi a dit le 26 juillet – et pour éviter tout malentendu, il aurait du ajouter comme moi : “et je m’adresse ici aux spécialistes uniquement” – c’est qu’il y a en ce moment deux risques pour ces deux pays et par conséquent deux primes de risque exigées par le marché des capitaux pour prêter à ces deux pays, et incluses dans les taux qu’on leur réclame : une prime de risque de crédit “classique”, c’est-à-dire de non-remboursement et, en ce moment, une prime de risque “exceptionnelle” de convertibilité.

Le risque de convertibilité, c’est le risque que l’Italie revienne à la lire et l’Espagne à la peseta, et qu’elles remboursent un jour les sommes qu’elles ont empruntées dans ces devises dévaluées auxquelles elles seraient revenues. Et ce risque-là, s’était écrié M. Draghi, nous pouvons l’écarter purement et simplement en déclarant haut et fort : “AUCUN PAYS NE SORTIRA DE LA ZONE EURO !” Ce qu’il était effectivement en train de faire.

C’est ce que les épistémologues de la finance appellent la “performativité” : faire quelque chose du simple fait qu’on le dit. Encore faut-il – comme M. Draghi l’apprend aujourd’hui à ses depens – que ce qu’on dit soit compris.

Au temps pour la prime de risque de convertibilité. Et quid de la prime de risque de crédit ? Suffit-il que la BCE achète des obligations italiennes et espagnoles en quantités pour faire monter leur prix et du coup, baisser mécaniquement leur taux ? Non, parce qu’il s’agit du risque de non-remboursement de ces emprunts et pour imaginer que cet aspect-là de la chose puisse se régler par l’offre et la demande pour ces emprunts, il faut vraiment ne pas comprendre grand-chose à la question.

Tout ce que je dis là, il faut que je le précise, je ne suis pas seul à le dire. Il y a en effet en Allemagne, un monsieur qui s’appelle Jens Weidmann, et qui est à la tête de la Bundesbank, la banque centrale allemande, qui le dit aussi de son coté. Vous le trouverez facilement aux nouvelles : on vous y explique en long et en large que c’est un emmerdeur, un empêcheur de danser en rond, qui manifestement ne comprend absolument rien à la crise de la zone euro.

O tempora o mores !

Partager :