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A propos de « Comment la vérité et la réalité furent inventées » : les néo-pythagoriciens italiens, par Jaycib

Billet invité.

Cher Paul,

J’ai peiné à suivre le détail de Comment la vérité et la réalité furent inventées, mais cela tient surtout à mon ignorance crasse des sujets qui y sont traités. J’ai donc lu cet ouvrage à petites doses afin d’en assimiler le maximum. Au final, je crois en avoir plus ou moins correctement appréhendé les enjeux, surtout vers la fin, avec l’examen des travaux de Cantor et surtout du très regretté Turing. Et je me suis délecté de votre « démontage » de la logique de Gödel, sur laquelle je m’étais beaucoup interrogé intuitivement pendant des années au contact de collègues enseignants qui ne partageaient pas votre approche critique.

J’ai été interpellé par votre usage du terme « exaspération » pour caractériser le comportement de Galilée. Qu’est-ce qui pouvait bien l’exaspérer, sinon le refus des théologiens, et notamment des aristotéliciens de l’époque, de reconnaître la caducité de leur propre modèle géocentrique de l’univers, avec ses espaces « sublunaire » et « supra-lunaire » et ses sphères? Et s’il s’est rendu coupable de « provocations », comme vous dites, cela n’est-il pas dû au sentiment de supériorité qu’il éprouvait après avoir découvert, entre autres choses, les (quatre premiers) satellites de Jupiter et avoir pu insérer ces découvertes dans le contexte de son exploration des théories de Kepler? Si l’on additionne les coordonnées de Tycho Brahé (très fiables pour l’époque) et le résultat de ses propres investigations, Galilée ne peut pas, à mon sens, être accusé d’avoir négligé les données empiriques. C’est ce qui rend son incorporation dans les rangs des promoteurs univoques des modèles mathématiques de la physique d’autant plus surprenante. Sur ce plan, Galilée me paraît moins « coupable » que Kepler, qui, lui, n’a pas fait grand-chose d’autre, fût-ce avec un génie mathématique certain, que dériver un modèle de lois cosmologiques des constatations de Tycho.

Sur un tout autre plan, comme vous ne citez jamais le mot « Renaissance » dans votre ouvrage, il me semble qu’il faut quand même insister sur l’importance de ce moment de l’Histoire, marqué par un foisonnement désordonné des savoirs, et, parmi ce fouillis, par la fondation de l’académie néo-platonicienne de Florence en 1438 à l’instigation du banquier Cosme de Médicis (1389-1464). A la mort de Cosme, cette académie fut dirigée par Marsile Ficin (1433-1499), unanimement considéré comme le plus grand et le plus passionné des philosophes néo-platoniciens de la Renaissance, entraînant à sa suite le jeune érudit boulimique et erratique Jean Pic de la Mirandole (mort en 1494, à l’âge de 31 ans), dont le projet consistait à réunir toutes les religions (y compris les cultes de Zoroastre et de divers polythéistes) par la magie d’une sorte de concordia générale.

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