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GUÉRIR DE LA FIÈVRE DE L’OR

Dans EVANGELII GAUDIUM, le pape François se plaint des ravages commis par le Veau d’Or : « L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. »

Difficile de dire quand se passe exactement l’épisode de Moïse descendant de la montagne et découvrant son peuple adorant le Veau d’Or mais disons à la louche, 35 siècles entre lui et nous.

35 siècles durant lesquels les hommes tentent de se distraire de l’idée de leur mort prochaine en s’adonnant à la drogue la plus puissante qui soit : l’or et l’argent.

Les choses s’arrangent un peu aujourd’hui mais il y eut une longue période durant laquelle la réaction principale des lecteurs du blog à l’actualité de la crise était de me demander où placer leurs économies. Dans ces messages, la fièvre de l’or faisait ses ravages : la référence à l’or était explicite : « Dois-je acheter de l’or ? » Le sens de la vie en temps de crise se limitait à cela : « Dois-je pour me sauver amasser de l’or dans mes appartenances, l’ensemble de ces choses inertes que j’appelle également ‘Moi’ ? »

La question se pose durant le Grand Tournant : « Faut-il focaliser ses efforts sur les changements institutionnels ou sur le changement des personnes ? » Approche top-down ou approche bottom-up ?

Aucune des révolutions historiques n’est parvenue à enrayer la machine à concentrer la richesse. La spéculation a été interdite jusqu’à la fin du XIXe siècle et la première chose à faire, c’est évidemment de rétablir cette interdiction. L’Église au Moyen Âge interdisait la perception d’intérêts sur ce que nous appelons le prêt à la consommation et là encore, il faut impérativement rétablir cette interdiction.

Il restera toujours la concentration de la richesse due à la perception d’intérêts sur la nouvelle richesse créée, conséquence d’un monde où la distribution de la propriété privée est le résultat d’une immense loterie qui s’étend maintenant sur plusieurs millénaires.

Keynes avait attiré l’attention sur le fait que la satisfaction des besoins portant sur le nécessaire est soluble dans les faits mais que l’élimination de l’envie et du désir de faire des envieux est une autre paire de manches.

À ce désir de faire chier les autres, il n’y a que deux solutions : établir une égalité absolue entre les personnes ou guérir de la fièvre de l’or.

Établir une égalité absolue est un idéal généreux et admirable mais qui, en raison de la distribution inégale des capacités et du talent, débouche inéluctablement sur le goulag, les « Killing fields » khmer, etc.

Il reste alors la seconde branche de l’alternative : guérir de la fièvre de l’or.

Au cours des années récentes, j’ai participé à des réunions de partis politiques, des réunions de think-tanks, des colloques, des picnics, etc. Le seul endroit où j’aie entendu parler de politique d’une manière qui fasse sens, le seul endroit où j’aie entendu parler de remèdes convaincants à la fièvre de l’or, c’est dans des colloques de psychanalyse. Le seul endroit que je connaisse où la fièvre de l’or peut être guérie, le seul endroit où s’éteint l’envie, le seul endroit où s’éteint l’envie de faire des envieux, c’est une psychanalyse personnelle.

Il faut que j’en tienne compte.

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KEYNES ET L’ARGENT (II) UNE DROGUE SI PUISSANTE

Une université californienne m’a un jour attribué un prix et m’a invité à y passer un trimestre. J’y ai accidentellement débarqué au milieu des vacances scolaires. En l’absence d’étudiants et de collègues, une responsable administrative a dû veiller sur moi pendant une semaine entière. Elle m’a ainsi conduit, au volant de son immense 4×4, au bureau de la Social Security pour que j’y obtienne une carte. J’ai eu l’occasion aussi de voir son mari venir la chercher dans une imposante Mercédès.

Un jour Selma m’a dit, pensive : « Ah ! Paris !… je n’aurai malheureusement jamais l’occasion de m’y rendre ! » Ayant à la pensée la Ford Expedition et la grosse voiture allemande, je lui ai répondu : « Mais vous plaisantez ! », et alors là, dans son regard défait, j’ai compris que le leasing des deux mastodontes destinés à en jeter plein la vue devait absorber tout l’argent dont le ménage disposait au-delà de la simple subsistance. Tout l’argent véritablement disponible était mobilisé en vue d’une seule fin : susciter l’envie d’autrui.

Les vieilles fortunes, on le sait, vivent sans ostentation, et ce sont les nouveaux riches qui font dans le tape-à-l’œil. La raison en est simple : il faut avoir connu l’envie soi-même pour vouloir la susciter chez les autres. La jouissance qu’on en obtient est produite par un fantasme : se représenter l’autre enviant l’argent qui est le sien. Le plaisir est si fort qu’il agit comme une drogue : une drogue si puissante qu’elle parvient même à faire oublier la mort.

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