Archives par mot-clé : idéalisme

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (V) Tour de passe-passe involontaire ou délibéré ?

Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (I) Une trouvaille
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (II) Keynes pressé par son agenda politique ?
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (III) « Le taux d’intérêt tend à être égal au rendement marginal du capital »
Le mystère du fantomatique « chapitre 5 » (IV) Le rendement du capital provient du travail appliqué aux ressources naturelles

La révolution, Keynes l’écarte, et la raison qu’il donne, c’est le lourd prix humain à payer, dont on sait qu’il sera très élevé alors que le résultat est par nature incertain. L’un de ses étudiants écrit dans les notes qu’il prend lors d’un de ses cours en 1933 : « La tentation existe pour nous de guérir les maux qui découlent de notre incompréhension en recourant à une destruction encore plus massive sous la forme d’une révolution » (Skidelsky 1992 : 502).

Keynes restera attaché toute sa vie à la position qu’il exprime déjà dans l’essai qu’il consacre à Edmund Burke (1729-1797), alors qu’il n’est encore qu’un étudiant de 21 ans, passage que j’ai déjà eu l’occasion de citer :

Notre capacité à prédire est si faible qu’il est rarement avisé de sacrifier un mal actuel pour un hypothétique avantage futur […] il ne suffit pas que l’état de fait que nous cherchons à promouvoir soit meilleur que celui qui le précède, il faut encore qu’il soit à ce point préférable qu’il compense aussi les tragédies qui accompagnent la transition (Skidelsky 1983 : 155-156).

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Auto-contradiction néo-libérale, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le texte suivant fait suite au billet La faillite financière posthume de Platon. Il analyse le néo-libéralisme comme un néo-platonisme qu’une réhabilitation de la quadri-causalité d’Aristote permet de déconstruire. La déconstruction n’est pas une destruction. Elle décompose une construction métaphysique en briques élémentaires comme une construction physique. Elle effectue un tri dans les matériaux de base, c’est à dire dans les causes. La déconstruction peut déboucher sur une reconstruction qui intègre tout ce que l’ancien édifice contenait de positif et véritable.

Manipulation mentale

Le néo-libéralisme platonicien s’est approprié la réalité par deux leviers métaphysiques : l’idéalisme et le matérialisme. Il s’appuie sur le scientisme qui ne voit d’objet de connaissance que dans la matérialité physique en dénigrant l’interrogation des finalités de l’observateur. L’idéalisme de son coté sert l’absorption de la fin dans la forme. Ainsi escamote-t-il tout motif de discussion de la valeur par les fins. L’idéalisme nie la vertu à poursuivre des fins réelles. Il réduit toute réflexion morale à une éthique individuelle invérifiable, sans conséquence visible. La société néo-libérale est une juxtaposition d’individus qui ne peuvent pas et ne doivent pas se comprendre. Chacun est propriétaire du sens de sa discussion. La loi démocratique est décorative dans un marché soumis à la loi matérielle du plus fort. Le mot « loi » sert la confusion entre la nécessité objective des sciences physiques et la nécessité subjective des sciences politiques. La loi est réduite à des rapports de quantité qui n’expriment aucune qualité dans la réalité.

La fin idéologique néo-libérale est radicale. Elle neutralise la rationalité discursive du marché. Elle disperse la causalité objective dans l’attention du sujet. Elle détache la discussion publique de la réalité par l’abstraction juridique et mathématique. La qualité sans matérialité est irrémédiablement et artificiellement opposée à la matérialité sans qualité. Le résultat est la dissimulation des fins réelles de toute négociation. Le droit de l’offre est disjoint du droit de la demande. La loi et la monnaie canalisent par le filtrage d’intérêts oligarchiques le dialogue de l’offre avec la demande. La forme dissimule la quantité. La quantité masque la forme. Les intérêts sont opaques. La quantité matérielle ne sert pas la fin. La fin ne détermine pas la forme. La forme calcule une quantité sans effet dans la qualité. Le sujet de la valeur s’aliéne dans des transactions qui ne disent pas les intérêts qu’il sert. L’offre ne connaît pas toute la demande ; la demande ne sait ni par qui ni comment elle est servie.
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