Archives par mot-clé : le temps

Comprendre notre rapport au temps, par Pierre-Yves Dambrine 

Billet invité.

On en revient toujours à cette lancinante question du temps. N’y-a-t-il pas en jeu un certain rapport au temps dans cette crise ? Le temps qui presse et le temps qui délivre, tout un. Nous semblons comme obligés de prendre parti pour l’un ou pour l’autre comme facteur causal. Ne faudrait-il pas au contraire considérer leur relation réciproque ?

La crise c’est étymologiquement le temps de la décision, du partage des choses entre les choses essentielles et celles qui ne le sont pas. D’où, l’importance, reconnue sur ce blog, de l’appréhension des choses, en amont. L’amont de ce point de vue, c’est ce qui procède de la distension, de la dislocation d’un cadre ancien de plus en plus ressenti comme carcan. L’hubris c’est alors, selon le point de vue que l’on adopte, à savoir, soit à l’intérieur du cadre, soit à l’extérieur, aussi bien l’ancien cadre qui se défait, que ce qui ouvre un nouveau possible. C’est un fait objectif : même ceux qui n’appréhendent pas les solutions en amont perçoivent l’existence d’un carcan.

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LE TEMPS ET LA DÉMOCRATIE, par Jean-Paul Vignal

Billet invité, en réponse au billet de Michel Leis.

On était jadis ce que l’on mangeait, ou ce que l’on lisait. On est maintenant de plus en plus ce que l’on peut acheter, et tant pis pour le reste. Sale temps. Professionnellement, le court-termiste que le petit monde de la finance impose de plus en plus au plus grand nombre m’ennuie beaucoup, car quand on s’occupe d’investissements dits durables, on ne peut s’inscrire que dans le temps long, et, pour faire court, ce temps long s’accommode mal d’un financement revolving par des bons de caisses. 

J’ai essayé de comprendre pourquoi la ligne de l’horizon temporel se rapprochait exponentiellement, et j’ai constaté que l’approche la plus opérationnelle était de considérer le rythme de raccourcissement des cycles plutôt que leur échéance, ou dit autrement le flux du film plutôt que l’instantané de l’image. Ce qui frappe le plus est la coexistence cacophonique et non maîtrisée de rythmes extrêmement divers, des rythmes géologiques qui nous privent de pétrole nouveau pour quelques bons milliers d’années, à celui infernal des ordinateurs-traders, en passant par celui de la vie humaine, qui est – exception bienvenue dans ce cas – un des rares à ne pas raccourcir.

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LIBÉRER LE TEMPS, par Annie Le Brun

Billet invité.

« Le devoir de l’œil droit est de plonger dans le télescope tandis que l’œil gauche interroge le microscope. » Comment ne pas être saisi par la justesse de cette phrase que la toute jeune Leonora Carrington écrit dans l’extraordinaire récit relatant son internement entre 1940 et 1941 dans un hôpital psychiatrique espagnol, après que l’arrestation de son amant Max Ernst par la gendarmerie française l’a jetée dans un chaos intérieur qu’elle ne parvient plus à distinguer de celui du monde en guerre ? Comment ne pas y voir un exemple de cet « illuminisme de la folie lucide » que Michelet attribuait à la Sorcière, symbole de ces jeunes femmes qui, aux plus sombres moments de l’histoire, ont instinctivement protégé la vie menacée, jusqu’à en périr ? Comment aussi ne pas reconnaître dans ce regard dédoublé, dont l’amplitude renvoie à sa pusillanimité sinon à sa fausseté l’approche des experts, ce qui nous manque aujourd’hui le plus ?

Que nous soyons à un tournant où tout le paysage est en train de changer est devenu incontestable. Encore faut-il le regard qui convient, quand il y va de la « survie de l’espèce » et quand, on le sait, pour repenser l’économie, si les analyses les plus rigoureuses s’imposent au jour le jour, il n’en reste pas moins indispensable de s’écarter de l’économie, afin de prendre autant de hauteur que de profondeur, sans lesquelles il est impossible de penser ailleurs et autrement. Ne serait-ce que pour « sortir du cadre », dès lors qu’il importe avant tout et beaucoup plus de refuser ce qui est que de savoir où on va. Il n’est pas d’autre façon d’échapper au « réalisme » qui, non seulement utilisé comme argument-matraque pour faire accepter l’inacceptable, n’en finit pas d’induire la notion d’efficacité comme nécessité appelée à déterminer toute entière la lutte contre cet inacceptable.

D’où cette sinistre collusion entre réel et « réalisme ».

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