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Notes en vue de l’entretien avec Martine Orange publié par MEDIAPART le 30 avril

J’étais dans le train lorsque j’ai reçu un mail de Martine Orange me proposant un entretien pour Mediapart au sujet d’un billet incendiaire de Yanis Varoufakis, accusant Jens Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank, de vouloir détruire l’euro. Je me suis immédiatement mis à rédiger des notes. Comme celles-ci couvrent des points qui ne furent pas évoqués durant l’entretien, je les reproduis maintenant dans leur intégralité.

Les conclusions de Yanis Varoufakis au billet alarmiste qu’il poste sur son blog sont probablement bonnes mais pas pour les raisons qu’il avance. Il ne comprend pas comment se détermine le taux associé à la dette souveraine, du coup est incorrecte son interprétation de l’opinion soumise par la Bundesbank à la cour constitutionnelle de Karlsruhe qui permettra à celle-ci de se prononcer le 12 juin sur la constitutionnalité du mécanisme OMT.

Il n’y a en effet aucun scoop dans le rapport que publie le Handelsblatt, déposé le 10 décembre : l’opinion de Jens Weidmann qu’on y trouve est celle qu’il exprime depuis qu’il est à la tête de la Buba, telle qu’on la trouve par exemple dans l’entretien qu’il a accordé le 14 avril au Wall Street Journal. Et tout particulièrement la défiance qu’il exprime envers le mécanisme OMT (Outright Monetary Transactions) qui permet en principe d’agir sur les taux longs de la dette souveraine mais qui dans le cas des dettes souveraines des pays individuels de la zone euro serait – comme il le voit très bien – parfaitement incapable de jouer ce rôle.

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LA PROCHAINE FOIS, C’EST-À-DIRE DEMAIN MATIN LUNDI

Dans La faillite de Dexia : un scandale plus grave que le Crédit lyonnais, l’article que Martine Orange consacrait avant-hier à la chute – et pire encore – de la banque franco-belge Dexia, la journaliste de Mediapart réclamait des sanctions contre les responsables de l’aventure calamiteuse dont les effets n’ont pas fini de se faire sentir (perte de 11,6 milliard d’euros en 2011, etc. etc. justifiant un appel au secours sans précédent en direction de la Commission européenne) :

« L’ancien dirigeant, Pierre Richard, inventeur de cette machine infernale, continue à couler des jours tranquilles comme conseiller de la Banque européenne d’investissement et parfois auprès du gouvernement sur la réforme des collectivités locales. Au titre d’ancien président de Dexia, il touche une retraite-chapeau, qui vient donc en supplément de sa pension normale, de 600.000 euros par an. Une provision de 11 millions a été constituée dans le bilan de Dexia pour assurer son versement. […]

Les autres anciens dirigeants de la banque bénéficient eux aussi de la totale impunité, reconnue au monde de la finance en général, aux inspecteurs des finances en particulier. Bruno Deletré, ancien responsable des produits structurés chez Dexia, est désormais directeur général du Crédit foncier. Gérard Bayol, ancien directeur général de Dexia Crédit Local, est devenu directeur général délégué en charge du pôle entreprises et institutionnels de Crédit Mutuel-Arkéa. Alain Delouis, ancien directeur Dexia SA, a trouvé refuge chez Natixis comme directeur des ressources humaines. Sans oublier Gilles Benoist, qui a présidé aux débuts de l’aventure de Dexia aux côtés de Pierre Richard, qui dirige maintenant la CNP et aspire à en devenir président. »

Cela m’a donné envie de relire d’une traite les excellents articles qu’elle a consacrés au fil des ans au cataclysme Dexia. Nulle grande surprise bien entendu, à part quelques errements dus à l’hubris personnelle : ces dirigeants ont mené Dexia à sa perte retentissante avec l’aval de tous ceux autour d’eux dont l’avis pouvait compter. Disons-le autrement : le Titanic a sombré dans l’enthousiasme général, non seulement de la classe financière mais aussi de la classe politique dans son ensemble ! Ce qui s’est passé, c’est en effet exactement ce qu’ils voulaient : privatisation à tout crin, dérégulation à toute pompe, pour faire place à une autorégulation dont on a découvert au grand regret de tout le monde qu’elle était morte à un moment difficile à préciser entre l’époque d’Adam Smith et la nôtre, sans qu’on s’en soit malheureusement aperçu en temps utile.

Le Titanic n’a pas sombré à la grande satisfaction des actionnaires de Dexia bien entendu, ni celle des contribuables belges et français à qui on demande maintenant de régler l’ardoise en leur disant : « C’est la faute à pas de chance ! »

Or, si ce n’est ni la faute à « pas de chance », ni la faute à ces individus particulièrement peu doués pour le métier qu’ils ont exercé chez Dexia – et qu’ils continuent d’exercer aujourd’hui ailleurs, à notre grande inquiétude – dont Martine Orange a dressé la liste plus haut, c’est bien la faute au fait que nous acceptons de nous lancer dans de grandes aventures comme Dexia sans avoir la moindre idée de la manière dont tout ce système financier fonctionne – c’est le « valideur de modèles financiers » que j’ai été à une époque, qui vous parle ici.

Pas la peine de convoquer d’outre-tombe M. Bérégovoy pour lui demander : « Mon pauvre ami, qu’est-ce qui a bien pu vous passer par la tête ? », pas la peine de convoquer tous ces « experts », dont la supposée « expertise » ne valait pas un clou à l’épreuve des faits, pour leur attribuer une responsabilité évaluée au pifomètre dans ce qui s’est passé.

Mais ce qu’il vaudrait la peine de faire – et je suggère qu’on s’en occupe toutes affaires cessantes – c’est de réunir tout ce beau monde pour leur faire dire devant un micro et une caméra – comme M. Greenspan dans ses petits souliers devant une commission du Congrès américain en octobre 2008 : « Je croyais ceci et cela et je me suis complètement planté : ce n’est pas du tout comme cela apparemment que ça marche », on apprendrait au moins quelque chose et – on peut toujours rêver – on pourrait peut-être tirer des leçons de toute cette ignorance, de toutes ces certitudes sans fondement, de toute cette arrogance d’apprenti-sorciers, la prochaine fois, c’est-à-dire demain matin lundi.

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