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« Les moissonneurs de sel » (2010)

Le métier de paludier, c’est l’un de ces métiers à l’ancienne où il est particulièrement clair que l’homme ou la femme qui travaille joue un rôle de catalyseur entre des éléments naturels dont il s’agit de faciliter l’opération combinée. Ici, c’est l’eau de la mer, le soleil et le vent.

Le sel, c’est l’un de ces métiers où l’on crée, d’abord le marais lui-même, qu’il faut refaire émerger de la glaise chaque année. Un énorme boulot, les cuissardes dans la gadoue, avant même que l’été, la saison du sel n’arrive. Puis c’est le circuit complexe de la vasière, des fares, des adernes, et des œillets, au sein duquel il faut maintenir la bonne hauteur d’eau. Quand tout est en place, le sel alors se crée tout seul. Il faut maintenant le récolter avec le las, puis le rouler, le transporter, le stocker. Comme il ne se vend pas cher du kilo, il faut en produire beaucoup pour en vivre : par saison, plusieurs tonnes par œillet, par surface de chauffe (les petits carrés au centre sur les photos).

Il y a des années où la nature n’apporte pas sa part des ingrédients nécessaires. Alors, tout l’effort aura été pour rien. Et ces années sans sel peuvent se succéder inlassablement, conduisant certains paludiers, voire même la plupart, à se tourner vers d’autres activités où le revenu reflète de manière plus sûre l’effort consenti. Et puis la pluie recule, et l’espoir renaît au sein d’une nouvelle génération, qui reprend le marais.

Un métier où l’on dit à la nature, le matin, arrivé sur le lieu du travail : « Allons, nous avons du travail à accomplir toi et moi ! », est un bon métier. On a du cœur à l’ouvrage. Le soir, on est rompu mais on s’endort content.

© Brice Caharel

© Brice Caharel

Si vous aimez les belles images du marais, avec les hommes et les femmes qui s’échinent, ou quand ils sont rentrés chez eux, et des textes qui vous apprennent des choses, pas seulement à la tête mais au cœur également, procurez vous Les Marais de la Presqu’île de Guérande. Les moissonneurs de sel (1).

L’un des auteurs est commentateur régulier du blog depuis ses débuts (d’accord, il était bien placé pour en avoir connaissance).

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(1) Brice Caharel (photos), Armel Jorion-Delbos (textes), Les Marais de la Presqu’île de Guérande. Les moissonneurs de sel, Éditions CPE, 2010, 168 pages, 28 €

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