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UN MONDE TRÈS « COSY » (POUR CERTAINS), BEAUCOUP MOINS POUR D’AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan,

Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit),

mon allusion à News Corp. le groupe de presse de Rupert Murdoch n’était qu’une boutade : je n’avais aucune intention d’y consacrer un billet aujourd’hui. L’actualité en a décidé autrement avec l’inculpation ce matin pour détournement du cours de la justice, destruction de preuves essentiellement, de six personnes dont Rebekah Brooks, qui fut à différentes époques la rédactrice en chef du Sun et de News of the World, deux fleurons du groupe Murdoch et de ce que les Britanniques appellent la « gutter press », le « gutter » étant la rigole le long du trottoir, encore appelée « ruisseau ».

Je ne reviens pas sur toute l’histoire, dont les péripéties sont infinies, mais qui débute par la découverte du piratage par des reporters de News of the World du téléphone mobile d’une adolescente assassinée, et qui met en lumière qu’une multitude de personnalités ont leurs communications interceptées par des reporters appartenant à News Corp.

En juillet de l’année dernière j’avais déjà consacré deux billets à l’affaire. J’écrivais dans le premier : Grosses entreprises et gouvernements : Le cas de la Grande-Bretagne :

L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.

(Mon second billet s’intitulait : Nouvelles de la démocratie).

J’écrivais donc cela il y a neuf mois, à partir de ce qu’il faudrait appeler « des présomptions assez vagues ». Ce qu’on a appris depuis n’a rien fait pour démentir ces présomptions car ce n’est pas piqué des vers, voyez vous-même :

–       lorsque Mme Brooks commence à être importunée par la justice, M. Cameron, premier ministre britannique, communique abondamment avec elle par textos, l’assurant de son soutien et, selon les termes du Wall Street Journal « discutant avec elle de sujets considérés sensibles pour News Corp. et pour le gouvernement britannique » ;

–       un très proche collaborateur de Jeremy Hunt, ministre de la culture, des médias et des sports, qui doit décider si oui ou non News Corp. est autorisée à prendre le contrôle de la compagnie de télévision par satellite BSkyB, contacte le principal lobbyiste du groupe Murdoch pour lui demander comment arranger l’affaire et présenter de manière appropriée les remous autour du piratage de conversations téléphoniques par News Corp.

Pas besoin certainement de faire un dessin de l’image qui émerge de tout cela : un monde très « cosy » comme on dit là-bas, très à l’aise, d’hommes et femmes d’affaires, de presse et de gouvernement, dirigeant la Grande-Bretagne dans un grand mélange des genres, en ne communiquant aux sujets de sa gracieuse majesté que ce qu’ils jugent nécessaire et sous la forme qui leur convient, et qui, quand ils veulent savoir ce que pensent exactement ces sujets de sa majesté, n’y vont pas par quatre chemins et vont simplement fouiller dans leurs mails et leurs communications téléphoniques – même, comme il appert, quand ces sujets font partie de sa propre famille.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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