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L’actualité de la crise: une politique par défaut, par François Leclerc

Billet invité.

UNE POLITIQUE PAR DÉFAUT

Faute d’une alternative qui suppose des mises en cause inconcevables à ce stade de la crise, un mauvais chemin est emprunté en Europe, dont on ne sait où il mène. Les commentaires ont beau se multiplier sur le thème  : « ça ne passera pas », « les objectifs ne sont pas réalistes », « nous allons entrer dans une spirale dépressive », les gouvernements de la zone euro persistent et signent par défaut.

Ce sont les Allemands qui impriment leur marque, ne voyant leur salut que dans le maintien de leurs acquis, voulant l’imposer aux autres au nom de la préservation de leur hinterland : plus ils contribuent au financement potentiel des pays en difficultés, plus ils craignent ne pas être remboursés, creusant par leur intransigeance accrue leur propre tombe. L’absurdité voulant qu’ils accroissent eux-mêmes ainsi les chances que la situation qu’ils redoutent survienne.

Une réunion des ministres des finances de l’Eurogroupe s’est tenue hier à Bruxelles, dont peu a filtré, si ce n’est des informations laissant à penser qu’elle a été plus consacrée à serrer les derniers boulons du plan de sauvetage européen (dénommé plan de stabilisation financière), de nouveaux obstacles ayant été dressés au déblocage de chaque éventuel versement d’une aide, qu’à faire face à la débandade de l’euro.

A ce propos, Jean-Claude Junker, son chef de file, a bien reconnu que si son niveau n’était pas en soi problématique – des cris de victoire retentissant même, faisant de nécessité vertu et saluant sa baisse qui favoriserait les exportations (à condition que les acheteurs se manifestent) – la rapidité de sa chute faisait par contre problème. Pour autant, rien n’a été annoncé afin de la combattre, signe que face aux marchés, la BCE faisant elle-même le gros dos, car il n’y a pas grand chose à faire sur ce terrain-là…

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Ce qu’il reste de pouvoir au peuple, par zébu

Billet invité.

Un bref moment, une lueur d’espoir qu’une régulation possible de la finance puisse voir le jour brilla : ce fut le jeudi 21 janvier 2010, quand le Président américain Barack Obama fit savoir qu’il entendait s’attaquer aux géants de la finance. Il soutint en effet la proposition de Paul Volcker, ancien Secrétaire au Trésor, d’interdire aux banques de réaliser du trading pour compte propre et de réduire la taille des établissements financiers, afin d’éviter que cette taille justement ne serve d’alibi aux ‘TBTF’ (Too Big To Fail).

Après un (court) moment de réelle inquiétude (où les ‘valeurs financières’ plongèrent en bourse), les ‘marchés’ reprirent leurs activités, ‘business as usual’. Car il s’avéra rapidement que les conditions qui auraient pu permettre de faire passer cette (timide, mais prometteuse) réforme n’existaient plus : les démocrates avait perdu un siège au Sénat. Et comme le Président Obama s’escrimait à obtenir un accord à tout prix, même médiocre, qui relève donc d’un ‘bipartisanisme’ d’autant plus prégnant que la majorité manquait aux démocrates, la ‘Volcker Rule’ fut donc mort-née, étouffée par le cordon ombilical d’un système politique américain grippé, que seul l’exécutif américain aurait pu couper pour laisser vivre cette initiative.

Car le passage en force contre le filibustage au congrès d’une telle proposition de loi, toujours possible bien que relevant de l’utilisation de l’arme ‘nucléaire’ de la jurisprudence de la Cour Suprême, ainsi que l’utilisation d’Executive Orders par le Président (comme par Roosevelt dans les années 30) ne furent pas utilisés : la régulation financière attendra.

Qu’un homme comme Paul Volcker, ancien Secrétaire au Trésor, estimé, peu porté à jeter ‘le bébé avec l’eau du bain’, républicain, monétariste, du haut de ses 82 ans, ne puisse même pas initier réellement une présentation d’un projet de loi de ce niveau en dit long sur la puissance des lobbies en cour à Washington. Wall Street avait suffisamment payé les errements de la période Roosevelt selon elle, avec notamment le Glass Steagall Act, pour accepter que le moindre retour à un semblant de régulation ne se fasse jour.

Dont acte : système verrouillé, pour l’instant.

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L’actualité de la crise: la mauvaise herbe, par François Leclerc

Billet invité.

LA MAUVAISE HERBE

Est-il possible de réguler le système financier ? Poser la question ainsi, c’est déjà faire un choix. Réguler ou bien réglementer ? Le premier terme s’est imposé dans le langage courant, traduisant une certaine ambiguïté à propos de la nature des mesures qui devraient être prises. Exprimant même une préférence implicite en faveur d’un mécanisme de contrôle, d’un réglage du fonctionnement de la finance. Et non pas de l’établissement d’un ensemble de règles visant à strictement l’encadrer. En effet, la régulation vise à instaurer un équilibre, la réglementation assujettit à des contraintes.

Le distinguo, il est vrai, peut apparaître superflu, car il semble que ni l’une ni l’autre ne puissent véritablement intervenir. Alors, à quoi bon ! Mais il a le mérite d’éviter de se perdre dans les arcanes d’un ouvrage sans cesse remis sur la métier parce que sans cesse défectueux, comme si sa réalisation, la régulation du système financier, était une mission impossible. Or, nous y sommes bel et bien plongés dans ce dédale et devons faire appel à chaque instant à ce fameux diable qui gère les détails, dans lesquels il contribue à nous perdre et à nous embrouiller. Un diable qui, a bien le regarder, n’est qu’une créature au service de ses maîtres de la finance. Plus on avance dans la compréhension des produits et des mécanismes complexes qu’il faudrait encadrer, plus on comprend que la tâche est illusoire. Pour reprendre une image déjà employée, plus on doit admettre que le sarcophage aura inévitablement des trous et ne remplira donc pas son office.

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