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McKinsey & Company : La Grande Dissociation

Une traduction de The Great Decoupling sur le site de McKinsey & Company. Plusieurs propos exprimés convergent avec ma propre proposition de taxe « Sismondi » sur la productivité des machines. Merci à Pierre-Yves Jacopin et Frankie Maindron pour la traduction.

 

La Grande Dissociation

L’avance rapide de l’apprentissage automatique (machine learning) présente un paradoxe économique : la productivité s’accroît, mais pas forcément l’emploi.

Septembre 2014
 
Alors que la technologie de l’apprentissage automatique (machine learning) progresse à un rythme exponentiel, quantité d’emplois très spécialisés, considérés autrefois comme le domaine exclusif des humains, sont de plus en plus exécutés par des ordinateurs. Que ce soit vu comme un progrès ou comme néfaste dépend de l’interlocuteur. Technologistes et économistes ont tendance à se diviser en deux camps, les technologistes croyant que l’innovation va guérir de tous les maux et les économistes craignant que les gains de productivité aient pour conséquence de cliver les populations en possédants et en non-possédants.

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Paul A. Samuelson (1915 – 2009)

Je ne suis pas économiste de formation et je n’ai lu aucun livre ni aucun article de Paul Samuelson. J’ai découvert l’objet de ses travaux dans les résumés qui en existent dans les livres qui ont accompagné ma formation sur le tas en finance.

Depuis hier, j’ai voulu en savoir plus à son sujet, j’ai lu non seulement les notices nécrologiques mais d’autres biographies ici et là. Son âge respectable au moment de sa mort me fait penser qu’il a dû connaître la satisfaction d’avoir communiqué tout ce qui au sein de son expérience lui semblait essentiel de faire savoir à d’autres. Dans ce que j’ai lu, il y a deux textes que je voudrais vous faire partager. Le premier, je l’ai trouvé ici-même sur ce blog, dans un commentaire de Claude Roche. Voici ce que cela dit :

C’est dans « L’économique » que les gens de ma génération – id est ceux qui sont aux commandes actuellement – ont été formés : et si un auteur porte la responsabilité de la crise, ce n’est pas Hayek, ce n’est pas Friedman, c’est Samuelson.

Pincez-vous d’abord. Et ouvrez la première page du livre, qui s’ouvre sur cette citation « nous avons goûté à l’arbre de la science et jamais plus nous ne connaîtrons de crises analogues à celle de 29 ».

[…] PA tu fais bien de mourir, car tu es peut-être trop honnête pour supporter un tel désaveu. Toi un prix Nobel. Mais honnête, l’étais-tu jusqu’au bout ? Très peu de gens se souviennent de la fameuse polémique qui t’a rendu célèbre : elle t’opposait aux vieux disciples de Keynes et portait le nom de la querelle de la mesure du capital – ou querelle des deux Cambridge. Tu soutenais toi, que l’on pouvait « scientifiquement » mesurer le capital, quand Robinson et Sraffa pointaient quand même quelques difficultés dans le modèle keynésien. La querelle dura dix ans. Jusqu’au jour où, de Jérusalem, tu reconnus t’être trompé : non, si l’on en reste à la formalisation économique dominante, on ne peut pas mesurer le capital as-tu concédé à l’époque !

Le lendemain tu devenais premier prix Nobel d’économie. Tout un symbole.

Le deuxième texte sur Samuelson que je voudrais vous faire partager, je l’ai trouvé dans le Wall Street Journal, dans un article intitulé Remembering Paul Samuelson où sont rassemblés les témoignages de diverses personnalités. Parmi celles-ci, Robert Shiller, professeur d’économie au MIT, co-auteur du fameux indice Case-Shiller qui mesure le prix de l’immobilier résidentiel américain, et auteur de l’heureuse expression « machine de Ponzi spontanées » pour désigner les bulles financières. Voici ce qu’il écrit.

Paul Samuelson m’a influencé durant l’entièreté de ma carrière d’économiste. Il est resté en contact avec moi jusqu’à très récemment.

Il m’a envoyé un mail et m’a demandé de le joindre par téléphone. Je l’ai appelé le 8 octobre 2009 pour découvrir que ce dont il voulait m’entretenir n’était pas le genre de choses qui motivent généralement les appels téléphoniques […] Il voulait que l’on rumine ensemble au sujet de la spéculation sur les marchés et sur la manière dont les marchés que j’ai contribué à créer (marchés à terme et titrisation dans le secteur de l’immobilier […]) ont pu alimenter la spéculation plutôt que la calmer comme je l’ai toujours personnellement pensé. J’eus avec lui une conversation très sérieuse à ce sujet ainsi que sur des sujets connexes de politique gouvernementale. Cette conversation ne m’a pas fait changer d’avis, du moins pas encore, mais elle m’a rappelé à quel point il est vraiment différent de la plupart des gens que je connais. Il semble être très sincèrement mû par une cause supérieure. Il me surprit en me disant : « Il faudrait que vous en parliez à votre prêtre ou à la personne qui vous conseille au plan spirituel ». Plaisantait-il ? Je ne le pense pas. L’humour à froid de Samuelson se manifestait aux endroits les plus inattendus mais il y avait dans sa personne un fonds d’authentique gravité.

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