Archives par mot-clé : stratégie

EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE

Quand en 1936, dans The General Theory of Employment, Interest and Money, Keynes illustre par un concours de beauté les défis que posent à la réflexion les anticipations sur le long terme, il a certainement encore en tête le fait qu’il a déjà pris pour exemple un concours de beauté quinze ans auparavant, dans A Treatise on Probability, quand il s’agissait pour lui de mettre en évidence la difficulté d’associer à un événement une mesure numérique de sa probabilité.

Dans le traité de 1921, il était question d’un concours de beauté s’adressant aux lecteurs du Daily Express.

La Grande-Bretagne est partagée en 50 circonscriptions correspondant aux éditions locales du quotidien. Les 50 finalistes sont les jeunes femmes qui parmi un total de 6.000 candidates, l’ont emporté selon le classement des lecteurs dans leur circonscription. Un représentant du journal qui les aura rencontrées en chair et en os à Londres, sélectionnera alors 12 d’entre elles qui gagneront l’un des prix du concours, constitué de sommes égales d’argent.

Une des 50 finalistes, déposa plainte contre le journal, considérant que celui-ci avait ignoré les raisons légitimes pour lesquelles elle demandait que soit déplacée la date prévue pour sa venue dans les locaux du Daily Express. Le juge lui accordera des dommages et intérêts d’un montant de 100 £, somme quelque peu supérieure à celle découlant du calcul de probabilité qui lui sembla juste : une chance sur 50 de gagner l’un parmi 12 prix, soit une probabilité de gain de 24%.

Continuer la lecture de EXPRESSION SPONTANÉE ET STRATÉGIE EN FINANCE ET EN ÉCONOMIE

Partager :

DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Un symbole, au sens premier du mot, est un objet fractionné que se partagent deux hommes pour sceller un contrat et dont ils rassemblent les deux parties pour le liquider. Le symbole, comme une pièce de puzzle, casse le sens mais sa ligne de fracture aide à le reformer. Le préfixe sum– (« avec ») se retrouve dans le mot synoecisme, qui désigne, dans la Grèce antique, la coalescence de deux ensembles urbains. La ville de Zeugma (« joug » en grec), sur l’Euphrate, née de la réunion d’Apamée et de Séleucie, en est un exemple parfait. La symbolique se sert du réel comme d’un lexique iridescent, d’une lettre au-delà de la lettre, pour décrire les combinaisons sociales humaines. Cette instrumentalisation du réel n’est pas sa négation mais son détournement par distraction. Il n’y a donc rien qui doive nous retenir, dans la perspective d’une refondation des rapports sociaux sur des bases non concurrentielles, d’interroger les symboles autant que les pratiques. Le symbole est le chiffre de la pratique. Il nous rappelle que toute pratique, légale ou illégale, naît d’une entente entre deux ou plusieurs individus. En ces temps où la démocratie se résume à des rituels vides, autoréférentiels, en ces temps où des citoyens déboussolés se réclament de religions dont ils n’ont pas lu les livres (ainsi d’un manifestant contre le mariage pour tous qui situait l’épisode de la destruction de Sodome dans les Evangiles) et dont ils méconnaissent, quand ils ne l’ignorent pas tout à fait, le foisonnement symbolique, il me paraît capital de réfléchir à cette question.

Continuer la lecture de DE L’INTÉRÊT D’INTERROGER LE SYMBOLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Partager :

Le grand jeu, par Nikademus

Billet invité.

A l’époque de Kipling, on appelait « Grand Jeu » l’ensemble des luttes diplomatiques et militaires que l’Empire Russe et Britannique se livraient aux confins de leur frontières : en Afghanistan. C’est cette expression que le « géo-stratège » américain Zbigniew Brzezinski a sans aucun doute en tête quand il écrit en 1997 Le grand échiquier (The Grand Chessboard) alors qu’il cherche à attirer l’attention sur l’Eurasie comme étant la région sur laquelle les Etats-Unis devaient dès ce moment porter leurs efforts : la Chine y est considérée comme la puissance montante, respectable mais à guider et en quelque sorte à tenir par la main, l’Europe et la Russie ne sont plus considérées que comme déclinantes ou pour longtemps périphériques, le Moyen-Orient ne compte déjà plus pour grand’chose. Emmanuel Todd qui avait analysé de près l’ouvrage dans Après l’Empire (2002) – que l’on serait inspiré de relire aujourd’hui – , notait par exemple que pas une seule mention n’était faite à Israël. Evidemment, on était encore dans l’ère Clinton, les années Bush sont passées par là depuis, et les aspirations de Mr. Brzezinski ne peuvent plus trouver à s’épancher de la même manière. Tout simplement parce que les Etats-Unis n’ont plus les moyens de décider à quel jeu on joue. C’est sur un Grand Damier que se joue maintenant la partie.

Notes éparses sur le jeu de Gô

Extraites de Scott A. Boorman, The Protracted Game (1969, Oxford University Press), référence à De la Guerre Prolongée, de Mao (1938), (trad. sous le titre loufoque Gô et Mao, Seuil, 1972).

• Gô : nom japonais sous lequel on connaît en Occident un jeu en réalité à l’origine chinois : wei-ch’i (prononcer : oueï-chi), pratiqué depuis au moins la dynastie Han (200 av. JC).

• « Le commencement d’une partie est pratiquement incompréhensible pour celui qui ne l’a pas étudié à fond. Les deux joueurs ont l’air de placer leurs hommes au hasard, tantôt dans un coin du damier, tantôt dans un autre ; on dirait qu’ils cherchent à former de jolis dessins plutôt qu’à se tourner mutuellement. Ce n’est qu’après la mise en place de bon nombre de pions que l’objet de la partie commence à apparaître : alors on s’aperçoit petit à petit que les pions qui semblaient avoir été joués sans but offensif ni défensif étaient tous utiles, et qu’ils avaient été placés dès le départ pour servir d’avant-postes de territoires que l’on prévoyait de constituer autour d’eux, ou de postes d’observation pour harceler l’ennemi. » (p. 30)

Continuer la lecture de Le grand jeu, par Nikademus

Partager :