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Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera. S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas. Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.

Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.

Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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