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LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (IV) LE STATUT SPÉCIAL DU NIVEAU DES SALAIRES

Le retour à l’étalon-or impliquait pour la Grande-Bretagne du début des années 1920 de restaurer le taux de change de la livre avec le dollar à son niveau d’avant-guerre. Ceci n’était possible qu’à condition que le coût de la vie baisse dans la proportion nécessaire pour rétablir l’équation. Le coût de la vie à son tour ne pourrait baisser sans que ne baissent les salaires en tant que coûts de production des marchandises et des services.

Or note Keynes, le niveau des salaires, tout comme d’ailleurs celui des profits ou des loyers par exemple, ne répond pas sans réagir aux pressions économiques dont il est l’objet : il résiste à la baisse – et il s’agit là bien entendu de l’effet collectif de la résistance des travailleurs eux-mêmes. Le niveau des salaires est « visqueux », pour reprendre le terme qu’emploie Keynes : « sticky ».

En fait, rappelle Keynes, les salaires ne baissent jamais parce que les salariés y consentent, ils baissent parce que la déflation cause du chômage et que le chômage modifie le rapport de force entre employeurs et employés, ces derniers consentant alors à une baisse des salaires, mais contraints et forcés.

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LA LIVRE STERLING ET L’ÉTALON-OR (II) LE CHARYBDE DE L’INFLATION ET LE SCYLLA DE LA DÉFLATION

En décembre 1923 paraît A Tract on Monetary Reform, le brûlot où Keynes justifie la croisade qu’il mène contre une restauration de la parité or de la livre sterling. C’est l’état catastrophique du budget de la Grande-Bretagne à la fin de la Première guerre mondiale qui l’a forcée en 1919 à cet abandon mais, pour une question de prestige essentiellement, elle entend y revenir aussitôt que possible. Il lui faudra six ans pour y parvenir : en avril 1925 ce sera chose faite.

L’opinion radicale de Keynes sur la question est fort bien résumée par la formule à laquelle il recourt au chapitre 4 du Tract, quand il écrit que « l’étalon-or est […] une relique barbare », survivance d’une époque où l’on ne comprenait pas ce qu’est une monnaie (Keynes [1923] 1931 : 179).

Principal argument utilisé par Keynes contre une monnaie adossée à l’or : une réserve métallique détruit la stabilité des prix, parce qu’il n’existe aucun moyen pour une nation de s’assurer qu’elle pourra constituer des réserves d’or en quantités représentant fidèlement la richesse de son économie.

Il y a dans cette thèse deux propositions qu’il faut analyser séparément. La première, c’est que l’instabilité des prix est en soi une mauvaise chose. La seconde, c’est que l’étalon-or cause bien une telle instabilité.

Commençons par la première.

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