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COMPRENDRE LES TEMPS QUI SONT LES NÔTRES

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Depuis le début de la crise en 2007, une chose est claire en politique européenne : les sortants ne sont pas reconduits. Devant l’incapacité des gouvernements et des majorités en place à résoudre les problèmes de l’heure, les électeurs – enfin, ceux de plus en plus clairsemés qui prennent encore la peine de se déplacer – votent pour l’opposition, quelle qu’elle soit.

Dans ces conditions, le manège ne peut faire qu’un nombre restreint de tours avant qu’on ne passe aux gouvernements d’union nationale, préludes aux comités de salut public.

Le gouvernement français ne vient encore que de fêter ses premiers 100 jours, mais il n’est pas trop tôt pour lui de penser à la nouvelle tendance qui s’est dessinée au sein des électorats européens.

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! », c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui si l’on veut sortir de l’ornière, et d’autant plus si l’ornière en question n’est que le révélateur de l’immense bourbier que constitue désormais la zone euro dans son ensemble.

Or le traité européen sur lequel la France doit se prononcer en octobre est tout sauf de l’audace. La fameuse Règle d’Or, offre un faux sentiment de sécurité quand les choses vont bien – pour autant que ceci puisse un jour redevenir d’actualité – et aggrave dramatiquement la situation quand les choses vont mal.

Les dépenses d’une nation ne se mesurent pas en points de Produit Intérieur Brut, elles se mesurent plus banalement par rapport à ses rentrées. Le PIB est un mauvais étalon dans le meilleur des cas car plus il contribue à la destruction de la planète, mieux il se porte. Mais là n’est pas même la question : dans un monde d’où le travail disparaît et où la concentration du patrimoine atteint de nouveaux sommets en raison du mode extravagant de répartition de la richesse créée que nous tolérons, le Produit Intérieur Brut des nations, constitue aujourd’hui leur corps en proie à la fièvre, et le moment est alors particulièrement mal choisi pour vouloir faire de lui un thermomètre.

Si les sortants ont cessé d’être reconduits en Europe depuis 2007, c’est parce qu’ils ont adopté un profil bas, sont allés dans le sens du courant, ont attendu que les choses s’arrangent. Or les choses ne s’arrangeront malheureusement plus : la crise que nous connaissons depuis 2007, crise de l’effet de levier et du crédit facile comme substitut du salaire, n’est plus qu’à deux doigts de se transformer en véritable dépression. C’est de cela qu’il s’agit, c’est à cela qu’il faut s’attaquer, car un énorme retard – cinq ans – a déjà été accumulé.

« Les mesures à prendre doivent être à la hauteur de la gravité de la situation » a dit il y a quelques années, M. Barroso. Mais ni lui, ni aucun de ses collègues européens ou à la tête d’une des 17 nations composant la zone euro, n’a encore compris le sens de ces mots. Ceux qui se prononceront en tant que membres du gouvernement ou que représentants de la nation française, devront avoir cela présent à l’esprit.

Le « Je ne veux voir qu’une seule tête » convient bien au régiment qui marche d’un cœur léger dans la campagne, mais il s’agit aujourd’hui d’autre chose : de sauver la mise alors que c’est une pluie de bombes qui s’abat sur nous.

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