{"id":101123,"date":"2017-12-07T09:04:40","date_gmt":"2017-12-07T08:04:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=101123"},"modified":"2017-12-07T09:41:00","modified_gmt":"2017-12-07T08:41:00","slug":"hararijorion-par-michel-jordan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/12\/07\/hararijorion-par-michel-jordan\/","title":{"rendered":"Harari\/Jorion, par Michel Jourdan"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout d\u2019abord, permettez-moi de me pr\u00e9senter. Je m\u2019appelle Michel Jourdan et j\u2019ai 49 ans. Je suis Belge et suis \u00e9tabli depuis plus de 15 ans \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice, o\u00f9 je travaille dans la presse \u00e9crite.<\/p>\n<p>Le mois dernier, j\u2019ai lu deux ouvrages offrant des pr\u00e9dictions radicalement diff\u00e9rentes sur le devenir de l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 savoir <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Homo_Deus_:_Une_br%C3%A8ve_histoire_de_l%27avenir\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Homo Deus<\/em><\/a>, de Harari, et <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/tag\/le-dernier-qui-sen-va-eteint-la-lumiere\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em><\/a>, dont vous devez tr\u00e8s bien conna\u00eetre l\u2019auteur. Je ne sais pour quelle raison, mais de les avoir lu successivement m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 vouloir dresser une comparaison, notamment en termes de perspectives.<!--more-->Ainsi, concernant <em>Homo Deus<\/em>, l\u2019ouvrage me para\u00eet au final une vision trop id\u00e9aliste d\u2019un avenir pourtant incertain. Si son point fort reste la vulgarisation du contenu, il demeure, selon moi, que les perspectives de Harari restent amarr\u00e9es dans sa, certes, tr\u00e8s bonne connaissance de l\u2019Histoire, mais aussi visent vers des projections ne tenant pas suffisamment compte, toujours selon moi, du facteur anthropologique. En r\u00e9sum\u00e9, il fait dans l\u2019histoire, mais pas assez dans les sciences humaines, ayant trop souvent \u00e9vacu\u00e9 l\u2019aspect psychologique faisant de nous qui nous sommes et ce que nous sommes. Et donc a fortiori o\u00f9 nous allons, ce qui est probl\u00e9matique dans le contexte du livre, qui se positionne presque comme un ouvrage de futurologie appliqu\u00e9e. Car pour moi, en mati\u00e8re d\u2019anticipation, l\u2019aspect technologique est loin d\u2019\u00eatre le facteur le plus important dans la conjoncture, d\u2019autres points \u00e9tant plus cruciaux, comme notre rapport avec la nature, nos soci\u00e9t\u00e9s capitalistes et nos actions pour la survie du vivant. A quoi bon en effet \u00e9laborer sur les progr\u00e8s attendus (ou esp\u00e9r\u00e9s) pour le si\u00e8cle prochain en mati\u00e8re de biotechnologie, de robotique ou encore de g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique si nous ne sommes plus l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Plusieurs sujets, s\u2019ils ne sont pas totalement escamot\u00e9s, ne sont en revanche pas assez mis en avant dans <em>Homo Deus<\/em>. L\u2019argent, ou plus exactement le pouvoir que celui-ci prof\u00e8re, Harari n\u2019en parle par exemple pas assez. Pourtant, lorsqu\u2019il \u00e9voque les progr\u00e8s incroyables de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies ayant permis \u00e0 l\u2019homme, notamment dans le domaine de la lutte contre les \u00e9pid\u00e9mies, de trouver plus ou moins rapidement des solutions \u00e0 ses probl\u00e8mes, il en oublie \u2013 du moins dans la premi\u00e8re partie de son livre \u2013 que ces m\u00eames d\u00e9couvertes ont \u00e9t\u00e9 initi\u00e9es sous le couvert qu\u2019\u00e0 terme, elles se devaient d&rsquo;\u00eatre rentabilis\u00e9es et, plus encore, de g\u00e9n\u00e9rer d&rsquo;\u00e9normes b\u00e9n\u00e9fices. Aussi, l&rsquo;\u00e9quation de nos probl\u00e8mes actuels, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui nous font nous pr\u00e9cipiter aujourd\u2019hui dans le vide, se r\u00e9sume-t-elle simplement, d\u2019apr\u00e8s moi, \u00e0 : \u00ab Si nous changeons d\u2019orientation, qu\u2019avons-nous \u00e0 y gagner ? \u00bb La r\u00e9ponse para\u00eet bien s\u00fbr \u00e9vidente pour vous comme pour moi, ainsi que des centaines de milliers d&rsquo;autres Sapiens, puisque le gain est simplement la survie de notre esp\u00e8ce, mais malheureusement pas, pour l&rsquo;heure, pour ceux qui se trouvent en haut de la pyramide d\u00e9cisionnelle.<\/p>\n<p>Vous le r\u00e9sumez vous-m\u00eame d\u2019ailleurs tr\u00e8s clairement : \u00ab Nous craignons sans doute le retour des catastrophes pass\u00e9es et prenons certaines pr\u00e9cautions en cons\u00e9quence, mais nous nous r\u00e9v\u00e9lons ineptes dans la pr\u00e9paration \u00e0 des d\u00e9sastres futurs du fait de la combinaison en nous de trois facteurs : nous souffrons d\u2019un manque total d\u2019imagination, nous affichons un optimisme irraisonn\u00e9 que nous appelons \u201cesp\u00e9rance\u201d et, surtout, nous n\u2019envisageons de solutions \u00e0 adopter que dans une perspective purement commerciale. Nous ne sommes dispos\u00e9s \u00e0 sauver notre esp\u00e8ce de l\u2019extinction qu\u2019\u00e0 une seule condition : \u201csi cela peut rapporter\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Or, la solution de notre survie, en tant qu\u2019esp\u00e8ce, est, on le sait, li\u00e9e intrins\u00e8quement \u00e0 notre capacit\u00e9 de pouvoir nous projeter dans l\u2019avenir. De l\u00e0 tous ces rapports, colloques, r\u00e9unions, conf\u00e9rences, etc., mais dont l\u2019issue est quasiment toujours la m\u00eame : des accords, amend\u00e9s 100 fois puis ratifi\u00e9s, sans aucune garantie qu\u2019ils seront mis en application ni m\u00eame \u00e9ventuellement jet\u00e9s aux orties (ex : Trump et le climat ou encore Trump et les migrants). Tout cela par manque de perspective et d\u2019int\u00e9r\u00eat (en termes de billets verts). Parce que cela ne nous (\u00ab nous \u00bb \u00e0 travers nos d\u00e9cideurs, bien s\u00fbr) int\u00e9resse pas, parce que notre vision n&rsquo;est ancr\u00e9e que dans celle de notre propre et courte existence et, \u00e9ventuellement, celle de nos enfants, mais pas beaucoup plus.<\/p>\n<p>L&rsquo;humain est ainsi fait. Il a beau savoir que l&rsquo;alcool, la vitesse et le manque de sommeil au volant continue de tuer, il poursuivra sa route sans s&rsquo;en soucier. Jusqu&rsquo;au prochain virage, derri\u00e8re lequel l&rsquo;attendra le mur qui lui co\u00fbtera la vie. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 : tant que le danger n&rsquo;est pas \u00e0 port\u00e9e de vue, il n&rsquo;appuiera jamais sur la p\u00e9dale de frein. Et c&rsquo;est pareil pour le r\u00e9chauffement. On \u00e0 beau le savoir \u2013 \u00e0 grands coups de rapports, d\u2019histogrammes et de clich\u00e9s d\u2019ours blancs pris au pi\u00e8ge de glaciers se d\u00e9tachant de la banquise \u2013, pour v\u00e9ritablement nous faire r\u00e9agir, il faudrait presque que le niveau de la mer monte de dix centim\u00e8tres par jour, et encore, sur nos propres c\u00f4tes. Alors peut-\u00eatre nous donnerions-nous rapidement les ressources n\u00e9cessaires (financi\u00e8res, politiques et technologiques) pour tenter de contrer le cataclysme. L\u00e0 est \u00e9videmment le paradoxe, puisqu&rsquo;\u00e0 cette allure, il est \u00e9vident que cela ne servirait plus \u00e0 rien.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs ce que vous expliquez \u00e0 votre mani\u00e8re : \u00ab Nous ne sommes pas outill\u00e9s pour nous mettre \u00e0 la place d\u2019\u00eatres humains affrontant l\u2019horreur \u00e0 quelques milliers de kilom\u00e8tres de chez nous. Et, parfois m\u00eame, c\u2019est le sort de personnes ne vivant qu\u2019\u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres de chez nous qui nous indiff\u00e8re d\u00e9j\u00e0. De m\u00eame, si l\u2019on nous posait la question, nous dirions : \u201cOui, nous avons \u00e0 c\u0153ur le sort des g\u00e9n\u00e9rations futures !\u201d, mais elles n\u2019en sont pas moins pour nous des entit\u00e9s abstraites et l\u2019extinction de l\u2019esp\u00e8ce nous appara\u00eet, dans la m\u00eame perspective, comme une abstraction vague, incapable en tout cas de susciter notre \u00e9motion. Nous pouvons nous identifier \u00e0 d\u2019autres \u00eatres humains \u2013 une disposition qui vient tout naturellement \u00e0 certains d\u2019entre nous \u2013, mais nous sommes incapables de nous identifier au destin du genre humain tout entier, et donc de nous impliquer pleinement dans sa survie. Nous arrivons \u00e0 donner un sens \u00e0 notre propre vie, mais donner un sens \u00e0 l\u2019histoire de notre esp\u00e8ce d\u00e9passe les fronti\u00e8res de notre imagination. \u00bb Evidemment, il s\u2019agit ici de dresser un portrait g\u00e9n\u00e9ral de notre esp\u00e8ce. Notre propension \u00e0 ignorer les avertissements pour le long terme et notre absence d\u2019application pour la survie des g\u00e9n\u00e9rations futures comportent aussi de nombreuses exceptions. Malheureusement, ces qualit\u00e9s ne sont que rarement pr\u00eat\u00e9es \u00e0 ceux qui dirigent actuellement le monde, et donc ce dernier d\u00e9pend pourtant.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019unique solution, s\u2019il devait y en avoir une, serait de reb\u00e2tir de z\u00e9ro une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9, en lieu et places de nos \u00e9lites (politiques, financi\u00e8res\u2026), se trouveraient \u00e0 guider nos actions des intellectuels, des experts, des \u00e9conomistes adeptes de la d\u00e9croissance, etc., bref des gens que l&rsquo;on pourrait qualifier de visionnaires (bien que simplement r\u00e9alistes), et qui, ensemble, permettraient (peut-\u00eatre) d\u2019\u00e9riger un syst\u00e8me nous permettant, non pas d\u2019\u00e9viter la catastrophe (car elle aura de toute fa\u00e7on lieu), mais d\u2019en limiter tout au moins l\u2019impact. Une structure qui, pareille \u00e0 une arche, nous permettrait en tout cas de contenir le d\u00e9luge (propre et figur\u00e9) \u00e0 venir. Et comme il s&rsquo;agirait d&rsquo;une arche, il nous faudrait donc un (ou en r\u00e9alit\u00e9 plusieurs) No\u00e9, des chefs pouvant guider le troupeau que nous sommes vers un id\u00e9al plus int\u00e9gr\u00e9 aux d\u00e9fis actuels.<\/p>\n<p>Dans votre livre, vous dites d\u2019ailleurs : \u00ab Notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9carter un danger d\u2019une telle nature, en d\u00e9pit de notre facult\u00e9 de r\u00e9flexion et de la possibilit\u00e9 qui nous est offerte de mobiliser toute la puissance du syllogisme pour soutenir la validit\u00e9 de nos arguments, ne d\u00e9passe probablement pas celle des dinosaures quand ils durent faire face \u00e0 leur propre extinction. Ce n\u2019est pas que nous ne sachions pas ce qu\u2019il convient de faire \u2013 en fait, nous le savons tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013, mais entre notre personne et la d\u00e9cision ad\u00e9quate se dresse le Prince, qui n\u2019a pas la moindre intention d\u2019y pr\u00eater attention, parce que son attention tout enti\u00e8re est mobilis\u00e9e par une t\u00e2che d\u2019un autre ordre : se maintenir au pouvoir. Aussi, si nous laissons le Prince veiller au cours des choses comme il le fait aujourd\u2019hui, c\u2019est le pr\u00e9cipice garanti \u2013 rien d\u2019autre ! \u00bb<\/p>\n<p>Sur certains points, <em>Homo Deus<\/em> est un peu l\u2019antith\u00e8se du <em>Dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>. L\u00e0 o\u00f9 le premier trouve dans nos avanc\u00e9es technologiques les raisons d\u2019esp\u00e9rer, le second, lui, estime au contraire qu\u2019elles pr\u00e9cipiteront notre disparition. En sus de cela, Harari s\u2019\u00e9gare quelque peu \u00e0 certains moments, comme lorsqu\u2019il dresse un comparatif entre les victimes du terrorisme et celles de la malbouffe, comparant Al Qa\u00efda \u00e0 Coca-Cola et expliquant qu\u2019on n\u2019a plus \u00e0 craindre du second que du premier, faisant alors presque de Daech un simple produit de consommation. Ce qui est totalement contreproductif car cela \u00e9quivaudrait \u00e0 devoir moins se soucier du respect du code de la route que des facteurs \u00e0 risques de cardiopathies et d\u2019AVC sous pr\u00e9texte que le premier fait chaque ann\u00e9e 10 fois moins de morts dans le monde que le second.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019argent, pour revenir sur cette question, vous l\u2019\u00e9voquez constamment, au contraire de Harari. Des divergences normales au vu de vos parcours, le premier \u00e9tant historien et vous, celui d\u2019un anthropologue ayant d\u00e9vi\u00e9 depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 vers le secteur financier et analytique. Mais votre point fort, c\u2019est, selon moi, votre capacit\u00e9 \u00e0 transposer la nature humaine dans le cadre des d\u00e9fis actuels. Ainsi, lorsque vous abordez la question du sens de la vie, telle qu\u2019elle nous a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9e par la chimie organique, vous dites : \u00ab Il est demand\u00e9 \u00e0 notre corps de se reproduire, et c\u2019est finalement la seule chose pour laquelle il soit v\u00e9ritablement \u00e9quip\u00e9, la seule chose qu\u2019il sache faire correctement : faire des b\u00e9b\u00e9s (\u201cpour de vrai\u201d ou \u201cpour du beurre\u201d), et respecter les conditions minimales pour que cela soit possible (manger et boire de l\u2019eau toutes les quelques heures, absorber de l\u2019oxyg\u00e8ne toutes les quelques secondes, \u00e9vacuer r\u00e9guli\u00e8rement les d\u00e9chets s\u2019accumulant rapidement, ne pas mourir de froid, etc.). Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien con\u00e7us pour nous reproduire et raisonnablement con\u00e7us pour maintenir les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 cette reproduction. Mais, comme nous sommes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et jetables, penser \u00e0 l\u2019avenir sur le long terme n\u2019est pas notre fort : notre manque de talent dans ce domaine est consternant. Et la punition est pour bient\u00f4t ! \u00bb<\/p>\n<p>Difficile, et peut-\u00eatre inutile d&rsquo;ailleurs, de dresser finalement un comparatif entre ces deux ouvrages, Harari et vous n&rsquo;ayant ni le m\u00eame objectif ni les m\u00eames pr\u00e9tentions. Le livre de Harari n&rsquo;est en effet pas mauvais, loin de l\u00e0. D&rsquo;autant, encore une fois, qu&rsquo;il ne vise pas forc\u00e9ment le m\u00eame public, n&rsquo;a pas le m\u00eame fil conducteur et ne s&rsquo;inscrit pas dans la m\u00eame finalit\u00e9. <em>Homo Deus<\/em> se lit en fait facilement, presque comme une fable, avec des passages m\u00eame tr\u00e8s prenants et aussi en accord avec nombre de constatations que je me suis faites \u00e0 un moment ou un autre. A l&rsquo;instar du ridicule des Sapiens ayant depuis toujours impos\u00e9 leur h\u00e9g\u00e9monie sur les autres esp\u00e8ces, en fait sous-esp\u00e8ces, selon Sapiens toujours, justifiant d\u00e8s lors notre immense facult\u00e9 \u00e0 accorder droit de vie et de mort sur tout \u00eatre vivant, y compris nos semblables dans certains cas. Des esp\u00e8ces, animales et v\u00e9g\u00e9tales, ayant pourtant tout autant le droit de peupler la terre que nous (certaines \u00e9tant d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 bien avant notre apparition, et environ 100 millions d\u2019ann\u00e9es avant la premi\u00e8re \u00ab mol\u00e9cule animale \u00bb pour les v\u00e9g\u00e9taux), mais dont nous n&rsquo;avons cure, celles-ci \u00e9tant, elles aussi, soit consid\u00e9r\u00e9es comme nuisibles, soit utiles pour les liens affectifs qu&rsquo;elles nous procurent (animaux de compagnie, plantes en pot&#8230;), soit encore per\u00e7ues comme de simples produits de consommation.<\/p>\n<p>Autre aspect que j&rsquo;ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 dans <em>Homo Deus<\/em>, et rejoignant l\u00e0 encore ce qui est ma perception depuis longtemps, c&rsquo;est celui li\u00e9 \u00e0 notre absence de libre arbitre, en ce sens que celui-ci est induit par des interactions neuronales contre lesquelles l&rsquo;on ne peut finalement rien, ne devenant alors qu\u2019un simple acteur de notre propre sc\u00e9nario organique. Cela dit, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;auteur parle \u00e0 un certain moment de \u00ab fruit du hasard \u00bb pour expliquer la r\u00e9surgence de flux \u00e9lectriques influant sur nos d\u00e9cisions, j&rsquo;y vois, moi, quelque chose de beaucoup moins al\u00e9atoire, en l&rsquo;occurrence la cr\u00e9ation de synapses en quelque sorte programm\u00e9s car r\u00e9sultant d&rsquo;interactions ant\u00e9rieures, elles-m\u00eames r\u00e9pondant \u00e0 des interactions plus anciennes. D\u00e8s lors, selon moi, ce que l&rsquo;on appelle \u00ab destin \u00bb prend alors tout son sens si l&rsquo;on en retire toute substance philosophique ou religieuse. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l\u00e0 une contradiction dans le cheminement philo-scientifique de Harari, car apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 le facteur biologique al\u00e9atoire de ce que nous sommes, il passe assez rapidement \u00e0 la terminologie \u00ab d&rsquo;algorithmes biologiques \u00bb. Or, par d\u00e9finition, un algorithme est le fruit d&rsquo;une programmation, qui n&rsquo;a d\u00e8s lors plus rien de hasardeux.<\/p>\n<p>Personnellement, je ne suis pas optimiste pour notre esp\u00e8ce et rejoins votre analyse de la situation. Beaucoup seront cependant en d\u00e9saccord, et en particulier sur le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine et en la capacit\u00e9 de cette derni\u00e8re de se sortir de l\u2019impasse dans laquelle elle s\u2019est engag\u00e9e. Reste que nous sommes en revanche de ceux (trop rares \u00e0 mon avis) \u00e9tant conscients de la gravit\u00e9 de la situation et de ce qui nous a amen\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 nous en sommes aujourd\u2019hui. En fin de compte, que l\u2019on soit d\u2019avis qu\u2019il reste quelque chose \u00e0 faire ou qu\u2019au contraire l&rsquo;on pense, comme vous et moi, que les d\u00e9s sont jet\u00e9s, car pip\u00e9s depuis le commencement, ne change pas grand-chose.<\/p>\n<p>Ainsi, que l\u2019on d\u00e9cide ou non de \u00ab faire notre deuil de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb, pour vous plagier, ou que l\u2019on pense avoir la capacit\u00e9 intellectuelle de sauver notre esp\u00e8ce, comme le clame Harari, le plus important reste en r\u00e9alit\u00e9 de prendre conscience de l\u2019urgence d&rsquo;actions imm\u00e9diates. Avec, en filigrane, l&rsquo;espoir (vague ou pas) que l\u2019humain \u2013 esp\u00e8ce dont la survie n\u2019a que peu d\u2019int\u00e9r\u00eat dans l\u2019ordre de l\u2019univers et \u00e0 laquelle nous accordons finalement une importance r\u00e9solument d\u00e9form\u00e9e par une arrogance d\u00e9mesur\u00e9e (mais la chimie organique nous a ainsi fait) \u2013 r\u00e9ussira \u00e0 \u00e9viter de subir le m\u00eame destin que les dinosaures. En tout cas, \u00e0 la diff\u00e9rence de ces derniers, on ne pourra pas dire que nous n\u2019\u00e9tions pas pr\u00e9venus !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout d\u2019abord, permettez-moi de me pr\u00e9senter. Je m\u2019appelle Michel Jourdan et j\u2019ai 49 ans. 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