{"id":101224,"date":"2017-12-09T18:53:54","date_gmt":"2017-12-09T17:53:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=101224"},"modified":"2017-12-09T18:53:54","modified_gmt":"2017-12-09T17:53:54","slug":"chine-retour-de-chine-impressions-en-vrac-4-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/12\/09\/chine-retour-de-chine-impressions-en-vrac-4-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; Retour de Chine Impressions en vrac (4) par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il nous reste \u00e0 \u00e9voquer le personnage majuscule de notre s\u00e9jour au Shandong, le Seigneur du lieu, le Mont sacr\u00e9 entre tous <strong>: <\/strong>le<strong> Taishan<\/strong>. Nous lui avons d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 un billet tant il occupe une place centrale dans la repr\u00e9sentation chinoise du monde, de la destin\u00e9e humaine et du pouvoir. Le \u00ab\u00a0<u>Livre des Odes<\/u>\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0<u>Classique des po\u00e8mes<\/u>\u00ab\u00a0), un des plus anciens textes chinois puisqu&rsquo;il remonte \u00e0 la dynastie des Zhou (entre 1100 et 800) mentionne d\u00e9j\u00e0 sa pr\u00e9\u00e9minence : \u00ab\u00a0<em>Le mont Tai se dresse haut dans le pays de Lu et tous<\/em> <em>les regards convergent vers lui<\/em>.\u00a0\u00bb <!--more-->Son caract\u00e8re divin est encore aujourd&rsquo;hui une croyance tr\u00e8s vivace. Il pr\u00e9side \u00e0 la vie et \u00e0 la mort des humains et, situ\u00e9 dans la pointe la plus orientale de la Chine, il est le premier chaque jour \u00e0 recevoir les lueurs du soleil naissant (c&rsquo;est \u00e0 dire du Yang qui n&rsquo;a subi encore aucune d\u00e9perdition de ses potentialit\u00e9s) et il constitue un belv\u00e9d\u00e8re id\u00e9al pour observer les mouvements apparents du ciel dans toutes les directions pendant toute l&rsquo;ann\u00e9e. C&rsquo;est ce r\u00f4le majeur d&rsquo;orchestrateur de la vie cosmique et terrestre (si fondamentalement li\u00e9 \u00e0 la conception chinoise du pouvoir) qui lui a valu d&rsquo;\u00eatre v\u00e9n\u00e9r\u00e9 avec le plus grand respect pendant plus de 2000 ans par tous les empereurs de Qin Shihuangdi (en 219 av. notre \u00e8re) aux derniers repr\u00e9sentants des Qing et de donner lieu encore de nos jours \u00e0 ce que l&rsquo;on peut appeler des p\u00e8lerinages populaires.<\/p>\n<p>Est-il sacril\u00e8ge de faire remarquer que ce puissant personnage a une altitude assez modeste ? Culminer \u00e0 1545m n&rsquo;est pas un exploit au pays de l&rsquo;Everest ! Mais, comme on le sait, les dimensions sont toujours de l&rsquo;ordre du relatif et jamais de l&rsquo;absolu : le Taishan doit la r\u00e9elle impression de majest\u00e9 et de puissance qu&rsquo;il d\u00e9gage au fait que son massif s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve brutalement dans un environnement de terrains alluvionnaires et de mar\u00e9cages. La p\u00e9ninsule du Shandong s&rsquo;est form\u00e9e \u00e0 partir des boues charri\u00e9es par le Fleuve Jaune et largement \u00e9pandues en cet aval extr\u00eame lors de ses tr\u00e8s nombreuses d\u00e9fluviations. Le Fleuve Jaune traverse en effet tout le Shandong vers une embouchure qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de modifier et de faire reculer : comme \u00e9puis\u00e9 d&rsquo;avoir transport\u00e9 tant de m\u00e8tres cubes d&rsquo;alluvions tout au long de son cours, il n&rsquo;y est plus l\u00e0 qu&rsquo;une sorte de Loire paresseuse envahie de bancs de sable et environn\u00e9e de marais. Marais que tous les Chinois connaissent au moins de r\u00e9putation parce qu&rsquo;ils ont servi de refuge et repaire \u00e0 une troupe s\u00e9ditieuse de \u00ab\u00a0bandits\u00a0\u00bb r\u00e9volt\u00e9s en 1114, sous le r\u00e8gne de Cheng He des Song, contre l&rsquo;injustice du syst\u00e8me des taxes et les ravages de la corruption, et que leurs aventures et exploits chevaleresques ont \u00e9t\u00e9 relat\u00e9s dans un des quatre plus c\u00e9l\u00e8bres romans en langue courante : <u>\u00ab\u00a0Au bord de l&rsquo;eau<\/u>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em><u>Shui hu<\/u><\/em> <em><u>zhuan<\/u><\/em>\u00ab\u00a0) au XIVe s. Mais c&rsquo;est bien s\u00fbr le mont Taishan qui est, au Shandong, la vedette incontest\u00e9e en termes d&rsquo;impact sur les esprits depuis trois mill\u00e9naires et de popularit\u00e9 jamais d\u00e9mentie. Il y a probablement plusieurs causes \u00e0 un tel succ\u00e8s. On peut penser que, s&rsquo;il a autant frapp\u00e9 les imaginations d\u00e8s l&rsquo;aube de la civilisation chinoise et suscit\u00e9 tant de si\u00e8cles de respectueuse d\u00e9votion, c&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;on peut le gravir d&rsquo;une seule traite en ayant toujours la cime en point de mire. Aucune autre montagne chinoise n&rsquo;offre, comme le Taishan sur sa paroi sud, un chemin vertical et direct visible de bas en haut : la vol\u00e9e toute droite des 6000 marches par laquelle on atteint son sommet (par laquelle \u00ab\u00a0on lui rend visite\u00a0\u00bb, dirait-on en chinois) doit \u00eatre \u00ab\u00a0lue\u00a0\u00bb d&rsquo;un point de vue autant figuratif que symbolique comme une voie d&rsquo;acc\u00e8s directe au ciel, raison pour laquelle les \u00ab\u00a0fils du ciel\u00a0\u00bb venaient y faire rapports de r\u00e8gne et sacrifices. Petit apart\u00e9 : nous croyons venu le moment de \u00ab\u00a0manger le morceau\u00a0\u00bb et d&rsquo;avouer que nous avons renonc\u00e9 \u00e0 tout m\u00e9rite en empruntant l\u00e2chement&#8230; le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique dont, \u00e9videmment, la teneur symbolique avoisine le z\u00e9ro absolu, mais auquel nos articulations rouill\u00e9es ont \u00e9t\u00e9, h\u00e9las, reconnaissantes !<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 sous l&rsquo;angle g\u00e9ographique, donc du point de vue de l&rsquo;orographie et de la g\u00e9ologie, l&rsquo;ensemble de ce massif trapu r\u00e9sulte des mouvements de forte surrection qui ont affect\u00e9 toute la Chine du nord-est : il s&rsquo;agit d&rsquo;affleurements de la plate-forme sinienne brutalement bouscul\u00e9e, pliss\u00e9e et chiffonn\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la cassure.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-relief-photo-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-relief-photo-1.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-101225\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cela explique l&rsquo;aspect chaotique du sommet du Taishan qui rend tout \u00e0 fait manifeste la vigueur de ces ph\u00e9nom\u00e8nes de surrection au cours desquels le manteau granitique s&rsquo;est dress\u00e9, \u00e9corch\u00e9, fendu, bris\u00e9 en morceaux, cr\u00e9ant un paysage spectaculaire \u00e0 base d&rsquo;\u00e9normes et vertigineuses roches dress\u00e9es toutes droites et entour\u00e9es de gros blocs diss\u00e9min\u00e9s, jet\u00e9s comme autant de d\u00e9s \u00e0 l&rsquo;entour (on retrouve ce type de diss\u00e9mination de rochers dans tout ce secteur du Shandong, entre Jinan et Qufu. Nous avons \u00e9voqu\u00e9 la derni\u00e8re fois ceux, tr\u00e8s nombreux, qui sont \u00e9parpill\u00e9s dans le site du temple familial de Confucius \u00e0 Nishan). Nous avons l\u00e0 sans doute une autre cause \u00e0 la fascination exerc\u00e9e par le Taishan d\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 : le sommet du mont offrait une vision du \u00ab\u00a0chaos primordial\u00a0\u00bb, le grand d\u00e9sordre originel d&rsquo;un univers pas encore r\u00e9gul\u00e9 par l&rsquo;\u00e9quilibre des \u00e9changes des souffles ni harmonis\u00e9 par les rites des \u00ab\u00a0mandat\u00e9s c\u00e9lestes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-roches-photo-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-roches-photo-2.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-101226\" \/><\/a><\/p>\n<p>Grandes \u00ab\u00a0feuilles\u00a0\u00bb verticales de granit ou \u00ab\u00a0boules\u00a0\u00bb fig\u00e9es dans leur d\u00e9valement, coinc\u00e9es entre deux parois, tout y est d\u00e9mesur\u00e9, sens dessus-dessous, mais ressenti comme pr\u00e9caire, pr\u00eat \u00e0 de nouveaux basculements et vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 des mutations dont on sait qu&rsquo;elles sont sans tr\u00eave ni fin. Le plus embl\u00e9matique des blocs \u00e9tranges du Taishan est celui qui marque le vrai point culminant et aupr\u00e8s duquel on se rend pour accueillir le soleil. Vous le voyez en bas au centre sur la photo (ci-dessus). Si, comme nous, vous avez assez mauvais esprit pour lui trouver un air de symbole phallique, tenez-vous pour dit que \u00ab\u00a0<em>toute ressemblance serait purement fortuite<\/em>\u00a0\u00bb et que ce lieu o\u00f9 s&rsquo;achevait l&rsquo;accomplissement solennel du sacrifice imp\u00e9rial \u00ab\u00a0<em>feng<\/em>\u00a0\u00bb semble n&rsquo;avoir jamais au grand jamais suscit\u00e9 officiellement pareil rapprochement. Son nom \u00ab\u00a0<em>gongbei<\/em>\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0(celui qui) s&rsquo;incline vers le nord\u00a0\u00bb et effectivement ce rocher se penche sur le pr\u00e9cipice de la paroi nord. Si les p\u00e8lerins (soulignons au passage que les petites gens viennent au Taishan pour implorer la d\u00e9esse \u00ab\u00a0donneuse d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb !) lui inventent un sobriquet gouailleur plus en rapport avec l&rsquo;objectif de leur ascension, la chronique n&rsquo;en dit pas un mot et nous n&rsquo;en saurons rien !<\/p>\n<p>Une telle profusion de roches au grain fin et tr\u00e8s lisse a suscit\u00e9 au fil du temps de fortes d\u00e9mangeaisons d&rsquo;\u00e9criture ! Cette vocation \u00e0 se couvrir litt\u00e9ralement de textes fait donc aussi du Taishan, autre source de v\u00e9n\u00e9ration de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, une immense biblioth\u00e8que. De la base jusqu&rsquo;au sommet, toutes les pierres qui offraient une surface unie ont \u00e9t\u00e9 peu \u00e0 peu recouvertes d&rsquo;inscriptions. Le syncr\u00e9tisme spontan\u00e9 de la pens\u00e9e chinoise a fait s&rsquo;y c\u00f4toyer le \u00ab\u00a0<u>S\u00fbtra du Diamant<\/u>\u00a0\u00bb bouddhiste, un paragraphe de \u00ab\u00a0<u>L&rsquo;invariable milieu<\/u>\u00a0\u00bb confuc\u00e9en et tous les types de r\u00e9f\u00e9rence au tao\u00efsme, mais les textes les plus c\u00e9l\u00e8bres sont ceux du sommet qui, \u00e9minemment officiels, \u00e9manent de la main des innombrables empereurs en visite au Taishan : tous se sont sentis tenus d&rsquo;y laisser cette marque de leur passage. Le type de graphie majoritaire en ces lieux est donc, sans surprise, l&rsquo;\u00e9criture carr\u00e9e officielle dite \u00ab\u00a0r\u00e9guli\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>kai shu<\/em>). L&rsquo;inscription la plus longue date de 726 : grav\u00e9e sur une pierre de 9m de haut et 5m de large, c&rsquo;est une confession\/supplique \u00e0 l&rsquo;adresse du Ciel r\u00e9dig\u00e9e par Xuanzong des Tang. Il y \u00e9voque la difficult\u00e9 de la fonction \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 depuis quatorze ans et y confie qu&rsquo;incertain de poss\u00e9der \u00ab\u00a0<em>la<\/em> <em>supr\u00eame vertu<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0<em>(son) c\u0153ur flotte parmi les vagues comme s'(il) traversait un grand fleuve<\/em>\u00ab\u00a0. Certains empereurs, comme Qianlong des Qing en 1758, furent plus laconiques : il se contenta de trois mots qu&rsquo;on grava en lettres de plus d&rsquo;un m\u00e8tre sur une pierre horizontale formant balcon vers la plaine (on peut les voir sur la photo ci-dessous, en bas \u00e0 droite) : de droite \u00e0 gauche, \u00ab\u00a0<em>contempler (le pays de) Lu avec v\u00e9n\u00e9ration<\/em>\u00ab\u00a0. Hommage r\u00e9v\u00e9rencieux et discret \u00e0 Confucius et Mencius ! Enfin, l&rsquo;inscription la plus myst\u00e9rieuse (et non la moins r\u00e9v\u00e9r\u00e9e) est celle qui n&rsquo;existe pas (ou plus) ! Il s&rsquo;agit d&rsquo;une st\u00e8le haute de 5m \u00e9rig\u00e9e devant l&rsquo;entr\u00e9e du temple de l&rsquo;Auguste de Jade. Elle est absolument vierge de toute inscription et se pr\u00eate bien s\u00fbr par l\u00e0 \u00e0 toutes les l\u00e9gendes et interpr\u00e9tations. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles voudrait qu&rsquo;y ait \u00e9t\u00e9 grav\u00e9 le message du premier empereur Qin Shihuangdi que le vent et les si\u00e8cles auraient fini par effacer compl\u00e8tement. Prestige chinois du myst\u00e8re et de l&rsquo;invisible !<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-bibliothe\u00cc\u20acque-photo-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-bibliothe\u00cc\u20acque-photo-3.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-101227\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il nous reste \u00e0 \u00e9voquer le r\u00f4le du Taishan comme lieu de culte populaire. Bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas \u00e0 proprement parler d&rsquo;une pratique \u00ab\u00a0religieuse\u00a0\u00bb et que cela se retrouve en \u00e9cho dans toutes les montagnes de Chine, le rituel de l&rsquo;accueil matinal du soleil jouit au Taishan d&rsquo;un prestige tout \u00e0 fait sp\u00e9cial. Comme peu de gens passent la nuit sur le mont, les foules qui se pressent au sommet ont effectu\u00e9 l&rsquo;ascension dans le noir, avec lampe \u00e9lectrique et \u00e0 pied (le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique ne fonctionne que le jour !). Selon la saison, c&rsquo;est \u00e0 partir de 4 ou 5 heures que tout le monde retient son souffle et cloue son regard sur l&rsquo;est. Nous sommes, ce 23 octobre, \u00e0 5h 1\/2, une petite centaine, engonc\u00e9s dans d&rsquo;\u00e9normes manteaux ouat\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e chinoise qui nous battent les chevilles et nous donnent l&rsquo;air d&rsquo;une tribu de manchots \u00e9gar\u00e9s sur une pointe d&rsquo;iceberg. Il fait un froid glacial et tout le monde est silencieux (chose rarissime quand beaucoup de Chinois sont rassembl\u00e9s). Les premiers fr\u00e9missements d&rsquo;un rose encore timide aimantent soudain tous les regards et une sorte d&rsquo;involontaire communion s&rsquo;\u00e9tablit tacitement : un peu comme si nous nous tenions pr\u00eats, tous ensemble et solennellement, \u00e0 assister \u00e0 une premi\u00e8re, \u00e0 du jamais-vu justifiant la marche de nuit, la fatigue et les kilos de matelassage sur nos \u00e9paules ! A l&rsquo;heure fatidique, autour de 6h en ce matin d&rsquo;octobre, o\u00f9 l&rsquo;astre devrait nous appara\u00eetre au loin comme un jaune d&rsquo;\u0153uf, c&rsquo;est \u00e0 peine si un murmure de d\u00e9ception parcourt l&rsquo;assistance quand elle doit admettre qu&rsquo;il lui a fait faux bond, pr\u00e9f\u00e9rant prendre un bain de nuages plut\u00f4t que de s&rsquo;offrir \u00e0 ses regards et \u00e0 ses t\u00e9l\u00e9phones cellulaires ! Quand tout le monde tourne enfin le dos \u00e0 regret, il fait jour, la temp\u00e9rature monte vite et nous fait abandonner les capotes kaki. Le temps est venu pour tous ceux qui sont l\u00e0 d&rsquo;entamer la grande tourn\u00e9e des temples.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-culte-photo-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Taishan-culte-photo-4.jpg\" width=\"700\" height=\"394\" class=\"aligncenter size-full wp-image-101228\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le plus r\u00e9cent des temples du Taishan est un petit \u00e9difice consacr\u00e9 \u00e0 Confucius au XVIe s. par des lettr\u00e9s soucieux de le savoir pr\u00e9sent et honor\u00e9 dans ce lieu qu&rsquo;il visita et d&rsquo;o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9merveilla de \u00ab\u00a0<em>voir<\/em> <em>le monde si petit<\/em>\u00a0\u00bb ! Celui d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Auguste de Jade remonte \u00e0 la dynastie des Song et \u00e0 la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb pure et simple de la divinit\u00e9 portant ces nom et titre par un \u00e9dit imp\u00e9rial en 1012. Mais le culte originel et majeur en ces lieux est celui qui s&rsquo;adresse \u00e0 la propre fille du dieu Taishan, la princesse Bixia en son vaste temple \u00e0 annexes multiples dit \u00ab\u00a0Temple des nuages bigarr\u00e9s\u00a0\u00bb. Une statue en bronze dor\u00e9 de dimensions modestes la repr\u00e9sente assise sur un tr\u00f4ne, les mains crois\u00e9es, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une imp\u00e9ratrice, mais en toute simplicit\u00e9, \u00ab\u00a0proche du peuple\u00a0\u00bb, pourrait-on dire. Elle est par excellence la pourvoyeuse d&rsquo;enfants et, avec toutes ses acolytes et auxiliaires, elle supervise toutes les \u00e9tapes de la grossesse, de la naissance et de l&rsquo;allaitement. Les jeunes enfants sont sous sa juridiction et sa protection de leur conception jusqu&rsquo;\u00e0 leur sevrage. Son sanctuaire ne d\u00e9semplit pas. Comme dans tous les temples de Chine, cadenas, rubans rouges, ex voto \u00e0 profusion et b\u00e2tons d&rsquo;encens par brass\u00e9es ! Evidemment les d\u00e9vots de Bixia mus par le d\u00e9sir d&rsquo;enfant (ou, encore plus, de petits-enfants !) ne manqueront probablement pas d&rsquo;aller faire parall\u00e8lement leurs offrandes, dans tel ou tel temple bouddhique, \u00e0 Guanyin \u00e0 qui ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 peu de chose pr\u00e8s les m\u00eames pouvoirs de f\u00e9condit\u00e9 heureuse qu&rsquo;\u00e0 Bixia. On est en Chine, que diable !<\/p>\n<p>Notre visite au Taishan a \u00e9t\u00e9 rassurante : le site est intact et impeccablement entretenu, les \u00ab\u00a0marchands du temple\u00a0\u00bb, vendeurs d&rsquo;amulettes et de nourriture, peu envahissants et l&rsquo;affluence (hors des jours de f\u00eate religieuse et des \u00ab\u00a0semaines en or\u00a0\u00bb des cong\u00e9s chinois) raisonnable. Pas de \u00ab\u00a0Bixialand\u00a0\u00bb pour le moment ! Mais la construction (en chantier) d&rsquo;une (grande) nouvelle station d&rsquo;arriv\u00e9e du t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique ainsi que la prolif\u00e9ration \u00e0 Tai&rsquo;an, au bas de la montagne, d&rsquo;h\u00f4tels de marbre 4 et 5 \u00e9toiles tous grands comme des gares nous instillent un doute : n&rsquo;y aurait-il pas anguille sous roche et, en train de germer, le projet d&rsquo;insuffler un peu de \u00ab\u00a0<em>fun<\/em>\u00a0\u00bb dans le site et d&rsquo;en \u00ab\u00a0massifier\u00a0\u00bb la consommation ? A quand une statue de Bixia de 72m de haut ?<\/p>\n<p>Les courageux lecteurs qui sont arriv\u00e9s jusqu&rsquo;ici (soit l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une ascension du Taishan, \u00e0 pied bien s\u00fbr !) reconna\u00eetront, s&rsquo;ils ont suivi les \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents (<u>Impressions en vrac 3<\/u>), les inqui\u00e9tudes que nous y avons laiss\u00e9 pointer \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9volution du tourisme en Chine. Nous leur proposons de jeter un \u0153il, dans le num\u00e9ro de \u00ab\u00a0<u>G\u00e9o<\/u>\u00a0\u00bb de ce mois de d\u00e9cembre, sur la dizaine de pages hautes en couleurs consacr\u00e9es au \u00ab\u00a0Tibetland\u00a0\u00bb (c&rsquo;est \u00ab\u00a0<u>G\u00e9o<\/u>\u00a0\u00bb qui le dit !) cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces (nous en avons vu les premiers balbutiements en 2006). En moins de quinze ans, un bourg tout \u00e0 fait perdu et ignor\u00e9 au pied des contreforts himalayens du nord du Yunnan appel\u00e9 Zhongdian, peupl\u00e9 effectivement de Tib\u00e9tains, s&rsquo;est transform\u00e9 en v\u00e9ritable parc d&rsquo;attractions aux dimensions d&rsquo;une ville. C&rsquo;est un mirage et on lui a donn\u00e9, comme le veut la logique, un nom de mirage : \u00ab\u00a0Shangri-la\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0paradis perdu\u00a0\u00bb de fiction de James Hilton (dans \u00ab\u00a0Horizons perdus\u00a0\u00bb). C&rsquo;est, actuellement, le \u00ab\u00a0<em>must<\/em>\u00a0\u00bb des nouveaux riches. On n&rsquo;y cultive m\u00eame (dixit \u00ab\u00a0<u>G\u00e9o<\/u>\u00ab\u00a0) quelques hectares de cabernet-sauvignon pour les libations ! A la sant\u00e9 des parvenus !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il nous reste \u00e0 \u00e9voquer le personnage majuscule de notre s\u00e9jour au Shandong, le Seigneur du lieu, le Mont sacr\u00e9 entre tous <strong>: <\/strong>le<strong> Taishan<\/strong>. Nous lui avons d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 un billet tant il occupe une place centrale dans la repr\u00e9sentation chinoise du monde, de la destin\u00e9e humaine et du pouvoir. Le \u00ab\u00a0<u>Livre [&hellip;]<\/u><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[40],"class_list":["post-101224","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","tag-chine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=101224"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101224\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":101229,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101224\/revisions\/101229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=101224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=101224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=101224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}