{"id":101506,"date":"2017-12-21T13:00:41","date_gmt":"2017-12-21T12:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=101506"},"modified":"2017-12-21T14:16:22","modified_gmt":"2017-12-21T13:16:22","slug":"un-sioux-par-hugues-chaperon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/12\/21\/un-sioux-par-hugues-chaperon\/","title":{"rendered":"Un Sioux, par Hubert Chaperon"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>En relisant ce matin une nouvelle \u00e9crite l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, je suis si frapp\u00e9 d&rsquo;y voir les signes de votre influence, que je me dois de vous l&rsquo;envoyer. Il ne fait aucun doute que vous avez marqu\u00e9 la pens\u00e9e politique de ce pays, plant\u00e9 des graines et cela influe de fa\u00e7on tr\u00e8s visible, mais aussi de fa\u00e7on plus diffuse, dans des recoins insoup\u00e7onn\u00e9s. Ce \u00ab\u00a0Un Sioux\u00a0\u00bb en t\u00e9moigne. Votre retrait est salutaire, c&rsquo;est assez paradoxal, mais le mouvement est si vital qu&rsquo;il donne de la vie, cr\u00e9e un appel d&rsquo;air, une respiration. Je vous remercie.<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Un Sioux<\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0La chaleur et la lumi\u00e8re du soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait encore ce soir l\u00e0 plus que suffisant pour vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><em>Andr\u00e9 Dh\u00f4tel, \u00ab\u00a0L&rsquo;azur\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le hamac nous envoie au firmament. C&rsquo;est, avant le repos, sa plus grande vertu.<\/p>\n<p>Des mauves, des roses et des turquoises se font et se d\u00e9font dans un ciel de grande circulation. Croisements et carambolages de nuages rapides animent l&rsquo;azur par vagues, tour \u00e0 tour monumentales ou en haillons. Des mastodontes \u00e9crasent tout, mais disparaissent aussi bien que les petits discrets qui s&rsquo;effilochent, ne tiennent pas en place, se font et se d\u00e9font \u00e0 chaque seconde.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 se couche apr\u00e8s le d\u00e9jeuner pour regarder ce d\u00e9fil\u00e9 de nobles gueux, sous les flexibles du saule, alors que le vent un peu frais pour la saison lui fait go\u00fbter pleinement les chaudes \u00e9claircies, puis il s&rsquo;assoupit berc\u00e9 par les grillons.<\/p>\n<p>On pense trop souvent qu&rsquo;il pourrait nous arriver malheur \u00e0 l\u00e2cher la rampe, mais c&rsquo;est faux. L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 fait vite place aux airs vifs de la libert\u00e9, on se d\u00e9couvre moins poltron qu&rsquo;on ne le croyait. On peut cesser ces petites choses que l&rsquo;on fait pour des raisons que l&rsquo;on ignore\u00a0; parce qu&rsquo;elles nous enferment. On ne se doute pas que les vastes espaces sont \u00e0 notre exacte mesure.<\/p>\n<p>Le buisson de myrte envahit l&rsquo;entr\u00e9e de la maison, mais son odeur d&rsquo;encens le sacralise. Inexorablement il use, comme une vache en Inde, de la place qu&rsquo;on lui laisse et finit par interdire le passage. Andr\u00e9 n&rsquo;ouvre plus la porte que pour laisser entrer l&rsquo;odeur d&rsquo;encens.<\/p>\n<p>Ici la nature a des droits et elle en profite.<\/p>\n<p>Le saule pleureur, \u00e0 quelques m\u00e8tres, grossit chaque ann\u00e9e et assombrit la maison. Ses racines font contre le mur de pierre des talus inqui\u00e9tants. Ses branches cassantes s&rsquo;appuient sur les lignes \u00e9lectriques et risquent de les briser.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 songe \u00e0 cette v\u00e9g\u00e9tation expansive de juin et la compare au caract\u00e8re humain, lui aussi invasif et pr\u00e9dateur. En laissant faire la nature, il ne faudrait que quelques ann\u00e9es pour qu&rsquo;elle s&rsquo;accroche \u00e0 la maison, la masque totalement et l&rsquo;avale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce qu&rsquo;a fait l&rsquo;homme, il a recouvert la terre.<\/p>\n<p>Il est en passe de gober le globe, sa demeure.<\/p>\n<p>Ces pens\u00e9es obs\u00e8dent Andr\u00e9.<\/p>\n<p>Son pessimisme coexiste avec l&rsquo;apaisante pr\u00e9sence du bois, de la rumeur oc\u00e9ane, des lumi\u00e8res du ciel.<\/p>\n<p>L&rsquo;humanit\u00e9 se pr\u00e9pare \u00e0 passer \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Devenir adulte, c&rsquo;est int\u00e9grer un r\u00e9el \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9aliste.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;homme occidental, c&rsquo;est comprendre le mensonge dans lequel il s&rsquo;entretient depuis toujours\u00a0: la prometteuse destin\u00e9e de l&rsquo;\u00e9lu de la cr\u00e9ation, celui qui est en CDI avec Dieu en personne. Celui qui confond conscience sup\u00e9rieure et volont\u00e9 de puissance et fonce \u00e0 tombeau ouvert dans son fr\u00e9n\u00e9tique d\u00e9sir de domination et de destruction.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge adulte de l&rsquo;humanit\u00e9 sera de comprendre, mais trop tard, son infamie.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 a tout quitt\u00e9, il s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 pour tenter d&rsquo;int\u00e9grer cette conscience neuve. Il a coup\u00e9 les liens invisibles des pr\u00e9tendues obligations n&rsquo;est plus sur les \u00e9crans des radars conventionnels. Il a pris le parti de soi-m\u00eame, s&rsquo;est retranch\u00e9 sur ses bases, celles de l&rsquo;enfance. Dans le paysage de son enfance. Son tepee.<\/p>\n<p>Il refuse de donner plus d&rsquo;explications \u00e0 ceux qui le questionnent. Le changement a mauvaise presse, il le sait. C&rsquo;est sa fa\u00e7on de ne pas douter de son choix radical. Les raisons sont log\u00e9es dans de multiples recoins de sa vie, mais il ne tient pas \u00e0 en faire l&rsquo;inventaire. Il se dit que tout le monde peut comprendre\u00a0; que chacun doit aussi avoir dans les angles morts de son existence de tr\u00e8s bons motifs de se retirer du brouhaha. Ne reste qu&rsquo;\u00e0 vivre, et chercher ce qu&rsquo;il est possible de sauver encore de l&rsquo;id\u00e9e ancienne d&rsquo;un humain en proie au sentiment du sacr\u00e9, du fragile, du \u00ab\u00a0sur le point de dispara\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La conscience d&rsquo;appartenir \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce qui aura in\u00e9luctablement compromis l&rsquo;avenir, d&rsquo;avoir d\u00e9finitivement d\u00e9truit l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9volution possible vers un destin sp\u00e9cial et remarquable de l&rsquo;homme, le laisse stup\u00e9fait.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire est pleine de massacres, mais cette fois ci il faut se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, la conjugaison de toutes les destructions dessine un avenir d&rsquo;apocalypse.<\/p>\n<p>Il vient au milieu de la nature tirer les cons\u00e9quences de ses conclusions et op\u00e8re, avec un sentiment d&rsquo;urgence soudain, un retour sur ce qui vibre le plus subtilement en lui.<\/p>\n<p>L&rsquo;immobilit\u00e9, le silence, la solitude lui deviennent indispensables aussi soudainement que vient la mar\u00e9e montante quand le courant s&rsquo;inverse sur la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>Sa vie est totalement boulevers\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme un Sioux il sait que c&rsquo;est par l&rsquo;esprit qu&rsquo;il sera peut-\u00eatre possible de retrouver une place dans l&rsquo;univers.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 s\u2019arr\u00eate, s&rsquo;\u00e9tend face au ciel, c&rsquo;est sa seule r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il veille dans le grand s\u00e9jour de bois o\u00f9 il dort et laisse filer les heures en ne faisant rien ou presque. Il passe \u00e0 la cuisine pour se nourrir, sort en promenade jusqu&rsquo;aux coins les plus retir\u00e9s, lit dans un fauteuil ou dehors \u00e0 l&rsquo;ombre dans le hamac. Il \u00e9coute les bruits de la campagne par la fen\u00eatre ouverte, le grondement lointain de l&rsquo;oc\u00e9an, contemple les variations de la lumi\u00e8re sur le lambris dor\u00e9.<\/p>\n<p>Il devient indiff\u00e9rent \u00e0 des pens\u00e9es, des engagements qui l&rsquo;auraient mis debout et fait discourir interminablement quelques semaines plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Il habite un autre lieu de lui-m\u00eame, pas vraiment \u00e9tranger, sans en \u00eatre tout \u00e0 fait conscient. Cela lui appara\u00eet par \u00e9clairs.<\/p>\n<p>Il voit \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un ethnologue les mythologies passag\u00e8res de ses contemporains comme autant de chim\u00e8res antiques. Il se dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ce ne sont pas les raisons qui nous mettent debout qui comptent, mais de se mettre debout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Poursuivre le mouvement dans\u00e9 qui nous a redress\u00e9 et a fait le prodige de la marche. Notre squelette flottant dans un \u00e9quilibre si particulier et propre \u00e0 l&rsquo;humain. Notre squelette sur deux appuis, avec une t\u00eate lourde et une recherche de stabilit\u00e9 constante qui fait d&rsquo;infimes mouvements d&rsquo;\u00e9quilibre, la secr\u00e8te gr\u00e2ce des corps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andr\u00e9 veut entendre les questions sans r\u00e9ponses que l&rsquo;ennui laisse en suspens dans les creux des journ\u00e9es.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re et stup\u00e9fiante surprise c&rsquo;est que le silence r\u00e9pond \u00e0 ses questions, elles se dissolvent comme le sucre dans l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Un matin dans le ti\u00e8de soleil, il lit un roman de Dh\u00f4tel, quand il est interrompu par un courant de bien-\u00eatre, en m\u00eame temps qu&rsquo;une vive conscience de l&rsquo;espace autour de lui, de l&rsquo;oiseau sur la chemin\u00e9e, de la lumi\u00e8re sur le plancher de la terrasse, de l&rsquo;air frais sur ses pieds nus et du calme profond qu&rsquo;il parvient \u00e0 prolonger en suspendant de quelques secondes chacune de ses expirations. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que d&rsquo;\u00eatre dans ce fauteuil d&rsquo;osier \u00e0 lire au soleil, il trouve du m\u00eame coup le moyen d&rsquo;\u00eatre l\u00e0, seulement l\u00e0. La surprise pass\u00e9e il songe qu&rsquo;il ne faut se formaliser de rien, au risque de rechercher encore et encore l&rsquo;intensit\u00e9 de cette pr\u00e9sence \u00e0 soi et il revient au livre et \u00e0 la simple banalit\u00e9 de son existence.<\/p>\n<p>Un nuage cache le soleil. L&rsquo;oiseau sur la chemin\u00e9e se tait.<\/p>\n<p>C&rsquo;est seul qu&rsquo;il est venu dans la maison au milieu des bois. Se retrouver seul fait figure de miracle, c&rsquo;est toujours une bataille gagn\u00e9e \u00e0 contre-courant de la vie commune. La solitude rec\u00e8le des vertus multiples et p\u00e9tillantes, elle est pour Andr\u00e9 la condition d&rsquo;approche des merveilles pr\u00e9sentes partout. Elle laisse dans le silence la place \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements hautement prodigieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur un coin de la table de la cuisine une enveloppe kraft contient des tirages de photos que lui a fait faire son ami Louis. Il aime r\u00e9p\u00e9ter comme un exercice \u00e0 voix haute\u00a0: Mon ami Louis, mon ami Louis, mon ami Louis. Ami Louis auquel il a promis de donner son avis sur une dizaine de clich\u00e9s. Une premi\u00e8re s\u00e9rie contient des prises de vue de fruits pourris ou dess\u00e9ch\u00e9s, l&rsquo;autre de paysages flous pris d&rsquo;une voiture sur l&rsquo;autoroute. Tr\u00e8s graphiquement travaill\u00e9es, les photos de fruits sur fond noir figurent des plan\u00e8tes malades flottant dans l&rsquo;univers. Les aplats color\u00e9s des paysages, stri\u00e9s de traits horizontaux, rendent parfaitement la belle et folle vitesse de la voiture.<\/p>\n<p>La mort est dans chacune de ces images. L&rsquo;ami Louis a choisi judicieusement celles qu&rsquo;il sait pouvoir faire r\u00e9sonner avec la situation nouvelle.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 re\u00e7oit quelques lettres de ses amis proches. Seulement des lettres. Les nouvelles de l&rsquo;ext\u00e9rieur ne lui viennent que par ce moyen. Ceux qui l&rsquo;informent n&rsquo;entrent pas dans les d\u00e9tails, conscients qu&rsquo;il en sait assez pour ne pas avoir besoin qu&rsquo;on lui raconte ce qu&rsquo;il devine trop bien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aux alentours de la clairi\u00e8re, tout para\u00eet aller parfaitement. Le feuillage au sommet des ch\u00eanes est doucement retrouss\u00e9 comme une jupe par une l\u00e9g\u00e8re brise d&rsquo;est, comme cela a toujours \u00e9t\u00e9. On peut sans barguigner se laisser aller \u00e0 l&rsquo;illusion de l&rsquo;\u00e9ternelle nature.<\/p>\n<p>Ici il est facile d&rsquo;oublier la menace et la d\u00e9sillusion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Andr\u00e9 sait maintenant qu&rsquo;il n&#8217;emporterait rien s&rsquo;il lui fallait vivre l&rsquo;exil d&rsquo;une \u00eele d\u00e9serte ou d&rsquo;une autre plan\u00e8te. Rien. Seulement cette attention aux choses, au temps, aux infimes \u00e9v\u00e9nements que les heures distillent. Attention recueillie qu&rsquo;il a \u00e9duqu\u00e9e dans son enfance et sans le savoir pendant ses ann\u00e9es de recherches passionn\u00e9es en laboratoire.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 en est revenu de cette vanit\u00e9 des hommes qui leur fait s&rsquo;occuper de trop grandes choses et ne jurer que par le progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Les grandes choses sont dans les petites. Les hommes ont assez fait la preuve de la non viabilit\u00e9 de leurs \u00e9lans m\u00e9taphysiques pour ne plus pr\u00e9tendre \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une vie de Sioux.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 se penche sur les primev\u00e8res, les arums, la menthe sauvage, sent sur sa peau la chaleur emmagasin\u00e9e par le mur et entend le bois qui fr\u00e9mit un peu plus loin dans son dos. Sauver l&rsquo;enfant en soi. Sauver le regard qui boit les visions et les sensations, r\u00e9activer les m\u00e9moires sensuelles. Sauver ce peu que l&rsquo;homme a n\u00e9glig\u00e9 pour croire en sa puissance. Andr\u00e9 pleure en se promenant. Autant sur la fin des hommes que sur le temps perdu \u00e0 ne pas aimer ce monde.<\/p>\n<p>Oui, les grandes choses&#8230; Andr\u00e9 comprend dans son ennui qu&rsquo;il n&rsquo;a cess\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui d&rsquo;agir en croyant pouvoir atteindre d&rsquo;improbables promesses de grandeur. Toute sa vie lui a prouv\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien \u00e0 attendre au del\u00e0 des cons\u00e9quences simples de ses actes. Le sentiment de s\u00e9paration, d&rsquo;abandon, de perte, rien ne vient jamais le combler. Il sait que si les hommes courent sans cesse pour r\u00e9aliser des choses aussi extraordinaires que fatales, c&rsquo;est pour prolonger le sentiment d&rsquo;\u00eatre plus grand qu&rsquo;ils ne sont. C&rsquo;est cette vanit\u00e9 qu&rsquo;il tente d&rsquo;arracher en lui avec sa vie de Sioux.<\/p>\n<p>Il r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;ami Louis avec quelques lignes que lui inspirent les photos de plan\u00e8tes dess\u00e9ch\u00e9es comme des \u00ab\u00a0natures mortes\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le temps de la modernit\u00e9 est plein comme un \u0153uf. <\/em><br \/>\n<em>Les hommes courent \u00e0 leur perte \u00e0 vouloir s&rsquo;occuper de trop grandes choses. <\/em><br \/>\n<em>La sagesse ne s&rsquo;occupe que d&rsquo;infimes d\u00e9tails.<\/em><br \/>\n<em>L&rsquo;ennui est pr\u00e9f\u00e9rable.<\/em><br \/>\n<em>La vitesse est au temps ce que la pourriture est au fruit.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tous les livres de SF et les productions hollywoodiennes qu&rsquo;Andr\u00e9 affectionne ont trouv\u00e9 leur illustration dans le r\u00e9el contemporain. Forc\u00e9ment il est un moment o\u00f9 la meilleure science fiction devient r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Le go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 des auteurs et du public pour les r\u00e9cits d&rsquo;apocalypse aurait d\u00fb mettre la puce \u00e0 l&rsquo;oreille de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette pens\u00e9e d&rsquo;un coup a une telle \u00e9vidence et est si pesante qu&rsquo;Andr\u00e9 s&rsquo;en d\u00e9fend par des m\u00e9taphores ironiques et champ\u00eatres. Il regarde la jaune r\u00e9alit\u00e9 des primev\u00e8res, n\u00e9es de graines de fiction le long du mur de la maison. Pas une fiction qui n&rsquo;ait finit par donner, \u00e0 l&rsquo;instar des graines dans le sol fertile, une plante bien r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Comme des proph\u00e9ties auto-r\u00e9alisatrices et invasives, elles ont pouss\u00e9, toutes et partout.<\/p>\n<p>L&rsquo;apocalypse des humains est g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9e dans leur c\u0153ur et menace de s&rsquo;ouvrir comme une fleur au printemps. Le temps de l&rsquo;esp\u00e9rance est fini.<\/p>\n<p>Dehors la fra\u00eecheur du soir, sur la prairie et ses foins \u00e0 hauteur d&rsquo;homme, effiloche une brume h\u00e9sitante comme une m\u00e8che sur un front.<\/p>\n<p>A la lisi\u00e8re du champ les bambous font leurs pousses, eux aussi tentent de tout recouvrir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En relisant ce matin une nouvelle \u00e9crite l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, je suis si frapp\u00e9 d&rsquo;y voir les signes de votre influence, que je me dois de vous l&rsquo;envoyer. Il ne fait aucun doute que vous avez marqu\u00e9 la pens\u00e9e politique de ce pays, plant\u00e9 des graines et cela influe de fa\u00e7on tr\u00e8s visible, mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[833],"tags":[],"class_list":["post-101506","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=101506"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":101510,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101506\/revisions\/101510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=101506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=101506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=101506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}