{"id":101547,"date":"2017-12-22T08:55:57","date_gmt":"2017-12-22T07:55:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=101547"},"modified":"2017-12-22T08:55:57","modified_gmt":"2017-12-22T07:55:57","slug":"a-propos-de-no-more-work-why-full-employment-is-a-bad-idea-de-james-livingston-par-madeleine-theodore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/12\/22\/a-propos-de-no-more-work-why-full-employment-is-a-bad-idea-de-james-livingston-par-madeleine-theodore\/","title":{"rendered":"\u00c0 propos de \u00ab\u00a0No More Work. Why Full Employment Is a Bad Idea\u00a0\u00bb de James Livingston, par Madeleine Th\u00e9odore"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le livre de James Livingston, <em>No More Work<\/em> * &#8211; mais dont il explique dans les premi\u00e8res pages qu\u2019il aurait voulu l\u2019appeler <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/08\/08\/merde-au-travail-par-james-livingstone\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0Fuck Work\u00a0\u00bb<\/a> &#8211; agit sur le lecteur comme une psychanalyse, la question qu\u2019il nous soumet sans ambages \u00e9tant la raison de notre attachement plein de pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 la \u00ab\u00a0valeur travail\u00a0\u00bb, alors que nous pourrions et surtout devrions nous tourner vers une autre voie, actuellement, pour r\u00e9pondre \u00e0 nos aspirations les plus profondes, les emplois disparaissant chaque jour davantage \u00ab\u00a0gr\u00e2ce\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019automation.<\/p>\n<p>\t<!--more-->Cette mani\u00e8re qui nous est propre de concevoir notre existence \u00ab\u00a0\u00e0 la sueur de notre front\u00a0\u00bb, elle est enracin\u00e9e en nous depuis des mill\u00e9naires, et c\u2019est pourquoi Hegel y percevait une notion \u00ab\u00a0transhistorique\u00a0\u00bb, donnant \u00e0 la succession des g\u00e9n\u00e9rations une impression de continuit\u00e9.<\/p>\n<p>\tParcourant \u00e0 travers l\u2019histoire les diff\u00e9rentes approches du travail, l\u2019auteur nous montre bien le caract\u00e8re tout aussi particulier que relatif du capitalisme, \u00e9chouant \u00e0 cr\u00e9er de l\u2019\u00e9galit\u00e9, et r\u00e9ussissant n\u00e9anmoins \u00e0 cr\u00e9er un premier espace de libert\u00e9 gr\u00e2ce au salaire, pour dispara\u00eetre finalement en m\u00eame temps que la classe des prol\u00e9taires qu\u2019il avait engendr\u00e9e.<\/p>\n<p>\tLe travail reste un pilier incontournable de notre vie, \u00e0 la source de plus de mal que de bien si nous prenons enfin en compte la destruction de notre habitat, celle de la faune et de la flore, suite au grand nombre de d\u00e9chets et \u00e0 la surexploitation que notre consommation entra\u00eene, et pourtant, alors qu\u2019il d\u00e9truit notre existence, nous percevons toujours son principe comme salutaire et vivifiant, dans un aveuglement d\u00e9nu\u00e9 de tout esprit critique.<\/p>\n<p>\tCertains passages du livre nous tirent cependant de notre nostalgie pour nous r\u00e9veiller, par exemple lorsque Livingston nous fait remarquer \u00ab\u00a0qu\u2019une activit\u00e9 mal pay\u00e9e cr\u00e9e une situation plus intol\u00e9rable que l\u2019acceptation d\u2019un revenu procur\u00e9 par l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb ou encore pointe du doigt le fait que le capitalisme s\u2019est d\u00e9truit lui-m\u00eame en confiant \u00e0 des gestionnaires non impliqu\u00e9s dans la capitalisation de l\u2019entreprise des r\u00f4les de contr\u00f4le de la production, r\u00e9sultat ironique de l\u2019absence de travail r\u00e9ellement productif, comme l\u2019est l\u2019investissement des actionnaires.<\/p>\n<p>\tLe livre est \u00e9galement parsem\u00e9 de paradoxes, tel celui concernant le renoncement dans les ann\u00e9es 1970 au Plan d\u2019Assistance \u00e9labor\u00e9 par Nixon, pour la raison principale que les sommes vers\u00e9es aux citoyens d\u00e9favoris\u00e9s \u00e9taient associ\u00e9es \u00e0 une incitation \u00e0 chercher du travail, aspect d\u00e9plaisant et probl\u00e9matique pour une bonne partie de la gauche.<\/p>\n<p>\tIl y aurait par ailleurs correspondance entre notre d\u00e9sir de sublimer notre d\u00e9sir de libert\u00e9 par le travail, cette sublimation s\u2019incarnant dans notre propension \u00e0 \u00ab\u00a0cr\u00e9er un surplus\u00a0\u00bb, et l\u2019\u00e9volution de notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e par l\u2019impossibilit\u00e9 de g\u00e9rer celui-ci. L\u2019\u00e9thique protestante s\u2019est ainsi impos\u00e9e et oppos\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9al aristocratique du loisir tout autant qu\u2019\u00e0 la croyance du monde chr\u00e9tien \u00e0 une vie bonne dans l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<p>\tLivingston nous surprend et nous amuse presque lorsqu\u2019il fait l\u2019inventaire de toutes les astuces et justifications dont nous usons, aussi bien \u00e0 gauche qu\u2019\u00e0 droite, pour sauver ce qui appara\u00eet bien comme notre derni\u00e8re planche de salut, porteur de justification et de sens de notre existence : le labeur, dont l\u2019absence d\u00e9finitive est partout d\u00e9ni\u00e9e, comme si, tels des prisonniers redoutant la lueur du jour, nous ne pouvions nous arracher \u00e0 une vie bas\u00e9e sur le surplus pour d\u00e9finir les contours d\u2019une autre bas\u00e9e sur celui du besoin. L\u2019information sur laquelle est bas\u00e9e notre soci\u00e9t\u00e9 post-industrielle est gratuite et par ailleurs, l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique peut se passer d\u2019un ajout de capital ou de mat\u00e9riel, il nous est donc demand\u00e9 de revoir les principes de notre \u00e9conomie dans cette perspective pour pallier les dommages \u00e0 l\u2019environnement que le capitalisme engendre et pour \u00e9liminer cette concentration vertigineuse de la richesse \u00e0 laquelle nous assistons, responsable \u00e9galement d\u2019un fl\u00e9au tout aussi paralysant pour l\u2019\u00e9conomie, la sp\u00e9culation, interdite en France et en Belgique jusque dans les ann\u00e9es 1870 car elle \u00e9tait reconnue comme un pari o\u00f9 l\u2019un gagne et l\u2019autre perd.<\/p>\n<p>\tL\u2019auteur insiste sur le fait que la disparition de l\u2019emploi \u00e9tait annonc\u00e9e par les artistes et intellectuels depuis les ann\u00e9es 1920. Beaucoup d\u2019emplois avaient disparu dans les ann\u00e9es 1930 suite \u00e0 l\u2019automatisation, notamment dans le secteur automobile et le Plan pr\u00e9vu dans les ann\u00e9es 1970 par Nixon visait \u00e0 pallier la disparition g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019emploi, en substituant au principe de la s\u00e9curit\u00e9 sociale celui du revenu minimal garanti. Sur ce point, nul doute que cette mesure, m\u00eame si elle a \u00e9t\u00e9 par ailleurs avort\u00e9e, ne puisse \u00eatre qualifi\u00e9e de cynique, puisque, dans le but d\u2019emp\u00eacher une r\u00e9volte du peuple, on privait celui-ci de prestations sociales s&rsquo;adaptant au contexte \u00e9conomique pour lui attribuer une somme dont le montant \u00e9tait fix\u00e9, sans tenir compte du fait que le syst\u00e8me financier pouvait raboter cette somme \u00e0 sa guise et selon son bon vouloir.<\/p>\n<p>\tCar enfin, ce que nous ne voulons pas voir, renfor\u00e7ant ainsi notre c\u00e9cit\u00e9, c\u2019est que le travail, s\u2019il a assur\u00e9 notre subsistance, s\u2019est souvent comport\u00e9 comme \u00ab\u00a0un ma\u00eetre abusif\u00a0\u00bb : la R\u00e9volution industrielle, si elle a fait progresser notre soci\u00e9t\u00e9 sur bien des plans, a aussi transform\u00e9 les paysans en salari\u00e9s sans qu\u2019ils puissent plus jamais recourir \u00ab\u00a0aux biens communs\u00a0\u00bb fournis par la terre et dont ils pouvaient jouir sans entraves, la notion d\u2019\u00ab\u00a0enclosures\u00a0\u00bb n\u2019existant pas au XVIIIe si\u00e8cle de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019au si\u00e8cle post\u00e9rieur. Cette privatisation des biens communs s\u2019est accentu\u00e9e de mani\u00e8re indue jusqu\u2019\u00e0 nos jours, par la notion de \u00ab\u00a0personne morale\u00a0\u00bb attribu\u00e9e aux entreprises, leur laissant le loisir de disposer du patrimoine de l\u2019humanit\u00e9, des ressources \u00e9l\u00e9mentaires n\u00e9cessaires \u00e0 tous, \u00e0 leur propre gr\u00e9, alors que la plan\u00e8te est \u00e0 feu et \u00e0 sang.<\/p>\n<p>\tDe m\u00eame, c\u2019est au nom du travail que les diff\u00e9rences entre les sexes se sont accentu\u00e9es, rel\u00e9guant le travail des femmes au foyer au rang des accessoires et d\u00e9valorisant le soin apport\u00e9 aux non-productifs, enfants et vieillards ne relevant pas de cette cat\u00e9gorie. Il serait urgent pourtant qu\u2019hommes et femmes puissent trouver des solutions humaines au probl\u00e8me des mouroirs que sont beaucoup de homes (EHPAD) et \u00e0 celui de l\u2019accueil de la petite enfance, trop souvent boulevers\u00e9e d\u00e8s la premi\u00e8re heure au nom de la productivit\u00e9.<\/p>\n<p>\tIl est sans doute malheureusement banal de rappeler toute la souffrance subie par les classes laborieuses au moment de la R\u00e9volution industrielle, et c\u2019est pourquoi la remarque de Livingston selon laquelle \u00ab\u00a0les luddites voulaient conserver leur travail, et les ouvriers leur dignit\u00e9 dans leur travail\u00a0\u00bb semble sujette \u00e0 caution.<\/p>\n<p>\tLe dernier \u00ab\u00a0d\u00e9faut\u00a0\u00bb du travail pourrait \u00eatre, au final, ceci : de nous laisser d\u00e9sarm\u00e9s face \u00e0 cet avenir enfin possible auquel nous sommes embarrass\u00e9s de r\u00e9pondre : notre vie nous appartient d\u00e9sormais et il nous appara\u00eet de mani\u00e8re beaucoup plus \u00e9vidente que nous sommes responsables de notre prochain, de notre fr\u00e8re. En cela, si ce miracle est bien \u00e0 nos portes, si le r\u00e8gne de la n\u00e9cessit\u00e9 a bel et bien disparu, pourquoi devrions-nous nous contenter d\u2019une somme compensatoire \u00e0 la disparition de l\u2019emploi, pourquoi ne pourrions-nous pas profiter de la gratuit\u00e9 pour tout ce qui est n\u00e9cessaire gr\u00e2ce aux b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019automation ? Ainsi, nous pourrions nous occuper r\u00e9ellement de nos fr\u00e8res mais aussi, nous ne serions plus embarrass\u00e9s par ce surplus encombrant de production et de consommation engorgeant la plan\u00e8te. L\u2019\u00e8re du besoin pourrait d\u00e8s lors co\u00efncider avec celle de l\u2019amour.<\/p>\n<p>======================<br \/>\n* James Livingston, <em>No More Work. Why Full Employment Is a Bad Idea<\/em>, Chapel Hill : University of North Carolina Press, 2016 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. 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