{"id":103028,"date":"2018-02-28T16:15:21","date_gmt":"2018-02-28T15:15:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=103028"},"modified":"2018-02-28T16:13:28","modified_gmt":"2018-02-28T15:13:28","slug":"adieu-et-a-demain-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2018\/02\/28\/adieu-et-a-demain-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>ADIEU ET \u00c0 DEMAIN !<\/b> par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je ne savais pas dans quoi je m\u2019\u00e9tais engag\u00e9, il y a neuf ans, lorsque je me d\u00e9cidais, apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9, \u00e0 \u00ab\u00a0poster\u00a0\u00bb un commentaire sur le blog d\u2019un certain Paul Jorion, qu\u2019un entrefilet dans Le Monde avait signal\u00e9 \u00e0 mon intention pour avoir d\u00e9mont\u00e9 le m\u00e9canisme des <i>subprimes<\/i>, une notion soudainement apparue en Europe. Cela produisit un d\u00e9clic. Ayant toujours cherch\u00e9 \u00e0 savoir comment tout fonctionne, la finance m\u2019est soudain apparue \u00eatre un terrain d\u2019\u00e9lection pour m\u2019y exercer. La crise mettait \u00e0 nu ce qui \u00e9tait auparavant opaque, c\u2019\u00e9tait l\u2019occasion ou jamais.<\/p>\n<p><!--more-->Pour comprendre, il n\u2019y a pas mieux que de devoir expliquer ! J\u2019ai donc vite r\u00e9cidiv\u00e9, heureux que mon post ait pass\u00e9 le barrage d\u2019une myst\u00e9rieuse mod\u00e9ration me rappelant les physionomistes des bo\u00eetes de nuit, car totalement n\u00e9ophyte en mati\u00e8re de blog. Une chose en amenant une autre, je re\u00e7us tout \u00e9tonn\u00e9, quelques jours et commentaires apr\u00e8s, un mail de Paul Jorion me proposant de passer de statut de commentateur \u00e0 celui de billettiste, mes longs commentaires devenant des \u00ab\u00a0billets invit\u00e9s\u00a0\u00bb. J\u2019\u00e9tais dans la place, sans m\u00eame l\u2019avoir cherch\u00e9 \u00a0! <\/p>\n<p>Voil\u00e0, simplement livr\u00e9, le tout d\u00e9but de cette histoire qui a dur\u00e9 neuf ans, un bail, sous la forme d\u2019un compagnonnage dont l\u2019un de ses aspects singuliers \u00e9tait que Paul vivait \u00e0 \u00e9poque \u00e0 Los Angeles et moi \u00e0 S\u00e3o Paulo. Je ne sais m\u00eame plus combien d\u2019ann\u00e9es nous mimes \u00e0 finalement nous rencontrer, et ce fut \u00e0 Paris. Quand on est loin \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, soumis aux d\u00e9calages horaires, le mail est une b\u00e9n\u00e9diction. <\/p>\n<p>Ecrire pour un blog, surtout si l\u2019on est port\u00e9 par le succ\u00e8s de sa fr\u00e9quentation, qui explosait, est un exercice tr\u00e8s addictif. Je peux en t\u00e9moigner. Le sujet trait\u00e9 &#8211; la crise \u00e9tonnante que nous d\u00e9couvrions au jour le jour &#8211; fournissait une mati\u00e8re in\u00e9puisable et l\u2019occasion de d\u00e9cryptages plus ou moins savants. Cette restriction s\u2019impose me concernant, car je dois reconna\u00eetre que, mon enthousiasme aidant, voulant parfois trop prouver, je commis quelques impairs qui furent corrig\u00e9s \u00e0 temps par mon h\u00f4te avant d\u2019\u00eatre mis en ligne&#8230; Mais je ne doutais de rien, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le conformisme r\u00e9gnait \u00e0 peu d\u2019exceptions pr\u00e8s, fort de convictions qui trouvaient leur confirmation de mani\u00e8re exemplaire Elles me condamnaient toutefois \u00e0 trouver informations et \u00e9clairages de l\u2019autre-c\u00f4t\u00e9 de la Manche ou de l\u2019Atlantique, via Internet, m\u2019imposant un rythme de lectures soutenu. <\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup appris durant ces ann\u00e9es, renvoy\u00e9 \u00e0 cette p\u00e9riode lointaine o\u00f9, professeur rempla\u00e7ant de physique chime, j\u2019avais une le\u00e7on d\u2019avance sur mes \u00e9l\u00e8ves car j\u2019\u00e9tais un matheux. J\u2019\u00e9tais d\u00e9sormais sur la trace de rares iconoclastes, ravi quand j\u2019en d\u00e9couvrais un, tout en ingurgitant pour les restituer, une fois pass\u00e9es \u00e0 la moulinette, les innombrables d\u00e9clarations p\u00e9remptoires de ministres et autres savantes autorit\u00e9s qui dissimulaient mal le peu qu\u2019ils semblaient avoir compris.<\/p>\n<p>Entr\u00e9 en territoire inconnu, je n\u2019avais pour m\u2019orienter que mes lectures sans fin, la plupart du temps en anglais, et faisait feu de tout bois avant de s\u00e9lectionner des titres, et surtout des signatures de journalistes pertinents. Mais je n\u2019\u00e9tais pas aux bout de mes peines, les Anglo-saxons portant une grande v\u00e9n\u00e9ration aux obscurs acronymes.<\/p>\n<p>A plusieurs reprises, j\u2019ai rencontr\u00e9 de grandes satisfactions. En particulier lorsque les lecteurs du blog manifest\u00e8rent combien ils tenaient \u00e0 moi ! On a son petit orgueil ! Ils en eurent plusieurs fois l\u2019occasion, lors d\u2019un d\u00e9part, sur lequel je finis par revenir devant leur insistance, ou bien lorsque ma chronique s\u2019arr\u00eata sans crier gare du fait de maladie. Et, \u00e0 de nombreuses reprises, je fus apostroph\u00e9 par des inconnus qui me dirent chaleureusement \u00ab\u00a0alors, c\u2019est vous Fran\u00e7ois Leclerc\u00a0!\u00bb. L\u2019un m\u2019avoua m\u00eame avoir pens\u00e9 que Paul Jorion se cachait derri\u00e8re un pseudonyme\u2026<\/p>\n<p>Le blog fut un tremplin lorsqu\u2019il me conduisit \u00e0 participer \u00e0 une nouvelle formule de La Tribune, qui h\u00e9las ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ses attentes en raison d\u2019une relation f\u00e9tichiste avec le papier entretenue par sa r\u00e9daction. L\u2019Humanit\u00e9-Dimanche m\u2019a aussi ouvert ses colonnes, et cette collaboration se poursuit, sorte de retour aux sources, mon p\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 critique dramatique de \u00ab\u00a0l\u2019Huma\u00a0\u00bb pendant plus de vingt ans. Aujourd\u2019hui, je collabore \u00e9galement \u00e0 Slate, o\u00f9 je creuse mon trou dans un environnement assez diff\u00e9rent. Impossible, au chapitre de l\u2019\u00e9largissement de mes activit\u00e9s, de ne pas saluer mon \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00e9diteur, Christophe Hord\u00e9, qui a publi\u00e9 trois recueils de mes chroniques, dont un sur Fukushima. <\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re catastrophe m\u2019a donn\u00e9 l\u2019opportunit\u00e9 de m\u2019\u00e9clipser une premi\u00e8re fois du monde de la finance, en raison d\u2019un cousinage flagrant : par son culte du secret, les dangers qu\u2019elle rec\u00e8le et la fuite en avant dont elle proc\u00e8de, l\u2019industrie \u00e9lectronucl\u00e9aire m\u2019est apparue avoir un \u00e9troit lien de parent\u00e9 avec l\u2019industrie financi\u00e8re. J\u2019ai alors suivi \u00e0 chaud les \u00e9v\u00e8nements de la centrale d\u2019aussi pr\u00e8s que j\u2019ai pu, via la presse japonaise qui pour la circonstance rendait accessible ses \u00e9ditions en langue anglaise, ayant le sentiment que suivre pas \u00e0 pas ces \u00e9v\u00e9nements dramatiques se passait de tout commentaire. Et je n\u2019ai pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde fois \u00e0 changer de sujet, lorsque le drame des r\u00e9fugi\u00e9s venant chercher asile en Europe pour y trouver porte close a \u00e9clat\u00e9. Mes capacit\u00e9s d\u2019indignation, que je croyais \u00e0 tort \u00e9mouss\u00e9es, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es intactes. <\/p>\n<p>Les politiciens et les autorit\u00e9s que j\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9s assidument \u00e0 certains moments de ma carri\u00e8re n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s. J\u2019aurai du mal \u00e0 le cacher, le voudrais-je, j\u2019ai en g\u00e9n\u00e9ral peu de consid\u00e9ration pour eux. Ceux qui on lu le compte-rendu par Yanis Varoufakis des r\u00e9unions de l\u2019Eurogroupe auxquelles il a particip\u00e9 me l\u2019accorderont ais\u00e9ment. <\/p>\n<p>Neuf ans ! qu\u2019est-ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 tenir sur une telle distance ? Ayant \u00e0 force perdu mes illusions mais gard\u00e9 mes certitudes, selon le mot de Jorge Semprun, j\u2019ai toujours eu le sentiment que le pire n\u2019est pas toujours s\u00fbr et que je ne pouvais me d\u00e9sint\u00e9resser de la suite des \u00e9v\u00e8nements. Ne me r\u00e9solvant pas \u00e0 \u00e9teindre la lumi\u00e8re en partant ! <\/p>\n<p>Selon le compteur du blog, j\u2019ai ait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 2.710 reprises \u00e0 publier un billet par Paul &#8211; l\u2019invitation \u00e9tait \u00e0 vrai dire devenue permanente &#8211; et ne reviens pas de cette constance comme du volume de ma production. Parlant de constance, celle des g\u00e9n\u00e9reux donateurs qui ont r\u00e9pondu aux appels mensuels a \u00e9t\u00e9 exemplaire. Comment les remercier ? Vient le moment de remercier Paul, avec lequel ce long compagnonnage s\u2019est instaur\u00e9. Au tout d\u00e9but, il m\u2019avait propos\u00e9 de m\u2019aider \u00e0 voler de mes propres ailes, et j\u2019avais d\u00e9clin\u00e9. J\u2019ai mis longtemps \u00e0 me lancer, appr\u00e9ciant sa compagnie\u2026<\/p>\n<p>Au fil de mes papiers, j\u2019ai sans aucun doute t\u00e9moign\u00e9 de quelques id\u00e9es fixes, r\u00e9p\u00e9titives par essence. En tout premier lieu, celle de l\u2019endettement des Etats. Je reste en effet convaincu que toute issue positive \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re chronique que nous connaissons passera par une restructuration ordonn\u00e9e de la dette publique, faute de quoi elle se produira par elle-m\u00eame dans un grand bouleversement. Pour ne pas reproduire les m\u00eames errements, il n\u2019y aura par la suite pas d\u2019autre solution que d\u2019interdire les paris sur les fluctuations des prix &#8211; comme ne cesse de le demander Paul &#8211; afin de remettre l\u2019activit\u00e9 financi\u00e8re \u00e0 sa place: le financement de l\u2019\u00e9conomie. Enfin, la croissance qui est tant idol\u00e2tr\u00e9e est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019accroissement des in\u00e9galit\u00e9s dans la distribution de la richesse, une situation sans avenir qui proc\u00e8de \u00e9galement de la fuite en avant.  <\/p>\n<p>Pour tout dire, je n\u2019ai pas vu le temps passer. Mais j\u2019ai d\u00fb enregistrer que, sauf \u00e0 l\u2019occasion d\u2019\u00e9v\u00e8nements marquants, g\u00e9n\u00e9ralement boursiers, la fr\u00e9quentation du blog exprim\u00e9e en <i>visiteurs uniques<\/i> s\u2019est  progressivement effrit\u00e9e. La crise s\u2019\u00e9tait banalis\u00e9e pour d\u00e9boucher sur une crise politique multiforme et la finance a fait payer le prix de sa logique parasitaire. <\/p>\n<p>Je ne vais pas \u00e9piloguer sur l\u2019inqui\u00e9tude qui s\u2019est r\u00e9pandue, ni sur le climat anxiog\u00e8ne qui s\u2019est progressivement install\u00e9. En fait de promesses, le capitalisme entre dans une nouvelle phase de son histoire qui ne les rend pas engageantes. Si rien ne s\u2019y oppose r\u00e9solument, une soci\u00e9t\u00e9 de contr\u00f4le et de surveillance pourrait prendre le pas, ne pr\u00e9sageant rien de bon. <\/p>\n<p>Incorrigible, je me suis r\u00e9fugi\u00e9 derri\u00e8re une formule : les utopistes d\u2019hier sont les r\u00e9alistes d\u2019aujourd\u2019hui. Me disant qu&rsquo;ils vont avoir besoin d\u2019\u00eatre tenaces, car si les \u00e9l\u00e9ments naissants d\u2019un nouveau paradigme de soci\u00e9t\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 perceptibles, le chemin permettant de sortir des cadres promet d&rsquo;\u00eatre long. Comme pour toute r\u00e9volution ! <\/p>\n<p><b>1er mars, lancement de D\u00e9codages<\/b><\/p>\n<p><i>Ma chronique entamera une nouvelle vie d\u00e8s demain. Vous la trouverez tous les jours \u00e0 l\u2019adresse <a style=\"color: #1155cc;\" href=\"https:\/\/xn--dcodages-b1a.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">d\u00e9codages<\/a> <\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. 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