{"id":103480,"date":"2018-04-03T10:10:52","date_gmt":"2018-04-03T08:10:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=103480"},"modified":"2018-04-03T11:13:08","modified_gmt":"2018-04-03T09:13:08","slug":"apres-le-scandale-facebook-il-est-temps-de-baser-leconomie-numerique-sur-le-choix-entre-propriete-publique-et-privee-des-donnees-par-evgeny-morozov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2018\/04\/03\/apres-le-scandale-facebook-il-est-temps-de-baser-leconomie-numerique-sur-le-choix-entre-propriete-publique-et-privee-des-donnees-par-evgeny-morozov\/","title":{"rendered":"Apr\u00e8s le scandale Facebook, il est temps de baser l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique sur le choix entre propri\u00e9t\u00e9 publique et priv\u00e9e des donn\u00e9es, par Evgeny Morozov"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/mar\/31\/big-data-lie-exposed-simply-blaming-facebook-wont-fix-reclaim-private-information\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">After the Facebook scandal it\u2019s time to base the digital economy on public v private ownership of data<\/a><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/profile\/evgeny-morozov\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Evgeny Morozov<\/a> \u00a9 The Guardian<\/p>\n<blockquote><p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 Timiota pour la traduction (avec l&rsquo;aide de DeepL) !<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Apr\u00e8s le scandale Facebook, il est temps de baser l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique sur le choix entre propri\u00e9t\u00e9 publique et priv\u00e9e des donn\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p><!--more-->Au lieu d\u2019appeler les utilisateurs Facebook \u00e0 supprimer leurs comptes, nous devrions nous occuper de r\u00e9organiser le mode d\u2019op\u00e9ration de l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique<\/p>\n<p>La <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/mar\/24\/facebook-week-of-shame-data-breach-observer-revelations-zuckerberg-silence\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">perte en cours de la confiance du public envers Facebook<\/a> est une bonne nouvelle pour ceux d\u2019entre nous qui ont \u00e9mis mains avertissements sur les dangers de l\u2019 \u00ab\u00a0extractivisme des donn\u00e9es\u00a0\u00bb depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est rassurant d&rsquo;avoir une preuve d\u00e9cisive et d\u00e9finitive que sous la rh\u00e9torique de haute technologie de Facebook \u2013 \u00ab\u00a0construire une communaut\u00e9 globale qui fonctionne pour nous tous\u00a0\u00bb \u2013 se cache un projet cynique et agressif : construire un aspirateur global de donn\u00e9es qui nous suce tous autant que nous sommes. Comme d&rsquo;autres dans cette industrie, <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/news\/2018\/mar\/17\/cambridge-analytica-facebook-influence-us-election\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook gagne de l&rsquo;argent en forant profond\u00e9ment nos donn\u00e9es personnelles<\/a> \u2013 les <em>pokes<\/em> et les <em>likes<\/em> sont simplement la fa\u00e7on dont nos donn\u00e9es \u00e9mergent \u2013 tout comme les entreprises p\u00e9troli\u00e8res creusent bien profond dans les puits de p\u00e9trole : les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;abord, les cons\u00e9quences sociales et individuelles plus tard.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame veine, l&rsquo;avenir num\u00e9rique rose \u2013 o\u00f9 des publicit\u00e9s intelligemment personnalis\u00e9es subventionnent la fourniture de ce que m\u00eame Mark Zuckerberg appelle \u00ab l&rsquo;infrastructure sociale \u00bb \u2013 n&rsquo;est plus quelque chose que beaucoup d&rsquo;entre nous vont prendre pour acquis. Alors que les co\u00fbts mon\u00e9taires de la construction et de l&rsquo;exploitation de cette \u00ab infrastructure sociale \u00bb pourraient \u00eatre nuls \u2013 pour les contribuables de toute fa\u00e7on \u2013 ses co\u00fbts sociaux et politiques sont peut-\u00eatre encore plus difficiles \u00e0 justifier que les co\u00fbts du p\u00e9trole bon march\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>De tels moments de v\u00e9rit\u00e9, aussi soudains et choquants qu&rsquo;ils puissent \u00eatre, ne suffisent pas. Facebook est un sympt\u00f4me, pas une cause de nos probl\u00e8mes. \u00c0 long terme, fustiger sa culture d&rsquo;entreprise est susceptible de s&rsquo;av\u00e9rer aussi futile que de nous fustiger nous-m\u00eames. Ainsi, au lieu de d\u00e9battre de l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;envoyer Zuckerberg \u00e0 l&rsquo;\u00e9quivalent entrepreneurial de l&rsquo;exil, nous devrions faire de notre mieux pour comprendre comment r\u00e9organiser l&rsquo;\u00e9conomie num\u00e9rique au profit des citoyens &#8211; et pas seulement d\u2019une poign\u00e9e d&rsquo;entreprises multimilliardaires qui consid\u00e8rent leurs utilisateurs comme des consommateurs passifs, sans id\u00e9es politiques ou \u00e9conomiques; ni aspirations qui leurs soient propres.<\/p>\n<p>Les obstacles qui s&rsquo;opposent \u00e0 ce programme de transformation sont nombreux et, pire, ils sont structurels \u2013 fort peu susceptibles d&rsquo;\u00eatre r\u00e9solus avec une <em>appli<\/em> intelligente. Ces obstacles proviennent principalement de la dynamique inqui\u00e9tante du capitalisme contemporain \u2013 qui stagne plus que ne le sugg\u00e8re notre obsession de l&rsquo;innovation ordinaire ou si possible \u00ab\u00a0disruptive\u00a0\u00bb \u2013 plut\u00f4t que de notre suppos\u00e9e <u>d\u00e9pendance aux r\u00e9seaux sociaux<\/u> ou \u00e0 l&rsquo;usage abusif de cette d\u00e9pendance de la part des entreprises technologiques.<\/p>\n<p>Avant tout, bien que nous puissions continuer \u00e0 d\u00e9nigrer les \u00ab big tech \u00bb \u00e0 qui mieux mieux, nous ne pouvons pas par facilit\u00e9 ignorer le fait que Facebook, avec Alphabet, Amazon, Microsoft et d&rsquo;autres ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la relance du march\u00e9 boursier am\u00e9ricain \u00e0 ses niveaux records de maintenant. Ils ont assur\u00e9 un sympathique minimum de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 le reste de l&rsquo;\u00e9conomie est toujours aux prises avec les retomb\u00e9es de la crise financi\u00e8re.<\/p>\n<p>En un sens, les march\u00e9s technologiques am\u00e9ricains des ann\u00e9es 2010 ne sont pas tr\u00e8s diff\u00e9rents des march\u00e9s am\u00e9ricains du logement des ann\u00e9es 2000 : tous deux ont essay\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer de la richesse, au moyen de la valorisation des actifs, m\u00eame lorsque l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle battait de l\u2019aile. Supprimez les gains immenses de la valeur boursi\u00e8re des grandes entreprises technologiques au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es et il n&rsquo;y aurait gu\u00e8re de raison de parler d&rsquo;une reprise post-crise significative. C&rsquo;est en tout cas la principale raison pour laquelle l&rsquo;Am\u00e9rique ne fera probablement rien pour lier les mains de ses g\u00e9ants de la technologie, en particulier lorsque les entreprises de technologie chinoises montrent leurs biceps et se d\u00e9veloppent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2016\/nov\/18\/amazon-jeff-bezos-donald-trump-challenge\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Trump continuera \u00e0 maudire Amazon de son courroux rageur<\/a> \u2013 jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 il d\u00e9couvrira <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/business\/alibaba\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Alibaba<\/a>.<\/p>\n<p>Facebook peut, bien s\u00fbr, essayer de modifier son mod\u00e8le d&rsquo;affaires. Amazon et Alphabet, par exemple, se sont r\u00e9cemment diversifi\u00e9s dans le secteur beaucoup plus lucratif des services, l&rsquo;intelligence artificielle et le cloud computing leur offrant des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires plus \u00e9lev\u00e9es et aidant \u00e0 contrebalancer les probl\u00e8mes \u00e9mergents que connaissent leurs activit\u00e9s principales. Facebook, bien qu&rsquo;il dispose d&rsquo;excellents chercheurs en IA et de masses de donn\u00e9es pour les occuper, est tr\u00e8s en retard \u00e0 ce jeu. Apr\u00e8s tous les r\u00e9cents scandales, il lui sera difficile de convaincre ses clients potentiels des milieux d\u2019affaire (\u00ab\u00a0corporate\u00a0\u00bb) que leurs donn\u00e9es sont en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Tout cela ne laisse \u00e0 l&rsquo;entreprise qu\u2019un seul choix, d\u00e9j\u00e0 promu par certains de ses premiers investisseurs tels que <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/jan\/13\/mark-zuckerberg-tech-addiction-investors-speak-up\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> Roger McNamee<\/a> : larguer le secteur de la publicit\u00e9 corps et bien et introduire des frais mensuels &#8211; essentiellement, les frais d&rsquo;abonnement &#8211; pour ses services. L&rsquo;id\u00e9e ici est que Facebook peut faire d&rsquo;une pierre deux coups : en faire un lieu moins propice \u00e0 la propagation de fausses nouvelles, tout en se d\u00e9sintoxiquant de la compulsion de collecter et stocker autant de donn\u00e9es utilisateur. Les auspices d&rsquo;une telle d\u00e9marche ne sont actuellement pas tr\u00e8s favorables \u2013 qui veut payer pour Facebook apr\u00e8s tout ce qu\u2019elle a fait ? \u2013 mais les choses peuvent changer \u00e0 mesure que les scandales actuels s\u2019estompent et qu&rsquo;une foule d&rsquo;acteurs, des gouvernements aux universit\u00e9s en passant par les philanthropes, se mobilisent pour prendre en charge ces factures Facebook mensuelles.<\/p>\n<p>En attendant, bien s\u00fbr, nous serons soumis \u00e0 un barrage de promesses \u2013 par des politiciens, en particulier en Europe, mais aussi par des patrons de la tech \u2013 affirmant qu&rsquo;ils feront de leur mieux pour <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/mar\/28\/facebook-privacy-tools-put-people-control-data\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">renforcer le contr\u00f4le de nos donn\u00e9es<\/a> et m\u00eame pour introduire de nouvelles lois punissant les mauvaises pratiques flagrantes. C&rsquo;est un d\u00e9veloppement que nous devrions surveiller de tr\u00e8s pr\u00e8s, car une telle rh\u00e9torique essaiera in\u00e9vitablement de restaurer le sens de la normalit\u00e9 quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9conomie num\u00e9rique\u00a0: elle essayera de nous convaincre que, sauf quelques pommes pourries et leurs d\u00e9rives \u00e9thiques, tous les fondamentaux sont bons et rien de majeur n&rsquo;est en jeu.<\/p>\n<p>Un tel sentiment de normalit\u00e9 restaur\u00e9e s\u2019ajustera bien avec la vision du monde partag\u00e9e par deux des camps en jeu qui sont pourtant souvent pr\u00e9sent\u00e9s comme habitant deux univers diam\u00e9tralement oppos\u00e9s\u00a0: les technocrates europ\u00e9ens et les techniciens de Facebook. Car, en d\u00e9pit de leur antagonisme tant vant\u00e9, ils se ressemblent beaucoup dans leur compr\u00e9hension du monde : pour les deux, le centre du monde est le march\u00e9 intouchable et d\u2019ordre divin, o\u00f9 des entreprises (r\u00e9glement\u00e9es) offrent toutes les sortes de services possibles et imaginables \u00e0 des cohortes d\u2019utilisateurs-usagers omnipotents et maximisant leur \u00ab\u00a0utilit\u00e9\u00a0\u00bb, et qui, s&rsquo;ils sont m\u00e9contents, peuvent toujours choisir de faire affaire ailleurs.<\/p>\n<p>Les seules interventions autoris\u00e9es dans ce monde sont les initiatives visant \u00e0 renforcer les droits des consommateurs et des donn\u00e9es, \u00e0 renforcer la concurrence et, peut-\u00eatre, \u00e0 extraire plus d&rsquo;imp\u00f4ts (c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 interviennent les technocrates europ\u00e9ens) ou \u00e0 concevoir de meilleurs services et technologies (le territoire des ing\u00e9nieurs de Facebook) . Dans ce monde fantastique, l&rsquo;histoire a vraiment pris fin et le capitalisme mondial <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/jan\/31\/data-laws-corporate-america-capitalism\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ne se contente pas de r\u00e9gner en ma\u00eetre supr\u00eame<\/a>, il fonctionne r\u00e9ellement, apportant la prosp\u00e9rit\u00e9 et la m\u00e9ritocratie partout o\u00f9 il vient se poser.<\/p>\n<p>Ainsi, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer ou d&rsquo;imaginer d&rsquo;autres formes d&rsquo;organisation sociale et politique \u2013 des mod\u00e8les o\u00f9, disons, des villes ou des groupes de citoyens ou bien l&rsquo;\u00c9tat-nation joueraient un r\u00f4le plus important dans la formation du march\u00e9 ou encore d\u00e9cideraient quelles parties de notre vie est \u00e0 laisser hors de cela \u2013 car, si ces nouvelles formes \u00e9taient vraiment nouvelles et utiles, le march\u00e9 aurait d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 elles. Et pourquoi s&#8217;emb\u00eater, puisque le march\u00e9 est pr\u00e9sum\u00e9 fonctionner \u00e0 l\u2019optimum de toute fa\u00e7on ?<\/p>\n<p>Cette conception du monde est, bien s\u00fbr, directement contredite par la r\u00e9alit\u00e9 empirique : le succ\u00e8s des g\u00e9ants de la technologie aux \u00c9tats-Unis et en Chine, par exemple, est la cons\u00e9quence directe d&rsquo;une intervention \u00e9tatique forte sur le fonctionnement du march\u00e9 et non de le laisser suivre son cours. Dans le cas des \u00c9tats-Unis, il a fallu des d\u00e9cennies de financement militaire pour lancer la Silicon Valley et au moins autant de d\u00e9cennies pass\u00e9es \u00e0 une ing\u00e9nierie de r\u00e9-articulation soigneuse du syst\u00e8me commercial mondial afin de rendre plus difficile \u00e0 d\u2019autres pays le rattrapage et le d\u00e9veloppement de technologies similaires.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre Europ\u00e9ens et Am\u00e9ricains, cependant, c&rsquo;est que tandis que les Am\u00e9ricains pr\u00eachent une chose et en font une autre, les Europ\u00e9ens, ces abrutis, font souvent exactement ce qu&rsquo;ils disent. Ainsi, alors que la Chine et les \u00c9tats-Unis ont fait de leur mieux pour prot\u00e9ger leurs industries technologiques en constante expansion, l&rsquo;Europe a fait de son mieux pour s&rsquo;assurer que ces industries \u00e9trang\u00e8res rivalisent avec les propres siennes \u00e0 des conditions \u00e9quitables.<\/p>\n<p>La mauvaise nouvelle est que cela a laiss\u00e9 le continent sans grande capacit\u00e9 technologique domestique. Les bonnes nouvelles sont que, contrairement aux \u00c9tats-Unis \u2013 o\u00f9 une grande partie de l&rsquo;\u00e9conomie nationale est li\u00e9e \u00e0 la technologie \u2013 ou \u00e0 la Chine \u2013 o\u00f9 il n&rsquo;y a gu\u00e8re d&rsquo;impact de l&rsquo;extractivisme des donn\u00e9es sur les \u00e9lections, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9lections \u2013 l&rsquo;Europe est le seul acteur bien positionn\u00e9 pour mener <em>une r\u00e9volution des donn\u00e9es tr\u00e8s diff\u00e9rente<\/em> \u2013 un chamboulement qui r\u00e9volutionnera l&rsquo;industrie de la technologie et stimulera l&rsquo;innovation tant sur le plan technologique que politique.<\/p>\n<p>En un mot, au lieu de laisser Facebook nous facturer pour ses services ou continuer \u00e0 exploiter nos donn\u00e9es \u00e0 des fins publicitaires, nous devons trouver un moyen de faire payer \u00e0 des entreprises comme Facebook l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 nos donn\u00e9es \u2013 mais conceptualis\u00e9es, pour la plus grande part, comme quelque chose <em>que nous poss\u00e9dons en commun<\/em>, et pas comme quelque chose que nous poss\u00e9dons en tant qu&rsquo;individus.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;autres institutions int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 travailler avec ces donn\u00e9es et \u00e0 construire des services \u2013 des universit\u00e9s aux biblioth\u00e8ques, des institutions de l&rsquo;\u00c9tat-providence aux agences de transport public, des entrepreneurs aux municipalit\u00e9s \u2013 peuvent avoir leurs propres conditions d&rsquo;acc\u00e8s, parfois gratuites et parfois fortement subventionn\u00e9es, y compris peut-\u00eatre par des fonds de capital-risque g\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat, qui pourraient \u00e9galement veiller \u00e0 ce que les capacit\u00e9s-cl\u00e9s pour pleinement tirer parti de ces donn\u00e9es, tel que le d\u00e9veloppement de l&rsquo;intelligence artificielle, soient abondamment financ\u00e9es.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 proviendraient tous ces fonds ? Eh bien, cela aiderait certainement si les gens comme Facebook et Alphabet avaient \u00e0 payer des frais pour acc\u00e9der aux donn\u00e9es, au lieu de simplement \u00ab\u00a0optimiser\u00a0\u00bb leur minime fardeau fiscal comme ils le font maintenant. Le point ici, cependant, ne serait pas de maximiser les revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par cette nouvelle couche de donn\u00e9es (si c&rsquo;\u00e9tait le cas, on pourrait tout aussi bien d\u00e9ployer un syst\u00e8me d&rsquo;ench\u00e8res pour vendre des sortes de \u00ab droits sur les donn\u00e9es \u00bb). Non, l&rsquo;objectif serait de \u00ab planter \u00bb diff\u00e9rents arbres de donn\u00e9es qui pousseraient selon diff\u00e9rentes logiques : si Facebook veut offrir des services qui mon\u00e9tisent la surveillance perp\u00e9tuelle, ils devraient \u00eatre libres de le faire \u2013 \u00e0 un co\u00fbt tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, sous surveillance compl\u00e8te, et avec le plein consentement de leurs utilisateurs [!] \u2013 mais il ne devrait y avoir aucune raison pour que d&rsquo;autres types de mod\u00e8les (frais d&rsquo;abonnement, acc\u00e8s subventionn\u00e9, <em>acc\u00e8s totalement gratuit bas\u00e9 sur le revenu<\/em> [!!], etc.) ne soient pas offerts autour des m\u00eames ensembles de donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Il existe de solides arguments pour d\u00e9cider comment pond\u00e9rer les droits individuels et collectifs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des donn\u00e9es. Ceux qui soutiennent que nous devrions simplement devenir des \u00ab actionnaires de donn\u00e9es \u00bb et obtenir un rendement financier sur nos donn\u00e9es, Facebook et Google continuant \u00e0 les exploiter \u00e0 des fins publicitaires ou autres, devraient peut-\u00eatre se pr\u00e9occuper du fait que ces donn\u00e9es n\u2019\u00e9mergent qu\u2019une fois agr\u00e9g\u00e9es entre plusieurs individus (encore plus dans le cas de l&rsquo;utilisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2016\/jun\/28\/google-says-machine-learning-is-the-future-so-i-tried-it-myself\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">apprentissage automatique<\/a>), on ne peut pas simplement prendre le revenu total de ces entreprises et le diviser par le nombre d&rsquo;utilisateurs individuels pour savoir ce qui est d\u00fb \u00e0 chacun d&rsquo;entre nous. De plus, une grande partie des donn\u00e9es que nous produisons lorsque nous marchons dans une rue municipale financ\u00e9e par l&rsquo;imp\u00f4t et munie de r\u00e9verb\u00e8res intelligents tout autant financ\u00e9s par l&rsquo;imp\u00f4t est probablement mieux conceptualis\u00e9e en tant que donn\u00e9es sur lesquelles nous pourrions avoir des droits d\u2019usage sociaux et collectifs en tant que citoyens, mais pas n\u00e9cessairement des droits de propri\u00e9t\u00e9 individuels en tant que producteurs ou consommateurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;argument habituel contre un tel syst\u00e8me est qu&rsquo;il risque de conduire \u00e0 des abus de la part des gouvernements, car les donn\u00e9es ne seraient plus entre les mains d&rsquo;entreprises telles que Facebook (Facebook !) et seraient stock\u00e9es sur une sorte de \u00ab cloud public \u00bb. C&rsquo;est certainement possible, mais le syst\u00e8me actuel ne semble pas g\u00e9n\u00e9rer moins d&rsquo;abus, si ce n\u2019est que nous les traitons indulgemment comme exceptions, plut\u00f4t que comme v\u00e9ritables r\u00e8gles du jeu. Et nous continuons \u00e0 le faire m\u00eame dans le sillage des r\u00e9v\u00e9lations de grande envergure sur les abus syst\u00e9matiques du gouvernement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/world\/2013\/jun\/09\/edward-snowden-nsa-whistleblower-surveillance\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Edward Snowden<\/a>.<\/p>\n<p>Cependant, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de mettre au rebut la tradition europ\u00e9enne r\u00e9v\u00e9r\u00e9e de protection des donn\u00e9es ; il faut seulement rediriger son point focal. Au lieu de continuer sur une voie qui pr\u00e9tend exister en dehors de l&rsquo;histoire, enregistrant \u00e0 peine les pressions exerc\u00e9es par le capitalisme mondial, la mont\u00e9e en puissance de la Silicon Valley ou le mod\u00e8le de bien-\u00eatre social-d\u00e9mocrate europ\u00e9en, <em>il faut combiner protection des donn\u00e9es et un agenda \u00e9conomique et d\u00e9mocratique proactif<\/em> qui veillera \u00e0 ce que les citoyens ne perdent pas le contr\u00f4le de la pr\u00e9cieuse ressource (donn\u00e9es) et de l&rsquo;infrastructure (intelligence artificielle) autour desquelles la plupart des futures institutions politiques et \u00e9conomiques seront \u00e9difi\u00e9es.<\/p>\n<p>La droite, au moins de la vari\u00e9t\u00e9 la plus cr\u00e9ative, la plus aux franges, a bien compris les enjeux de cette bataille imminente. Lors d&rsquo;un r\u00e9cent \u00e9v\u00e9nement organis\u00e9 par le Financial Times, Steve Bannon, ancien strat\u00e8ge en chef de Donald Trump, a inclus comme point-cl\u00e9 la lutte pour restaurer la \u00ab souverainet\u00e9 num\u00e9rique \u00bb \u2013 qu&rsquo;il a d\u00e9finie comme la revendication de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle personnelle des grandes entreprises technologiques \u2013 parmi les trois grands th\u00e8mes qui formeront l\u2019ossature de la rage populiste contre la mondialisation. L&rsquo;anti-mondialisme de Bannon n\u2019est cependant qu\u2019une pseudo-version, une posture, car la seule v\u00e9ritable fa\u00e7on de mon\u00e9tiser nos donn\u00e9es et d\u2019en recevoir un dividende r\u00e9el serait de laisser fermement en place les institutions les plus mondialis\u00e9es \u2013 les march\u00e9s financiers mondiaux (en \u00e9tendant m\u00eame encore davantage leur pouvoir dans des zones pass\u00e9es sous la domination de Facebook et Alphabet, c&rsquo;est-\u00e0-dire la vie quotidienne) [NdT\u00a0: les march\u00e9s sont vus ici comme institution publique, surtout].<\/p>\n<p>La gauche, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques exp\u00e9riences courageuses de propri\u00e9t\u00e9 de donn\u00e9es au niveau municipal, a tr\u00e8s peu \u00e0 dire sur le sujet. C&rsquo;est dommage car ce d\u00e9bat sur les donn\u00e9es fournira \u00e9galement \u00e0 la gauche une opportunit\u00e9 sans pareille de repenser \u00e0 nouveaux frais plusieurs de ses autres positions : sur la fa\u00e7on d&rsquo;organiser la fourniture du bien-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;analyse pr\u00e9dictive ; comment organiser la bureaucratie et le secteur public \u00e0 l&rsquo;\u00e8re des citoyens \u00e9quip\u00e9s de capteurs et, souvent, de hautes technologies ; comment organiser de nouveaux types de syndicats \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;automatisation omnipr\u00e9sente ; comment organiser un parti politique centralis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e8re des communications d\u00e9centralis\u00e9es et horizontales ?<\/p>\n<p>Au lieu de cela, la gauche continue \u00e0 frapper les tambours technocratiques appelant \u00e0 davantage de protection des donn\u00e9es, davantage d&rsquo;imp\u00f4ts et davantage de l\u00e9gislation antitrust (et le timbre de ces tambours, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;intention originale, sonne de plus en plus n\u00e9olib\u00e9ral). Rien de mal \u00e0 propos \u00e0 ces mesures en soi, mais elles sont inad\u00e9quates pour la t\u00e2che \u00e0 venir, compte tenu notamment des crises multiples qui assaillent les institutions m\u00eames \u2013 \u00c9tat-providence, secteur public, syndicat, parti politique \u2013 que la gauche a utilis\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;histoire pour marquer son territoire et promouvoir les int\u00e9r\u00eats de ses \u00e9lecteurs d\u00e9favoris\u00e9s. Plus de r\u00e9glementation, quand il s&rsquo;agit d&rsquo;une mauvaise r\u00e9glementation, ne devrait pas \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, quel que soit le degr\u00e9 de confiance que cela procure aux responsables europ\u00e9ens de se dire que le capitalisme imagin\u00e9 par leurs p\u00e8res fondateurs dans les ann\u00e9es 1950 continue de fonctionner comme promis.<\/p>\n<p>Nous faisons face \u00e0 trois options politiques. Nous pouvons continuer avec le mod\u00e8le actuel, donc avec Facebook, Alphabet, Amazon et d&rsquo;autres reprenant de plus en plus de fonctions de l&rsquo;\u00c9tat. Avec le temps, peut-\u00eatre, nous n&rsquo;aurons pas \u00e0 nous inqui\u00e9ter que leurs technologies soient utilis\u00e9es pour influencer les \u00e9lections parce que la plupart de nos vies d\u00e9pendront de ce qui se passe dans leurs salles de r\u00e9union \u2013 et non de ce qui se passe dans nos parlements.<\/p>\n<p>Alternativement, nous pouvons opter pour le pseudo-antiglobalisme soutenu par Bannon, revendiquant une certaine autonomie vis-\u00e0-vis des g\u00e9ants de la technologie en donnant plus de pouvoir au secteur financier (que Bannon, bien s\u00fbr, veut aussi apprivoiser avec des <a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/jan\/10\/bitcoin-and-cryptocurrencies-will-come-to-a-bad-end-says-warren-buffett\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cryptomonnaies<\/a>\u00a0; nous verrons qui apprivoisera qui, mais jusqu&rsquo;ici les banques semblent avoir surv\u00e9cu \u00e0 leurs challengers \u2013 voire m\u00eame les avoir aval\u00e9s ).<\/p>\n<p>Enfin, nous pouvons utiliser les controverses r\u00e9centes sur les donn\u00e9es pour articuler une politique v\u00e9ritablement d\u00e9centralis\u00e9e et \u00e9mancipatrice, selon laquelle les institutions de l&rsquo;\u00c9tat (du niveau national au niveau municipal) seront d\u00e9ploy\u00e9es pour que soient reconnus, cr\u00e9\u00e9s et favoris\u00e9s des droits sociaux aux donn\u00e9es. Ces institutions organiseront diff\u00e9rents ensembles de donn\u00e9es dans des pools [bassins] avec des conditions d&rsquo;acc\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es. Elles veilleront \u00e9galement \u00e0 ce que ceux qui ont de bonnes id\u00e9es, qui ont peu de viabilit\u00e9 commerciale mais qui promettent un impact social majeur re\u00e7oivent un financement de capital-risque et mettent en \u0153uvre ces id\u00e9es sur la base de ces bassins de donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Repenser dans cette voie de nombreuses institutions existantes dans lesquelles les citoyens semblent avoir perdu confiance, voil\u00e0 qui contribuerait grandement \u00e0 r\u00e9soudre le profond sentiment d&rsquo;ali\u00e9nation de la vie publique et politique ressenti \u00e0 travers la plan\u00e8te. Ce ne sera pas facile mais cela peut encore \u00eatre fait. Cependant, cela pourrait ne pas \u00eatre le cas dans 10 ans, voire dans cinq ans, \u00e0 mesure que les co\u00fbts politiques et \u00e9conomiques \u00e0 long terme de l&rsquo;extractivisme des donn\u00e9es surgissent \u00e0 la surface. Car les puits de donn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous, comme tous ces autres puits des gisements p\u00e9troliers, ne dureront pas non plus pour toujours.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.theguardian.com\/technology\/2018\/mar\/31\/big-data-lie-exposed-simply-blaming-facebook-wont-fix-reclaim-private-information\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">After the Facebook scandal it\u2019s time to base the digital economy on public v private ownership of data<\/a><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/profile\/evgeny-morozov\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Evgeny Morozov<\/a> \u00a9 The Guardian<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 Timiota pour la traduction (avec l&rsquo;aide de DeepL) !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Apr\u00e8s le scandale Facebook, il est temps de baser l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique sur [&hellip;]<\/strong><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5027,2668],"tags":[4627,1124,5501],"class_list":["post-103480","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-capitalisme","category-guerre-civile-numerique","tag-evgeny-morozov","tag-facebook","tag-steve-bannon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103480","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103480"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103480\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":103497,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103480\/revisions\/103497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=103480"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=103480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}