{"id":10432,"date":"2010-04-20T13:32:09","date_gmt":"2010-04-20T11:32:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=10432"},"modified":"2013-01-02T18:04:30","modified_gmt":"2013-01-02T17:04:30","slug":"lactualite-de-la-crise-les-comparses-a-la-tache-ii-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/04\/20\/lactualite-de-la-crise-les-comparses-a-la-tache-ii-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : Les comparses \u00e0 la t\u00e2che (II), par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LES COMPARSES A LA T\u00c2CHE (partie II)<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re la r\u00e9gulation des produits financiers, les d\u00e9riv\u00e9s sont incontestablement la grosse affaire. Car la titrisation est toujours en panne, devenue mirage dangereux apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme p\u00eache miraculeuse, cens\u00e9e abolir tout risque. D&rsquo;autant qu&rsquo;il ne serait pas raisonnable de continuer \u00e0 pr\u00eater \u00e0 tire larigot, en raison de la crise \u00e9conomique, et de fabriquer des titres en les empilant pour les financer en aveugle. En revanche, les d\u00e9riv\u00e9s restent plus que jamais au coeur du business. Nerf de la guerre de la finance et \u00e0 ce titre l&rsquo;un des grands enjeux de la r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>Selon la BRI (Banque des r\u00e8glements internationaux), le recours aux d\u00e9riv\u00e9s est reparti \u00e0 la hausse apr\u00e8s avoir fl\u00e9chit en 2008.  Fin juin 2009,  la valeur totale de leurs sous-jacents \u00e9tait sup\u00e9rieure \u00e0 600.000 milliards de dollars, soit quarante fois la valeur de tous les titres cot\u00e9s sur Nyse-Euronext (les Bourses de New York et de Paris). Ce sont des instruments financiers dont la valeur varie en fonction d&rsquo;un actif (un sous-jacent), que le porteur du titre n&rsquo;a pas besoin de d\u00e9tenir et qui peut \u00eatre lui-m\u00eame financier. Con\u00e7us au d\u00e9part comme des produits d&rsquo;assurance, afin de se pr\u00e9munir contre certains risques (variation du taux de change, des cours des mati\u00e8res premi\u00e8res, risque de faillite d&rsquo;une entreprise&#8230;), les d\u00e9riv\u00e9s sont devenus avant tout des outils sp\u00e9culatifs, hautement rentables pour ceux qui savent les manipuler. <\/p>\n<p><!--more-->Ne parvenant pas \u00e0 trouver un terrain d\u2019entente \u00e0 propos de leur r\u00e9gulation avec ses coll\u00e8gues r\u00e9publicains, qui ne veulent rien y changer, le s\u00e9nateur Dodd, pr\u00e9sident d\u00e9mocrate de la commission bancaire et grand ma\u00eetre d\u2019oeuvre de la loi de r\u00e9gulation financi\u00e8re au S\u00e9nat, confiait \u00e0 la s\u00e9natrice Blanche Lincoln, pr\u00e9sidente de la commission de l\u2019agriculture, la mission d\u2019\u00e9laborer une proposition sur ces instruments financiers. A la surprise g\u00e9n\u00e9rale, cette derni\u00e8re ne s\u2019est pas content\u00e9e de proposer que les d\u00e9riv\u00e9s cessent d\u2019\u00eatre \u00e9chang\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9, pour \u00eatre soumis \u00e0 des chambres de compensation, et d\u2019imposer des normes de fonds propres aux investisseurs qui les utilisent (afin de restreindre leur usage). Elle a \u00e9t\u00e9 plus loin que ne le souhaitaient le gouvernement et la commission bancaire, s\u2019inspirant des mesures pr\u00e9conis\u00e9es par Paul Volcker, de restriction de certaines activit\u00e9s, les banques de d\u00e9p\u00f4t ne devant plus manipuler les d\u00e9riv\u00e9s financiers, selon elle.<\/p>\n<p>On est encore loin des seules mesures qui seraient \u00e0 coup s\u00fbr efficaces- en premier lieu l\u2019interdiction pure et simple de tout pari sur les fluctuation de prix &#8211; mais la s\u00e9natrice a introduit avec ses propositions un chien dans un jeu de quille, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait attendu d\u2019elle une formule de compromis.  <\/p>\n<p>Pendant ce temps, Tim Geithner \u00e9crivait \u00e0 Jean-Claude Trichet, le pr\u00e9sident de la BCE, pour lui confirmer que les d\u00e9riv\u00e9s devraient obligatoirement utiliser les services de bourses et de chambres de compensation, t\u00e9moignant du coup d\u2019arr\u00eat que l\u2019administration Obama entend porter au lent effritement de ses propositions dans ce domaine, en raison de l\u2019allongement qu&rsquo;elle ne ma\u00eetrisait pas de la liste des exemptions demand\u00e9es \u00e0 ce principe. Les appels de marge (les fonds consign\u00e9s en garantie) surench\u00e9rissant de mani\u00e8re insupportable les co\u00fbts op\u00e9rationnels de ces produits pour les adversaires du projet&#8230; A l&rsquo;arriv\u00e9e, que peut-on escompter ? Les grosses t\u00eates de la finance vont-ils rester sur le carreau ou trouver \u00e0 s&#8217;employer en fabriquant en s\u00e9rie des d\u00e9riv\u00e9s pourvus du label d&rsquo;excellence \u00ab\u00a0non standard\u00a0\u00bb, pouvant continuer \u00e0 \u00eatre n\u00e9goci\u00e9s sous le manteau ? <\/p>\n<p>Une autre question reste en l\u2019air \u00e0 propos des d\u00e9riv\u00e9s, en d\u00e9pit d&rsquo;un tumultueux \u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent. Il s&rsquo;agit des <i>CDS nus<\/i>, ces Credit-Default-Swaps d\u00e9connect\u00e9s de la possession des titres qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s couvrir, qui ont fait beaucoup parler d\u2019eux en Europe lorsqu\u2019il sont apparus \u00eatre un levier de sp\u00e9culation contre la dette souveraine. D\u00e9but mars, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, Jean-Claude Juncker ainsi que Georges Papandr\u00e9ou demandaient conjointement \u00e0 la Commission europ\u00e9enne qu\u2019elle \u00ab\u00a0diligente le plus rapidement possible une enqu\u00eate d\u00e9terminant le r\u00f4le et l&rsquo;impact de la sp\u00e9culation sur les CDS sur les obligations des Etats europ\u00e9ens\u00a0\u00bb. Si l\u2019enqu\u00eate se r\u00e9v\u00e9lait positive, il \u00e9tait propos\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;interdiction des transactions sp\u00e9culatives sur les CDS\u00a0\u00bb, ainsi que l&rsquo;imposition d&rsquo;une \u00ab\u00a0p\u00e9riode minimale de d\u00e9tention des CDS\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;interdiction de l&rsquo;achat de CDS qui ne sont pas utilis\u00e9s \u00e0 des fins de couverture\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>De passage devant le Parlement europ\u00e9en, Gary Gensler, en charge de la CFTC am\u00e9ricaine (Commodity Futures Trading Commission), \u00e9mettait alors des doutes \u00e0 propos d\u2019une telle interdiction, craignant que cela ne fonctionne pas pour des raisons selon lui techniques, reconnaissant toutefois que des mesures devaient \u00eatre prises contre les abus, concluant par cette magnifique formule \u00a0: \u00ab\u00a0ce march\u00e9 est un oc\u00e9an t\u00e9n\u00e9breux\u00a0\u00bb. Il est vraisemblable que l\u2019interdiction des <i>CDS nus<\/i> ne traversera pas l\u2019Atlantique, quand bien m\u00eame elle serait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 Bruxelles, ce qui serait alors en pure perte.<\/p>\n<p>Pr\u00e9occup\u00e9 par les propositions europ\u00e9ennes d\u2019enregistrement et de contr\u00f4le de l\u2019activit\u00e9 des hedge funds, Tim Geithner entretient d\u00e9cid\u00e9ment depuis quelques temps une correspondance suivie avec ses coll\u00e8gues europ\u00e9ens, tout en faisant part sur son sol de ses inqui\u00e9tudes devant les faits accomplis que les Europ\u00e9ens pourraient cr\u00e9er, incitant \u00e0 l\u2019adoption rapide de la loi aux Etats-Unis pour mieux cadrer d&rsquo;\u00e9ventuelles initiatives intempestives. Ecrivant \u00e0 quatre ministres europ\u00e9ens des finances (Christine Lagarde, Elena Salgado, Alistair Darling et Wolfgang Sch\u00e4uble) il leur a expliqu\u00e9 que le projet europ\u00e9en \u00ab\u00a0serait discriminatoire pour les fonds et les gestionnaires de fonds de pays tiers\u00a0\u00bb, poursuivant dans la m\u00eame veine: \u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e8re que cette disposition sera revue pour fournir aux fonds, gestionnaires de fonds, et autres d\u00e9positaires de fonds internationaux non europ\u00e9ens le m\u00eame acc\u00e8s au march\u00e9 que leurs concurrents de l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Concluant de mani\u00e8re comminatoire, \u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e8re que vous garderez \u00e0 l&rsquo;esprit notre engagement commun \u00e0 cr\u00e9er un cadre de r\u00e9forme de la r\u00e9gulation qui ne soit pas discriminatoire vis-\u00e0-vis des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et assure des r\u00e8gles du jeu identiques pour tous\u00a0\u00bb. Pour m\u00e9moire, les Europ\u00e9ens envisagent simplement de demander aux hedge funds une plus grand transparence et le respect de certaines r\u00e8gles basiques qui ne sont pas pr\u00e9vues dans le projet de loi am\u00e9ricain&#8230; D\u00e9riv\u00e9s et hedge funds (soutenus par des banques quand celles-ci n&rsquo;en sont pas actionnaires) sont les deux faces de la m\u00eame fausse monnaie et \u00e0 ce titre intouchables. <\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Paul Myners,  le secr\u00e9taire d&rsquo;Etat britannique aux services financiers, indiquait alors \u00e0 Londres devant des patrons de fonds d&rsquo;investissement qu&rsquo;il se battrait \u00ab\u00a0pied \u00e0 pied\u00a0\u00bb pour d\u00e9fendre \u00ab\u00a0la libre circulation du capital\u00a0\u00bb, apr\u00e8s que Gordon Brown ait obtenu in extremis des d\u00e9lais de la pr\u00e9sidence espagnole de l\u2019Union europ\u00e9enne, afin que la r\u00e9glementation ne soit pas adopt\u00e9e. On en est toujours l\u00e0,  attendant de passer le cap des \u00e9lections britanniques du 6 mai prochain pour essayer d\u2019adopter ensuite avec eux un compromis reposant sur une classification des hedges funds en trois cat\u00e9gories, une formule risquant fort de noyer le poisson. \u00ab\u00a0Il faut que l&rsquo;Europe ne soit ni une forteresse, ni une passoire\u00a0\u00bb, a pour l\u2019instant donn\u00e9 pour tout viatique le rapporteur au Parlement europ\u00e9en, le fran\u00e7ais Jean-Paul Gauz\u00e8s, ne pr\u00e9cisant pas les tailles des mailles du filet, contrairement \u00e0 la grande p\u00e9riode de Bruxelles (clin d&rsquo;oeil aux interminables discussions quant \u00e0  la r\u00e9glementation de la taille des filets de p\u00eache par la Commission europ\u00e9enne).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s celui des d\u00e9riv\u00e9s, le second grand dossier de la r\u00e9gulation concerne les \u00e9tablissements financiers. On va beaucoup parler dans les semaines qui viennent des taxes auxquelles ils pourraient \u00eatre soumis, un sujet qui donne lieu d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une belle foire d\u2019empoigne. Puis viendra le moment d&rsquo;aborder une probl\u00e9matique nettement plus technique et moins symbolique\u00a0: les niveaux et modalit\u00e9s de renforcement des fonds propres de ces \u00e9tablissements. Mais une question un peu \u00e9cart\u00e9e doit en premier lieu \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e: celle des normes comptables. Car l\u2019estimation du risque et toutes les dispositions qui visent \u00e0 se pr\u00e9munir de celui-ci d\u00e9pendent d&rsquo;elles. Or, le ver est dans le fruit, puisque le mod\u00e8le <i>mark-to-market<\/i> de valorisation des actifs a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 outre Atlantique et que les europ\u00e9ens multiplient les pressions pour que l\u2019organisme charg\u00e9 de d\u00e9finir les normes comptables, l\u2019IASB, aille dans le m\u00eame sens. Un tour de passe-passe comptable qui permet de ne pas enregistrer les pertes dans les bilans bancaires, une \u00e9tonnante mani\u00e8re de lutter contre le risque d\u2019un nouvel effondrement syst\u00e9mique du syst\u00e8me financier en maquillant le calcul des ratios de solvabilit\u00e9 qui en d\u00e9pendent.<\/p>\n<p>On a ainsi vu Michel Barnier, le commissaire europ\u00e9en au march\u00e9 int\u00e9rieur et aux services financiers, proposer d\u00e9but avril, devant une assembl\u00e9e de financiers \u00e0 Londres, de modifier la composition de l\u2019IASB afin qu\u2019en soient dor\u00e9navant membres plus de repr\u00e9sentants des r\u00e9gulateurs, des banques et des entreprises. Car ses membres actuels se refusent depuis des semaines \u00e0 assouplir comme demand\u00e9 par Bruxelles leur position. Dossier \u00e0 suivre, mais dans le brouillard \u00e0 la lueur d&rsquo;une chandelle. <\/p>\n<p>L\u2019accroissement des fonds propres des \u00e9tablissements financiers est un enjeu plus visible, depuis que le Comit\u00e9 de B\u00e2le a officielement clos sa consultation et rendues publiques ses propositions. Sans entrer dans les multiples arcanes complexes de la future r\u00e9glementation, il peut \u00eatre tout simplement retenu que les banques europ\u00e9ennes s\u2019efforcent de minorer les futures exigences \u00e0 leur \u00e9gard de <i>B\u00e2le III<\/i> , qui prendra la succession logique de <i>B\u00e2le II<\/i>, adopt\u00e9 en 2006 avec le succ\u00e8s que l\u2019on sait. <\/p>\n<p>Selon Baudoin Prot, directeur g\u00e9n\u00e9ral de BNP Paribas et pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration bancaire fran\u00e7aise (FBF), \u00ab\u00a0Nous ne sommes pas pr\u00eats de retrouver les retours sur fonds propres d&rsquo;avant la crise\u00a0\u00bb, le rendement \u00e9tant pass\u00e9 d\u2019environ 20% en 2007 \u00e0 10% en 2009 dans le cas de BNP Paribas. \u00ab\u00a0Nous avons chang\u00e9 de monde\u00a0\u00bb, a-t-il expliqu\u00e9. L&rsquo;augmentation des exigences de fonds propres, d\u00e9j\u00e0 largement anticip\u00e9e par les banques selon lui, a fait baisser m\u00e9caniquement le ratio qui devrait, \u00e0 l&rsquo;\u00e9couter, tendre vers un maximum de 15% \u00e0 l\u2019avenir. Sans craindre de se contredire, il faisait par ailleurs \u00e9tat d\u2019\u00e9tudes de la FBF selon laquelle <i>B\u00e2le III<\/i> pourrait co\u00fbter en moyenne entre 4 et 6 points de PIB sur une p\u00e9riode de trois ans aux principaux pays europ\u00e9ens, risquant, a-t-il comment\u00e9, de nous ramener \u00e0 la croissance z\u00e9ro. Un argument imparable pour demander qu\u2019une nouvelle consultation soit lanc\u00e9e, afin que les futures dispositions r\u00e9glementaires soient revues \u00e0 la baisse. \u00ab On veut tout faire en un an\u00a0\u00bb, s\u2019est exclam\u00e9 Baudoin Prot lors de sa conf\u00e9rence de presse, effray\u00e9 par la rapidit\u00e9 avec laquelle la r\u00e9gulation prend corps, oubliant que <i>B\u00e2le III<\/i> ne sera applicable qu\u2019en 2012. Aujourd&rsquo;hui mardi, la FBF vient de demander qu&rsquo;une nouvelle \u00ab\u00a0\u00e9tude d&rsquo;impact\u00a0\u00bb soit lanc\u00e9e, afin de donner aux banques le temps de peser de tout leur poids. <\/p>\n<p>De la BNP Paribas \u00e0 JP Morgan et de HSBC \u00e0 la Deutsche Bank, toutes les banques occidentales se sont pour une fois donn\u00e9es la main afin de r\u00e9clamer du Comit\u00e9 de B\u00e2le compr\u00e9hension, mansu\u00e9tude et d\u00e9lais suppl\u00e9mentaires. Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, qui sait de quoi il parle, a m\u00eame pronostiqu\u00e9, au cas o\u00f9 les angles ne seraient pas arrondis \u00a0: \u00ab\u00a0Quand les profits tombent trop brusquement, le capital va ailleurs, o\u00f9 il y a du profit \u00e0 faire, par exemple sur les march\u00e9s non r\u00e9gul\u00e9s\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Les arguments ne manquent pas, dans le monde bancaire, pour s\u2019opposer non pas \u00e0 tel ou tel aspect de la nouvelle r\u00e9glementation qui lui est propos\u00e9, mais \u00e0 l&rsquo;ensemble de ses cons\u00e9quences une fois les additions faites. Comment attirer les investisseurs avec de tels faibles retours sur investissements et remplir les exigences d\u2019augmentation des fonds propres \u00a0? Comment pr\u00eater avec de tels ratios aux entreprises et aux m\u00e9nages pour contribuer \u00e0 la croissance\u00a0? Comment faire alors autrement que de r\u00e9percuter ces nouveaux co\u00fbts sur la client\u00e8le des banques \u00a0? Chacun met l\u2019accent sur les dommages que telle ou telle mesure occasionnerait \u00e0 son activit\u00e9 ; tous se retrouvent en cherchant dans les obligations hybrides <i> contingentes convertibles<\/i> (les Cocos) une porte de sortie \u00e9l\u00e9gante que le Comit\u00e9 de B\u00e2le a \u00e0 priori ferm\u00e9e. La voie des compromis n&rsquo;est pas ferm\u00e9e, a-t-il \u00e9t\u00e9 reconnu&#8230; Est-ce \u00e0 dire que la porte pourrait \u00eatre entreb\u00e2ill\u00e9e et les CoCos s&rsquo;engouffrer ? <\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains se font quant \u00e0 eux discrets sur ce dossier, moins concern\u00e9s sans doute parce qu\u2019ils ont leur propres m\u00e9thodes \u00e9prouv\u00e9es de respect des ratios de solvabilit\u00e9, appliquant d\u00e9j\u00e0 des normes comptables complaisantes et utilisant des structures hors bilan appel\u00e9es <i>Special Purpose Vehicles<\/i> (SPV), qui leur permettent de mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart ce qui d\u00e9range. Mais, par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019Institute of International Finance (IIF), le lobby des m\u00e9gabanques, ils ont fait savoir que si les mesures \u00e9taient trop draconiennes, cela en serait fini de tout espoir d&rsquo;une approche globale et coordonn\u00e9e permettant d&rsquo;inclure les \u00c9tats-Unis dans le dispositif. Un discret rappel du fait que les banques Am\u00e9ricaines font cavalier seul et n\u2019appliquent toujours pas les dispositions de <i>B\u00e2le II<\/i> ! <\/p>\n<p>Mario Draghi, le pr\u00e9sident du Financial Stability Board (FSB), affectait de prendre la situation avec plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 lors de la derni\u00e8re r\u00e9union des ministres des finances \u00e0 Madrid. \u00ab\u00a0Le syst\u00e8me bancaire sera moins profitable, avec moins de profits mais de plus faibles risques. Il sera plus solide et moins sp\u00e9culatif. [&#8230;] Plus nous serons proches de la fin de notre travail (ndlr : de r\u00e9gulation), plus nous verrons l\u2019industrie financi\u00e8re s\u2019efforcer de stopper ce processus&#8230;\u00a0\u00bb. Le FSB pr\u00e9sentera aux ministres des finances du G20, sous peu \u00e0 Washington, un \u00ab\u00a0menu\u00a0\u00bb des r\u00e9formes possibles: obligations en mati\u00e8re de fonds propres pour les banques <i>syst\u00e9miques<\/i>, restrictions d\u2019activit\u00e9s, d\u00e9veloppement de la transparence de leurs activit\u00e9s et r\u00e9duction des risques sur le march\u00e9 des d\u00e9riv\u00e9s. Afin de faire passer la pilule de l\u2019augmentation des fonds propres, il pr\u00e9conisera l\u2019utilisation de <i>CoCos<\/i>, ces obligations d\u2019un troisi\u00e8me type qui transmutent en capital, selon un signal convenu d\u2019avance (un niveau donn\u00e9 du ratio McDonough de solvabilit\u00e9, par exemple). En ne manquant pas de pr\u00e9ciser, pour n\u2019effaroucher personne, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas dans son intention d\u2019agir selon le fait du prince et que tout prendrait le temps qu\u2019il faut. Il est des domaines o\u00f9 les banquiers ne comptent pas le temps. <\/p>\n<p>S\u2019essayant le m\u00eame jour et dans les m\u00eames circonstances \u00e0 la synth\u00e8se, Michel Barnier liait toutes les mesures envisag\u00e9es, en remarquant : \u00ab\u00a0Si nous parvenons, ce qui n&rsquo;est pas encore le cas, \u00e0 b\u00e2tir une vraie supervision efficace et cr\u00e9dible, une surveillance et une pr\u00e9vention des futures crises cr\u00e9dibles, alors je tiendrai compte de \u00e7a dans le calibrage des mesures r\u00e9glementaires en mati\u00e8re bancaire. [&#8230;] Il y aura une r\u00e9glementation bancaire, il y aura des obligations de capitalisation. Mais toute la question est: o\u00f9 on met le curseur?\u00a0\u00bb avant de sugg\u00e9rer ensuite l\u2019image des vases communicants\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut pas ne rien avoir. On ne peut pas avoir une supervision artificielle, une surveillance faible, et en m\u00eame temps pas de capitalisation ou de r\u00e9glementation bancaire pour que chaque \u00e9tablissement se prot\u00e8ge lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Ce langage se r\u00e9clamant de la raison est-il partag\u00e9 par ses interlocuteurs ? <\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LES COMPARSES A LA T\u00c2CHE (partie II)<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re la r\u00e9gulation des produits financiers, les d\u00e9riv\u00e9s sont incontestablement la grosse affaire. Car la titrisation est toujours en panne, devenue mirage dangereux apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme p\u00eache miraculeuse, cens\u00e9e abolir tout risque. 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