{"id":107025,"date":"2018-10-26T16:15:52","date_gmt":"2018-10-26T14:15:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=107025"},"modified":"2018-10-26T16:17:00","modified_gmt":"2018-10-26T14:17:00","slug":"la-gratuite-contre-la-logique-economique-paul-jorion-et-vincent-burnand-galpin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2018\/10\/26\/la-gratuite-contre-la-logique-economique-paul-jorion-et-vincent-burnand-galpin\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La gratuit\u00e9, contre la logique \u00e9conomique\u00a0?\u00a0\u00bb \u2013 Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Grand d\u00e9bat. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>La th\u00e9orie marxienne du communisme est fond\u00e9e sur l\u2019hypoth\u00e8se fondamentale de l\u2019abondance des biens utiles \u00e0 tous. Gr\u00e2ce au processus d\u2019industrialisation, qui n\u2019en \u00e9tait qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts quand Marx \u00e9crit, la raret\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 tout bien, au fondement de son prix \u00e9conomique, allait \u00eatre vaincue. Le communisme allait pouvoir advenir\u00a0: le g\u00e2teau \u00e0 se partager serait si gros que chacun allait pouvoir se servir la part qu\u2019il souhaitait. C\u2019est cette abondance qui allait pouvoir \u00eatre la base de la gratuit\u00e9 de tous les biens garantie pour tous.<\/p>\n<p>Or, deux si\u00e8cles apr\u00e8s Marx, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre que celle de l\u2019abondance\u00a0: le fait \u00e9cologique, la conscience que nos ressources sont limit\u00e9es, associ\u00e9 \u00e0 une inou\u00efe concentration de la richesse, est synonyme d\u2019une conscience de la raret\u00e9 aig\u00fce des biens aujourd\u2019hui disponibles.<\/p>\n<p><!--more-->\u00c0 cela s\u2019ajoute la disparition du travail qui, avec l\u2019informatisation et l\u2019automatisation des processus de production, s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent et ne va cesser de s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer au cours du XXIe si\u00e8cle. Les r\u00e9flexions se multiplient sur la fin du travail, les questions de soci\u00e9t\u00e9 \u00e9mergent\u00a0: comment dissocier travail et subsistance d\u00e9cente aux besoins quotidiens de la vie\u00a0? Certains proposent le revenu universel, nous proposons la gratuit\u00e9 pour ce qui rel\u00e8ve de l\u2019indispensable.<\/p>\n<p>Avant tout, levons une ambigu\u00eft\u00e9 sur le terme de gratuit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>There Ain&rsquo;t Such Thing As A Free Lunch<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab il n\u2019y a rien qui soit un repas gratuit \u00bb ou encore \u00ab\u00a0on n\u2019a rien pour rien\u00a0\u00bb). La gratuit\u00e9 doit bien \u00eatre financ\u00e9e par ailleurs, si ce n\u2019est par le co\u00fbt que paye l\u2019utilisateur final. Ici, le co\u00fbt doit \u00eatre pris en charge par la collectivit\u00e9, principalement au travers de l\u2019imp\u00f4t et des diff\u00e9rentes taxes. La premi\u00e8re limite \u00e0 la gratuit\u00e9 est bien \u00e9videmment le co\u00fbt pour la collectivit\u00e9, mais nous y reviendrons.<\/p>\n<p><strong>La gratuit\u00e9 pour r\u00e9pondre au \u00ab\u00a0premier objet de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>En 1792, au c\u0153ur le plus ardent de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, dans son discours sur \u00ab\u00a0les subsistances\u00a0\u00bb, Maximilien Robespierre posait la question suivante\u00a0: \u00ab\u00a0Quel est le premier objet de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb Et il r\u00e9pondait ceci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est de maintenir les droits imprescriptibles de l\u2019homme. Quel est le premier de ces droits\u00a0? Celui d\u2019exister. La premi\u00e8re loi sociale est donc celle qui garantit \u00e0 tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 les moyens d\u2019exister\u00a0; toutes les autres sont subordonn\u00e9es \u00e0 celle-l\u00e0\u00a0; la propri\u00e9t\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e ou garantie que pour la cimenter\u00a0; c\u2019est pour vivre d\u2019abord que l\u2019on a des propri\u00e9t\u00e9s. Il n\u2019est pas vrai que la propri\u00e9t\u00e9 ne peut jamais \u00eatre en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019homme sont aussi sacr\u00e9s que la vie elle-m\u00eame. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Il n\u2019y a que l\u2019exc\u00e9dent qui soit une propri\u00e9t\u00e9 individuelle et qui soit abandonn\u00e9e \u00e0 l\u2019industrie des commer\u00e7ants. [&#8230;] Quel est le probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre en mati\u00e8re de l\u00e9gislation sur les subsistances\u00a0? Le voici\u00a0: assurer \u00e0 tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est n\u00e9cessaire \u00e0 leur existence, aux propri\u00e9taires ou aux cultivateurs le prix de leur industrie, et livrer le superflu \u00e0 la libert\u00e9 du commerce. Je d\u00e9fie le plus scrupuleux d\u00e9fenseur de la propri\u00e9t\u00e9 de contester ces principes, \u00e0 moins de d\u00e9clarer ouvertement qu\u2019il entend, par ce mot, le droit de d\u00e9pouiller et d\u2019assassiner ses semblables\u00a0\u00bb (Maximilien Robespierre, <em>Les subsistances<\/em> [1792]).<\/p>\n<p>La vie est notre bien le plus pr\u00e9cieux et au sein du Grand Tournant que nous tentons p\u00e9rilleusement de n\u00e9gocier aujourd\u2019hui, permettons \u00e0 tous de la pr\u00e9server par la gratuit\u00e9, accessible enfin gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de notre civilisation\u00a0: gratuit\u00e9 pour la satisfaction de tous les besoins assurant notre survie, gratuit\u00e9 de tout ce qui rel\u00e8ve de l\u2019indispensable\u00a0: alimentation, logement, v\u00eatements, sant\u00e9, \u00e9ducation, transports et, aujourd\u2019hui, connectivit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>L\u2019indispensable\u00a0: un nombre limit\u00e9 de besoins fondamentaux et satiables <\/strong><\/p>\n<p>Qui, dans le cadre d\u2019une \u00ab\u00a0formule \u00e0 volont\u00e9\u00a0\u00bb au restaurant, a d\u00e9j\u00e0 fini le buffet entier \u00e0 lui tout seul\u00a0? Personne. Or, une hypoth\u00e8se fondamentale de la science \u00e9conomique, l\u2019hypoth\u00e8se de la non-sati\u00e9t\u00e9, voudrait que ce soit tout le monde. Toute unit\u00e9 suppl\u00e9mentaire consomm\u00e9e apporte une utilit\u00e9 suppl\u00e9mentaire, certes d\u00e9croissante, mais toujours strictement positive. On s\u2019arr\u00eate de consommer uniquement quand l\u2019utilit\u00e9 marginale d\u2019une unit\u00e9 de bien est \u00e9quivalente \u00e0 son co\u00fbt, sa d\u00e9sutilit\u00e9. Mais alors si le bien est gratuit\u00a0que se passe-t-il\u00a0? Th\u00e9oriquement, nous devrions consommer \u00e0 l\u2019infini, mais dans la pratique ce n\u2019est pas le cas. Imaginons des transports en commun gratuits\u00a0: allons-nous passer notre journ\u00e9e \u00e0 faire des tours en bus\u00a0? Non. Et encore, si cela se produisait, pourrions-nous priver les autres utilisateurs de les emprunter\u00a0? Non plus.<\/p>\n<p>La consommation est avant tout un moyen de r\u00e9pondre \u00e0 des besoins qui existent quel que soit le prix de leur assouvissement. Selon l\u2019\u00e9conomiste chilien Manfred Max-Neef, la psychologie du consommateur au quotidien, loin d\u2019\u00eatre celle de l\u2019agent rationnel des sciences \u00e9conomiques qui cherche constamment \u00e0 maximiser son utilit\u00e9, se voit pr\u00e9senter un besoin auquel il doit r\u00e9pondre rapidement pour \u00e9viter le d\u00e9sagr\u00e9ment du manque. Ainsi, le nombre de ses besoins fondamentaux est limit\u00e9, en voici une classification que propose Max-Neef\u00a0:<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Besoins<\/strong><\/td>\n<td><strong>\u00catre (qualit\u00e9s)<\/strong><\/td>\n<td><strong>Avoir (choses)<\/strong><\/td>\n<td><strong>Faire (actions)<\/strong><\/td>\n<td><strong>Interagir (param\u00e8tres)<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Subsistance<\/strong><\/td>\n<td>sant\u00e9 physique et mentale<\/td>\n<td>nourriture, logement, travail<\/td>\n<td>se nourrir, se v\u00eatir, se reposer, travailler<\/td>\n<td>environnement du lieu de vie, conditions sociales<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Protection<\/strong><\/td>\n<td>soin, adaptabilit\u00e9, autonomie<\/td>\n<td>s\u00e9curit\u00e9 sociale, syst\u00e8mes de sant\u00e9, travail<\/td>\n<td>coop\u00e9rer, faire des projets, prendre soin d&rsquo;autrui, aider<\/td>\n<td>environnement social, logement<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Affection<\/strong><\/td>\n<td>respect, sens de l&rsquo;humour, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, sensualit\u00e9<\/td>\n<td>amiti\u00e9s, famille, relations avec la nature<\/td>\n<td>partager, prendre soin d&rsquo;autrui, exprimer des \u00e9motions<\/td>\n<td>intimit\u00e9, espaces intimes d&rsquo;unit\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Compr\u00e9hension<\/strong><\/td>\n<td>capacit\u00e9 de critique, curiosit\u00e9, intuition<\/td>\n<td>litt\u00e9rature, enseignants, politiques, \u00e9ducation<\/td>\n<td>analyser, \u00e9tudier, m\u00e9diter, investiguer,<\/td>\n<td>\u00e9coles, familles, universit\u00e9s, communaut\u00e9s<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Participation<\/strong><\/td>\n<td>r\u00e9ceptivit\u00e9, d\u00e9vouement, sens de l&rsquo;humour<\/td>\n<td>responsabilit\u00e9s, devoirs, travail, droits<\/td>\n<td>coop\u00e9rer, s&rsquo;opposer, exprimer des opinions<\/td>\n<td>associations, partis, \u00e9glises, relations de voisinage<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Loisirs<\/strong><\/td>\n<td>imagination, tranquillit\u00e9, spontan\u00e9it\u00e9<\/td>\n<td>jeux, partis, paix int\u00e9rieure<\/td>\n<td>pouvoir r\u00eaver, se souvenir, se d\u00e9tendre, s&rsquo;amuser<\/td>\n<td>paysages, espaces d&rsquo;intimit\u00e9, lieux o\u00f9 on peut \u00eatre seul<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Cr\u00e9ation<\/strong><\/td>\n<td>imagination, audace, inventivit\u00e9, curiosit\u00e9<\/td>\n<td>aptitudes, qualifications, travail, techniques<\/td>\n<td>inventer, construire, concevoir, travailler, composer, jouer<\/td>\n<td>espaces d&rsquo;expression, ateliers, publics<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Identit\u00e9<\/strong><\/td>\n<td>sentiment d&rsquo;appartenance, estime de soi, coh\u00e9rence<\/td>\n<td>langue, religions, travail, coutumes, valeurs, normes<\/td>\n<td>apprendre \u00e0 se conna\u00eetre soi-m\u00eame, grandir, s&rsquo;engager<\/td>\n<td>lieux d&rsquo;appartenance, cadre quotidien<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Libert\u00e9<\/strong><\/td>\n<td>autonomie, passion, estime de soi, ouverture d&rsquo;esprit<\/td>\n<td>\u00e9galit\u00e9 de droits<\/td>\n<td>s&rsquo;opposer, choisir, prendre des risques, d\u00e9velopper une prise de conscience<\/td>\n<td>n&rsquo;importe o\u00f9<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier point frappant de cette classification des besoins fondamentaux est le caract\u00e8re gratuit, voire non-mon\u00e9taire d\u2019une majorit\u00e9 de ces derniers. La science \u00e9conomique nous dit que l\u2019\u00e9change mon\u00e9taire se construit d\u00e8s qu\u2019il y a interaction avec autrui, mais ici pour assouvir ses besoins fondamentaux, l\u2019\u00e9change marchand est l\u2019exception plut\u00f4t que la r\u00e8gle. Les besoins fondamentaux encore payants (du moins en partie) paraissent ainsi ceux d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment\u00a0: alimentation, logement, v\u00eatements, sant\u00e9, \u00e9ducation, transports et encore connectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Si le nombre de biens indispensables \u00e0 d\u00e9marchandiser est donc limit\u00e9 et si leur consommation est satiable, il est alors imaginable que la collectivit\u00e9 organise une distribution gratuite de ceux-ci.<\/p>\n<p><strong>Deux r\u00e9gimes \u00e9conomiques distincts pour le n\u00e9cessaire et le superflu<\/strong><\/p>\n<p>Distinguons le n\u00e9cessaire du superflu et faisons-les relever de deux r\u00e9gimes \u00e9conomiques distincts. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le r\u00e9gime \u00e9conomique de l\u2019indispensable serait fond\u00e9 sur la mise en commun des biens, et leur gestion par la collectivit\u00e9. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, en parall\u00e8le, le r\u00e9gime \u00e9conomique du \u00ab\u00a0superflu\u00a0\u00bb restera fond\u00e9 sur les m\u00e9canismes de prix.<\/p>\n<p>Dans le premier, n\u2019ayant plus le prix comme source d\u2019information \u00e9conomique \u00e0 la gestion de l\u2019offre, ce serait ainsi une gouvernance d\u00e9lib\u00e9rative en charge de la gestion de l\u2019offre (comme l\u2019Etat d\u00e9j\u00e0 aujourd\u2019hui en ce qui concerne une partie de l\u2019\u00e9ducation et de la sant\u00e9). A l\u2019heure du <span style=\"font-style: normal !msorm;\"><em>big data<\/em><\/span>, les informations pertinentes foisonnent pour permettre au r\u00e9gulateur de prendre la temp\u00e9rature des besoins des consommateurs et donc de g\u00e9rer au mieux l\u2019offre des biens gratuits.<\/p>\n<p>En fonction des \u00e9volutions de nos soci\u00e9t\u00e9s, la distinction entre indispensable et superflu pourra \u00eatre modifi\u00e9e pour correspondre aux besoins d\u2019une \u00e9poque particuli\u00e8re. Ainsi, aujourd\u2019hui, la connectivit\u00e9 (l\u2019abonnement t\u00e9l\u00e9phonique, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet,\u2026) pour tous semble devenir un besoin fondamental car, entre autres, l\u2019acc\u00e8s internet est maintenant indispensable pour un certain nombre de d\u00e9marches administratives.<\/p>\n<p><strong>Revenu universel ou service universel\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Du revenu universel de base, une somme allou\u00e9e mensuellement \u00e0 l\u2019ensemble des adultes d\u2019une nation, il est beaucoup question aujourd\u2019hui. Chacun, quelle que soit sa fortune, en b\u00e9n\u00e9ficierait et cette somme, couvrant les besoins \u00e9l\u00e9mentaires d\u2019un individu, rendrait inutiles les allocations existant aujourd\u2019hui pour pallier les difficult\u00e9s dues au manque de ressources (aide sociale) ou \u00e0 la perte d\u2019un emploi (allocations de ch\u00f4mage).<\/p>\n<p>Mais quel co\u00fbt \u00e9conomique repr\u00e9senterait l\u2019attribution d\u2019une telle allocation \u00e0 des personnes qui n\u2019en ont pas un r\u00e9el besoin\u00a0? Le revenu universel constitue-t-il par ailleurs une solution \u00e0 la disparition globale du travail ou bien s\u2019assimile-t-il \u00e0 une simple mise entre parenth\u00e8ses des questions que cette disparition soul\u00e8ve, la probl\u00e9matique v\u00e9ritable en arri\u00e8re-plan, mais qui resterait alors occult\u00e9e, \u00e9tant celle d\u2019une r\u00e9partition \u00e9quitable de la richesse cr\u00e9\u00e9e\u00a0? Autre interrogation, portant cette fois sur une question de fond\u00a0: celle que soul\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 de son c\u00f4t\u00e9 la pratique des dommages-int\u00e9r\u00eats\u00a0: est-elle l\u00e9gitime et si oui, quelles sont alors les bornes d\u2019une pratique qui substitue une somme d\u2019argent \u00e0 la solution authentique d\u2019une question qui est en r\u00e9alit\u00e9 une question de justice, une question touchant aux valeurs, portant sur des qualit\u00e9s bien davantage que sur des quantit\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>Comment pr\u00e9venir aussi la pr\u00e9dation en tout ou en partie de la finance sur le revenu universel\u00a0? Chacun se souvient des hausses de loyers qui accompagnaient main dans la main les hausses de salaires. Aux \u00c9tats-Unis en 2009, une allocation de 4\u00a0000 $ avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e aux jeunes m\u00e9nages acc\u00e9dant \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9\u00a0; le prix des logements avait aussit\u00f4t bondi du m\u00eame montant.<\/p>\n<p>Un exemple plus ancien est lui aussi instructif. Les p\u00eacheurs artisans fran\u00e7ais avaient exprim\u00e9 leur frustration devant le fait que parfois leur p\u00eache ne trouvait aucun acheteur et qu\u2019il leur fallait alors rentrer \u00e0 la maison les poches vides. Ils revendiqu\u00e8rent l\u2019instauration d\u2019un \u00ab\u00a0prix de retrait\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0prix plancher\u00a0\u00bb et ils l\u2019obtinrent\u00a0: un prix minime leur serait pay\u00e9 de toute mani\u00e8re et l\u2019on ne rentrerait jamais de la cri\u00e9e absolument sans argent. Ce qui arriva, ce fut que les acheteurs align\u00e8rent le prix qu\u2019ils offraient sur le prix plancher qui devint automatiquement la norme, et \u00e0 partir de ce moment le prix d\u00e9colla rarement de ce niveau. Les p\u00eacheurs y perdirent gros. On pourrait craindre de la m\u00eame mani\u00e8re, dans un cadre de revenu universel, que le salaire mensuel de nombreux emplois n\u2019aille s\u2019aligner sur un euro symbolique, qui distinguerait l\u2019emploi du ch\u00f4mage et signalerait la fiert\u00e9 d\u2019un travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 en plus de la s\u00e9curit\u00e9 assur\u00e9e par le revenu universel\u00a0! L\u2019enfer aurait \u00e9t\u00e9 une fois de plus pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/p>\n<p>Mais avant tout, la gratuit\u00e9 pour l\u2019indispensable peut se r\u00e9v\u00e9ler beaucoup moins co\u00fbteux pour la collectivit\u00e9 que le revenu universel de base. Une proposition dans le m\u00eame sens a \u00e9t\u00e9 faite en octobre 2017 par une \u00e9quipe de University College \u00e0 Londres, intitul\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Services universels de base\u00a0\u00bb. Un calcul pr\u00e9cis compare le co\u00fbt annuel de cette approche fond\u00e9e sur la gratuit\u00e9 avec celui du revenu universel de base\u00a0: 42 milliards de livres contre 250, soit un sixi\u00e8me de la somme. Les\u00a0<em>services universels de base<\/em>\u00a0repr\u00e9senteraient 2,2% du PIB britannique, un montant g\u00e9rable, contre 13% pour le\u00a0<em>revenu universel de base<\/em>, un montant lui irr\u00e9aliste.<\/p>\n<p>Une telle\u00a0gratuit\u00e9 pour l\u2019indispensable\u00a0peut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019ensemble des critiques adress\u00e9es au revenu universel de base\u00a0: son co\u00fbt est bien moindre, elle peut \u00eatre mise \u00e0 l\u2019abri de tout d\u00e9tournement, elle n\u2019encourage pas au consum\u00e9risme puisque l\u2019indispensable, m\u00eame s\u2019il \u00e9volue avec les \u00e9poques, peut \u00eatre d\u00e9fini avec pr\u00e9cision.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Quels biens et quelle gratuit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Se pose maintenant la question de la mise en \u0153uvre concr\u00e8te de la gratuit\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Mais pour cela, il faut distinguer des familles de cas en fonction du type de bien que l\u2019on souhaite rendre gratuit. La d\u00e9marchandisation ne pr\u00e9sente pas une difficult\u00e9 \u00e9quivalente pour tous les biens.<\/p>\n<p>En 1954, l\u2019\u00e9conomiste am\u00e9ricain Paul Samuelson a propos\u00e9 une typologie des biens en fonction de deux crit\u00e8res\u00a0: la <em>non-exclusivit\u00e9<\/em>, autrement dit, ceux qui n\u2019ont pas pay\u00e9 le bien ne peuvent pas \u00eatre emp\u00each\u00e9s d\u2019y avoir acc\u00e8s (par exemple, un feu d\u2019artifice priv\u00e9 est difficilement dissimulable au voisinage)\u00a0; et la <em>non-rivalit\u00e9<\/em>, autrement dit, ce que consomme un individu n\u2019est pas soustrait \u00e0 l\u2019usage d\u2019autrui. La non-rivalit\u00e9 d\u2019un bien signifie \u00e9galement que le bien existe en abondance. Se distinguent alors quatre types de biens\u00a0:<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Biens<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Exclusifs<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Non-exclusifs<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Rivaux<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens priv\u00e9s<\/strong> (l\u2019alimentation, v\u00eatements, logement, vaccins,\u2026)<\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Ressources communes<\/strong> (nappes phr\u00e9atiques, ressources halieutiques,\u2026)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Non-rivaux<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens de club<\/strong> (transports en commun, r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9phoniques, dipl\u00f4mes,\u2026)<\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens publics purs<\/strong> (la connaissance, la sant\u00e9, le web,\u2026)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le tableau, dans les parenth\u00e8ses, se trouvent un certain nombre d\u2019exemples de biens qui sont d\u00e9j\u00e0, ou seraient susceptibles d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9s dans un processus de d\u00e9marchandisation. On se concentrera ici sur les gratuit\u00e9s cit\u00e9es ci-dessus\u00a0: alimentation, logement, v\u00eatements, sant\u00e9, \u00e9ducation, transports et connectivit\u00e9. Chaque type de bien que l\u2019on souhaite rendre gratuit dans cette typologie rel\u00e8ve d\u2019enjeux diff\u00e9rents, et cela se complexifie davantage quand un bien \u00e0 d\u00e9marchandiser poss\u00e8de diff\u00e9rentes composantes dans diff\u00e9rentes parties du tableau (par exemple, la sant\u00e9 est un bien public pur mais un vaccin est un bien priv\u00e9). Les difficult\u00e9s \u00e0 relever pour la gratuit\u00e9 sont les suivantes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Permettre \u00e0 tous de consommer ces biens jusqu\u2019\u00e0 sati\u00e9t\u00e9 raisonnable\u00a0;<\/li>\n<li>Rester dans la limite du budget de la collectivit\u00e9\u00a0;<\/li>\n<li>Rester dans la limite de la viabilit\u00e9 \u00e9cologique\u00a0de l\u2019exploitation de la ressource\u00a0;<\/li>\n<li>Eviter tout d\u00e9tournement de l\u2019usage du bien gratuit (on peut imaginer par exemple que l\u2019alimentation gratuite soit revendue aux fronti\u00e8res)\u00a0;<\/li>\n<li>R\u00e9aliser une mise en commun efficace du bien.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces questions se posent diff\u00e9remment (ou parfois ne se posent pas) en fonction du type de bien que l\u2019on traite pour la gratuit\u00e9. Passons donc les diff\u00e9rents cas en revue\u00a0:<\/p>\n<p><em>La d\u00e9marchandisation des biens publics purs\u00a0ne pose aucun probl\u00e8me<\/em><\/p>\n<p>Les biens publics purs que l\u2019on souhaite rendre gratuits sont les plus simples \u00e0 mettre en \u0153uvre. D\u2019ailleurs, les biens publics purs indispensables sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9marchandis\u00e9s par d\u00e9finition. La connaissance (bien public pur) en tant que telle est gratuite\u00a0; ce sont les livres, ou l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines plateformes d\u2019information (biens de club) qui peuvent \u00eatre payants. C\u2019est donc <em>l\u2019acc\u00e8s<\/em> \u00e0 la sant\u00e9, ou \u00e0 la connaissance qu\u2019il faut d\u00e9marchandiser. Il n\u2019y a ici pas de probl\u00e8me de limites de consommation des biens publics purs, au contraire, plus les individus en consomment, mieux la soci\u00e9t\u00e9 se porte. Par exemple, plus les individus sont en bonne sant\u00e9, plus autrui a de chances d\u2019\u00eatre en bonne sant\u00e9. La consommation de biens publics purs comporte g\u00e9n\u00e9ralement des externalit\u00e9s positives.<\/p>\n<p><em>La d\u00e9marchandisation des ressources communes\u00a0: un cas complexe<\/em><\/p>\n<p>A l\u2019origine, les ressources communes sont par d\u00e9finition gratuites \u00e9tant en acc\u00e8s libre. Par exemple, s\u2019il existe une nappe phr\u00e9atique sous son jardin, il suffit de creuser un puit pour avoir acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019eau gratuite. Mais ces ressources communes peuvent \u00eatre privatis\u00e9es telles que l\u2019exploitation du p\u00e9trole. L\u2019enjeu le plus difficile est de faire revenir ces ressources communes dans le giron de la collectivit\u00e9. La mission principale de la collectivit\u00e9 est alors de surveiller \u00e9troitement l\u2019utilisation des ressources communes par les diff\u00e9rents agents. Si la ressource commune est surconsomm\u00e9e par rapport \u00e0 son renouvellement naturel, elle doit alors voir son acc\u00e8s restreint, et la consommation rationn\u00e9e en fonction des usages. Ce sont alors des difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires qui s\u2019ajoutent\u00a0: comment savoir si l\u2019individu utilise son puit pour arroser son potager ou pour remplir sa piscine\u00a0?<\/p>\n<p><em>La d\u00e9marchandisation des biens de club\u00a0: efficacit\u00e9 certaine<\/em><\/p>\n<p>La d\u00e9marchandisation des biens de club est beaucoup plus ais\u00e9e. Etant un bien non-rival, la gratuit\u00e9 du bien ne posera pas de probl\u00e8me de surconsommation du bien. L\u2019enjeu principal est la mise en commun du bien. Par exemple, les r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9phoniques ou internet sont souvent priv\u00e9s. La gratuit\u00e9 demanderait une nationalisation des entreprises proposant ces services. Pour ce qui est des r\u00e9seaux de transports, eux sont souvent d\u00e9j\u00e0 publics (services de bus, trains,\u2026) et sont d\u00e9j\u00e0 largement subventionn\u00e9s par la collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>La gratuit\u00e9 pour les biens de club, d\u2019un point de vue logistique, ne pose pas de probl\u00e8me, seule la question financi\u00e8re se pose. Mais l\u2019exemple de la d\u00e9marchandisation des r\u00e9seaux de transport en commun est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. Une \u00e9tude de l\u2019ADEME (l\u2019agence de l\u2019environnement et de la ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9nergie) sur l\u2019impact de la gratuit\u00e9 des transports collectifs urbains (Brunon Cordier, janvier 2007) montre qu\u2019il suffirait de r\u00e9organiser les budgets allou\u00e9s aux transports pour permettre la gratuit\u00e9 totale des transports en commun\u00a0: <em>\u00ab\u00a0En milieu urbain, l\u2019automobile mobilise 80 \u00e0 90\u00a0% des budgets publics consacr\u00e9s aux d\u00e9placements [voirie, grandes infrastructures,\u2026] , les transports collectifs seulement 10\u00a0% environ. Un basculement sur les transports collectifs d\u2019une partie des cr\u00e9dits affect\u00e9s \u00e0 l\u2019automobile suffirait \u00e0 financer \u00e0 la fois la gratuit\u00e9 (ou une tarification attractive) et l\u2019augmentation de l\u2019offre\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>On peut \u00e9galement noter une certaine efficacit\u00e9 \u00e9conomique dans la mise en commun des r\u00e9seaux de communication ou de transport. Pour les r\u00e9seaux de communication, au lieu d\u2019une coexistence parall\u00e8le de trois ou quatre r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9phoniques diff\u00e9rents (comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui en France), l\u2019utilisation peut \u00eatre optimis\u00e9e par leur fusion\u00a0: la couverture du territoire serait notamment plus importante. Pour le dire plus simplement, nos portables capteraient partout\u00a0! Pour ce qui est des r\u00e9seaux de transport, les v\u00e9hicules peuvent \u00eatre exploit\u00e9s de mani\u00e8re plus optimale\u00a0: un bus peut tourner 16 voire 24 heures par jour, alors que la voiture d\u2019un particulier ne roule qu\u2019une \u00e0 deux heures par jour maximum en moyenne.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re remarque, la d\u00e9marchandisation des transports en commun permet de se tourner vers un mode de transport plus \u00e9cologique. Dans la croissance de la demande en transports en commun caus\u00e9e par la gratuit\u00e9 de ce dernier, l\u2019effet substitution (principalement, l\u2019utilisation des transports en commun plut\u00f4t que de la voiture individuelle) est significativement plus important que l\u2019effet revenu (l\u2019augmentation du nombre de d\u00e9placements tous moyen confondus par personne). Ainsi, l\u2019\u00e9tude de l\u2019ADEME montre qu\u2019\u00e0 Ch\u00e2teauroux, au passage \u00e0 la gratuit\u00e9, la fr\u00e9quentation des transports en commun a doubl\u00e9\u00a0: trois quart de cette hausse de demande s\u2019expliquait par l\u2019effet substitution et seulement un quart par l\u2019effet revenu. Cette faiblesse de la croissance du nombre de d\u00e9placements tous moyes confondus par individu r\u00e9v\u00e8le bien le caract\u00e8re satiable de la consommation de biens, m\u00eame gratuits, discut\u00e9 plus haut. Mais dans tous les cas, l\u2019effet revenu, la croissance de la mobilit\u00e9 individuelle, est une bonne chose pour toute la collectivit\u00e9 (disponibilit\u00e9 des individus, animation des centres-villes,\u2026).<\/p>\n<p><em>La d\u00e9marchandisation des biens priv\u00e9s\u00a0: le cas le plus difficile<\/em><\/p>\n<p>La gratuit\u00e9 des biens priv\u00e9s indispensables concerne notamment l\u2019alimentation et l\u2019habillement. La d\u00e9marchandisation de ces biens doit r\u00e9sulter d\u2019une mise en \u0153uvre ing\u00e9nieuse pour \u00e9viter tout abus et d\u00e9tournement de leur utilisation premi\u00e8re. Il faut \u00e0 la fois rationner le moins possible leur consommation tout en \u00e9vitant les comportements opportunistes tels que l\u2019accumulation sans consommation d\u2019aliments, ou encore la revente de ces derniers.<\/p>\n<p>Ainsi, le crit\u00e8re de faisabilit\u00e9 de la gratuit\u00e9 pour les biens priv\u00e9s doit \u00eatre sa consommation instantan\u00e9e pour r\u00e9pondre strictement \u00e0 un besoin instantan\u00e9. Ainsi, pour l\u2019alimentation il faut imaginer des cantines publiques et gratuites. Pour l\u2019habillement gratuit, on peut imaginer des d\u00e9p\u00f4ts de v\u00eatements consign\u00e9s. L\u2019autre option est le rationnement tel que les \u00ab\u00a0food stamps\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 pratiqu\u00e9 pour les plus d\u00e9munis aux Etats-Unis, ou des boutiques vestimentaires publiques avec acquisition rationn\u00e9e. Mais ni l\u2019une ni l\u2019autre option n\u2019est r\u00e9ellement optimale car elles ne correspondent pas tout \u00e0 fait aux d\u00e9sirs des individus.<\/p>\n<p><em>Pour sch\u00e9matiser les difficult\u00e9s de chaque cas\u2026<\/em><\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s de la d\u00e9marchandisation peuvent se r\u00e9sumer dans le tableau ci-dessous\u00a0:<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Biens indispensables (gratuits)<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Exclusifs (acc\u00e8s difficiles)<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Non-exclusifs (acc\u00e8s libres)<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Rivaux (biens rares)<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens priv\u00e9s<\/strong> (leur mise en commun et leur distribution)<\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Ressources communes<\/strong> (surveillance ou restriction de leur acc\u00e8s et leur distribution)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"151\"><strong>Non-rivaux (biens abondants)<\/strong><\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens de club<\/strong> (leur mise en commun)<\/td>\n<td width=\"151\"><strong>Biens publics purs<\/strong> (peu de difficult\u00e9s)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 de la logique \u00e9conomique, remettre la logique sociale et environnementale au centre de la valeur des biens<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il est n\u00e9cessaire que la gratuit\u00e9 r\u00e9ponde aux contraintes de la logique \u00e9conomique pour rester viable \u00e0 long terme, il ne faut pas oublier que la gratuit\u00e9 doit, avant tout, faire face aux enjeux sociaux et environnementaux de notre si\u00e8cle\u00a0: permettre \u00e0 tous de mener une vie d\u00e9cente dans un contexte de rar\u00e9faction du travail\u00a0; et organiser la consommation de telle sorte \u00e0 \u00eatre compatible avec les contraintes \u00e9cologiques que sont les n\u00f4tres. Paradoxalement, la gratuit\u00e9 redonne de la valeur (au sens \u00e9thique du terme) aux biens les plus indispensables de notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0: elle r\u00e9v\u00e8le leur caract\u00e8re fondamental, leur sens social et leur acceptabilit\u00e9 environnementale.<\/p>\n<p>La gratuit\u00e9 de l\u2019indispensable c\u2019est \u00e9galement la conscience que nous ne sommes rien sans la communaut\u00e9, c\u2019est remettre au centre de notre soci\u00e9t\u00e9 les valeurs de r\u00e9ciprocit\u00e9 positive, celles du don, celles de la vie en communaut\u00e9. Pour reprendre la formule maintenant canonique, l\u2019humain est un \u00ab\u00a0animal social\u00a0\u00bb avant d\u2019\u00eatre un <em>homo \u0153conomicus<\/em>\u00a0: plus fort que le \u00ab\u00a0toujours plus\u00a0\u00bb du capitalisme, existent le don, le partage, la gratuit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n<p>Bruno Cordier (Dir.), <em>La gratuit\u00e9 totale des transports collectifs urbains : effets sur la fr\u00e9quentation et int\u00e9r\u00eats<\/em>, rapport ADEME, janvier 2007<\/p>\n<p>Paul Jorion,\u00a0<em>Vers un nouveau monde,<\/em>\u00a0Waterloo\u00a0: Renaissance du Livre, 2017<\/p>\n<p>Manfred\u00a0Max-Neef, Antonio\u00a0Elizalde\u00a0et Martin\u00a0Hopenhayn,\u00a0<em>Human Scale Development; conception, application and further reflections (Le d\u00e9veloppement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle humaine : conception, application et r\u00e9flexions compl\u00e9mentaires)<\/em>, New York &amp; London\u00a0: The Apex Press,\u00a01991<\/p>\n<p>Maximilien Robespierre, <em>Les subsistances<\/em>, 1792<\/p>\n<p>Paul Samuelson, \u00ab The Pure Theory of Public Expenditure \u00bb, <em>Review of Economics and Statistics<\/em>, 1954<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Grand d\u00e9bat. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La th\u00e9orie marxienne du communisme est fond\u00e9e sur l\u2019hypoth\u00e8se fondamentale de l\u2019abondance des biens utiles \u00e0 tous. Gr\u00e2ce au processus d\u2019industrialisation, qui n\u2019en \u00e9tait qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts quand Marx \u00e9crit, la raret\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 tout bien, au fondement de son prix \u00e9conomique, allait \u00eatre vaincue. Le communisme allait pouvoir advenir\u00a0: [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5367],"tags":[948],"class_list":["post-107025","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-gratuite","tag-gratuite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107025","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=107025"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107025\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":107026,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/107025\/revisions\/107026"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=107025"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=107025"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=107025"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}