{"id":108869,"date":"2019-01-27T00:26:30","date_gmt":"2019-01-26T23:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=108869"},"modified":"2019-01-27T00:26:32","modified_gmt":"2019-01-26T23:26:32","slug":"humanite-versus-climat-la-lutte-politique-pour-la-definition-des-possibles-humains-par-cedric-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/01\/27\/humanite-versus-climat-la-lutte-politique-pour-la-definition-des-possibles-humains-par-cedric-chevalier\/","title":{"rendered":"Humanit\u00e9 versus Climat. La lutte politique pour la d\u00e9finition des possibles humains, par C\u00e9dric Chevalier"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les gens ne\nrenonceront jamais \u00e0 leur voiture.&nbsp;Ils ne veulent pas manger moins de\nviande. On ne va quand m\u00eame pas installer des \u00e9oliennes partout&nbsp;! Et les\npauvres qui n\u2019ont pas d\u2019argent pour isoler leur maison, on les oblige \u00e0\nl\u2019isoler&nbsp;? Jamais le monde \u00e9conomique ne renoncera \u00e0 la croissance. Il\nn\u2019est pas possible de r\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre en aussi\npeu de temps. Les gens ne veulent pas renoncer \u00e0 leur confort. Aucun candidat\nau pouvoir ne prendre le risque de proposer de nouvelles taxes aux\n\u00e9lecteurs.&nbsp;Etc.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voici\nla pens\u00e9e de l\u2019impossible. Le penseur de l\u2019impossible, <strong>l\u2019Impossibiliste<\/strong>, pense obstacle, emp\u00eachement, contrainte, co\u00fbt,\nd\u00e9rangement, p\u00e9nibilit\u00e9. Il ne peut envisager autre chose que l\u2019existant. Il\ns\u2019auto-convainc de la vanit\u00e9 des efforts pour le changement. Il\ns\u2019auto-satisfait de l\u2019inertie et se f\u00e9licite de la moindre avanc\u00e9e mineure. Il\npeut prendre acte du d\u00e9passement des limites de la Biosph\u00e8re sans en faire\nl\u2019indicateur de son \u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Nous devons\nr\u00e9duire les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre \u00e0 z\u00e9ro d\u2019ici \u00e0 2050. Nous pouvons\nmanger beaucoup moins de viande. Il existe des solutions pour isoler\nmassivement le b\u00e2ti en pr\u00e9servant l\u2019\u00e9quit\u00e9 soci\u00e9tale. La majorit\u00e9 de la\npopulation peut se d\u00e9placer \u00e0 pied, en v\u00e9lo et en transport en commun. On peut\naller vers une prosp\u00e9rit\u00e9 sans croissance. Avec un effort massif, nous pouvons\nconstruire une \u00e9conomie compatible avec les limites de la Biosph\u00e8re. La\nd\u00e9mocratie est capable de mener une transition \u00e9cologique et solidaire massive,\nefficace et rapide, avec l\u2019adh\u00e9sion de la population.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0\nla pens\u00e9e du possible. Le penseur du possible, <strong>le Possibiliste<\/strong>, pense d\u00e9passement, opportunit\u00e9, innovation de\nrupture, cr\u00e9ation, nouveaut\u00e9, effort, potentiel. Il ne peut envisager que\nl\u2019existant demeure. Il n\u2019est jamais satisfait de la politique des petits-pas.\nIl abhorre la suffisance et l\u2019euph\u00e9misme des tenants de l\u2019ordre \u00e9tabli. &nbsp;Il prend acte de la n\u00e9cessit\u00e9 de revenir dans\nles limites de la Biosph\u00e8re, pour en faire l\u2019indicateur de son succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Paradoxalement,\nl\u2019Impossibiliste place la limite des possibles dans une sph\u00e8re humaine <em>business-as-usual<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 elle est la\nplus contestable, pour en d\u00e9duire l\u2019action praticable, tandis qu\u2019au contraire\nle penseur du possible prend acte de la limite biosph\u00e9rique, l\u00e0 o\u00f9 elle est\nincontestable, pour en d\u00e9duire l\u2019extension n\u00e9cessaire des possibles humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi aujourd\u2019hui, un \u00ab\u00a0impossible\u00a0politique\u00a0\u00bb se confronte \u00e0 un \u00ab\u00a0impossible biophysique\u00a0\u00bb. Des citoyens, \u00e9lus et entrepreneurs nous disent que telle ou telle mesure est \u00ab\u00a0impossible politiquement\u00a0\u00bb. Beaucoup de nos politiciens, m\u00e9diocres, loin de faire de la politique le processus qui fait na\u00eetre les possibles, en font le domaine de la paralysie et du contentement b\u00e9at. <em>\u00ab\u00a0Que voulez-vous ma bonne dame, je n\u2019y peux rien\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Pendant ce temps, des scientifiques et des environnementalistes nous disent que poursuivre la trajectoire technico-\u00e9conomique actuelle tout en maintenant ou augmentant la prosp\u00e9rit\u00e9 humaine est \u00ab\u00a0impossible biophysiquement\u00a0\u00bb. Revendiquant partout leur insatisfaction, ils refusent le statu quo et cherchent du radicalement neuf dans les interstices, dans les marges du syst\u00e8me. <\/p>\n\n\n\n<p>Les\npenseurs de l\u2019impossible travaillent dans une sph\u00e8re suppos\u00e9e consensuelle des\npossibles politiques, et optimisent leurs propositions sous cette contrainte.\nLes penseurs du possible travaillent dans la sph\u00e8re des possibles biophysiques,\net optimisent leurs propositions sous cette contrainte. Les premiers sont\ncontents quand ils ont fait un peu du <em>n\u00e9cessaire<\/em>,\nles seconds ne se reposeront que quand ils en auront fait <em>suffisamment<\/em>. Les premiers se disent \u00ab&nbsp;r\u00e9alistes&nbsp;\u00bb et\ntraitent les autres \u00ab&nbsp;d\u2019utopistes&nbsp;\u00bb. Les seconds pensent que les\npremiers ne tiennent pas compte du principe de r\u00e9alit\u00e9 biophysique et sont dans\nle d\u00e9ni. Ils pensent que <em>\u00ab&nbsp;le\ns\u00e9rieux&nbsp;doit changer de camp&nbsp;\u00bb<\/em>, comme l\u2019a dit en 2018 l\u2019astrophysicien\nAur\u00e9lien Barrau.<\/p>\n\n\n\n<p>Un petit sch\u00e9ma peut r\u00e9sumer cela :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"673\" height=\"687\" src=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/CeCh.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-108870\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/CeCh.png 673w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/CeCh-294x300.png 294w\" sizes=\"auto, (max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Evidemment,\ncette pr\u00e9sentation peut \u00eatre invers\u00e9e si on &nbsp;examine la dimension <strong>technologique<\/strong>. Ainsi, le techno-optimiste sera \u00e0 ses propres yeux\nun Possibiliste de bon aloi qui, sans d\u00e9nier la contrainte biophysique, pense\nque le progr\u00e8s technologique permettra de poursuivre le d\u00e9veloppement actuel\ndes activit\u00e9s humaines de mani\u00e8re illimit\u00e9e, sans transgresser les limites\nenvironnementales. Il verra dans l\u2019environnementaliste techno-pessimiste non un\nPossibiliste mais un Impossibiliste, qui croit dogmatiquement que la\ntechnologie ne sera pas en mesure de nous sauver et de nous faire \u00e9chapper \u00e0 la\ncontrainte biophysique. A leur tour, les environnementalistes s\u2019opposeront \u00e0 ce\nqu\u2019ils consid\u00e9reront comme un d\u00e9ni des limites de la technologie (donc de la\nthermodynamique), estimant que la technologie n\u2019est qu\u2019un aspect compris dans\nce qu\u2019ils entendent par \u00ab&nbsp;contraintes biophysiques&nbsp;\u00bb. Et c\u2019est vrai\nqu\u2019en principe, telle la cavalerie dans les westerns, on ne peut logiquement\nexclure que, m\u00eame apr\u00e8s 50 ans d\u2019espoir d\u00e9\u00e7u, la technologie finisse par sauver\ntoute l\u2019Humanit\u00e9. Mais il est permis d\u2019en douter selon toute vraisemblance, en\nsachant que tout progr\u00e8s technologique semble aujourd\u2019hui imm\u00e9diatement absorb\u00e9\npar l\u2019augmentation de l\u2019emprise humaine sur la Biosph\u00e8re. Et la prudence face \u00e0\nla menace existentielle devrait nous faire pr\u00e9f\u00e9rer un bon colt 45 tout de\nsuite \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e hypoth\u00e9tique de la cavalerie, c\u2019est-\u00e0-dire une action\npolitique fond\u00e9e sur la technologie existante et non des technologies encore \u00e0\nvalider.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant\njouons avec ces notions et observons attentivement les discours et d\u00e9bats\npolitiques actuels autour de l\u2019enjeu environnemental, climatique par exemple. N\u2019observe-t-on\npas que les arguments tournent souvent autour de ces notions de ce qui est\npossible ou impossible&nbsp;? N\u2019y a-t-il pas comme une lutte de croyances la\nplupart du temps sur ce qui est \u00e9tabli ou non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les\ncat\u00e9gories du possible et de l\u2019impossible refl\u00e9teraient-elles une conception\nplus profonde des individus quant \u00e0 l\u2019existence, comme l\u2019a propos\u00e9 le\nphilosophe Nietzsche, en identifiant le \u00ab&nbsp;dernier homme&nbsp;\u00bb comme une\n\u00e9mergence de son \u00e9poque&nbsp;? Les Impossibilistes d\u2019aujourd\u2019hui seraient-ils\nd\u2019excellents repr\u00e9sentants de ce \u00ab&nbsp;dernier homme&nbsp;\u00bb, qui \u00ab&nbsp;cligne\nde l\u2019\u0153il&nbsp;\u00bb quoiqu\u2019on lui dise, et qui est l\u2019incarnation parfaite du\ncynisme auto-satisfait ? Mais, a contrario, qui du techno-optimiste ou du\ntechno-pessimiste est le \u00ab&nbsp;dernier homme&nbsp;\u00bb&nbsp;? Bonne\nquestion&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Poursuivons\ncette r\u00e9flexion. Si l\u2019on exclut les ignorants et les idiots (dont la proportion\nau sein de notre esp\u00e8ce est l\u2019objet de sp\u00e9culations mill\u00e9naires), les\nenvironnementalistes ont \u00e9galement du mal \u00e0 se faire \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il existe\nparmi nous des cyniques, nihilistes et\/ou\nbr\u00fbleurs-de-chandelle-par-les-deux-bouts, que nous appellerons commod\u00e9ment\n\u00ab&nbsp;Flambeurs&nbsp;\u00bb. Le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste Nicholas Georgescu-Roegen a en\neffet montr\u00e9, qu\u2019en tant qu\u2019Humanit\u00e9, nous avions, grosso modo, vu les\ncontraintes de la thermodynamique, le choix entre a) vivre une longue vie\n\u00ab&nbsp;v\u00e9g\u00e9tative&nbsp;\u00bb pour l\u2019esp\u00e8ce humaine, minimisant le taux auquel nous\nconsommions (et \u00e9rodions inexorablement) les ressources non-renouvelables de\nnotre plan\u00e8te (et de sa banlieue proche) et b) vivre une vie d\u2019esp\u00e8ce courte,\nmais potentiellement excitante et pleine d\u2019artifices, en br\u00fblant la chandelle\npar les deux bouts (ce que nous faisons litt\u00e9ralement avec les combustibles\nfossiles). Georgescu-Roegen, m\u00eame si les environnementalistes n\u2019aiment pas\nexaminer cette conception, a eu le m\u00e9rite de mettre le doigt sur une fracture\nr\u00e9elle au sein de la population humaine (les <strong>Flambeurs<\/strong> et les <strong>Economes<\/strong>,\nen sch\u00e9matisant \u2013 Lafontaine parlait de la Cigale et de la Fourmi), et sur\nl\u2019existence d\u2019un choix \u00e9thique d\u2019esp\u00e8ce qui, peut-\u00eatre, n\u2019est pas susceptible\nd\u2019\u00eatre tranch\u00e9e par une r\u00e8gle \u00e9thique d\u00e9finitive (finalement, si l\u2019esp\u00e8ce veut\ns\u2019\u00e9clater et mourir jeune, c\u2019est encore bien son droit non&nbsp;?). <\/p>\n\n\n\n<p>Au\nfinal, si l\u2019on r\u00e9sume, l\u2019Humanit\u00e9 ne survivra longtemps en tant qu\u2019esp\u00e8ce, <strong>que si elle veut survivre longtemps<\/strong>.\nCette tautologie est plus subtile et \u00e9clairante qu\u2019il n\u2019y para\u00eet car elle ouvre\nle champ libre \u00e0 la politique de la survie de l\u2019esp\u00e8ce. Oui, notre survie est\nune question politique, clivante, et qui oppose donc de facto deux camps, m\u00eame\ns\u2019ils l\u2019ignorent&nbsp;: celui de \u00ab&nbsp;ceux qui veulent survivre longtemps en\ntant qu\u2019esp\u00e8ce&nbsp;\u00bb, et celui de \u00ab&nbsp;ceux qui ne s\u2019en soucient pas ou ne\nveulent pas r\u00e9server le moindre bout de chandelle actuel pour leurs\ndescendants&nbsp;\u00bb (quand ils font des descendants\u2026). (Certains parlent des\nTerrestres contre les Destructeurs) A nouveau si l\u2019on r\u00e9sume, l\u2019Humanit\u00e9 ne\nsurvivra que si une minorit\u00e9 d\u00e9sirant survivre, suffisante en son sein, prend\net conserve le pouvoir politique \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9finie. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une majorit\u00e9,\nc\u2019est encore mieux&nbsp;! Une dur\u00e9e ind\u00e9finie car la moindre rupture\nsuffisamment longue de continuit\u00e9 politique du d\u00e9sir de survivre peut se solder\npar l\u2019extinction de l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 cause d\u2019un pouvoir cynique\/nihiliste sur une\ncourte p\u00e9riode. <\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0\n\u00e7a y est, nous y sommes, cela rend tout plus simple. Que les\nenvironnementalistes soient soulag\u00e9s, ils ne doivent plus s\u2019\u00e9puiser \u00e0\nrationaliser leur lutte par d\u2019inutiles arguments moraux, puisque leur raison\n\u00e9cologique vient s\u2019\u00e9chouer sur le rivage d\u2019une raison cynique voire nihiliste\nchez leurs adversaires. Ils doivent seulement se soucier de s\u2019emparer et\nconserver le pouvoir politique, pour <em>contraindre<\/em>\nl\u2019ensemble de la population mondiale, y compris les Flambeurs \u00e0 limiter leur\nconsommation et donc la combustion de notre Biosph\u00e8re, ceci afin de maintenir\nla probabilit\u00e9 de survie de l\u2019esp\u00e8ce proche de 1 \u00e0 tout instant donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans\ncette lutte, les Economes ne doivent n\u00e9anmoins n\u00e9gliger aucune arme, et\naccepter d\u2019\u00eatre eux-m\u00eames sophistes. M\u00eame s\u2019ils ne peuvent exclure\nd\u00e9finitivement la rationalit\u00e9 des Flambeurs, ils peuvent rh\u00e9toriquement\nd\u00e9noncer le cynisme et le nihilisme (politiquement incorrects), traiter leurs\nadversaires de zombies et de drogu\u00e9s, en se parant des vertus de la pulsion de\nvie, de la responsabilit\u00e9 et du go\u00fbt du futur (politiquement correcte). Ainsi,\nceux qui veulent vivre longtemps doivent minoriser ceux qui ne s\u2019en soucient\npas du tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela\nouvre la question du respect des principes d\u00e9mocratiques par chaque groupe.\nL\u2019id\u00e9al est une situation o\u00f9 le groupe des Economes parvient \u00e0 dominer\nd\u00e9mocratiquement le groupe des Flambeurs. Mais lorsque ces derniers imposent un\nr\u00e9gime non-d\u00e9mocratique ou emploient des moyens non d\u00e9mocratiques, les Economes\nont davantage de raison de consid\u00e9rer l\u2019emploi de moyens identiques pour\nd\u00e9fendre leur int\u00e9r\u00eat. C\u2019est une question ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nprobl\u00e8me survient lorsque le strict respect des principes d\u00e9mocratiques conduit\nla \u00ab&nbsp;dictature&nbsp;de la majorit\u00e9&nbsp;\u00bb Flambeuse \u00e0 imposer aux Economes\nun monde qui meurt ou qui va bient\u00f4t mourir (contre le droit des minorit\u00e9s \u00e0 la\nvie, et \u00e0 la vie de leurs descendants). Un v\u00e9ritable probl\u00e8me de <em>pluralisme<\/em> car, autant une d\u00e9mocratie\ndomin\u00e9e par les Economes n\u2019emp\u00eache par une communaut\u00e9 de Flambeurs ma\u00eetris\u00e9s de\npersister au sein d\u2019une esp\u00e8ce humaine \u00e0 long terme, autant une d\u00e9mocratie\ndomin\u00e9e par les Flambeurs conduit n\u00e9cessairement \u00e0 terme \u00e0 la disparition du\ngroupe des Economes avec l\u2019esp\u00e8ce toute enti\u00e8re. Alors que penser&nbsp;:\ns\u2019agit-il de l\u00e9gitime d\u00e9fense pour les Economes que d\u2019employer toute la force\nn\u00e9cessaire, y compris la violence, pour ne pas \u00eatre \u00e9limin\u00e9 par l\u2019insouciance\ndes Flambeurs&nbsp;? Ou bien les Economes doivent accepter de dispara\u00eetre \u00e0\npetit feu sous la dictature d\u2019une majorit\u00e9 de Flambeurs, en donnant priorit\u00e9 au\nrespect des principes d\u00e9mocratiques&nbsp;? Vaste question, qui, soit dit en\npassant, est d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9e par le droit au niveau d\u2019un seul individu (l\u00e9gitime\nd\u00e9fense).<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi\nqu\u2019il en soit, de cette lutte entre ces deux camps, d\u00e9pendra l\u2019avenir de\nl\u2019esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons\naux limites du possible et de l\u2019impossible. Le sociologue Danilo Martuccelli,\ndans <em>Les soci\u00e9t\u00e9s et l\u2019impossible \u2013 Les\nlimites imaginaires de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>, montre \u00e0 quel point la pens\u00e9e humaine et\ndonc l\u2019action politique sont contraintes par des h\u00e9t\u00e9ronomies historiques,\nc\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019imposition d\u2019une autorit\u00e9 ext\u00e9rieure, transcendante \u00e0 la\nsph\u00e8re humaine (religion, Roi, Economie, et aujourd\u2019hui de plus en plus\nEcologie), qui coupe court \u00e0 une pens\u00e9e et une d\u00e9cision humaine autonome.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous\n\u00e9chouons encore aujourd\u2019hui \u00e0 sortir de l\u2019\u00e2ge de la minorit\u00e9, celui de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie\n(la norme qui s\u2019impose de l\u2019ext\u00e9rieur), pour entrer dans l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9,\ncelui de l\u2019autonomie, o\u00f9 nous pourrons enfin d\u00e9battre rationnellement et nous\nfixer nous-m\u00eames nos propres limites, de mani\u00e8re \u00e9clair\u00e9e selon Kant.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous\nsommes paradoxalement \u00e0 la fois dans le fantasme de la toute-puissance (il n\u2019y\na pas de contrainte du r\u00e9el qui ne nous r\u00e9siste, notre technologie peut tout)\net celui de l\u2019impuissance (nous ne pouvons pas changer socio-politiquement,\nc\u2019est trop dur).<\/p>\n\n\n\n<p>Il\ny a donc pour nous une situation paradoxale, o\u00f9 nous devons reconna\u00eetre et\ntenir compte de limites infranchissables du r\u00e9el (le r\u00e9el est ce qui r\u00e9siste,\ncomme la biophysique de la Terre), et parvenir \u00e0 changer d\u2019imaginaire au sujet\ndes limites, pour transgresser tout ce que nous avons toujours consid\u00e9r\u00e9 comme\nimpossible (les pseudo-limites de l\u2019action politique).<\/p>\n\n\n\n<p>On\npourrait imaginer que cela se fasse sur la base d\u2019une nouvelle\nh\u00e9t\u00e9ronomie&nbsp;: celle de l\u2019\u00e9cologie politique, qui imposerait des limites\nexternes (presque transcendantes) \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration politique sur les possibles\nhumains.<\/p>\n\n\n\n<p>Faute\nd\u2019une croyance spontan\u00e9e et universelle en cette h\u00e9t\u00e9ronomie, les\nenvironnementalistes pourraient poursuivre une strat\u00e9gie qui ne requi\u00e8re pas\nd\u2019\u00eatre eux-m\u00eames convaincus par l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie. Ils pourraient peut-\u00eatre reconna\u00eetre\nla nature purement politique de leur lutte, le rapport de force brut qu\u2019ils\ndoivent construire pour vaincre les ennemis de leur cause, et les contraindre \u00e0\nrespecter les limites de la biosph\u00e8re. Pour ce faire, ils pourraient \u00e9videmment\nconvaincre leurs ennemis en utilisant un discours h\u00e9t\u00e9ronome&nbsp;! De\npr\u00e9f\u00e9rence dans une d\u00e9mocratie o\u00f9 les droits humains sont respect\u00e9s (sous\ncontrainte environnementale, \u00e0 ne pas confondre donc avec les droits illimit\u00e9s\ndu consommateur).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais\nparier sur une nouvelle h\u00e9t\u00e9ronomie \u00e9cologique demeure insatisfaisant pour ceux\nqui esp\u00e8rent un jour r\u00e9aliser le r\u00eave de Kant&nbsp;: une Humanit\u00e9 acc\u00e9dant\nenfin \u00e0 la majorit\u00e9. Int\u00e9grer la limite dans notre pens\u00e9e sera la condition de\nnotre libert\u00e9\u2026 On aimeraient que des adultes majeurs sur Terre d\u00e9lib\u00e8rent,\n\u00e9clair\u00e9s par la raison, et d\u00e9cident librement, de mani\u00e8re autonome,\nd\u2019auto-limiter leur empreinte environnementale pour le bien de tous, pr\u00e9sents\net \u00e0 venir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ind\u00e9pendamment\nde la mani\u00e8re donc, survivre dans ce Cosmos o\u00f9 le r\u00e9el r\u00e9siste, apparemment\npour de bon, \u00e0 notre d\u00e9sir de toute-puissance, va requ\u00e9rir une lutte politique\nacharn\u00e9e pour que des limites, h\u00e9t\u00e9ronomes ou autonomes, contraignent l\u2019action\nhumaine. Que dire cela paraisse d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 tant d\u2019oreilles, qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re\nrisquer l\u2019extinction \u00e0 supporter la limitation, est le signe du chemin qu\u2019il\nnous reste \u00e0 accomplir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Les gens ne<br \/> renonceront jamais \u00e0 leur voiture.&nbsp;Ils ne veulent pas manger moins de<br \/> viande. On ne va quand m\u00eame pas installer des \u00e9oliennes partout&nbsp;! Et les<br \/> pauvres qui n\u2019ont pas d\u2019argent pour isoler leur maison, on les oblige \u00e0<br \/> l\u2019isoler&nbsp;? Jamais le [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5123,4390,22],"tags":[],"class_list":["post-108869","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-agnotologie","category-collapsologie","category-ecologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/108869","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=108869"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/108869\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":108871,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/108869\/revisions\/108871"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=108869"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=108869"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=108869"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}