{"id":11033,"date":"2010-05-01T23:06:21","date_gmt":"2010-05-01T21:06:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=11033"},"modified":"2015-05-25T16:12:13","modified_gmt":"2015-05-25T14:12:13","slug":"titanic-amer-par-serge-b","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/01\/titanic-amer-par-serge-b\/","title":{"rendered":"Titanic amer, par Serge B. (\u00ab\u00a0Moustache\u00a0\u00bb)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9 <\/p><\/blockquote>\n<p>Aujourd\u2019hui toutes les soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gnent les conditions modernes de production sont comme abasourdies par une fantastique accumulation d\u2019<em>absurdit\u00e9s criantes<\/em>. Nous sommes entr\u00e9s dans une p\u00e9riode de r\u00e9gression sociale et historique ubuesque, et il faudrait \u00eatre inconscient ou malhonn\u00eate pour s\u2019en r\u00e9jouir.<\/p>\n<p><strong>La libert\u00e9 despotique des mouvements de capitaux d\u00e9truit des secteurs entiers de la production et l\u2019\u00e9conomie mondiale s\u2019est transform\u00e9e en casino plan\u00e9taire.<\/strong> La r\u00e8gle d\u2019or du capitalisme a toujours \u00e9t\u00e9, d\u00e8s la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la minimisation des co\u00fbts pour un maximum de profits, ce qui impliquait logiquement les salaires les plus bas pour une productivit\u00e9 la plus haute possible. Ce sont des luttes politiques et sociales qui ont contrecarr\u00e9 cette tendance, en imposant des augmentations de salaires et des r\u00e9ductions de la dur\u00e9e du travail, ce qui a cr\u00e9\u00e9 des march\u00e9s int\u00e9rieurs \u00e9normes et \u00e9vit\u00e9 ainsi au syst\u00e8me d\u2019\u00eatre noy\u00e9 dans sa propre production. <strong>Le capitalisme ne conduit pas spontan\u00e9ment vers un \u00e9quilibre, mais plut\u00f4t vers une alternance de phases d\u2019expansion &#8212; la fameuse expansion \u00e9conomique &#8212; et de contraction &#8212; les non moins fameuses crises \u00e9conomiques.<\/strong><\/p>\n<p>Les nouvelles politiques d\u2019interventions de l\u2019Etat dans l\u2019\u00e9conomie, d\u00e8s 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure r\u00e9partition du produit social, ont \u00e9t\u00e9 rageusement combattues par l\u2019establishment capitaliste, bancaire et acad\u00e9mique. Pendant longtemps les patrons ont proclam\u00e9 qu\u2019on ne pouvait pas augmenter les salaires et r\u00e9duire le temps de travail sans entra\u00eener la faillite de leur entreprise et celle de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re ; et ils ont toujours trouv\u00e9 des \u00e9conomistes pour leur donner raison. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale qu\u2019augmentations des salaires et r\u00e9gulation \u00e9tatique ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es par le patronat, ce qui a entra\u00een\u00e9 la phase la plus longue d\u2019expansion capitaliste : les \u00ab Trente Glorieuses \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1980, cet \u00e9quilibre entre le capital et le travail a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par une offensive n\u00e9o-lib\u00e9rale (Thatcher, Reagan) qui s\u2019est \u00e9tendue \u00e0 toute la plan\u00e8te. Cette contre-r\u00e9volution r\u00e9actionnaire a permis un retour insens\u00e9 au \u00ab lib\u00e9ralisme \u00bb sauvage, qui a profit\u00e9 aux grandes firmes de l\u2019industrie et de la finance. Par ailleurs, la monstruosit\u00e9 devenue \u00e9vidente des r\u00e9gimes soi-disant socialistes et r\u00e9ellement totalitaires (ce n\u2019\u00e9tait pas la dictature du prol\u00e9tariat, mais la dictature sur le prol\u00e9tariat\u2026) a discr\u00e9dit\u00e9 pour longtemps l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019\u00e9mancipation sociale. <strong>L\u2019imaginaire capitaliste a triomph\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><!--more-->A tremper sans vergogne <em>dans les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste<\/em>, les d\u00e9cideurs ont perdu toute lucidit\u00e9. Ils ont ainsi \u00e9limin\u00e9 les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient r\u00e9ussi \u00e0 leur imposer. Les firmes transnationales, la sp\u00e9culation financi\u00e8re et m\u00eame les mafias au sens strict du terme mettent \u00e0 sac la plan\u00e8te sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se serrer la ceinture pour \u00eatre concurrentiels. Les \u00e9lites dirigeantes se goinfrent de mani\u00e8re d\u00e9complex\u00e9e, en expliquant doctement \u00e0 la population m\u00e9dus\u00e9e qu\u2019elle vit au-dessus de ses moyens. Aucune \u00ab flexibilit\u00e9 \u00bb du travail dans nos vieux pays industrialis\u00e9s ne pourra r\u00e9sister \u00e0 la concurrence de la main-d\u2019\u0153uvre \u00ab \u00e0 bas co\u00fbt \u00bb (comme ils disent) de pays qui contiennent un r\u00e9servoir in\u00e9puisable de force de travail. Des centaines de millions de pauvres sont mobilis\u00e9s brutalement dans un processus d\u2019industrialisation forcen\u00e9e. Et <strong>l\u00e0-bas comme ici, ce sont des hommes que l\u2019on traite comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable, c\u2019est notre Terre patrie et ses habitants que l\u2019on \u00e9puise toujours plus.<\/strong><\/p>\n<p>Toujours plus, toujours plus \u2026 mais toujours plus de quoi ? Plus d\u2019intelligence et de sensibilit\u00e9 dans nos rapports sociaux ? Plus de beaut\u00e9 dans nos vies ? Non. <strong>Le superflu prolif\u00e8re, alors que le minimum vital n\u2019est m\u00eame pas toujours l\u00e0, et que l\u2019essentiel manque.<\/strong> Plus de t\u00e9l\u00e9viseurs extra-plats, plus d\u2019ordinateurs individuels, plus de t\u00e9l\u00e9phones portables. <strong><em>C\u2019est avec des hochets qu\u2019on m\u00e8ne les hommes<\/em><\/strong>. \u00ab Nulle part il n\u2019existe d\u2019adulte, ma\u00eetre de sa vie, et la jeunesse, le changement de ce qui existe, n\u2019est aucunement la propri\u00e9t\u00e9 de ces hommes qui sont maintenant jeunes, mais celle du syst\u00e8me \u00e9conomique, le dynamisme du capitalisme. Ce sont des choses qui r\u00e8gnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se remplacent elles-m\u00eames. \u00bb, \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 Guy DEBORD en 1967 dans <em>La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle<\/em>.<\/p>\n<p><strong><em>Du pain et des jeux<\/em><\/strong> est la nouvelle religion dans tout l\u2019empire techno-marchand, dont nous vivons peut-\u00eatre bien le d\u00e9but de la fin. De belles \u00e2mes pr\u00f4nent ici et l\u00e0 l\u2019adoption d\u2019un d\u00e9veloppement durable, plus doux pour les humains et leur environnement ; on ralentirait les processus d\u00e9vastateurs, on consommerait moins de combustibles fossiles, on ferait des \u00e9conomies, etc. <strong>C\u2019est un peu comme si l\u2019on conseillait au commandant du Titanic de simplement r\u00e9duire la vitesse de son vaisseau pour \u00e9viter l\u2019iceberg naufrageur, au lieu de lui faire changer de cap.<\/strong><\/p>\n<p>Le dessinateur G\u00e9b\u00e9 \u00e9tait peut-\u00eatre plus r\u00e9aliste quand il \u00e9crivait dans <em>L\u2019An 01<\/em>, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, cette formule provocante :<\/p>\n<blockquote><p><strong><em>\u00ab On arr\u00eate tout. On r\u00e9fl\u00e9chit. Et c\u2019est pas triste. \u00bb<\/em><\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Un tel propos peut sembler d\u00e9risoire, pour ne pas dire r\u00e9volutionnaire. Mais tout le reste, toute cette r\u00e9alit\u00e9 qui se morc\u00e8le sous nos yeux , n\u2019est-ce pas plus d\u00e9risoire encore ? Nous avons \u00e0 perdre quelques cha\u00eenes. Et <strong>nous avons un monde plus libre \u00e0 reconstruire.<\/strong> Pourquoi pas ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9 <\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aujourd\u2019hui toutes les soci\u00e9t\u00e9s dans lesquelles r\u00e8gnent les conditions modernes de production sont comme abasourdies par une fantastique accumulation d\u2019<em>absurdit\u00e9s criantes<\/em>. Nous sommes entr\u00e9s dans une p\u00e9riode de r\u00e9gression sociale et historique ubuesque, et il faudrait \u00eatre inconscient ou malhonn\u00eate pour s\u2019en r\u00e9jouir.<\/p>\n<p><strong>La libert\u00e9 despotique des mouvements de capitaux d\u00e9truit des [&hellip;]<\/strong><\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,6],"tags":[26,530,529,105,528,527,526],"class_list":["post-11033","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-questions-essentielles","tag-capitalisme","tag-gebe","tag-guy-debord","tag-liberalisme","tag-reagan","tag-thatcher","tag-trente-glorieuses"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11033"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11033\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":75523,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11033\/revisions\/75523"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}