{"id":113209,"date":"2019-09-12T12:26:02","date_gmt":"2019-09-12T10:26:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=113209"},"modified":"2019-09-12T12:26:02","modified_gmt":"2019-09-12T10:26:02","slug":"de-la-medecine-du-defaitisme-par-cedric-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/09\/12\/de-la-medecine-du-defaitisme-par-cedric-chevalier\/","title":{"rendered":"<b>De la m\u00e9decine du d\u00e9faitisme<\/b>, par C\u00e9dric Chevalier"},"content":{"rendered":"\r\n<blockquote>\r\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<p>Le d\u00e9faitisme est humain, trop humain. Mais prolong\u00e9 et diffus\u00e9, il est un poison mortel pour tout ce qui est beau dans l\u2019Humanit\u00e9, pour la Vie elle-m\u00eame. A petite dose il inspire et \u00e9duque, \u00e0 forte dose, il tue par d\u00e9faut d\u2019action. Il doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, surmont\u00e9, pour ne pas devenir le cynisme et le nihilisme du dernier homme.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2019\/09\/11\/defaitisme-une-question-que-je-me-pose\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">La question que pose Paul Jorion ici<\/a>, en passant, est d\u2019importance existentielle, \u00e0 la fois pour l\u2019individu, pour le groupe et pour l\u2019esp\u00e8ce humaine. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 ici de cette question et je maintiens <a href=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2014\/03\/05\/pourquoi-ni-le-desespoir-ni-le-decouragement-ne-sont-de-rigueur-face-au-soliton-par-cedric-chevalier\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cette premi\u00e8re \u00e9bauche de r\u00e9ponse<\/a>\u00a0: il y a certes un absurde ind\u00e9passable dans le Cosmos (beaucoup de gens sont-ils \u00e0 m\u00eame d\u2019en parler ouvertement\u00a0?), l\u2019\u00eatre humain a le malheur d\u2019en avoir conscience, l\u2019esp\u00e8ce humaine est la conscience r\u00e9flexive du Cosmos de lui-m\u00eame (Paul Jorion l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit). <!--more-->Nous nous savons mortels et nous savons que tout n\u2019est qu\u2019impermanence, rien n\u2019est \u00e9ternel et surtout pas nous et nos \u0153uvres (m\u00eame les id\u00e9es, m\u00eames les noms de nos anc\u00eatres et des rois du pass\u00e9 s\u2019effacent dans les sables de l\u2019oubli)\u00a0: vivre n\u2019est pas \u00ab\u00a0rationnel\u00a0\u00bb, il n\u2019y aucun \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb intrins\u00e8que dans le Cosmos. Il y a donc une aporie logique \u00e0 choisir de vivre (en toute conscience ou par d\u00e9faut, notre instinct pourvoyant \u00e0 notre d\u00e9faut \u00e9ventuel de volont\u00e9 d\u2019en finir) ET \u00e0 vivre dans le d\u00e9sespoir, le cynisme et l\u2019amertume. Il s\u2019agit d\u2019une position b\u00e2tarde qui n\u2019est pas digne de l\u2019existence (je fais r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Nietzsche ici).<\/p>\r\n<p>La Vie, l\u2019Existence, doit s\u2019accepter toute enti\u00e8re ou ne pas s\u2019accepter. La finitude de l\u2019humanit\u00e9 (et de toute \u0153uvre humaine) ne doit pas \u00eatre v\u00e9cue diff\u00e9remment que la finitude de la vie individuelle. Si on accepte de vivre une vie individuelle finie, il ne faut pas se chagriner de la finitude des \u0153uvres humaines. Pour vivre et pour exister, il faut faire un acte de Foi qui est \u00e0 la fois po\u00e9tique et fou. L\u2019Absurde du Cosmos peut \u00eatre recouvert par le voile de la Culture, qui est l\u2019histoire qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se raconte \u00e0 elle-m\u00eame pour se r\u00e9conforter, et par un sentiment d\u2019\u00e9merveillement face au Myst\u00e8re de l\u2019existence.<\/p>\r\n<p>Mais surtout, il devient plus doux, presque supportable, lorsqu\u2019il s\u2019accompagne du lien que nous tissons avec nos semblables humains et autres vivants, et avec le Cosmos\u00a0: l\u2019Absurde c\u00e8de face \u00e0 l\u2019Amour. Car face \u00e0 l\u2019absurde, nous ne sommes pas seuls, l\u2019Autre nous aide \u00e0 donner sens \u00e0 l\u2019existence, car c\u2019est l\u2019Humain qui donne sens \u00e0 l\u2019existence, le sens est \u00e0 construire par chacun et par tous. L\u2019Absurde nous invite \u00e0 sortir de notre petit chagrin individuel pour \u00eatre dans l\u2019instant pr\u00e9sent avec et pour autrui, humain et non humain. L\u2019Absurde nous invite \u00e0 contempler le Cosmos et \u00e0 vivre, comme le philosophe Edgar Morin le propose, dans la po\u00e9sie, l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>D\u2019autres, plus illustres, traitent cette question depuis des mill\u00e9naires, dont un penseur qui m\u2019est cher\u00a0: Albert Camus. Dans deux ouvrages m\u00e9morables, Le Mythe de Sisyphe et L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9, Albert Camus d\u00e9veloppe une v\u00e9ritable \u00e9thique existentielle, \u00e0 la fois individuelle et collective, politique m\u00eame, dans une \u00e9poque o\u00f9 les philosophes du soup\u00e7on ont d\u00e9moli au marteau les transcendances, les h\u00e9t\u00e9ronomies, les essences, les statues des \u00ab\u00a0guides\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0grands hommes\u00a0\u00bb et autres opiums du peuple, religion comme fantasme de l\u2019Homme nouveau de l\u2019extr\u00eame droite nazie et de l\u2019extr\u00eame gauche sovi\u00e9tique.<\/p>\r\n<p>Cette \u00e9thique s\u2019adresse particuli\u00e8rement au militant, \u00e0 l\u2019\u00eatre humain engag\u00e9, au citoyen dans la Cit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire un \u00eatre humain particuli\u00e8rement investi dans sa mission de donner sens \u00e0 l\u2019existence, avec et pour autrui, ensemble. On pourrait dire un \u00ab\u00a0id\u00e9aliste\u00a0\u00bb et c\u2019est un compliment dont il faut \u00eatre fier\u00a0: quelqu\u2019un qui veut incarner dans le monde des \u00ab\u00a0id\u00e9es\u00a0\u00bb qui n\u2019existent que par et pour l\u2019humain et qui sont absurdes du point de vue du Cosmos\u00a0: Amour, Libert\u00e9, Amiti\u00e9, Responsabilit\u00e9, Justice, Paix. Dans la mythologie grecque, Sisyphe est cet homme qui a d\u00e9fi\u00e9 les dieux et refus\u00e9 d\u2019\u00eatre emport\u00e9 par la mort, et qui fut condamn\u00e9 par les dieux \u00e0 rouler \u00e9ternellement jusqu\u2019en haut d\u2019une colline un roche qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. Camus propose de r\u00e9interpr\u00e9ter ce mythe non comme la condamnation de l\u2019humain \u00e0 l\u2019absurde de sa condition mais plut\u00f4t comme le chemin de sa r\u00e9demption. Sisyphe a raison de refuser la mort et de d\u00e9fier les dieux. Il a raison d\u2019\u00eatre dans une certaine d\u00e9mesure qui seule justifie l\u2019existence. Mais cette d\u00e9mesure doit s\u2019accompagner de la mesure, car l\u2019autre est fragile et notre d\u00e9mesure peut le d\u00e9truire, et celle de l\u2019autre nous d\u00e9truire nous-m\u00eames. Il faut donc se r\u00e9volter pour vivre, contre l\u2019absurde de l\u2019existence mais surtout contre l\u2019absurde que l\u2019humain s\u2019inflige \u00e0 lui-m\u00eame, et qui est bien la part majeure de l\u2019absurde que chacun doit subir ici-bas. Et d\u00e9velopper une pens\u00e9e du midi, une pens\u00e9e de la mesure, qui \u00e9quilibre d\u00e9mesure de l\u2019\u00e9lan vital et limite issue de la fragilit\u00e9 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Autre et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale du reste du Vivant. A la place de Sisyphe, on voudrait se suicider penserait-on (et Camus pense que la plus grande question philosophique est celle du suicide). Mais Camus nous invite \u00e0 imaginer Sisyphe\u2026 heureux.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Alors je pense comme Bouddha et Spinoza que <strong>les passions tristes r\u00e9sultent d\u2019une conception inad\u00e9quate des choses, d\u2019une illusion<\/strong>. Et que dissiper l\u2019illusion dissipe la passion triste. Le d\u00e9sespoir et le d\u00e9couragement du militant sont humains, trop humains (comme dirait Nietzsche), personne n\u2019y \u00e9chappe, m\u00eame et surtout les plus grands parmi les militants de l\u2019histoire : Tolsto\u00ef, Gandhi, King, Mandela, Thunberg. Mais s\u2019y enfoncer est oublier que si nous vivons, c\u2019est que nous avons choisi de vivre, et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019en assumer toutes les cons\u00e9quences. Rien n\u2019est \u00e9ternel, tout est impermanence. Le bonheur, ce sont des moments suspendus de bonheur. La sagesse tr\u00e9buche puis se rel\u00e8ve. Le summum soci\u00e9tal sont des \u00ab \u00e2ges d\u2019or \u00bb provisoires qui connaissent un essor, un d\u00e9clin et m\u00eame un effondrement. La Vie elle-m\u00eame est suspension \u00e9mergente et provisoire, d\u00e9s\u00e9quilibre n\u00e9guentropique vou\u00e9 \u00e0 retourner \u00e0 l\u2019entropie de la dispersion et du froid cosmique glacial, t\u00f4t ou tard. L\u2019\u00e9ternit\u00e9 et le sens, le bonheur, doivent se trouver dans l\u2019instant pr\u00e9sent, ici et maintenant et pas dans le doute quant \u00e0 l\u2019impact de notre \u00e9go, quant \u00e0 notre puissance, quant \u00e0 notre toute puissance.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je pense que le d\u00e9faitisme est une illusion qui \u00e9mane d\u2019une conception inad\u00e9quate des choses. Il y a aussi <strong>une m\u00e9connaissance de l\u2019histoire, o\u00f9 le changement justement, survient bel et bien<\/strong> (m\u00eame s\u2019il est toujours r\u00e9versible), bien apr\u00e8s la mort des militants pionniers de la premi\u00e8re heure\u00a0: abolition de l\u2019esclavage, suffrage universel, d\u00e9mocratie, droits fondamentaux, droits civiques, droits sociaux, \u00e9volution de la m\u00e9decine, de la p\u00e9dagogie, des sciences. Il y a autant de forces de construction que de destruction dans l\u2019histoire humaine. S\u2019il faut voir les effets de son action pour s\u2019y engager, alors il faut renoncer \u00e0 l\u2019aventure humaine, qui est un pari sur le futur, un passage de relais aux g\u00e9n\u00e9rations futures pour qu\u2019elles ach\u00e8vent l\u2019\u0153uvre commenc\u00e9e.<\/p>\r\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la transmission entre les A\u00een\u00e9s et les Pu\u00een\u00e9s, les Jeunes qui de nos jours d\u00e9filent dans la rue pour le climat\u00a0: \u00ab\u00a0poursuivez et achevez ce que nous avons commenc\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb. Observer que \u00ab\u00a0j\u2019ai agis\u00a0mais rien ne change\u00a0\u00bb, est-ce l\u2019enfant qui parle ou l\u2019adulte\u00a0? Il faut sortir de la na\u00efvet\u00e9, de ce fantasme de toute puissance qui estime qu\u2019on doit observer les effets de son action et en \u00eatre r\u00e9compens\u00e9. L\u2019\u00eatre humain n\u2019est jamais qu\u2019une sorte de fourmi un peu plus intelligente dans une grande fourmili\u00e8re. Il faut cesser de croire \u00e0 ces \u00ab\u00a0sucess story\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine o\u00f9 tout le monde vous applaudit \u00e0 la fin pour vos exploits.<\/p>\r\n<p>M\u00eame les Gandhi, King, Mandela et Thunberg sont des mythes construits de toutes pi\u00e8ces (car nous en avons besoin) : ils ne se sont pas faits tous seuls et ils incarnent le mouvement de collectifs et de soci\u00e9t\u00e9s toutes enti\u00e8res. Combien de militants sont inconnus et ont eu un r\u00f4le d\u00e9cisif pendant la R\u00e9sistance, pendant la R\u00e9volution, en faisant simplement leur travail d\u2019enseignant qui transmet le flambeau des Lumi\u00e8res \u00e0 ses \u00e9tudiants ? Il faut trouver donc la r\u00e9compense dans l\u2019action elle-m\u00eame. La militance peut-\u00eatre joyeuse et conviviale, pour elle-m\u00eame, sans calcul de ses cons\u00e9quences.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Il y a aussi <strong>une erreur de conception sur la logique de l\u2019action<\/strong>. La pens\u00e9e de l\u2019impossible propre au d\u00e9faitisme est une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice. Bien s\u00fbr, la pens\u00e9e du possible, ou plut\u00f4t l\u2019ignorance de l\u2019impossible ne garantit pas la succ\u00e8s. Mais se persuader que tout est foutu garantit l\u2019\u00e9chec. Pour des raisons pratiques simples \u00e0 comprendre\u00a0: lorsque le d\u00e9fi est \u00e9lev\u00e9, nous avons besoin de mobiliser toutes nos forces pour esp\u00e9rer d\u00e9passer l\u2019obstacle, le surmonter, et nous surmonter.<\/p>\r\n<p>Il faut \u00eatre persuad\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la Foi irrationnelle, que nous allons y arriver. Nous devons m\u00eame aller jusqu\u2019\u00e0 visualiser mentalement notre succ\u00e8s, comme le pratique l\u2019entra\u00eenement des sprinters pour les jeux olympiques. Le sprinter d\u00e9compose sa course, assis en m\u00e9ditation, il visualise son d\u00e9part, son acc\u00e9l\u00e9ration, ses mouvements, ses pas sur le sol qui soul\u00e8vent la fine poussi\u00e8re de la piste, il sent sa respiration se caler et le vent souffler dans ses cheveux, il est ici et maintenant, dans l\u2019instant \u00e9ternel, il ne sait pas s\u2019il a d\u00e9j\u00e0 franchi la ligne, d\u00e9j\u00e0 le stade se soul\u00e8ve, il n\u2019en croit pas ses yeux, il a battu le record du monde de vitesse. Et m\u00eame s\u2019il n\u2019est que deuxi\u00e8me, ou m\u00eame dernier, ce fut la plus belle course de toute son existence.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Ainsi en est-il des premi\u00e8res suffragettes, des pionniers de l\u2019aviation, des premiers abolitionnistes, des Lumi\u00e8res, de Bouddha, de J\u00e9sus, de Martin Luther King dans son discours \u00ab\u00a0I have a dream\u00a0\u00bb. Il faut r\u00eaver et visualiser l\u2019impossible comme un possible pour donner l\u2019\u00e9nergie de l\u2019action au militant et m\u00eame pratiquement, en trouver les sentiers.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Je vois \u00e9galement l\u2019argument d\u2019<strong>une m\u00e9compr\u00e9hension de la logique concurrentielle entre forces de construction et de destruction<\/strong>. Quand vous voyez Donald Trump, Jair Bolsonaro, Vladimir Poutine, Matteo Salvini, et allez, j\u2019ose le dire, Hitler dans les ann\u00e9es \u201930, est-ce que vous voyez des individus \u00ab\u00a0<em>d\u00e9faitistes<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Ou est-ce que vous voyez des types qui rigolent, qui vocif\u00e8rent, qui sont en mouvement perp\u00e9tuel, parfois dans une grande vigueur physique, fiers d\u2019eux-m\u00eames et de la destruction qu\u2019ils s\u00e8ment\u00a0?<\/p>\r\n<p>Albert Einstein a dit je crois que <strong>le monde ne sera pas d\u00e9truit par ceux qui le d\u00e9truisent mais par ceux qui regarderont sans rien faire<\/strong>. Le militant, parce qu\u2019il est id\u00e9aliste et donc plus conscient que les autres, a une responsabilit\u00e9, celle d\u2019\u00eatre le moteur de l\u2019histoire. Les autres suivront, t\u00f4t ou tard, il doit assumer son r\u00f4le de pionnier, parfois seul, mais toujours entour\u00e9s des autres pionniers, qui se reconnaissent et s\u2019allient naturellement. La conscience \u00e9thique est ce qui cr\u00e9e le militant mais elle a un d\u00e9faut encombrant\u00a0: le doute. Le doute est consubstantiel \u00e0 l\u2019intelligence et la conscience \u00e9thique. Les horribles, les abjects, les fascistes, cyniques et nihilistes n\u2019en sont pas encombr\u00e9s, leur \u00e9nergie de destruction est fluide, facile, comme l\u2019usage du C\u00f4t\u00e9 Obscur dans Star Wars. Le chemin de la construction est plus sinueux, plus difficile. La conscience, vu sa r\u00e9flexivit\u00e9, est construire par le doute et dans le doute, dans la pens\u00e9e de la mesure d\u2019Albert Camus, et peut ralentir son porteur dans l\u2019action, voire m\u00eame paradoxalement le couper de son \u00e9nergie militante.<\/p>\r\n<p>Ne nous enlisons pas dans le mar\u00e9cage de notre conscience de l\u2019absurde et de la petitesse de notre action. Ce serait nous faire les alli\u00e9s objectifs des destructeurs de l\u2019humanit\u00e9 et de la vie. Ayons confiance que tout imparfaits que nous sommes, nous vivons, sommes des humains, dot\u00e9s d\u2019un cerveau, capables de penser, parler, \u00e9crire et agir. Faisons confiance \u00e0 notre intuition militante pour nous jeter dans l\u2019action sans avoir toutes les r\u00e9ponses. Regardez comment se jettent dans la pens\u00e9e, la parole et l\u2019action ceux qui sont sans conscience. Regardez leur vitesse, leur force et leur fluidit\u00e9. Acceptons d\u2019y aller nous aussi en vitesse, en force et en fluidit\u00e9, sans attendre d\u2019avoir toutes les r\u00e9ponses. Au pire, nous \u00e9quilibrerons la dynamique concurrentielle.<\/p>\r\n<p>Ce n\u2019est pas dans l\u2019individu que r\u00e9side la conception ad\u00e9quate des choses mais dans l\u2019action collective. En se coalisant avec des gens mesur\u00e9s et dou\u00e9s de conscience, on peut faire \u0153uvre de r\u00e9flexivit\u00e9 les uns envers les autres pour \u00e9viter l\u2019extr\u00e9misme des individus grotesques que nous avons list\u00e9. Voil\u00e0 pour prendre une analogie biblique, dans la pens\u00e9e chr\u00e9tienne, il y a les archanges Saint-Michel, Saint-Rapha\u00ebl, Saint-Gabriel. Ils sont arm\u00e9s d\u2019une \u00e9p\u00e9e et symbolisent la puissance et la force de l\u2019action du Bien contre le Mal, le dragon qu\u2019ils terrassent. Dans Star Wars, ce sont les Jedi. \u00c7a ne veut surtout pas dire qu\u2019il faut embrasser la violence, mais qu\u2019il ne faut pas laisser le monopole de la puissance, du pouvoir, aux forces de destruction. On peut avoir des g\u00e9n\u00e9raux et des soldats, des arm\u00e9es de militants d\u00e9termin\u00e9s, organis\u00e9s, coalis\u00e9s dans une strat\u00e9gie militaire machiav\u00e9lique, subtile, m\u00eame si d\u00e9limit\u00e9e par la conscience, l\u2019humanisme et l\u2019existentialisme, dans la non-violence tant qu\u2019elle est possible (Hitler ne fut pas vaincu par la d\u00e9sob\u00e9issance civile, malheureusement).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Le militant a tout \u00e0 fait le droit d\u2019\u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et d\u00e9courag\u00e9, d\u2019\u00eatre d\u00e9faitisme m\u00eame. Mais a-t-il le droit de ne plus agir ? Il faut plaider le pessimisme de la volont\u00e9 et insister sur la joie qui existe dans l\u2019engagement et la coh\u00e9rence, dans la d\u00e9fense d\u2019un sens, m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 encourir sa propre mort, comme Socrate. Pour aider le militant \u00e0 sortir de l\u2019orni\u00e8re, rien de tel \u00e0 nouveau que d\u2019aller vers l\u2019Autre, que d\u2019aller chercher le r\u00e9confort en pleurant ensemble, en faisant le deuil de notre toute puissance et d\u2019un Cosmos qui r\u00e9pondrait \u00e0 nos moindres d\u00e9sirs. Rien de tel ensuite que de retourner dans l\u2019action, que de s\u2019associer, de s\u2019allier, de co-construire et de collaborer afin de pousser le rocher en haut de la colline, ensemble. Il retombera ? Peu importe, nous le hisserons \u00e0 nouveau. Voil\u00e0 \u00e0 mon humble avis ma conception de l\u2019humanit\u00e9, elle trouve son \u00e9clat lumineux, sa po\u00e9sie et oui, peut-\u00eatre sa gloire, dans son \u00e9lan sans cesse renouvel\u00e9 vers les plus hauts sommets.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Sur le fait de \u00ab\u00a0donner des le\u00e7ons\u00a0\u00bb enfin, voil\u00e0 ma conception\u00a0: nous avons besoin de l\u2019autre pour d\u00e9limiter notre d\u00e9mesure et nous botter les fesses de temps en temps, pour nous \u00ab\u00a0recadrer\u00a0\u00bb. Votre serviteur y compris. Il n\u2019y aucun geste de sup\u00e9riorit\u00e9 dans le fait de \u00ab\u00a0secouer l\u2019autre\u00a0\u00bb, mais plut\u00f4t le signe d\u2019une grande amiti\u00e9. L\u2019individu est petit, faible et souvent mis\u00e9rable, c\u2019est par l\u2019Autre, par l\u2019institution, par le collectif, par la philia que se construit collectivement la mesure, la sagesse, le bonheur et l\u2019harmonie. Ne pas dire \u00e0 l\u2019autre ses quatre v\u00e9rit\u00e9s, c\u2019est un manque de respect, un m\u00e9pris pour son humanit\u00e9. Je revendique que vous avez besoin de moi et que j\u2019ai besoin de vous, je ne peux pas trouver en moi seul la clef pour sortir de mes d\u00e9sesp\u00e9rances et d\u00e9sh\u00e9rences, \u00e9changeons-nous nos clefs, faisons les tourner. Remontons-nous r\u00e9ciproquement le moral et les bretelles et puis plongeons nous ensemble dans l\u2019action militante.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Et donc pour moi, en d\u00e9finitivement, le d\u00e9faitisme est le sympt\u00f4me d\u2019une conscience trop tourn\u00e9e vers elle-m\u00eame, trop isol\u00e9e, trop (ir)rationnelle et donc dans l\u2019illusion, qui doit sortir d\u2019elle-m\u00eame, retrouver son \u00e9lan vital, son conatus et sa volont\u00e9 de puissance, visualiser et imaginer le changement souhait\u00e9, accepter l\u2019Absurde et le Myst\u00e8re, arr\u00eater de trop calculer, aller vers l\u2019Autre, faire acte de Foi et se jeter dans l\u2019Existence, dans la Joie, la Po\u00e9sie et la Convivialit\u00e9. Et donc dans l\u2019Action.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Avec toute mon amiti\u00e9, je vous botte les fesses et j\u2019attends de vous la m\u00eame chose lorsque je serai d\u00e9fait\u00a0!<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><em>\u201cNever doubt that a small group of thoughtful, committed citizens can change the world; indeed, it&rsquo;s the only thing that ever has.\u201d <\/em><strong>Margaret Mead<\/strong><\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9faitisme est humain, trop humain. Mais prolong\u00e9 et diffus\u00e9, il est un poison mortel pour tout ce qui est beau dans l\u2019Humanit\u00e9, pour la Vie elle-m\u00eame. A petite dose il inspire et \u00e9duque, \u00e0 forte dose, il tue par d\u00e9faut d\u2019action. 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