{"id":11334,"date":"2010-05-08T09:14:55","date_gmt":"2010-05-08T07:14:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=11334"},"modified":"2013-01-02T18:02:48","modified_gmt":"2013-01-02T17:02:48","slug":"desaliener-letat-une-strategie-offensive-et-defensive-par-xenophon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/05\/08\/desaliener-letat-une-strategie-offensive-et-defensive-par-xenophon\/","title":{"rendered":"D\u00e9sali\u00e9ner l&rsquo;\u00c9tat : une strat\u00e9gie offensive <i>et<\/i> d\u00e9fensive, par X\u00e9nophon"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>Le syst\u00e8me du Cr\u00e9dit Public, c\u2019est-\u00e0-dire des dettes publiques, dont Venise et G\u00eanes avaient, au moyen \u00e2ge, pos\u00e9 les premiers jalons, envahit l\u2019Europe d\u00e9finitivement pendant l\u2019\u00e9poque manufacturi\u00e8re. Le r\u00e9gime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s\u2019installa d\u2019abord en Hollande. <b>La dette publique, en d\u2019autres termes l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019il soit despotique, constitutionnel ou r\u00e9publicain, marque de son empreinte l\u2019\u00e8re capitaliste.<\/b> La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre r\u00e9ellement dans la possession collective des peuples modernes, c\u2019est leur dette publique. Il n\u2019y a donc pas \u00e0 s\u2019\u00e9tonner de la doctrine moderne que plus un peuple s\u2019endette, plus il s\u2019enrichit. <b>Le cr\u00e9dit public, voil\u00e0 le <i>credo<\/i> du capital.<\/b> Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, d\u00e8s l\u2019incubation de celle-ci, prendre la place du p\u00e9ch\u00e9 contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables.<br \/>\nLa dette publique op\u00e8re comme un des agents les plus \u00e9nergiques de l\u2019accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue l\u2019argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu\u2019il ait pour cela \u00e0 subir les risques, les troubles ins\u00e9parables de son emploi industriel et m\u00eame de l\u2019usure priv\u00e9e. Les cr\u00e9diteurs publics, \u00e0 vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, m\u00e9tamorphos\u00e9 en effets publics d\u2019un transfert facile, continue \u00e0 fonctionner entre leurs mains comme autant de num\u00e9raire. Mais, \u00e0 part la classe de rentiers oisifs ainsi cr\u00e9\u00e9e, \u00e0 part la fortune improvis\u00e9e des financiers interm\u00e9diaires entre le gouvernement et la nation &#8211; de m\u00eame que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d\u2019un capital tomb\u00e9 du ciel &#8211; la dette publique a donn\u00e9 le branle aux soci\u00e9t\u00e9s par actions, au commerce de toute sorte de papiers n\u00e9gociables, aux op\u00e9rations al\u00e9atoires, \u00e0 l\u2019agiotage, en somme, aux jeux de bourse et \u00e0 la bancocratie moderne. <\/p><\/blockquote>\n<p>  Karl Marx, <i>Le capital<\/i>, Livre 1, Huiti\u00e8me section<\/p>\n<blockquote><p>Comme nous avons eu peur de supprimer ce qui existait, nous avons augment\u00e9 le d\u00e9ficit et, aujourd&rsquo;hui, la ville [de Francfort] a 8 milliards de dettes. On ne peut pas faire une telle politique. Pour combler un d\u00e9ficit, on emprunte \u00e0 tous ceux qui ont de l&rsquo;argent, mais tout le monde doit rembourser la dette avec ses imp\u00f4ts. <b>L&rsquo;endettement public, ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un processus pour enrichir les banques avec l&rsquo;argent des citoyens<\/b>. <\/p><\/blockquote>\n<p> Daniel Cohn-Bendit, <i>Une envie de politique<\/i>, Entretiens avec Lucas Delattre et Guy Herzlich, Paris, La D\u00e9couverte, 1999. <\/p>\n<p>Je ne sais pas si Daniel Cohn-Bendit, d\u00e9non\u00e7ant ainsi l&rsquo;endettement public dans un livre publi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion des \u00e9lections europ\u00e9ennes de 1999, se souvenait du passage pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 du <i>Capital<\/i>. Les deux hommes s&rsquo;accordaient en tous cas pour reconna\u00eetre qu&rsquo;une politique d&rsquo;endettement public, qui enrichit les banques en leur ali\u00e9nant l&rsquo;\u00c9tat, ne saurait \u00eatre une politique de gauche. Notre gauche \u00ab gestionnaire \u00bb ne semble gu\u00e8re s&rsquo;en soucier plus que cela. La droite, quant \u00e0 elle, veut montrer qu&rsquo;elle est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 prendre le taureau par les cornes. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on peut interpr\u00e9ter les d\u00e9clarations du Premier Ministre Fran\u00e7ois Fillon sur la n\u00e9cessaire aust\u00e9rit\u00e9. Mais son empressement \u00e0 donner par avance tous les gages n\u00e9cessaires aux march\u00e9s financiers comme aux agences de notation suscite une certaine m\u00e9fiance. La droite, oublieuse des id\u00e9es du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui associait la d\u00e9mocratie \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale (conf\u00e9rence de presse \u00e0 Londres, le 25 mai 1942), ne s&rsquo;accommoderait-elle pas un peu trop facilement du pouvoir politique consid\u00e9rable que ces derniers d\u00e9tiennent <i>de facto<\/i> ? Car tel est l&rsquo;enseignement politique de ces derni\u00e8res semaines : il saute aux yeux d\u00e9sormais qu&rsquo;il existe au-dessus des \u00c9tats une instance politique supr\u00eame constitu\u00e9e de ces fameux \u00ab march\u00e9s financiers \u00bb accol\u00e9s aux agences de notations. Voil\u00e0 quelque chose que Montesquieu n&rsquo;avait pas pr\u00e9vu, ni dans le gouvernement r\u00e9publicain, ni dans le monarchique, ni dans le despotique. Et d&rsquo;o\u00f9 cette instance tient-elle sa souveraine puissance ? Ni du peuple en corps comme dans les r\u00e9publiques d\u00e9mocratiques, ni m\u00eame d&rsquo;une partie du peuple comme dans les r\u00e9publiques aristocratiques. Non, elle tient sa puissance d&rsquo;une ali\u00e9nation consentie, ainsi que l&rsquo;avait bien vu Marx, dans le cadre d&rsquo;une accoutumance \u00e0 la dette publique. On dira que c&rsquo;est bien le peuple, malgr\u00e9 tout, qui a consenti \u00e0 cette ali\u00e9nation, puisque les budgets sont vot\u00e9s par les repr\u00e9sentants qu&rsquo;il s&rsquo;est choisis et que les emprunts sont contract\u00e9s par un Gouvernement qui s&rsquo;autorise de la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. Mais c&rsquo;est oublier que le peuple ne peut pas se tenir inform\u00e9 de tout. Il sait bien que la dette, les imp\u00f4ts, l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;\u00e9conomie, tout cela le concerne. Il sait bien qu&rsquo;il est pris dans le cours des \u00e9v\u00e9nements. Il s&rsquo;informe comme il le peut, autant que possible. Pourtant, lui demander de choisir ses repr\u00e9sentants en parfaite connaissance de cause, puis contr\u00f4ler leurs d\u00e9cisions, et cela dans tous les domaines de la vie publique, c&rsquo;est faire \u00ab peser sur ses \u00e9paules le poids d&rsquo;une t\u00e2che impossible \u00bb, comme l&rsquo;\u00e9crivait le journaliste am\u00e9ricain Walter Lippman en 1924. Ce qui est certain, par contre, c&rsquo;est qu&rsquo;aucun r\u00e9publicain, au sens de Montesquieu, ne saurait se satisfaire d&rsquo;une telle situation, dans laquelle le sort des \u00c9tats repose pour une large part entre des mains qui \u00e9chappent \u00e0 tout contr\u00f4le d\u00e9mocratique. Sans aller n\u00e9cessairement jusqu&rsquo;\u00e0 parler d&rsquo;\u00ab Union sacr\u00e9e \u00bb, le refus d&rsquo;une telle perte de souverainet\u00e9 devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;un assez large consensus, par-del\u00e0 les clivages partisans habituels. Mais que faire ? Comment sortir de l&rsquo;ali\u00e9nation ? On ne peut pas se contenter de d\u00e9noncer les march\u00e9s financiers comme tels, ni l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de leurs acteurs. La strat\u00e9gie, comme dans toute guerre, doit \u00eatre \u00e0 la fois <i>d\u00e9fensive et offensive<\/i>. On voit bien dans le cas europ\u00e9en comment les sp\u00e9culateurs ont utilis\u00e9s la faille dans la d\u00e9fense de la zone euro que repr\u00e9sentait la dette grecque. La strat\u00e9gie <i>d\u00e9fensive<\/i> repose donc sur une politique visant \u00e0 r\u00e9duire la dette. L&rsquo;affirmation, je l&rsquo;admets, n&rsquo;est gu\u00e8re originale. Elle n&rsquo;est gu\u00e8re enthousiasmante non plus. Mais c&rsquo;est la condition pour d\u00e9sali\u00e9ner l&rsquo;\u00c9tat. La gauche, en tous cas, encore plus que la droite, devrait se souvenir en permanence sur ce point de l&rsquo;avertissement de Marx. Or on la voit trop souvent s&rsquo;accrocher \u00e0 une vulgate keyn\u00e9sienne, qui ne va gu\u00e8re au-del\u00e0 de quelques lieux communs sur la relance par la d\u00e9pense publique. Il y a sans doute mieux \u00e0 faire, pourtant, des recettes fiscales au titre de l&rsquo;imp\u00f4t sur le revenu que d&rsquo;utiliser la plus grande part pour payer la charge de la dette (la notice accompagnant le formulaire de d\u00e9claration des revenus de cette ann\u00e9e, que nous venons de recevoir dans nos bo\u00eetes \u00e0 lettres, indique que les recettes de l&rsquo;imp\u00f4t sur le revenu en 2010 sont estim\u00e9es \u00e0 48,9 milliards d&rsquo;euros sur la base du projet de loi de finances rectificatives pr\u00e9sent\u00e9e par le Gouvernement le 20 janvier, alors que la charge de la dette est estim\u00e9e \u00e0 43 milliards d&rsquo;euros). C&rsquo;est dans le cadre de cette indispensable strat\u00e9gie d\u00e9fensive, qui a elle seule enl\u00e8ve une bonne partie de leur pouvoir aux march\u00e9s financiers et fait recouvrer leur souverainet\u00e9 aux \u00c9tats, qu&rsquo;il me semble que peuvent prendre place les mesures <i>offensives<\/i> \u00e9galement n\u00e9cessaires d\u00e9fendues sur ce blog \u00e0 commencer par l&rsquo;interdiction des paris sur les fluctuations de prix. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p>Le syst\u00e8me du Cr\u00e9dit Public, c\u2019est-\u00e0-dire des dettes publiques, dont Venise et G\u00eanes avaient, au moyen \u00e2ge, pos\u00e9 les premiers jalons, envahit l\u2019Europe d\u00e9finitivement pendant l\u2019\u00e9poque manufacturi\u00e8re. 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