{"id":1135,"date":"2008-12-06T00:29:51","date_gmt":"2008-12-05T23:29:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=1135"},"modified":"2015-01-30T18:52:47","modified_gmt":"2015-01-30T17:52:47","slug":"pourquoi-il-ny-a-pas-de-%c2%ab-creation-monetaire-%c2%bb-par-les-banques-commerciales-par-helmut-creutz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/12\/06\/pourquoi-il-ny-a-pas-de-%c2%ab-creation-monetaire-%c2%bb-par-les-banques-commerciales-par-helmut-creutz\/","title":{"rendered":"Pourquoi il n&rsquo;y a pas de \u00ab cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00bb par les banques commerciales, par Helmut Creutz"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>J&rsquo;ai \u00e9crit hier que cela me prendrait cinq ans de mettre au point une th\u00e9orie de la monnaie qui me satisfasse. Je n&rsquo;avais envisag\u00e9 qu&rsquo;un seul cas : celui o\u00f9 nous serions seuls, vous et moi, travaillant ensemble. Or, j&rsquo;ai re\u00e7u du renfort, par courrier. Ute H\u00f6ft me fait parvenir un exemplaire de <strong>Le syndrome de la monnaie<\/strong> de Helmut Creutz, originellement paru en 1993 et traduit de l&rsquo;allemand par Economica en 2008.<\/p>\n<p>Je vais pouvoir gagner du temps parce que l&rsquo;auteur analyse de nombreux aspects de la monnaie auxquels je n&rsquo;ai pas encore l&rsquo;occasion de r\u00e9fl\u00e9chir, et que sur ceux dont j&rsquo;ai d\u00e9battu ici, nous disons lui et moi strictement la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Donc si mes explications pourquoi les banques commerciales ne cr\u00e9ent pas de monnaie ex nihilo vous ont convaincu, vous n&rsquo;apprendrez peut\u2013\u00eatre pas grand-chose en lisant les pages du livre que je reproduis ci-dessous (169 \u00e0 171) mais si vous croyez toujours \u00e0 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire par les banques commerciales, un autre auteur r\u00e9ussira peut-\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;ai  \u00e9chou\u00e9 jusqu&rsquo;ici. <\/p>\n<p>(Vous reconna\u00eetrez au passage dans le texte de Creutz mon \u00ab principe de conservation des quantit\u00e9s \u00bb, mon explication des masses mon\u00e9taires en termes de double emploi, ma \u00ab reconnaissance de dette \u00bb, ainsi que la distinction que je fais entre flux mon\u00e9taires et op\u00e9rations comptables).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>La \u00ab surmultiplication de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>La plupart des livres d&rsquo;enseignement affirment que les possibilit\u00e9s de cr\u00e9ation mon\u00e9taire des banques sont en principe illimit\u00e9es. Elles ne sont restreintes que par des ratios d&rsquo;encaisse ou de r\u00e9serves bancaires qu&rsquo;elles doivent maintenir aupr\u00e8s des banques centrales ou d&rsquo;\u00e9mission, soit de plein gr\u00e9, soit parce qu&rsquo;elles y sont oblig\u00e9es. Et cette relation entre le montant des r\u00e9serves et l&rsquo;accroissement mon\u00e9taire est m\u00eame calcul\u00e9e par les th\u00e9oriciens de la surmultiplication de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire avec une grande exactitude math\u00e9matique. Si les r\u00e9serves se montent en tout \u00e0 5 % du portefeuille des d\u00e9p\u00f4ts, les banques peuvent, \u00e0 partir de chaque d\u00e9p\u00f4t bancaire effectu\u00e9 cr\u00e9er un montant de cr\u00e9dit dix-neuf fois sup\u00e9rieur, neuf fois sup\u00e9rieur en cas de r\u00e9serves de 10 % et quatre fois sup\u00e9rieur en cas de r\u00e9serve de 20 %. Le r\u00e9sultat de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est donc inversement proportionnel au montant des r\u00e9serves retenues.<\/p>\n<p><!--more-->[Prenons l&rsquo;exemple de 100 millions provenant d&rsquo;une banque d&rsquo;\u00e9mission, soumis \u00e0 des r\u00e9serves fractionnaires de 10 %, et qui cr\u00e9eraient ainsi des \u00ab fonds de cr\u00e9dit \u00bb de 900 millions.]<\/p>\n<p>En additionnant les cr\u00e9dits accord\u00e9s en cha\u00eene on arrive d\u00e8s la troisi\u00e8me \u00e9tape \u00e0 un montant de 244 millions. En continuant ainsi la s\u00e9rie infinie o\u00f9 les valeurs diminuent d&rsquo;\u00e9tape en \u00e9tape, effectivement on arrive arithm\u00e9tiquement \u00e0 une somme de 900 millions, soit neuf fois plus que l&rsquo;apport initial de 100 millions.<\/p>\n<p>Mais si l&rsquo;on reprend les op\u00e9rations, pas \u00e0 pas, en laissant la th\u00e9orie de c\u00f4t\u00e9, on constate :<\/p>\n<p>1) que lors de chaque r\u00e9utilisation du premier d\u00e9p\u00f4t suppos\u00e9 de 100 millions, suite au cr\u00e9dit qu&rsquo;il a permis d&rsquo;accorder, il se produit \u00e0 chaque fois un nouveau d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;un client quelconque de la banque, d\u00e9p\u00f4t qui, bien entendu, peut \u00eatre de nouveau pr\u00eat\u00e9 ;<\/p>\n<p>2) que l&rsquo;encha\u00eenement des octrois de cr\u00e9dits et des constitutions de r\u00e9serves par les banques tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit ne peut se faire qu&rsquo;aussi longtemps qu&rsquo;aucun des d\u00e9posants ne dispose de son avoir en effectuant un retrait ou un virement ;     <\/p>\n<p>3) qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, au fil du processus, on n&rsquo;assiste nullement \u00e0 un accroissement de la masse mon\u00e9taire mise en circulation, de quelque mani\u00e8re que ce soit, mais toujours \u00e0 une r\u00e9utilisation, tandis que, \u00e0 chaque \u00e9tape, la masse mon\u00e9taire r\u00e9ellement existante est in\u00e9luctablement le r\u00e9sultat de l&rsquo;addition des r\u00e9serves constitu\u00e9es jusque-l\u00e0 et du cr\u00e9dit accord\u00e9 en dernier, et \u00e9quivaut au montant initial de 100 millions ;<\/p>\n<p>4) que non seulement il ne se produit pas d&rsquo;accroissement de la masse mon\u00e9taire mais, qu&rsquo;en fait, en ce qui concerne la masse mon\u00e9taire active et ax\u00e9e sur la demande, elle diminue m\u00eame constamment, \u00e9tant donn\u00e9 que sur les 100 millions initiaux, des montants de plus en plus \u00e9lev\u00e9s sont gel\u00e9s dans les r\u00e9serves des banques jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre totalement absorb\u00e9s ;<\/p>\n<p>5) que l&rsquo;utilisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la monnaie, que ce soit pour proc\u00e9der \u00e0 des achats, la pr\u00eater ou en faire cadeau, n&rsquo;accro\u00eet jamais sa masse mais uniquement les op\u00e9rations d&rsquo;achats, de pr\u00eats ou de dons ainsi effectu\u00e9s, qui, bien entendu, additionn\u00e9es, donnent des montants de plus en plus \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Les faits \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-dessus sont encore plus clairs lorsqu&rsquo;on se repr\u00e9sente cet encha\u00eenement, non pas au niveau de banques, mais au niveau d&rsquo;op\u00e9rations commerciales, et qu&rsquo;il s&rsquo;agit non plus de pr\u00eats \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition mais de ventes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. L\u00e0 aussi, on peut supposer que chaque commer\u00e7ant met dix pourcent de sa recette de c\u00f4t\u00e9 et qu&rsquo;il d\u00e9pense le reste directement ou indirectement dans un autre magasin pour faire des achats. L\u00e0 encore, l&rsquo;addition des op\u00e9rations d&rsquo;achat donnerait le m\u00eame r\u00e9sultat que celles des op\u00e9rations de cr\u00e9dit dans le cas de la \u00ab surmultiplication de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire \u00bb. Et pourtant personne n&rsquo;irait pr\u00e9tendre que la masse mon\u00e9taire a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par neuf ou que les commer\u00e7ants ont cr\u00e9\u00e9 900 millions [ex nihilo].<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 est donc l&rsquo;erreur de raisonnement de certains th\u00e9oriciens ?<\/strong> <\/p>\n<p>L&rsquo;erreur de la th\u00e9orie classique de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire r\u00e9side dans le fait qu&rsquo;on additionne des avoirs ou des cr\u00e9dits se reconstituant au fil du temps, ou des postes de cr\u00e9dit, aux montants re\u00e7us au d\u00e9part et qu&rsquo;on d\u00e9duit de cette addition qu&rsquo;il y a une cr\u00e9ation mon\u00e9taire ou une cr\u00e9ation de cr\u00e9dit. En d&rsquo;autres termes : cette th\u00e9orie assimile l&rsquo;utilisation multiple de l&rsquo;argent \u00e0 un accroissement, elle confond moyen de transport et op\u00e9ration de transport. Mais, pas plus que l&rsquo;utilisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de wagons ou de camions pour des transports n&rsquo;entra\u00eene un accroissement du nombre de wagons ou de camions, l&rsquo;utilisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;argent pour des achats ou des pr\u00eats n&rsquo;entra\u00eene un accroissement de son montant.<\/p>\n<p>L&rsquo;erreur de raisonnement et d&rsquo;interpr\u00e9tation des th\u00e9oriciens de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire est sans aucun doute due en grande partie au fait que l&rsquo;on continue \u00e0 consid\u00e9rer les avoirs et les portefeuilles de cr\u00e9dit comme du num\u00e9raire. Or, en fait, il ne s&rsquo;agit que de postes de comptabilisation qui documentent le montant <i>des pr\u00eats d&rsquo;argent et les obligations de remboursement qui en r\u00e9sultent<\/i>, sans que ceux-ci fassent augmenter la masse mon\u00e9taire en circulation. C&rsquo;est pourquoi tous les regroupements de num\u00e9raires et de d\u00e9p\u00f4ts sous la rubrique  \u00ab masse mon\u00e9taire \u00bb sont si discutables. Ceci vaut surtout pour l&rsquo;addition des M1 et M3. <\/p>\n<p>Helmut Creutz, <i>Le syndrome de la monnaie<\/i>, Economica, Paris (2008) : 169-171. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit hier que cela me prendrait cinq ans de mettre au point une th\u00e9orie de la monnaie qui me satisfasse. Je n&rsquo;avais envisag\u00e9 qu&rsquo;un seul cas : celui o\u00f9 nous serions seuls, vous et moi, travaillant ensemble. Or, j&rsquo;ai re\u00e7u du renfort, par courrier. 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